6e dimanche de Pâques (A). Jn 14, 15-21 : l’avocat

Le défenseur sera toujours avec vous

« Le monde est incapable de le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas. » De qui donc parle Jésus ? Qui ajoute : « Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. » De qui ou de quoi s’agit-il ?

De « l’Esprit de vérité » dont Jésus nous annonce le don. La vérité, écrit St Pierre, « c’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos cœurs comme le seul saint », c’est-à-dire le seul Dieu. Bref, la vérité, c’est le Christ. Mais nous ne pouvons comprendre cette vérité, nous ne pouvons accéder au Christ, par nos seules forces. Il nous faut y être hissé par une aide, un don de Dieu. C’est le rôle de l’Esprit Saint. « Il demeure auprès de vous et il est en vous », nous dit Jésus.

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5e dimanche de Pâques. Jn 14, 1-12 : voir Dieu

Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. 

Avec Philippe, c’est le désir de tout homme qui s’exprime : voir Dieu, le connaître, le toucher. Savoir s’il existe, à quoi il ressemble. Voilà qui comblerait l’inquiétude du cœur humain et les questions du croyant.
Seigneur, montre-nous le Père.
Vient alors la réponse surprenante de Jésus : Celui qui m’a vu a vu le Père.

Mesurons-nous l’inouï et l’audace d’une telle affirmation. Nous y sommes tellement habitués. Il suffit cependant de réfléchir avec bon sens et rationnellement pour retrouver le scandale de cette affirmation qui revient à dire que voir Jésus, c’est du même coup voir Dieu.
Philippe peut être satisfait car il l’a vu, l’homme Jésus. Mais nous, nous ne sommes pas plus avancés car Jésus, nous ne l’avons ni vu, ni connu. Mais n’allons pas penser que Philippe soit à une meilleure place que la nôtre. Voilà des mois, des années peut-être qu’il fréquente Jésus et dans l’intimité. Mais il n’a rien vu d’autre en Jésus que Jésus. C’est ce que lui reproche ce dernier : Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Et Jésus ajoute : Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! 

Philippe a vu Jésus, mais il n’a pas reconnu en lui le visage du Père.
Et nous ?
Nous n’avons pas vu Jésus, mais nous connaissons sa vie, ses paroles, ses actes. Mais avons-nous reconnu en lui le Père ?
Finalement, nous sommes dans la même position que Philippe et ses compagnons. Dieu se laisse voir dans la personne, les paroles et la vie de l’homme Jésus. Mais cela n’apparaît qu’à celui qui croit. C’est d’ailleurs ce que Jésus nous demande : Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des œuvres.
S’il y en a qui sont capables de croire Jésus sur parole et de reconnaître en lui le Fils de Dieu, la plupart d’entre nous avons besoin de plus : examiner les œuvres de Jésus, c’est-à-dire ses actes, sa vie, sa mort.

Je suis le chemin, la vérité et la vie, déclare Jésus. Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Si nous voulons connaître le Père, nous devons passer par Jésus. Il est le chemin qui conduit au Père, à Dieu. Passer par Jésus, ce n’est pas simplement savoir qu’il est le chemin. Ce n’est pas une question de connaissance, mais de pratique.
Croire que Jésus est le chemin consiste à le suivre. Suivre le même chemin que celui que Jésus a suivi mène au Père. Voilà le sens de cette parole : Personne ne va vers le Père sans passer par moi. Pour connaître le Père, nous devons passer par Jésus.

Abbé Marcel Villers
Illustration : panneau de la nef de l’église de Theux © KIK-IRPA, Bruxelles

4e dimanche de Pâques. Jn 10, 1-10 : le beau berger

Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur.

A cette proclamation de Jésus, nous répondons joyeusement avec le psaume :
Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien.
Tu es avec moi ; ton bâton, ton appui, voilà qui me rassure. 

« Une des premières figures du Christ, que l’on trouve sur des sarcophages chrétiens, est celle du pasteur, tenant un bâton à la main et un agneau sur les épaules. Dans l’art romain antique, le berger était l’expression de l’aspiration à une vie sereine, simple, bucolique. Un peu, comme aujourd’hui, les habitants des villes rêvent de la campagne. Mais les chrétiens, s’ils ont repris la figure du berger et l’ont inscrite sur leurs tombeaux, c’est en lui donnant un autre contenu, particulièrement en référence à ce psaume où le fidèle confesse : Même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. » (Benoît XVI, Spe salvi, 2007)

Le Pasteur, le Berger des brebis, c’est ainsi que le Christ lui-même se désigne.
Il marche à leur tête car il connaît le chemin qui traverse les ravins de la mort. Il nous guidera dans ce passage étroit de la mort où nul ne peut nous accompagner.
Avec son bâton, il me guide et me rassure ; je ne crains aucun mal.
C’est qu’il a lui-même parcouru le chemin, il est descendu dans le royaume de la mort. Et, le Christ a vaincu la mort, il est ressuscité. Premier d’une multitude.
Ses brebis à lui, il les appelle, chacune par son nom, et il les fait sortir.
Il les appelle et elles le suivent car elles connaissent sa voix.
Telle est la vocation du chrétien : suivre le Christ. Comme l’écrit Pierre dans sa lettre : le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces. Marcher sur les traces du Christ, voilà la vocation du chrétien.

Mais le Christ n’est pas seulement un guide, celui qui indique la route et conduit sur le bon chemin. Il est le sauveur, le salut.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. On n’entre dans la vraie vie qu’en passant par le Christ. Il est le passage obligé. C’est par ses blessures, écrit St Pierre, que vous avez été guéris.

Le salut, c’est la vie. Moi, dit Jésus, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. Tout homme est appelé à la vie. C’est bien là notre vocation première et elle tient à notre humanité. C’est bien là le sens même de la venue de Jésus : Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. Comme le berger appelle ses brebis, chacune par son nom, le Seigneur Jésus appelle chacun de nous, et par son nom, pour lui offrir la vie en abondance.

Mais c’est quoi la vie en abondance ? C’est quoi vivre intensément ? Nous vivons le plus souvent, enfermés en nous-mêmes, ressassant nos problèmes, nous cognant aux murs de nos petitesses, cherchant l’issue, le large, la liberté. Nous ressemblons à ces oiseaux, pris dans le filet du chasseur, et qui s’agitent en tous sens. Ils butent sans cesse sur les mailles du filet qui les blessent, jusqu’au moment où le plus fort d’entre eux réussit à trouer le filet. A sa suite, tous s’envolent alors vers l’azur.
L’azur, le large, la vraie vie, immense et en abondance, voilà ce que tous nous cherchons.
Le Christ a troué le filet qui nous emprisonne, il est l’issue, la porte, la sortie de notre vie sans but. Il ouvre notre existence sur le grand large de la liberté.

Abbé Marcel Villers
Illustration : Françoise Burtz

3e DIMANCHE DE PÂQUES. Le chemin d’Emmaüs. Lc 24, 13-35

« Ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. »

Que s’est-il « passé sur la route » ? Qu’est-il arrivé « quand il a rompu le pain » ?
Ce sont les deux moments clés : ils ont transformé les disciples, les ont littéralement retournés. Et si cela pouvait nous arriver. Mais c’est impossible : ils ont bénéficié d’une expérience que nous ne pouvons pas connaître. Leur chemin ne peut être le nôtre. Est-ce bien sûr que ces deux disciples ne nous ressemblent pas ? Est-il certain que leur itinéraire n’est pas le nôtre ?

Pour eux qui ont cru et suivi Jésus, sa mort est une catastrophe, surtout le fait qu’il ait subi le supplice de la croix. Cette mort est un scandale. Qui peut comprendre cette issue tragique ? Quelle lumière peut jaillir d’un crucifié ? Quelle espérance peut venir d’un condamné ? Les compagnons de Jésus se sont effondrés quand leur maître a été arrêté, condamné, exécuté. « Nous espérions qu’il serait le libérateur d’Israël. » Mais voilà trois jours que tout est fini.

N’en est-il pas de même pour nous ? Nous attendons en vain ce Royaume que Jésus a promis. Où est-il ce monde de fraternité et de justice pour tous ? Pourquoi la souffrance, la maladie, la mort continuent-elles à ravager les humains ? Il avait pourtant annoncé sa victoire prochaine sur les forces du mal. Et voilà, non pas trois jours, mais vingt siècles que nous attendons.
Notre problème est le même que celui des disciples d’Emmaüs : comprendre, donner sens à cette mort infâme, à cet échec manifeste de Jésus et de son projet.

Deux lumières sur notre route comme sur celle d’Emmaüs.
La première lumière, c’est celle de l’Écriture, relue à partir de Jésus. C’est le rôle que joue l’inconnu sur la route d’Emmaüs. Oui, Jésus et le sens de son destin nous restent inconnus tant que nous ne les situons pas dans le mouvement que dessine l’Écriture.
« Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans la gloire ? »
La mort de Jésus s’inscrit dans la logique de l’alliance, fil rouge des Écritures pour qui le salut de l’homme ne vient ni de la puissance, ni de la force, mais qu’il monte du cœur, de cette communion d’amour qui lie l’être humain et son Dieu. La croix est la manifestation suprême de la communion de Jésus avec son Père, jusqu’au bout.

La deuxième lumière qui nous est donnée, c’est « la fraction du pain ». En effet, ce soir-là, « quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. » La fin du récit précise : « quand il avait rompu le pain. » C’est la fraction qui est le signe décisif, le fait de rompre le pain, de le briser comme un corps, une vie, peuvent être brisés par la mort. Le geste est clair lorsque Jésus, la veille de sa mort, rompt le pain en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Le sacrifice, le don de soi donnent sens à la vie et à la personne de Jésus, et donc accès au mystère de Dieu. Dieu est amour.

Abbé Marcel Villers
Illustrations : Arcabas (1926-2018)

2e DIMANCHE DE PÂQUES : Les plaies du Christ

« Il leur montra ses mains et son côté. »

Ses mains percées par les clous, son côté ouvert par la lance du soldat.
Lui, le Christ, le Vivant par excellence, celui qui a triomphé de la mort au profit de l’humanité, il exhibe en signe de victoire les blessures qui l’ont mis à mort.
Comment une victoire peut-elle être obtenue par cet apparent échec ?
C’est que ces blessures sont les signes du don total que Jésus a fait de lui-même.
Il a livré sa vie par amour. Corps livré, sang versé pour nous.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13)
En montrant ses mains percées et son côté ouvert, le Ressuscité indique le chemin qui conduit à la vie et triomphe de la mort, sous toutes ses formes.
Ce chemin, c’est celui du don de soi, c’est celui de l’amour.

Comme à Thomas, Jésus s’adresse à nous : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

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