Art et foi : saint Matthias 24 (25) février

SAINT MATTHIAS

Un des Douze Apôtres, élu après la mort de Jésus pour remplacer Judas. (Ac 1, 16-26) Fêté le 14 mai, anciennement le 24 ou 25 février. Patron des charpentiers et bouchers.

Attributs : Représenté avec une hache, Matthias est traditionnellement considéré comme ayant subi le martyre par décapitation par un soldat romain.

Matthias n’apparaît qu’après l’Ascension et juste avant la Pentecôte. Il fallait alors remplacer Judas Iscariote et compléter le groupe des Douze (Ac 1, 25). Le critère du choix à faire : quelqu’un qui fût l’un des disciples de Jésus tout le temps de sa vie publique, « depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. » (Ac 1, 21-22) L’objectif clairement exprimé est double. Un : que le disciple choisi devienne, avec les apôtres, témoin de la résurrection de Jésus (Ac 1,22). Deux : compléter le groupe des Douze, ce qui signifie que les apôtres étaient conscients d’appartenir à un collectif, un collège explicitement établi par Jésus pour continuer sa mission. Leur nombre, douze, était sacré, symbole du nouveau peuple de Dieu bâti sur les Douze Apôtres comme Israël l’était sur les douze fils de Jacob. (Ac 1, 25)
La méthode est celle du tirage au sort, réputé équivalent à une désignation par le Saint-Esprit. Deux candidats remplissaient les conditions :  « Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias. » (Ac 1,23) Et « on tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze apôtres.» (Ac 1, 26)

Abbé Marcel Villers
Illustration : panneau du plafond de la nef de l’église de Theux 1630

Clés pour lire l’évangile de Jean : 15. L’ami Lazare

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Après quatre premiers signes attribués à Jésus par Jean, nous lisons aujourd’hui le cinquième et le plus explicite, donnant la clé du destin de Jésus : Jn 11, 1-45. Le carême aboutit au mystère pascal qui fait l’être chrétien : avec le Christ passer par la mort à la résurrection.

15. L’ami Lazare

Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra. (Jn 11,25)

Comme Lazare, nous sommes des morts murés dans leur tombeau. « Je vais ouvrir vos tombeaux et je vous en ferai sortir », promet le Seigneur par la bouche d’Ezéchiel. Et Jésus de réaliser la promesse : « Lazare, viens dehors ! » (11, 43) Nous sommes au cœur de la foi chrétienne que nous célébrons à Pâques. Mystère central pour comprendre ce qu’est l’homme, ce qui nous est promis par le Christ et nous est obtenu par la foi : « Je suis la résurrection et la vie. Crois-tu cela ? » (11, 25)

« Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. » (11, 25) Lazare était mort et il est ressuscité par la parole de Jésus. Ressuscité ou plutôt ramené à la vie. A cette vie. Car Lazare devra mourir une seconde fois. Et, au terme de ce monde, il connaîtra la résurrection définitive. Il y a donc plusieurs morts et plusieurs résurrections. Pour le christianisme, mort et résurrection rythment l’existence humaine et non seulement sa phase terminale. C’est tous les jours qu’il nous faut mourir et ressusciter, nous réveiller, nous libérer. Le sens, le but de toute vie chrétienne : mourir et ressusciter avec le Christ.

Lazare et ses sœurs

Le nom de Lazare est assez commun au premier siècle ; c’est une forme abrégée de Éléazar, qui signifie « Dieu est secourable ». C’est le nom du frère de Marthe et Marie de Béthanie, village situé sur le flanc oriental de la colline du mont des Oliviers, à 3-4 km de Jérusalem, près de la route qui descend de Jérusalem vers Jéricho. Cela explique la présence de nombreux Juifs venus de Jérusalem consoler les deux sœurs. Marthe apparaît dans tout ce récit comme le répondant féminin du « disciple que Jésus aimait », la disciple par excellence, le type du croyant parfait. Au verset 5, Marthe est nommée la première parmi ceux que Jésus aimait, c’est-à-dire parmi ses disciples. Elle proclame le credo de base, la foi de l’Église : « Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde. » (11, 27) (ACEBAC, Les Évangiles, 1983)

Abbé Marcel Villers

Carnet de Carême, compagnon des dimanches B – 1

Carême 2021
Guérir l’homme et le monde

Le Carême est un chemin de conversion et donc de guérison. « La pandémie, écrit le pape François, continue à provoquer des blessures profondes, en dévoilant nos vulnérabilités. » La contagion, la maladie, la souffrance, la mort forment notre paysage et l’incertitude notre horizon.

Le chemin du Carême nous engage à fixer à nouveau le regard sur Jésus et dans cette foi accueillir l’espérance, celle du Royaume de guérison et de salut.

Renouvelons notre foi, notre espérance et notre charité pour « transformer les racines de nos maladies physiques, spirituelles et sociales. Nous pourrons guérir en profondeur les structures injustes et les pratiques destructrices qui nous séparent les uns des autres, menaçant la famille humaine et notre planète » (Pape François, Catéchèse, 5-8-2020).

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Clés pour lire l’évangile de Jean : 14. Aveugle-né

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Après les trois premiers signes, nous lisons aujourd’hui le quatrième accompli par Jésus à Jérusalem : Jn 9, 1-41. Que le temps du carême nous délivre de tous nos aveuglements et renouvelle notre foi en Celui qui est lumière et vie !

14. Aveugle de naissance

Va à Siloé et lave-toi. J’y suis allé et je me suis lavé ; alors, j’ai vu. (Jn 9,10)

« En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. » (9,1) Cet homme qui ne voit pas, Jésus le voit. En lui, il ne regarde pas seulement l’infirme avec sa misère, il reconnaît tous les hommes, et nous en sommes, aveugles de naissance qui ne parviennent pas à voir clair dans ce monde et restent obstinément prisonniers de leur univers de ténèbres. Qui peut guérir nos yeux ? Qui peut illuminer nos ténèbres ? « Je suis la lumière du monde. » (9,5) L’initiative est à Jésus. « Il cracha à terre et avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle. » (9,6) Surprenant : Jésus commence par le rendre plus aveugle encore.

Doublement enfermé dans sa nuit, l’homme se met en marche sans hésitation sur la parole entendue : « Va te laver à la piscine de Siloé ». Il a entendu et obéit à la parole de Jésus. Voilà la foi qui illumine la vie. « Crois-tu au Fils de l’homme ? Qui est-il, Seigneur ? Tu le vois, c’est lui qui te parle. Je crois, Seigneur ! » Pour nous aussi, loin du Jésus terrestre, le Seigneur, c’est celui qui nous parle.

Une figure du baptême

A Rome, comme à Milan, au IVe s., l’épisode de l’aveugle-né faisait partie des lectures liturgiques du carême, temps de formation intensive avant le baptême qui a lieu lors de la vigile pascale. Le récit, qui faisait peut-être déjà allusion au baptême dans l’évangile de Jean, est au IIe s. une évidente figure baptismale pour saint Irénée. Ce qui à l’origine n’est qu’un bain d’yeux est devenu « le bain de la régénération », c’est-à-dire le baptême. « En donnant l’ordre de se laver dans la piscine de Siloé, il nous montre le salut par l’eau que l’Envoyé, Siloé, a donné à tous. » La guérison de Siloé dit bien l’illumination baptismale, comme le souligne Éphrem de Nisibe : « En la piscine de Siloé, l’aveugle se lava et s’ouvrit ; dans l’eau ses yeux s’illuminèrent, de dessus eux enlevant la nuit : vous dépouillez l’ombre invisible, dans l’eau vous vêtez la lumière ! » (Martine DULAEY, Symboles des Évangiles, 2007)

Abbé Marcel Villers