Dimanche de la Sainte Famille (A) : Va et ne crains pas !

Sainte Famille : Va vers le pays que je te montrerai (3)

Nous voici au lendemain de Noël. Nous savourons encore le bonheur de nous être retrouvés en famille. La paix, la douceur de Noël, nous souhaiterions tant les prolonger. N’est-ce pas l’ambiance idéale pour fêter la sainte famille ? Oui, mais ce n’est pas ainsi que se termine l’évangile de Noël.
« Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »
Noël, c’est aujourd’hui deux fugitifs, forcés de tout laisser derrière eux pour que l’enfant soit sauvé.
Aujourd’hui dans notre monde, combien sont-ils, comme Joseph et Marie, contraints de fuir la haine, la persécution, la guerre ? Nous les voyons arriver près de chez nous.

La venue de Jésus ne coïncide pas avec paix et bonheur pour le monde. Ni hier, ni aujourd’hui. Il naît en déplacement, et de plus à l’écart, en marge : « pas de place pour lui dans la salle commune. » Il n’y a qu’une mangeoire d’animaux pour héberger le nouveau-né. Puis, c’est le massacre des innocents, l’exil, se lever, partir, fuir sur les routes vers un pays étranger. Tel est le sort de la sainte famille, et de combien de familles dans le monde.

Dans la lettre qu’il nous adresse, notre évêque invite « à nous diriger vers les périphéries géographiques mais aussi existentielles. » Nous sommes au cœur de l’évangile.
Jésus est né à la périphérie de Bethléem, à l’écart de la salle commune, hors du monde des humains, dans une mangeoire d’animaux. À peine né, il a dû fuir, s’exiler dans un pays étranger, dans la périphérie du sien. Le voilà exilé en Égypte. Prédicateur du Royaume, il sera rejeté et exclu de son peuple, livré à l’occupant, les Romains. Condamné, il sera exécuté hors de la ville, à la périphérie de Jérusalem, sur le Golgotha.
Bref, ce n’est pas au centre que Jésus a vécu, mais constamment dans les périphéries géographiques comme existentielles, préférant la compagnie des marginaux, rejetés du centre de la société : pécheurs, malades, lépreux, sourds et aveugles.

Il y a là une leçon capitale. Suivre Jésus, le rencontrer, c’est donc toujours quitter le centre pour les périphéries de notre monde, de notre paroisse, de notre Église.
C’est bien ce que l’évêque nous demande. « Il faut sortir de notre propre territoire, c’est-à-dire, de nos paroisses, de nos œuvres, de nos cercles d’habitués et aller aux périphéries, vers ces nouveaux milieux sociaux-culturels. » Mais où sont ces périphéries ? Ce sont, écrit notre évêque, ces lieux où vivent « des gens oubliés et des personnes qui ont besoin du salut. Plus que d’autres, elles ont besoin d’amitié et sont capables d’en donner. »

Il y a une sorte de connivence entre Jésus et les marginaux, entre eux et les chrétiens.
Aujourd’hui, dans notre pays, qui est engagé auprès de nos compatriotes les plus fragiles, exclus ou mis au ban de la société sinon l’Église, présente à leurs côtés, non par prosélytisme, mais pour apporter cette espérance que nous procure la Bonne Nouvelle ? Imagine-t-on notre société privée de cela ? Certes, l’Église n’est pas la seule à se préoccuper des pauvres, des réfugiés, des étrangers, des malades, des personnes âgées souvent isolées. Mais elle en prend largement sa part.

« Je veux, écrit l’évêque, encourager chacun de vous à oser sortir vers les périphéries de notre société. Ce doit être un critère d’orientation à partir duquel discerner ce qu’il nous faut quitter. » Et d’ajouter : « Le Seigneur aujourd’hui encore nous dit : Va ! et tout au long de l’histoire biblique, il ne cesse de dire : Ne crains pas ! »

Voilà des vœux pour l’année nouvelle adressés à nos paroisses et chacun de nous : Va et ne crains pas ! Puissions-nous en vivre tout au long de l’an prochain, c’est ce que je vous souhaite comme bonne année.

Abbé Marcel Villers
Homélie du dimanche de la Sainte Famille (année A)
Theux 29/12/2019
Illustration : He Qi, peintre chinois

Noël : Une naissance qui est l’épreuve de la foi

MEILLEURS VŒUX À TOUS !

Te Hi, artiste chinois

« Le Verbe est la vraie lumière qui éclaire tout homme » (Jn 1, 9)
Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant.
Et l’homme reste l’insatisfait. Et Dieu toujours attendu.
Cultivons notre désir tout au long de l’an nouveau !

Homélie de la messe du jour de Noël. Theux 25-12-2019

« Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »
Il y eut un premier Noël : Dieu est venu nous visiter, il est passé parmi nous, puis il s’en est retourné. Du passage de Jésus parmi nous, que reste-t-il ?

Ah ! il était attendu, et depuis longtemps. On connaissait les signes de sa venue. On savait l’envergure de son Règne : justice et paix, amour et vérité. « On ne lèvera plus l’épée nation contre nation. On ne s’entraînera plus pour la guerre. » Voilà vingt siècles qu’il est passé parmi nous. Et toujours, les hommes s’entraînent pour la guerre. La visite de Dieu parmi les hommes a-t-elle changé la figure de ce monde ?

Mais alors, que fêtons-nous à Noël ? Quel événement célébrons-nous ?

Une naissance, bien sûr. Mais une naissance qui est épreuve pour la foi. Une naissance, celle de Jésus et du monde nouveau. Mais cette naissance, si elle inaugure la venue du Sauveur, n’a pas accompli le salut du monde. Et nous restons sur notre faim.

Cette naissance est une épreuve pour la foi. Comment reconnaître, en cet enfant fragile et démuni, l’Emmanuel, Dieu-avec-nous ? Comment reconnaître, dans cet homme échouant sur une croix, le Sauveur ?
Et le Royaume, dont il proclamait la venue, où est-il ? Encore aujourd’hui, ils sont légion les aveugles, les sourds, les boiteux dont il proclamait la guérison.

Épreuve pour la foi qui confesse que cet enfant de Bethléem, ce charpentier de Nazareth, ce crucifié de Jérusalem, est Fils de Dieu et Dieu même. Mais Dieu est-il démuni comme un enfant, humble comme un charpentier, brisé comme un torturé, faible et fragile comme un humain ?

Épreuve pour la foi que l’impuissance du Messie, et donc de Dieu. Pourquoi Dieu nous fait-il attendre ? Pourquoi n’agit-il pas tout de suite pour guérir l’homme à tout jamais ? Pourquoi ne fait-il pas, dès maintenant, habiter le loup avec l’agneau, la vache avec l’ourse et l’enfant avec le cobra ?

Épreuve pour la foi que cette naissance.
Il y va du cœur de notre credo avec l’incarnation que nous célébrons à Noël.
Mais qu’est-ce donc que l’incarnation ? Dieu qui se substitue à l’homme et aux lents cheminements qui le font devenir ce qu’il est ? Dieu qui accomplit, seul et d’un coup, les promesses ? Mais alors, l’incarnation serait la disparition de l’homme.

Noël, avec la naissance de cet enfant, nous révèle que l’incarnation, c’est le mouvement par lequel Dieu inscrit son agir, et son être même, dans l’épaisseur de notre chair et les obscurs déploiements du temps. L’incarnation, c’est le patient consentement de Dieu au temps, que signifie cet enfant qui vient de naître après une attente de neuf mois. Dans notre volonté de gagner du temps à tout prix, nous oublions que l’avenir se nourrit de lentes fécondations, que la vie, l’amour, les enfants, la foi grandissent pas à pas, en un lent mûrissement.

Voilà ce que Noël vient nous rappeler : Dieu inscrit son agir dans le temps. Sa venue comble nos attentes, mais en les débordant et nous laissant insatisfaits. Et Dieu toujours attendu.

Le Rabbi Schlomo, un grand maître juif, racontait : « Sachant d’après le Talmud qu’il suffit que tous les hommes se repentent pour que le Messie arrive, je décidai d’agir sur eux. J’étais sûr d’y parvenir. Mais où commencer ? Le monde est si vaste. Je commencerai par le pays que je connais le mieux ; le mien. Mais il est énorme, mon pays. Bon, je commencerai dans la ville qui m’est la plus proche ; la mienne. Mais elle est grande, ma ville, je la connais à peine. Soit, je commencerai dans ma rue. Non : ma maison. Non : ma famille. Bon, je commencerai avec moi-même. »

La vraie crèche où vient naître le Messie, c’est notre cœur. C’est là que le monde nouveau commence. Joyeux Noël !

Abbé Marcel Villers

4ème dimanche de l’Avent Va vers le pays que je te montrerai (2)

« La vierge concevra et mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel. »
Dieu accomplit sa promesse mais par une voie déconcertante. Déconcertante pour nous, bien sûr. Mais surtout pour Marie, dont on se souvient de la question posée à l’Ange : « comment cela peut-il se faire ? »
Et déconcertante tout autant pour Joseph, à qui elle est promise. Leur projet de couple est anéanti.
Que va faire Joseph devant cet inattendu ?

Comme Joseph, nous sommes invités à faire des choix, à prendre nos responsabilités. Nos projets, nos rêves, nos réalisations, Dieu vient les bouleverser. Dans l’Église, il y a des choix à faire pour vivre le présent sans nous laisser écraser par le passé. Cessons de gémir sur cette Église qui hier, au temps de notre enfance ou de notre jeunesse, était si florissante.
Nous en avons plein les yeux et les souvenirs de cette vitalité et des nombreuses activités que notre paroisse proposait : le Cercle, ses réunions, ses fêtes, le théâtre, le Patronage ; les processions de la Fête-Dieu ; les offices religieux solennels et les assemblées nombreuses ; les conférences et les prédicateurs étrangers ; la Ligue du Sacré-Cœur et le Tiers-Ordre ; les mouvements de jeunesse et les groupes de catéchisme. Et puis, il y avait un curé et un vicaire à Theux, un curé dans chacune des huit paroisses qui forment aujourd’hui l’unité pastorale.

Tout cela, c’était hier, et comme notre enfance, ce temps-là ne reviendra pas. Il faut faire son deuil, écrit notre évêque dans la lettre qu’il nous adresse. Méditons l’exemple de saint Joseph. Il doit faire son deuil d’une vie de couple ordinaire, faire son deuil d’un mariage traditionnel. Voilà que Dieu bouleverse ses projets et ses rêves.
En juif pieux, en homme juste, il ne se reconnaît pas digne d’approcher Marie, encore moins de « prendre chez lui Marie » et le fils qu’elle porte. Joseph ne peut que s’effacer, se retirer devant l’œuvre de Dieu. D’où sa décision : se séparer de Marie, laisser ainsi tout le champ à Dieu. « Il avait formé ce projet lorsque l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit ; Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse. » Contrairement à la décision que Joseph avait prise, Dieu lui demande d’entrer dans la réalisation de son dessein.
Pour la deuxième fois, Joseph doit renoncer à son projet, à sa décision, à sa vision des choses.

« Il y a des choses à ne plus faire, des habitudes à abandonner », écrit notre évêque. Mais « on a toujours fait ainsi », diront certains. Peut-être, mais ce n’est pas une ligne de conduite pour un chrétien. L’histoire des hommes comme l’histoire sainte n’est pas faite de répétitions, de routines. Même la nature aujourd’hui n’est plus régie par des cycles qui reviennent inchangés chaque année. Ne disons-nous pas souvent : « Il n’y a plus de saisons » ! Le retour perpétuel des mêmes choses, le dicton « Rien de nouveau sous le soleil », ne sont plus pertinents pour comprendre le monde qui est désormais le nôtre, changeant, surprenant et tout autant décevant et décourageant les meilleurs. En tous cas, cela nous enseigne qu’il n’y a pas de fatalité qui pèse sur nous et nous entraînerait vers la résignation ou la nostalgie d’un temps répétitif qui n’est pas.

Nous vivons et sommes les acteurs d’une histoire dont les événements nous provoquent à la responsabilité, à prendre le présent et l’avenir en mains. Comme pour Joseph, l’événement bouleverse nos plans, notre routine. Bref, nous fait sortir de notre sommeil. Il faut réagir, écrit notre évêque, et « regarder avec des yeux attentifs et bien ouverts les lieux et les activités qu’il convient d’abandonner pour se consacrer vraiment aux nouveaux appels et besoins. »

Mais concrètement, quels sont les appels nouveaux qui sont à honorer ? Que signifie faire Église aujourd’hui, ici à Theux, avec les moyens qui sont les nôtres ?
Vous avez la parole. Dites au CUP, au curé, à l’évêque comment vous voyez les choses. L’avenir est entre vos mains.

Abbé Marcel Villers