Clés pour lire l’évangile de Marc : 43. L’amour, premier des commandements

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 12, 28-34 du 31e dimanche du temps ordinaire.

43. L’amour, premier des commandements

Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là (Mc 12,31)

À la question, « quel est le premier de tous les commandements ? », Jésus en cite deux et conclut néanmoins que les deux ne sont qu’un seul quand il déclare « qu’il n’y a pas de commandement (au singulier) plus grand que ceux-là (au pluriel) » (12,31).

L’objectif du scribe n’est pas de classer les commandements, on en comptait 613 à observer. Sa préoccupation, comme celle de nombreux juifs éclairés – c’est un scribe qui pose la question – est de savoir quel est le commandement qui inclut tous les autres et dont l’observation résume toute la Loi. Autrement dit : quel est l’essentiel que Dieu demande ?

Jésus, dans sa réponse, ne sépare pas les devoirs envers Dieu et ceux envers le prochain qui constituaient les deux tables de la Loi reçue par Moïse. Pour lui, les deux tables n’en font qu’une : elles sont face et pile d’une même attitude, l’amour.

Le vocabulaire de l’amour

Dans le Nouveau Testament, « aimer » traduit le plus souvent le verbe grec agapaô et « amour » le substantif agapê. Ce dernier terme revient 117 fois dans le Nouveau Testament contre trois dans l’Ancien. « L’agapê est une notion complexe, car les Évangiles désignent par le même mot la dilection du Père pour son Fils, la compassion du bon Samaritain… Cela étant, l’agapê se présente plutôt comme le plus noble des amours selon deux directions, envers Dieu et envers les hommes.

Dans les synoptiques, l’agapê est un attachement foncier, lucide et manifeste. Il est gratuit de la part de Dieu et, de la part des hommes, il est tout imprégné de reconnaissance envers Dieu tout en étant spontané, désintéressé et tendre vis-à-vis du prochain. Il connaît son point suprême de perfection dans l’amour des ennemis et le pardon » (Olivier BOBINEAU, L’empire des papes, 2013, p.45).

La Vulgate (version latine de la Bible, Ve s.) traduit le grec agapê par le latin caritas qui amène dans la tradition chrétienne l’usage du mot « charité » pour exprimer l’amour qui relève des rapports avec Dieu et le prochain. Ce vocable a perdu de sa noblesse et est aujourd’hui traduit par « amour ».

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 42. L’aveugle voit clair

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 46-52 du 30e dimanche du temps ordinaire.

42. L’aveugle clairvoyant

Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! (Mc 10,47)

Du fond de l’abîme, Bartimée, le mendiant, assis au bord du chemin, et donc de la vie sociale, appelle. Il crie. La foi est d’abord un cri, un cri de confiance, un appel au secours. En Jésus, lui, l’aveugle reconnaît et proclame : « Fils de David, aie pitié de moi » (10,47).

« Jésus s’arrête et dit : Appelez-le » (10,49). L’appel de Bartimée lui est retourné. Il y a renversement qui fait l’originalité du christianisme pour qui Dieu est toujours premier et l’homme toujours réponse.

Celle de Bartimée est immédiate. « L’aveugle jette son manteau, bondit et court vers Jésus » (10,50). Voilà une belle manière de dire la foi. La foi, c’est un bond. Bartimée quitte son état de mendiant, et, d’un bond, laisse tout pour rejoindre Jésus. Plus besoin de mendier. Désormais, il s’en remet à Jésus qui lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé » (10,52). « Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin » (10,52).

Fils de David

L’idée que le Messie serait un descendant de David n’est apparue que tardivement dans la pensée juive. Dans le Nouveau Testament, appliquée à Jésus, elle le présente comme le roi par excellence. Ce roi est l’élu de Dieu avec qui il fait alliance. Il est juge et libérateur de son peuple. C’est par un roi qu’aux derniers jours, Dieu rétablira son autorité, sa justice et sa paix sur toute la terre. Cette espérance a sans doute nourri l’idée chrétienne de Jésus-Roi, même si les premières générations chrétiennes ne semblent pas avoir accordé grande importance à la figure messianique du Fils de David (J-J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969, p.138).

« Hégésippe (2e s.) raconte que sous l’empereur Domitien (81-96), des petits-neveux de Jésus, paysans de Galilée, ont comparu devant l’empereur parce qu’ils étaient Davidides. Donc, que la famille de Joseph descende du roi David serait véridique. Néanmoins, Jésus n’en a jamais déduit une quelconque prétention messianique » ((Daniel MARGUERAT, L’homme qui venait de Nazareth, 1990, p.111).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 41. Être servi ou servir

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 10, 35-45 du 29e dimanche du temps ordinaire.

41. Être servi ou servir

Les grands font sentir leur pouvoir.
Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. (Mc 10,43)

Un des problèmes essentiels que pose la vie en société, ici en Église, est celui du pouvoir. On peut l’envisager de deux points de vue : son organisation et sa norme ou son éthique. Jésus met en évidence deux modes de fonctionnement ou plutôt deux systèmes de valeurs ou éthiques du pouvoir.

« Ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands font sentir leur pouvoir. » (10,42) Le pouvoir se fait domination, asservissement. Le modèle, c’est le maître qui commande.
« Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous. » (10,44) Le pouvoir est service et don de soi. Le modèle, c’est Jésus, « pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude. » (10,45)
On passe ainsi du maître à l’esclave. Subversion radicale des codes politiques.

Jacques et Jean, les fils de Zébédée

Jacques et Jean, originaires de Bethsaïde, sont deux frères, fils de Zébédée. Ils sont pêcheurs au bord du lac de Tibériade (Mc 1,19-20). Ils sont surnommés « fils du tonnerre » par Jésus (Mc 3,17). Leur mère s’appelait Marie et suivra Jésus jusqu’au Calvaire.
Avec Pierre, Jacques et Jean sont les trois intimes de Jésus et partagent les moments clés de l’itinéraire du Christ : la résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5,37), la transfiguration (Mc 9,2), l’agonie au jardin des Oliviers (Mc 14, 33), l’apparition de Jésus ressuscité aux bords du lac (Jn 21,2). Seul des Douze, Jean était au pied de la croix avec Marie, la mère de Jésus.

Selon les Actes (12,2), Hérode Agrippa 1er fit décapiter Jacques, « frère de Jean ». Il est ainsi la premier des Apôtres à mourir pour sa foi. Selon la tradition (IIe-IIIe s.), Jean se serait établi à Éphèse avec la Vierge Marie où il aurait rédigé son évangile. Il est ensuite exilé à Patmos après avoir à Rome échappé à la mort au cours de la persécution de Domitien (vers 95). Suite à une révélation, Jean aurait composé le livre de l’Apocalypse sur l’île de Patmos où il serait mort très âgé.

Abbé Marcel Villers