HISTOIRE DES MISSIONS. 7. Adaptation aux cultures (XVIIe s.)

7. La mission, rencontre des cultures (XVIIe s.)

La deuxième stratégie des missionnaires fut celle de l’adaptation. La rencontre et les échanges entre groupes sociaux et cultures différentes entraînent inévitablement métissage et changements culturels : on s’adapte à l’autre. Cela vaut dans les deux sens : le missionnaire, issu du monde latin et européen, va adapter son discours et son action au contexte social comme à la langue des populations. L’accommodation à la religion et à la culture de ces peuples va conduire à certaines formes de cohabitation ou de « baptême » des rites, fêtes et croyances locales au risque du syncrétisme. On adopte dans la liturgie certains gestes et rites significatifs de la culture locale. Et surtout, on apprend et utilise les langues indigènes. On traduit la Bible et le catéchisme. Parmi les premiers missionnaires du Mexique, Pierre de Gand, (Idegem 1480-Mexico 1572), frère franciscain flamand, étudie la langue des Aztèques et compose un catéchisme illustré sous forme de dessins coloriés.

Les Jésuites furent les plus audacieux dans la mise en œuvre de cette stratégie de l’adaptation. N. Standaert a mis en évidence quatre lignes de force de l’action missionnaire menée par les Jésuites au XVIIe siècle : « la politique d’accommodation ou d’adaptation, l’évangélisation à partir d’en haut, la propagation des sciences et techniques occidentales, l’ouverture et la tolérance à l’égard des autres cultures. » (Le Face-à-face des Dieux, Piconrue, 2007, p. 111)

François Xavier inaugura cette nouvelle forme d’action missionnaire par son approche sympathique et admirative de la culture du Japon où il passa trois ans (1549-1551). Roberto de Nobili (1577-1656), jésuite italien, vécut en Inde en adoptant l’habit et les coutumes des moines hindous. Matteo Ricci (1552-1610), jésuite italien, est le représentant le plus connu de cette méthode de l’adaptation qu’il pratiqua en Chine. Adoptant l’habit des lettrés, maîtrisant la langue et la littérature classique chinoises, il présente le christianisme dans les catégories mentales chinoises. Il est présent à la cour de l’empereur où il se distingue par sa science et sa maîtrise des techniques de l’horlogerie, de la cartographie et de l’astronomie. Le plus remarquable, c’est son argumentation rationnelle et non dogmatique, pour persuader les Chinois de la vérité du christianisme. Il approcha ainsi la forme ultime de la rencontre des cultures : le dialogue.

Abbé Marcel Villers

HISTOIRE DES MISSIONS. 6. Le choc des cultures (XVIe s.)

6. La mission et le choc des cultures (XVIe s.)

Aux XVe et XVIe siècles, la découverte de mondes nouveaux et même insoupçonnés, comme l’Amérique, provoque un nouvel élan missionnaire. La pierre de touche en est désormais la différence culturelle. Jusqu’alors il était évident que le christianisme et la culture européenne ne faisaient qu’un. La confrontation à d’autres cultures, savantes ou sauvages, met en question cette confusion au risque de rendre le christianisme un fait européen et nier ainsi sa dimension universelle : « Allez et faites de toutes les nations des disciples. » (Mt 28, 18-20)

La question missionnaire devient donc autant culturelle que religieuse. La rencontre des cultures peut prendre trois formes : domination, adaptation, dialogue que l’on retrouve dans les stratégies missionnaires, particulièrement à l’époque charnière des grandes découvertes où l’humanité prend conscience de la pluralité des mondes et des cultures.

Suivant le marchand ou le conquérant, le missionnaire vise la transposition du modèle européen de l’Église sur ces terres lointaines. Cela implique la domination sur l’autre à qui on impose un nouveau système de valeurs. Face à des cultures et religions locales considérées comme inconsistantes, des peuples aux mœurs sauvages, les missionnaires pratiquèrent la politique de la table rase, à savoir la destruction des temples et objets sacrés, l’interdiction des rites et croyances. On pratiquait un apostolat de masse dont le baptême était à la fois l’objectif et le moyen, puisque « hors de l’Église, pas de salut », axiome pris alors à la lettre. Le soir, en rentrant, les missionnaires se vantaient d’avoir « la crampe du baptême ».

Sur les ruines de l’ancienne vision du monde, appuyé sur la puissance coloniale, on instaura le christianisme sous sa forme européenne. Le Nouveau Monde ne fut ainsi qu’une reproduction du modèle occidental. Ainsi, Goa, en Inde, est occupée par les Portugais en 1510. En 1534, elle devient un évêché ; en 1560, elle compte 13000 indigènes baptisés. Assez vite, Goa prit les allures de ville chrétienne à la portugaise avec de nombreuses églises et couvents. Au Mexique, en 1526, cinq ans après la conquête militaire, Cortès fait venir douze Franciscains. L’évêché de Mexico est créé en 1528. D’autres religieux, Dominicains et Augustins suivent. En moins de cinquante ans, ils couvrent le pays de couvents (ci-contre couvent St. Antoine de Izamal, Yucatan) et mettent en place un quadrillage du territoire par des postes de mission.

Abbé Marcel Villers

HISTOIRE DES MISSIONS 3. Saint Paul, apôtre des nations

Paul serait né et, en tous cas, a vécu à Tarse au début du premier siècle de notre ère. Il est un enfant de la diaspora et du monde cosmopolite de l’époque : il est juif, parle araméen, grec et est citoyen romain. Jeune adulte, il rejoint Jérusalem, lors d’un pèlerinage pour la Pâque. C’est là qu’il adhère au mouvement pharisien (Ac 22, 1-4) dont il devient un militant acharné jusqu’à persécuter les chrétiens (Ga 1,13-19).

Sa rencontre avec le Christ (Ac 9, 3-19) le transforme en un propagateur de l’Évangile parmi les Juifs et les païens. Pour lui, plus besoin d’obéir à la Loi juive pour être chrétien : il ouvre à tous l’accès au salut.

Il parcourt le bassin méditerranéen à quatre ou cinq reprises. En treize ans, il a ainsi parcouru 20.000 Km. Voyager à l’époque n’est pas une mince affaire. Si on allait par terre, essentiellement à pied, trente Km par jour étaient le maximum. Par mer, la navigation à la voile était tributaire des caprices du vent. Pour aller d’Égypte à Rome, on mettait 18 jours au plus vite. Ces voyages conduisent Paul et son équipe de missionnaires dans des îles, des ports, des capitales, des grandes villes où ils fondent des communautés. Ces nombreuses Églises locales parsèment l’Asie Mineure et la Grèce.

Lors d’un retour à Jérusalem, il est arrêté par les Romains suite à une émeute dans le Temple (Ac 21, 27-36). Citoyen romain, Paul en appelle à la juridiction de Rome où il est transféré vers 58-60. Il y prêche pendant deux ans en résidence surveillée. Libéré, il fait un voyage sans succès en Espagne (Ro 15, 24-28) avant d’être arrêté en 65 comme chrétien lors de la persécution provoquée par Néron. Fin 67 ou 68, il subit le martyre sur la route d’Ostie où il est décapité.

Abbé Marcel Villers

Histoire des missions 2. La Pentecôte et la dispersion des Douze

2.La Pentecôte et la dispersion des Douze

La Pentecôte envoie les apôtres dans toutes les directions pour porter l’Évangile aux nations. La tradition de diverses Églises des premiers siècles ainsi que le martyrologe romain nous permettent de situer le champ d’apostolat des Douze.

Pierre contribua avec Paul à ouvrir la communauté chrétienne aux païens ; il rejoint Rome et y connaît le martyre.
Jacques le Majeur est le premier à mourir pour la foi à Jérusalem. Ses reliques auraient été acheminées en Espagne dont il est le patron.
André est l’apôtre de la Grèce ; il aurait évangélisé aussi les contrées voisines jusqu’en Scythie (entre Danube et Don).
Thomas prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hyrcaniens ; il pénétra ensuite dans l’Inde.
Jean se serait établi à Éphèse avec la Vierge Marie où il aurait rédigé son évangile. Il est ensuite exilé à Patmos où il mourut.
Simon prêcha l’Évangile en Égypte, Thaddée (appelé aussi Jude) en Mésopotamie ; ils entrèrent ensuite tous les deux en Perse.
Matthieu est allé évangéliser l’Éthiopie pour les uns, la Perse ou la Syrie pour d’autres, enfin la Macédoine ou le Pont-Euxin.
Barthélemy prêcha l’Évangile du Christ dans les Indes ; il passa ensuite dans la grande Arménie.
Matthias n’apparaît qu’après l’Ascension et juste avant la Pentecôte. Il remplaça Judas Iscariote.
Jacques le Mineur, frère du Seigneur, gouverna la première communauté de Jérusalem.
Philippe, après avoir converti à la foi au Christ presque toute la Scythie [au nord de la Mer Noire], fut crucifié et accablé sous les pierres à Hiérapolis en Asie, en Turquie actuelle.

Abbé Marcel Villers