Nous n’avons pas le droit de déserter notre poste !

Nous vous transmettons avec joie cette homélie de l’abbé Marcel Villers, qui est parfaitement dans la ligne de la réflexion entamée le 21 avril dernier,  qui se poursuit ce mardi 19 mai à 20h à Polleur : pour rappel, nous sommes tous chaleureusement invités à cette soirée, car l’Église, c’est nous, et la vie de l’Église est notre responsabilité…

ArbreRameau

Homélie pour le 7ème dimanche de Pâques, année B
Jn 17,11-19 – Theux, le 17 mai 2015

Que nous dit Jésus de la situation des chrétiens dans la société ?

  1. Je les ai envoyés dans le monde.
  2. Il ajoute : Ils ne sont pas du monde.
  3. Mais, je ne demande pas de les retirer du monde.

Alors, les chrétiens, du monde ou pas du monde ? Dedans ou dehors ? S’ils ne sont pas du monde, d’où sont-ils ? Et puis, y a-t-il deux mondes ? Celui des hommes et celui de Dieu ?

S’il y a deux mondes, celui des chrétiens et l’autre, le monde commun des hommes, alors, entre les deux, il faut choisir. Surtout que le monde les a pris en haine parce qu’ils ne sont pas du monde, dit Jésus.

Si les chrétiens vivent dans un monde, une société, une culture qui leur est hostile ou les prend en haine, ils sont en quelque sorte poussés à fuir ce monde qui ne les comprend pas et les rejette.

Il en fut ainsi aux premiers siècles. Vivant dans le monde juif ou la cité romaine, les chrétiens n’étaient pas compris. Ils étaient même considérés comme des étrangers, pire, des éléments dangereux.

On comprend alors que beaucoup ont fui ce monde hostile. Ils se replièrent dans de petites communautés où ils pouvaient vivre leur foi et leurs convictions entre eux et à fond. On est à la limite de la secte, de la société secrète.

Cette stratégie les a conduits à vouloir créer un autre monde, une nouvelle société à la place de l’autre.

Ce fut l’idéal des moines qui se retirèrent du monde pour, entre eux, construire un monde nouveau, dans la ligne du Royaume voulu et promis par le Christ. Les monastères sont établis sur des hauts lieux, au sommet de collines dominants les lieux habités, comme chez les Bénédictins ou dans le fond des vallées sauvages à domestiquer et transformer en jardin, comme chez les Cisterciens.

Ce fut l’objectif des Jansénistes qui créèrent des écoles forteresses, fermées sur le reste de la société, des espèces de refuges où l’on formait la jeunesse extraite du monde. Il s’agissait de les retirer de la société mauvaise pour, dans un lieu protégé, les former aux valeurs chrétiennes, avant de les laisser retourner dans ce monde mauvais qu’ils devaient transformer.

Ce même idéal anima le mouvement missionnaire moderne. Le projet était de construire une société chrétienne, un monde nouveau où l’Évangile serait la norme. Les Jésuites inventèrent les réductions en Amérique latine. Souvenez-vous du film Mission qui raconte la création d’une cité, d’un îlot chrétien, au cœur de la forêt des Indiens Guarani. De même, les Pères Blancs tentèrent de réaliser un royaume chrétien au cœur de l’Afrique, les Maristes une théocratie chrétienne en Océanie.

Bref, la première réaction des chrétiens, de l’Église, a donc souvent été le retrait, la volonté de créer un autre monde dès ici-bas, le Royaume de Dieu annoncé par Jésus. On est devant une Église de résistance, de contre-culture, de société parallèle.

Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où la religion et la culture tendent à se disjoindre. La société est de plus en plus étrangère à nos convictions et principes. De plus, il est clair qu’on cherche à cantonner la religion dans le privé. Voilà qui ne peut aboutir qu’à effacer la religion de l’espace public.

Telle est notre situation. Volonté politique de rejet, d’exclusion au moment où les chrétiens connaissent diminution drastique des effectifs, particulièrement des pratiquants.

Alors, quelle position de l’Église et des chrétiens dans l’espace public : enfouissement ou visibilité ?

Nous sommes tentés par le repli, le retrait pour nous retrouver entre soi et pouvoir vivre notre foi. Quant à créer une autre société, une société chrétienne, nous savons que c’est devenu impensable avec nos ressources devenues si maigres et surtout contradictoire avec notre foi fondée sur un Dieu qui s’est fait homme.

Nous ne sommes pas séparés, à part du monde, mais pleinement solidaires de l’aventure humaine. Ainsi l’affirme le Concile Vatican II :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur… La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire (Gaudium et Spes, n°1).

Voilà pourquoi nous n’avons pas le droit de déserter notre poste.

Car c’est là que le Christ nous a envoyés : dans le monde.

Abbé Marcel Villers

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