Clés pour lire l’évangile de Matthieu 51. La lampe allumée

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 25, 1-13 du 32ème dimanche ordinaire.

51. Garde ta lampe allumée

« Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre. » (Mt 25,6)

Soudain, il est là. Et sa venue provoque la crise, c’est-à-dire, le tri entre les prévoyantes et les insensées, le jugement qui sépare les sages et les fous. Tous attendent l’irruption du Seigneur, mais tous ne le désirent pas, ne le cherchent pas avec ardeur. Nous proclamons à chaque messe : « Nous attendons ta venue dans la gloire. » Mais avec quelle intensité, quel désir ?« La Sagesse, en effet, ne se laisse trouver que par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs désirs en se montrant à eux la première. » (Sg 6) Autrement dit, le Seigneur vient à notre rencontre, il fait irruption dans nos vies à mesure de notre désir.

« Au milieu de la nuit, un cri : « Voici l’époux » (25,6) Devant cette voix, ou bien nous prenons la chose au sérieux et nous croyons que le Seigneur est à notre porte ; ou bien nous refusons qu’il vienne déranger notre vie et nous poursuivons le petit jeu de nos affaires. L’enjeu est capital et nous indique le chemin d’une spiritualité du quotidien, où il s’agit de cultiver, chaque jour, la flamme du désir qui ouvre notre cœur à Celui qui vient à nous.

La lampe

« Étant donné que l’intérieur des maisons était toujours sombre, la lampe était indispensable à la vie du foyer. Ce n’était qu’une coupe en poterie avec un bec d’un côté. On y plaçait la mèche, après quoi on versait de l’huile dans la coupe. Toutes les deux ou trois heures, il fallait la remplir à nouveau. A l’époque de Jésus, les potiers avaient appris à couler des lampes dans un moule. Elles étaient complètement couvertes avec une petite ouverture où l’on versait l’huile d’olive et une autre pour y placer la mèche. Ces lampes étaient plus sûres et brûlaient plus longtemps. Les mèches étaient confectionnées avec des fibres de lin ou des chiffons. Les lampes étaient assez petites pour pouvoir être tenues à la main et se déplacer avec. » (Le Monde de la Bible, 1982)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 50. Les gens heureux

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 5, 1-12 de la fête de Toussaint.

50. Les gens heureux 

« Le Royaume des Cieux est à eux. » (Mt 5, 10)

C’est le monde à l’envers que nous présentent ces béatitudes. Un monde inversé où le bonheur n’est pas promis aux riches, aux battants, ni aux puissants. Un monde à contre-courant où le bonheur est annoncé aux pauvres, aux doux, aux affligés, aux cœurs purs et miséricordieux, aux artisans de paix et aux victimes de la haine et de la violence. Mais qui se trouve ainsi désigné ? Qui est pauvre, doux, victime ?

D’abord, Jésus lui-même dont les béatitudes dressent en quelque sorte le portrait. Il est le miséricordieux, le pacifique, le pur. C’est lui le Fils bien-aimé qui, par son exemple, nous livre le secret du bonheur. Et de la sainteté. Et de Dieu. Dieu est bien l’inimaginable que seul Jésus, son Fils bien-aimé, pouvait révéler. Jésus est l’image du Dieu invisible, d’un Dieu pauvre, doux, miséricordieux, pacifique, persécuté.

Les saints

En cette fête de Toussaint, nous célébrons et prions la foule immense et innombrable, l’immense cortège de tous les saints, connus et inconnus, qui ont mis leur foi en Jésus. Les saints ne sont pas d’abord des hommes et des femmes aux vertus héroïques, mais, comme nous tous, des pauvres, des affamés, des affligés qui se sont laissé transfigurer et porter par le Christ.
Ce sont les humbles, les pauvres de cœur.
Ce sont les affamés qui aspirent à la justice.
Ce sont les cœurs purs qui jugent sans parti-pris.
Ce sont les facteurs de paix et d’unité.
Ce sont les lèvres qui refusent le mensonge.
Ce sont les cœurs doux et les mains miséricordieuses.
Ce sont les yeux tendus vers la terre promise où ils seront appelés fils de Dieu.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 49. deux font un

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 22, 34-40 du 30e dimanche ordinaire.

49. Deux font un

« Voilà le premier commandement. Et le second lui est semblable. » (Mt 22, 38-39)

Lier ces deux commandements, les considérer comme semblables, ce qui ne veut pas dire identiques, c’est instaurer un rapport nouveau entre le culte à rendre à Dieu et les devoirs envers autrui. Ce rapport est caractéristique du christianisme et clairement exprimé par St Jean : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4, 20)

L’amour est le rapport le plus personnel qui soit. Chacun s’y implique avec tout ce qu’il est. C’est pourquoi le commandement biblique concerne toutes les dimensions de l’existence : cœur, âme, esprit. L’amour fait de la religion une relation personnelle avec un Dieu qui ne peut être que personnel. La religion a alors atteint son sommet, elle n’est plus observance ou devoir, elle est union d’amour, communion de l’homme et de Dieu.

La Loi

« De ces deux commandements dépend toute la Loi. » (22, 40) La notion de Loi est une des plus importantes de l’Ancien Testament, puisque la religion juive est souvent considérée comme la religion de la loi. Il y a, en effet, de nombreux codes législatifs dans l’Ancien Testament dont la partie principale, comprenant les cinq premiers livres de la Bible, est appelée Thora qui peut se traduire par « enseignement », celui d’une autorité qui indique ainsi la voie à suivre. Cette autorité est celle de Dieu et la Thora est donc parole de Dieu, révélation de sa volonté qui s’exprime sous la forme d’oracles, de paroles, de commandements. Le sens profond de Thora s’exprimerait mieux par « la Voie » plutôt que par « la loi » qui nous vient de la traduction en grec de Thora dans la Septante.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 48. le denier

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 22, 15-21 du 29e dimanche ordinaire.

48. Le denier de César

« Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » (Mt 22,20)

Jésus est à Jérusalem, on cherche à le piéger, le prendre en faute. La Passion se profile. « Est-il permis de payer l’impôt à César ? » (22,17) Si Jésus répond oui, il se coupe des masses qui ne supportent pas l’oppression des Romains ; s’il répond non, alors il fournit lui-même le motif pour le dénoncer auprès de l’autorité occupante. Le piège est dans le oui ou non. Jésus le déjoue en introduisant un troisième terme : Dieu.

« Rendez à César ce qui est à César », autrement dit la monnaie de sa pièce, rendez-lui son argent. Réponse ambigüe : payer l’impôt ou se débarrasser de toute monnaie romaine ?

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu », c’est-à-dire tout et surtout le culte qui lui est dû car il est le seul digne d’être adoré. Voilà qui sonnait juste aux destinataires de l’évangile de Matthieu qui connaissaient la persécution parce qu’ils refusaient de rendre un culte à César.

Une pièce d’un denier

« Montrez-moi la monnaie de l’impôt. Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. » (22, 19) « A l’époque de Jésus, l’unité monétaire de base était le denier d’argent. Pour les besoins quotidiens, on se servait de pièces de cuivre, dont le sesterce qui valait un quart du denier. L’impôt le plus impopulaire était celui sur la personne ou capitation (tributum capitis). Il représentait environ un jour de salaire d’ouvrier : un denier romain par tête. « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » (22, 20) De nombreux deniers frappés par les empereurs Auguste et Tibère portaient leur effigie. Comme l’une des pièces frappées par Tibère était particulièrement répandue à l’époque, il est possible qu’elle ait été identique à celle montrée à Jésus. » (A. MILLARD, Trésors des temps évangéliques, 1990)

Abbé Marcel Villers