À côté des moines missionnaires, les évêques sont des agents essentiels de l’évangélisation de nos régions. Les évêques de Tongres des Ve et VIe s. se sont employés surtout à la consolidation du christianisme dans les petites cités, souvent d’origine gallo-romaine, qui jalonnent le cours de la Meuse. Ils y installent une résidence qui exerce aussi une fonction administrative et de formation des clercs. Le désir de convertir les païens des campagnes et des forêts est alors peu vaillant.
À partir des VIe-VIIe s., la grande nouveauté réside dans l’intérêt pour l’évangélisation et l’encadrement religieux des campagnes. Les évêques vont ainsi multiplier les tournées missionnaires et encouragent une politique systématique de baptême. L’évêque délègue des membres de son clergé pour célébrer la messe et administrer les sacrements dans les bourgs ruraux. Ce clergé rural va se trouver en présence de pratiques païennes qui sont moins une religion concurrente que la survivance de rites et superstitions cherchant à apprivoiser la nature, à valoriser certains lieux comme les sources et les arbres sacrés. Mais avec l’extension du royaume mérovingien, on se trouva « aux prises avec un paganisme plus virulent dans des régions qui n’avaient été ni romanisées ni christianisées : Toxandrie, Frise, etc. »[1]
La Toxandrie est la région sablonneuse comprise entre l’Escaut et la Meuse : Campine, Brabant, Limbourg. Cette région est occupée, depuis le milieu du IVe s., par les Francs Saliens qui l’abandonnent, au début du Ve s., sous la pression d’envahisseurs venus de l’est, mais aussi pour rechercher de bonnes terres pour la culture et l’élevage. Dans ces contrées, les Romains n’ont pénétré que superficiellement de sorte que le paganisme y est encore vivant au temps de saint Lambert.
Aux VIIe et VIIIe s., notamment sous Dagobert 1er (602/605-638/639) et Pepin II de Herstal (645-714), le royaume franc s’étend vers le Nord jusqu’en Frise. Cette expansion est à la fois colonisation et évangélisation : « dans la guerre que Pépin II menait contre les Frisons, la propagation de la foi chrétienne, incontestablement, soutenait l’action politique. »[2] Ainsi, Pépin II est accompagné par saint Willibrord (658-739) qui évangélise la Frise et la Toxandrie dont l’autre apôtre est Lambert, ce dont témoigne le nombre d’églises qui lui sont dédiées. Le successeur de Lambert, saint Hubert, poursuivra son œuvre et l’étendit à l’Ardenne.
[1] Charles MÉRIAUX, La Mitre et la Couronne, in Le Figaro-Histoire, octobre-novembre 2016, p. 75.
[2] Jean-Louis KUPPER et Philippe GEORGE, Saint Lambert de l’histoire à la légende, Bruxelles, 2006, p. 17.