Histoire des missions. 5. Les premiers ordres missionnaires (XIIIe s.)

5. Les premiers ordres missionnaires (XIII° siècle)

Au Moyen-Âge, l’Église a perdu le langage de la mission. Elle se vit comme encerclée par l’Islam et menacée de l’intérieur par des mouvements contestataires ou hérétiques. Ce sont les Frères Mineurs de François d’Assise, et peu après les Prêcheurs de Saint Dominique qui vont lancer une nouvelle aventure missionnaire.
Pour saint François, la mission revêt trois modalités : comme Jésus à Nazareth, une présence silencieuse enfouie dans la pâte humaine ; comme Jésus sur les routes de Palestine, une annonce en actes et paroles ; comme Jésus sur la croix, un don de soi jusqu’au sang. Dans sa Règle, François envisage ces trois aspects de la mission et c’est la première fois qu’un chapitre spécial concernant la mission est inséré dans une règle de vie religieuse.

François fera trois tentatives missionnaires en Syrie, au Maroc et en Égypte. Ce n’est pas d’abord l’annonce en paroles de l’Évangile qu’il mettra en avant, mais la manière de le vivre : pauvreté, humilité et fraternité, caractéristiques de l’esprit franciscain. La vie de l’apôtre est la première forme de l’annonce. Et ce jusqu’au martyre. Dès 1208, François envoie les six frères qu’il avait alors, deux par deux sur les routes d’Italie. En 1217, il met en place une véritable organisation missionnaire à l’échelle du monde. Soixante frères partent pour l’Allemagne et la Hongrie ; une équipe part pour le Proche Orient, et une autre vers les musulmans de Grenade, puis de Marrakech où cinq frères connaissent le martyre en 1220. Dès 1226, des frères sont à Tunis. D’autres sont chez les Tartares et les Mongols en 1247. Enfin, les fils de saint François fondent la première mission en Chine, fin du XIIIe s., où ils vont adapter la liturgie jusqu’à célébrer la messe en chinois.

François est un des premiers à aller prêcher la foi aux musulmans alors que son époque en était toujours à l’esprit des croisades et de la guerre sainte. Peu à peu, les Franciscains comme les Dominicains, présents en terre d’Islam, vont envisager la mission comme dialogue, échange et écoute. Ils vont mettre en place des instituts de formation pour les futurs missionnaires où on apprend la langue de l’autre et se familiarise avec leurs croyances. Une belle page de la vie missionnaire de l’Église fut ainsi écrite par les frères mendiants aux XIIIe et XIVe siècles.

Abbé Marcel Villers

Sur tout ceci, voir Michel HUBAUT, La voie franciscaine, Paris, 1983.

HISTOIRE DES MISSIONS 4. La mission immobile

4. La mission immobile ou par attraction 

L’Europe gallo-romaine connut une évangélisation individuelle et par attraction. Des soldats ou des marchands, par leur exemple et style de vie, propagèrent la foi chrétienne le long des routes et des fleuves. L’action missionnaire fut alors diffusion d’une façon de vivre, de penser et de croire. Diffusion spontanée, c’est-à-dire, par la force d’attraction du christianisme lui-même, par contagion sur le monde environnant. On va chez des amis, chez des clients, chez des cousins. L’évangélisation se faisait à ces occasions, au gré des rencontres. Ce modèle missionnaire est la mission des petites gens : une mission dans la simplicité des contacts, une mission faite par des familles, des individus, au gré des circonstances de la vie. On a parlé de « mission immobile ».

Dans toute la Gaule, les monastères constituèrent des centres rayonnant de vie religieuse mais aussi de culture et d’art. Au VIe s., les moines irlandais se firent missionnaires et répandirent leur règle austère sur le continent. L’évangélisation va être appuyée et même diligentée par les autorités franques, récemment converties. Après les invasions barbares, il s’agit d’une deuxième évangélisation, orientée vers les campagnes et ces peuplades païennes venues du Nord. Au VIIe siècle, les rois mérovingiens vont favoriser cette évangélisation, particulièrement par la création de monastères. On parle alors d’évangélisation par rayonnement sur les populations environnantes.

Les gens des campagnes, étaient attirés par les belles cérémonies liturgiques, le culte des saints. Ajoutons l’exercice de la charité à la porte du monastère. Enfin, il y avait l’exemple d’une vie de piété, d’abnégation, de travail, d’amour du prochain. Les moines circulaient aussi dans la région et y prêchaient.

Abbé Marcel Villers

Histoire des missions 2. La Pentecôte et la dispersion des Douze

2.La Pentecôte et la dispersion des Douze

La Pentecôte envoie les apôtres dans toutes les directions pour porter l’Évangile aux nations. La tradition de diverses Églises des premiers siècles ainsi que le martyrologe romain nous permettent de situer le champ d’apostolat des Douze.

Pierre contribua avec Paul à ouvrir la communauté chrétienne aux païens ; il rejoint Rome et y connaît le martyre.
Jacques le Majeur est le premier à mourir pour la foi à Jérusalem. Ses reliques auraient été acheminées en Espagne dont il est le patron.
André est l’apôtre de la Grèce ; il aurait évangélisé aussi les contrées voisines jusqu’en Scythie (entre Danube et Don).
Thomas prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hyrcaniens ; il pénétra ensuite dans l’Inde.
Jean se serait établi à Éphèse avec la Vierge Marie où il aurait rédigé son évangile. Il est ensuite exilé à Patmos où il mourut.
Simon prêcha l’Évangile en Égypte, Thaddée (appelé aussi Jude) en Mésopotamie ; ils entrèrent ensuite tous les deux en Perse.
Matthieu est allé évangéliser l’Éthiopie pour les uns, la Perse ou la Syrie pour d’autres, enfin la Macédoine ou le Pont-Euxin.
Barthélemy prêcha l’Évangile du Christ dans les Indes ; il passa ensuite dans la grande Arménie.
Matthias n’apparaît qu’après l’Ascension et juste avant la Pentecôte. Il remplaça Judas Iscariote.
Jacques le Mineur, frère du Seigneur, gouverna la première communauté de Jérusalem.
Philippe, après avoir converti à la foi au Christ presque toute la Scythie [au nord de la Mer Noire], fut crucifié et accablé sous les pierres à Hiérapolis en Asie, en Turquie actuelle.

Abbé Marcel Villers

Histoire des Missions – L’envoi par Jésus

1. L’ENVOI EN MISSION PAR JÉSUS RESSUSCITÉ

L’évangile de Matthieu s’achève par l’envoi des disciples à qui Jésus parla en ces termes : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur terre. Allez donc faire disciples tous les peuples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 18-20).

Allez faire disciples tous les peuples
Qu’est-ce qu’un disciple de Jésus ? Quelqu’un qui est dans une relation très personnelle avec Jésus, comme une mère, un frère, une sœur. « Quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, lui est mon frère et ma sœur et ma mère » (Mt 12,50). Le disciple est dans une communion de volonté avec Jésus car tous deux font la volonté du même Père.
La mission consiste donc à « faire des disciples » parmi tous les peuples. Il y a par le fait même une tension dialectique au cœur même de l’acte missionnaire : il faut, d’une part, annoncer l’évangile à toutes les nations, mais il ne s’agit pas d’une simple proclamation, il faut arriver à « faire des disciples », c’est-à-dire, des personnes qui ont une relation très personnelle avec Jésus, Seigneur du ciel et de la terre. L’évangélisation n’est donc pas conçue comme une activité de masse, quoi qu’elle se fasse au cœur des masses. Mais elle s’adresse à des individus qui doivent prendre une décision très personnelle qui s’épanouit en communion de volonté avec Jésus et son Père.

Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit
Pour la Bible, le nom, c’est la personne elle-même. Baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, veut dire que le baptême met en relation vitale avec la personne même de Dieu, relation avec Celui qui est la source de mon être et de ma vie. Par le baptême, on entre dans une communion vitale, celle qui fait le disciple et donc un frère, une mère, une sœur de Jésus.

Apprenez-leur à garder tout ce que je vous ai prescrit
Enseigner est pour le missionnaire poursuivre la tâche même de Jésus, le seul véritable Maître.

Faire des disciples en les baptisant et les enseignant, tels sont les trois piliers de l’acte missionnaire. Il ne s’agit pas de propagande, ni de prosélytisme, mais d’un échange entre deux personnes qui vise à la communion au même Jésus.

Abbé Marcel Villers