L’homme n’est pas au centre

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 2ème dimanche de l’Avent Année C (Lc 3,1-6) Theux, le 9 décembre 2018

Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Il faut sortir de nos espaces confinés, du cocon de nos plaisirs. Il faut se mettre en marche pour faire bouger les choses et préparer ainsi l’avènement du salut, salut de tout être vivant, hommes et bêtes, forêts et montagnes.
Comment ne pas évoquer ici la manifestation de dimanche dernier à Bruxelles : la plus grande marche pour le climat jamais organisée en Belgique. 75000 personnes ont traversé la ville, en famille le plus souvent, à pied et à vélo. Ce cortège est une protestation, un cri, un appel pour sauver la terre.

La nature dans toute la variété de ses êtres, les peuples de la terre, l’être humain, tous gémissent dans les douleurs et crie devant la défiguration et la destruction de la création, écrit le pape François. Il faut se mettre en marche, retrouver le dynamisme du mouvement, nous arracher à nos assises, nos retranchements, nos tours d’ivoire. Pour le grand large, celui du désert, des montagnes et des collines, des ravins et des routes.

A la suite d’Isaïe, Jean-Baptiste voit l’avenir, le salut qui vient comme une procession splendide à travers le désert. Le Seigneur Dieu marche à la tête de son peuple qui sort d’exil pour rentrer au pays. Dans le désert par où passe la route, une voix appelle à préparer une chaussée royale. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis.
Le Seigneur vient et toute la nature se réjouit. Car tout être vivant verra le salut de Dieu, écrit saint Luc.

Voilà qui donne une dimension cosmique au salut, à la fête de Noël et à ce temps de préparation qu’est l’Avent. Mais n’allons pas imaginer que seul Dieu a du pain sur la planche. Il ne nous sauvera pas sans nous. A nous donc de reprendre la question et d’y répondre.
« Pourquoi passons-nous en ce monde, pourquoi venons-nous à cette vie, pourquoi travaillons-nous, pourquoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? » (Laudato si’,160) C’est à ce niveau que se situe la crise écologique. Elle a sa racine en l’être humain, en chacun de nous.

Il s’agit d’aller au-delà des symptômes jusqu’aux causes profondes de cette dégradation de notre maison commune. La cause principale est humaine, à savoir la démesure de l’être humain qui se place au centre du monde et qui use de tout à son seul profit. (Laudato si’, 116) « Tout ce qui ne sert pas ses intérêts personnels est privé d’importance, écrit le pape. C’est la même logique du “utilise et jette”, qui engendre tant de déchets. » (Laudato si’, 122-123)

Il faut remettre l’homme à sa juste place dans l’univers, celle voulue par Dieu. « A l’homme incombe la responsabilité de cultiver et protéger le jardin du monde (Gn 2,15) en sachant que la fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu. (Laudato si’, 83) L’homme n’est pas le « patron » de l’univers. Nous sommes immergés au sein d’une communion universelle : « créés par le même Père, nous et tous les êtres de l’univers, sommes unis par des liens invisibles, et formons une sorte de famille universelle. » (Laudato si’, 89), de fraternité cosmique dirait saint François d’Assise.

« Il y a nécessité de se repentir, écrit le pape. Nous sommes appelés à reconnaître notre contribution – petite ou grande – à la défiguration et à la destruction de la création.» (Laudato si’,8« La crise écologique est un appel à une profonde conversion intérieure. » (Laudato si’, 217)

Abbé M. Villers

En ce temps d’Avent, en route pour le désert…

DesertHomélie de ce 2ème dimanche d’Avent, par « notre » diacre, Jacques Delcour, à Theux

(photos ci-dessous)

Lectures: Is 11, 1-10 – Ps 71 – Rm 15,4-9 – Mt 3,1-12

« Prêcher dans le désert » revient à dire qu’on parle dans le vide, sans aucune chance d’être entendu. Or voici que, dans son l’Évangile, Matthieu nous dit que Jean-Baptiste proclame dans le désert… reprenant les paroles du prophète Isaïe : Une voix crie dans le désert…

Dans le désert ? Alors que, nous dit Matthieu, Jérusalem, toute la Judée, toute la région du Jourdain, des pharisiens et des sadducéens en grand nombre viennent à Jean-Baptiste pour se faire baptiser. Le désert, vraiment ?

La semaine dernière, les textes de la liturgie nous invitaient à nous réveiller, à nous bouger : et tous ceux-là qui rejoignent Jean-Baptiste, on peut dire qu’ils se sont bougés !

Nous étions encore invités à être prêts pour la rencontre avec le Seigneur. Mais comment être prêt pour cette rencontre ? D’abord il nous faut connaître le Seigneur afin d’être capable de le re-connaître !

Les textes sacrés proposés aujourd’hui par l’Église me renvoient à l’actualité, à celui dont les médias nous entretiennent depuis deux jours : Nelson Mandela. Cet homme est unanimement reconnu pour le combat qu’il a mené jusqu’au bout : un combat pour la vie, pour la justice, pour l’égalité pour tous (« un homme, une voix ! »). Habité par une espérance, c’est avec courage et persévérance qu’il n’a cessé de croire à une réconciliation possible entre deux communautés opposées. Justice, réconciliation, pardon : ce sont les mots les plus souvent cités à son sujet. A ces mots, on peut le connaître et reconnaître qui il était.

Qu’en est-il alors pour le Seigneur ? Comment peut-on le connaître ? Le reconnaître ?

Suivons le conseil de saint Paul : tournons-nous vers « les livres saints qui ont été écrits pour nous instruire ». Vers le Livre d’Isaïe dont un extrait nous a été proposé. Isaïe, le prophète, le porte-parole de Dieu, un de ceux qui annoncent la venue du Messie.

Il nous annonce la venue de quelqu’un qui s’insère pleinement dans l’humanité en prenant place dans la lignée des descendants de Jessé et de David : ce n’est pas un « électron libre ». On le reconnaîtra parce que sur lui reposera l’Esprit de Dieu : sagesse, discernement, conseil, force, connaissance et crainte du Seigneur. Justice et fidélité le qualifieront.

Autre livre, l’Évangile selon Matthieu, et un autre prophète : Jean le Baptiste. Lui aussi, nous annonce la venue de quelqu’un qui le suit, « plus grand que lui ». Jean-Baptiste prolonge l’annonce d’Isaïe en proclamant que pour rencontrer Celui qui vient, il faut se convertir et produire du fruit, un fruit qui exprime une conversion profonde et véritable.

D’abord se convertir : changer de cap, se « retourner », changer son regard, son cœur et produire du fruit. Lequel ? Retrouvons saint Paul : il demande que le Dieu de la persévérance et du courage nous donne d’être d’accord entre nous selon l’esprit du Christ; que nous ayons la persévérance et le courage de nous accueillir les uns les autres comme le Christ nous accueille avec miséricorde. Accueillir avec miséricorde, c’est une conversion, c’est commencer un chemin de réconciliation, de pardon demandé et donné. C’est encore, à la suite du Christ annoncé par Isaïe : ne pas juger d’après les apparences, ne pas trancher d’après ce que l’on entend dire…

Jean-Baptiste proclame dans le désert, pourtant nombreux sont ceux qui le rejoignent.

Et si je faisais de même, si nous faisions de même parce qu’on ne chemine pas seuls, si nous tous allions, rejoindre Jean-Baptiste dans « son » désert, ce lieu privilégié de la rencontre avec Dieu? Et si nous allions rejoindre ce peuple en marche qui avance avec la force de Dieu dans la fatigue et l’aridité du quotidien?

Alors, nous ne manquerions pas d’y rencontrer le Seigneur dans le visage d’autres « Nelson Mandela », de tant d’autres « Madiba » qui, dans l’ombre du quotidien, loin des feux de l’actualité, sont tout autant artisans d’un monde de justice et de paix, et témoins de cette présence de Dieu au milieu de son Peuple !

En ce temps d’Avent, en route pour le désert …

Voici venir un jour sans fin de justice et de paix.

Quelques photos de cette célébration, présidée par l’abbé Jean-Marc de Terwangne.

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Voici les « mots d’ordre » pour cette 2ème semaine d’Avent: reconnaître le Seigneur, miséricorde et communion, se laisser convertir et produire un fruit.

Beau programme, bonne semaine!