Le baptême du Seigneur et le nôtre aujourd’hui

Baptisés comme Jésus

Il y a un événement capital dans la vie d’un homme. Une sorte de nouvelle naissance qui le fait accéder à l’autre monde, celui de l’esprit, celui de Dieu. C’est ce qui se passe au baptême de Jésus.
« Voici que les cieux s’ouvrirent et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. »
Ce moment est expérimenté, vécu, comme un passage d’un monde à l’autre, d’une vie à une autre. Ce passage est signifié, chez les chrétiens, par le baptême. Comment, à l’intérieur de l’être ancien que nous sommes, pourrait surgir la vie nouvelle ? C’est que « ce qui est né de la chair est chair », c’est-à-dire faible, périssable, mortel éphémère. « Il vous faut naître d’en haut », répond Jésus.

C’est ce qui s’est passé pour lui : « Dès que Jésus fut baptisé, l’Esprit de Dieu descendit sur lui. » L’homme nouveau, il ne naît « ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme », mais de l’Esprit.

En 2018, 44 850 baptêmes ont été administrés en Belgique, ce qui correspond à 38 % de baptêmes par rapport aux naissances de l’année. A Theux, entre novembre 2019 et octobre 2020, autour de 60 naissances sur la commune ; entre mars et décembre 2021, 37 baptêmes, donc un peu plus de 50% et plus ; il faut tenir compte de la pandémie et du report de nombreux baptêmes de 2020 à 2021 suite à l’interdiction des célébrations des sacrements. Bref, nous pouvons raisonnablement estimer qu’un peu plus d’un enfant sur deux est aujourd’hui baptisé.

Il faut ajouter que les baptêmes de jeunes et d’adultes ne cessent d’augmenter. En 2020, ils ont été 305 en Belgique, soit le double par rapport à 2010.

Cette situation peut se comprendre. La demande ou non de baptême renvoie à la foi des parents et à leurs motivations. Pour les uns, « cela ne peut pas faire de mal » ; pour d’autres, de plus en plus nombreux, s’exprime le souci de permettre à l’enfant de choisir plus tard par lui-même d’adhérer ou non à l’Église catholique.
Hier, à l’époque où la mort des nouveau-nés était relativement fréquente, le baptême  devait avoir lieu le plus tôt possible après la naissance, afin d’éviter que, mort sans baptême, l’enfant n’aille dans les « limbes ». Ces limbes ont été définitivement rayées de la foi de l’Église. Mais les traditions ont la vie dure et surtout l’information des nouveautés théologiques ne suit pas. Cette précocité traditionnelle donnée au baptême se justifie par l’idée que le baptême est un sacrement réservé aux enfants. Du coup, baptême et décision personnelle ne sont pas compatibles. En effet, choisit-on de naître ? Pourquoi pourrait-on choisir d’être baptisé ?
Aujourd’hui, du point de vue théologique comme pratique, le baptême est vu comme la conséquence d’une décision personnelle, d’un choix conscient. On ne naît pas chrétien, on le devient. L’Eglise s’en réjouit et, face à cette nouvelle donne, elle propose à qui veut devenir chrétien tout un cheminement, un accompagnement pour entrer progressivement dans la foi et la vie chrétiennes. Cet itinéraire se nomme le catéchuménat et conduit aux trois sacrements qui font le chrétien : baptême, confirmation, eucharistie.

Tout ce processus constitue l’initiation chrétienne. Aux premiers siècles de l’Eglise, comme dans les pays de mission, on a toujours considéré que devenir chrétien nécessitait un temps assez long d’apprentissage et d’enseignement car il faut passer d’un monde à un autre. Sans environnement et pratique chrétiennes dans son milieu familial, sans un vécu en communauté paroissiale, sans une connaissance des contenus de la foi, l’adulte comme l’enfant qui demande le baptême est comme l’étranger qui demande la nationalité. Il doit accepter un parcours d’initiation à la foi et à la vie chrétienne en Église, ponctué d’étapes célébrées liturgiquement en paroisse.

Le contexte culturel dans lequel nous vivons ne porte pas à la foi, de sorte qu’il ne suffit plus, pour faire un croyant, de le baptiser et de l’enseigner sur les vérités de la foi. Il faut, en outre, lui assurer un milieu de formation, adapté à son âge, au sein duquel il pourra se préparer au baptême par une maturation progressive de sa foi, une démarche authentique de conversion et un apprentissage véritable de la vie chrétienne. Une telle démarche, parce qu’elle ne peut être que progressive, demande du temps. C’est la fonction du service diocésain du catéchuménat créé dans chaque diocèse.

Réjouissons-nous, il n’y a pas qu’une porte d’entrée dans la vie chrétienne et l’Église. Merci à celles et ceux qui dans notre UP assurent ce service d’accueil et d’accompagnement. Ils travaillent pour demain.

Abbé Marcel Villers

Homélie : Nouvel-An 2022

De l’ancien faire du neuf

« Comment un homme pourrait-il naître s’il est vieux ? Pourrait-il entrer une seconde fois dans le sein de sa mère et naître ? » Comment, à l’intérieur de l’être ancien que nous sommes, pourrait surgir la vie nouvelle ? Comment de l’année ancienne qui s’est écoulée pourrait naître une nouvelle ?
« Il vous faut naître d’en haut », répond Jésus.

2 janvier 2022. En route pour la synodalité. Theux en UP

La période du Nouvel-An, c’est traditionnellement le temps des bilans et des résolutions. Je voudrais, au seuil de la nouvelle année, tenter la chose à propos de notre vie en Église.
« Marcher ensemble », en grec « synode », telle est la démarche qui nous est proposée pour l’année qui s’ouvre.
L’Église, ce n’est pas un déjà là, une institution où l’on entre, une organisation dont on devient membre. L’Église, c’est un projet, un faire, un agir. C’est marcher ensemble sur la voie, la route tracée par le Christ. Marcher, non pas chacun pour soi, mais ensemble.
Marcher ensemble, ce n’est pas ce que donnent à voir nos assemblées. Les contraintes sanitaires les ont transformées en un groupe dispersé, chacun à distance de l’autre et distribué plic-ploc dans un espace trop grand pour un si petit nombre. Est-ce là un accident passager dû à la pandémie ? Ou est-ce tout simplement le reflet de notre façon de vivre l’Église ?

En tous cas, c’est l’exacte image de la situation de notre Église dans l’espace géographique et social de notre commune, plus largement de notre pays. L’organisation en paroisses a laissé place à quelques îlots où vivent des chrétiens, un petit reste menacé de disparition s’il vit isolé. Ce qu’on appelait la civilisation paroissiale, un territoire peuplé d’âmes gouverné par un curé, a disparu. Nous sommes devant un archipel où subsistent disséminés de petits groupements de chrétiens.

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Homélie : dimanche de la Sainte Famille 2021

Theux. Dimanche de la Sainte Famille
Luc 2, 41-52

A ses parents qui l’ont cherché partout, pendant trois jours, Jésus répond : Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? 

Parole obscure, étrange, et pourtant capitale. C’est la première parole que Jésus prononce selon l’évangile de Luc. Parole lourde de sens et révélatrice de toute la destinée de Jésus.
ll me faut être chez mon Père. Et pourtant, parole déconcertante. Ses parents ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il y a une énigme, un mystère Jésus. C’est celui de sa personne. Dans l’évangile, tout tourne autour de cette question qu’est Jésus lui-même : « Qui est-il ? D’où vient-il ? » ll me faut être chez mon Père.
Jésus suggère ainsi que son lieu, sa demeure, est ailleurs. Il n’est pas d’ici. Mais alors, d’où est-il ? Le lieu de Jésus, sa demeure, c’est le Père. C’est là qu’il faut le chercher. C’est de Dieu qu’il vient et c’est en Dieu qu’il demeure. Voilà son secret. Qui suscite la stupéfaction de ses parents : ils furent frappés d’étonnement. Qui donc est leur enfant ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? 

Cet enfant de Noël, pour le connaître, il faut chercher là où il est. Dans l’intimité de Dieu même, son Père. Le mystère de Jésus, il est là.

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Où est-il ton Dieu ? – Homélie pour le jour de Noël

Où est-il ton Dieu ?

Voilà ce que nous crient nos amis, voilà ce qui gémit en notre cœur.

Depuis deux ans, nous subissons la propagation par vagues de la covid, cet agent invisible et mystérieux qui tourne autour de nous, nous assaille sans que nous nous rendions compte et on se retrouve, sans savoir pourquoi, les uns épargnés, les autres infectés, hospitalisés et mêmes décédés. Pourquoi elle ou lui, et pas moi ? En plus de l’effroyable des faits, la culpabilité du survivant.

Où est-il ton Dieu ?

Nul ne se sait à l’abri, que ce soit réfugié dans la solitude de son domicile ou d’un home, au télétravail à la maison ou respirant le grand air de la campagne.

Confinement, restrictions de circulation, suspicion de toute rencontre un peu chaleureuse, pas d’approche sensible, pas de proximité, chacun est condamné à lui-même.

Où est-il ton Dieu ?

Comme si ce n’était pas assez, la colère de la Hoëgne a anéanti combien de maisons, de biens et surtout de vies, submergées par les flots et se retrouvant sans rien, dans le vide, le désespoir et une dépendance totale, sans ressources, sans domicile, sans avenir. Pourquoi moi, pourquoi ?

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