Clés pour lire l’évangile de Luc : 24. C’est bien moi !

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous poursuivons les récits de Pâques : Lc 24, 36-43.

24. C’est bien moi !

Il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient encore y croire
(Lc 24, 41)

Soudain, « lui-même fut présent au milieu d’eux » (24,36), bien vivant. Mais est-ce un rêve ou la réalité ? Illusion ou vérité ? « Frappés de stupeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit » (24,37), un fantôme. Ils sont bouleversés, mais n’arrivent pas à croire que ce Jésus qu’ils ont vu mourir en croix est vivant. Ils sont prêts à admettre la présence d’un fantôme, un esprit, mais pas celle de Jésus de Nazareth, leur Maître, le Crucifié.

« Voyez mes mains et mes pieds, c’est bien moi » (24,39). Ce n’est pas n’importe quel mort que Dieu a ressuscité, c’est celui que les autorités religieuses ont rejeté comme blasphémateur, que les Romains ont cloué en croix comme rebelle. Voilà le sens premier de la résurrection : un parti pris de Dieu en faveur de Jésus. La résurrection signifie que Dieu reconnaît comme vérité l’enseignement et le chemin de Jésus.

La paix soit avec vous !

« Cette salutation habituelle des Juifs est assimilable à un bonjour, shalom en hébreu. Elle peut toutefois prendre dans le présent contexte un sens fort. Le Christ est entré dans le monde de la paix de Dieu ; il peut la communiquer aux siens. Jésus donnait la paix en triomphant de la maladie (8,48) ou du péché (7,50). Les anges annonçaient la naissance de Jésus comme la venue de la paix (2,14). De fait, Jésus offrit en vain la paix à Jérusalem (19, 38.42) ; ses disciples l’offriront en prêchant la venue du Royaume de Dieu (10,5-6). Le Ressuscité qui vient de vaincre son dernier ennemi, la mort, peut offrir la paix parfaite, la paix messianique (Is 9,5-6 ; 52,7 ; 57,19 ; Mi 5,4 ; Ep 2,14-17). (ACEBAC, Les Évangiles, 1983). C’est toute cette richesse de significations qu’on retrouve dans la salutation liturgique propre aux évêques : La paix soit avec vous ! »

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 23. Reste avec nous

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous poursuivons les récits de Pâques : Lc 24, 13-35.

23. Reste avec nous

Ils racontèrent ce qui s’était passé sur la route,
et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain
(Lc 24, 35)

Deux moments ponctuent le récit de Luc et correspondent aux deux pratiques utilisées par les chrétiens pour reconnaître Jésus vivant et présent : l’interprétation des Écritures et la fraction du pain.

Relire l’Écriture à partir de Jésus, c’est le rôle que joue l’inconnu sur la route d’Emmaüs : « partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » (24, 27) Jésus et le sens de son destin nous restent inconnus tant que nous ne les situons pas dans le mouvement que dessine l’Écriture.

La « fraction » est l’autre pratique révélatrice : rompre le pain, le briser comme un corps, une vie peuvent être brisés par la mort. Le geste est clair lorsque Jésus, la veille de sa mort, rompt le pain en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Le don de soi donne sens à la vie et à la personne de Jésus, et donc accès au mystère de Dieu. Dieu est amour.

« Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ! » (24,26) Croire à la résurrection de Jésus, c’est entrer dans l’intelligence de sa mort, c’est la comprendre comme la manifestation de l’amour qui constitue l’être de Dieu.

La fraction du pain

Le geste désigne le rite de rompre la galette de pain qui ouvre le repas. « Le père de famille se relève de sa position étendue, prend, tout en étant assis, un gâteau de pain azyme et prononce sur lui (au nom de tous) la formule de louange : “Sois béni, Éternel notre Dieu, Roi de l’univers, toi qui fais sortir le pain de la terre”. Les commensaux s’approprient la louange par “Amen”. C’est seulement après que l’Amen a été prononcé que le père de famille détache pour chaque convive un morceau de gâteau ayant la taille d’une olive. Le morceau doit passer de main en main jusqu’au convive le plus éloigné. Finalement il rompt pour lui-même et donne par là le signal aux convives de manger également » (J. JEREMIAS, La dernière Cène, les paroles de Jésus, 1972) Rompre et partager le pain unissaient les convives entre eux, et Dieu, donateur, était considéré présent. Luc emploie, ici et dans les Actes, l’expression « la fraction du pain » ou « rompre le pain » de manière absolue, désignant ainsi le rite liturgique qui est au cœur du repas eucharistique.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 22. Il n’est pas ici

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 24, 1-12 de la nuit de Pâques.

22. Il n’est pas ici

Elles se rappelèrent les paroles qu’il avait dites.
Revenues du tombeau, elles rapportèrent tout cela aux Onze (Lc 24, 8-9)

De la résurrection de Jésus ne sont perceptibles que quelques signes ténus : « la pierre roulée sur le côté du tombeau » (24,2), le corps absent, « les linges et eux seuls » (24,12) au fond du sépulcre. Voilà ce qui apparaît de l’extérieur, quelques traces qu’il faut encore interpréter. Tout ce que « Marie-Madeleine, Jeanne, et Marie, mère de Jacques, les autres femmes qui les accompagnaient » (24,10) et puis Pierre constatent, c’est que Jésus est mort sur une croix et que son corps a été mis dans un tombeau où il n’est plus.

Comment interpréter ces signes, ces traces ? C’est là toute l’importance des paroles de Jésus et des Écritures. « Rappelez-vous ce qu’il vous a dit quand il était encore en Galilée : Il faut que le Fils de l’homme soit livré, crucifié et que le troisième jour, il ressuscite » (24,6-7). À la lumière des paroles de Jésus, les signes s’éclairent. Le vide du tombeau, l’absence du corps prennent sens : « Il n’est pas ici, il est ressuscité » (24,6).

Les femmes disciples de Jésus

« Les femmes occupent une place importante dans Luc. L’auteur ne souligne pas l’incongruité de la présence de ces femmes qui accompagnent Jésus et son groupe d’hommes, combien est stupéfiante la liberté que manifeste Jésus en prenant des femmes dans le groupe itinérant des disciples : Marie, appelée Madeleine, Jeanne, femme de Kouza, l’intendant d’Hérode, Suzanne et beaucoup d’autres qui les aidaient de leurs ressources (Lc 8, 2-3). Ces femmes seront au premier rang dans des moments clefs : lors de la mort en croix de Jésus et son ensevelissement (23, 49.55), puis au tombeau vide ; on retrouvera ces femmes avec les Douze dans la chambre haute avant la Pentecôte (Ac 1, 14). » (Hugues COUSIN, L’évangile de Luc, 1993)

Abbé Marcel Villers