Année Famille Amoris Laetitia n°3

Spiritualité matrimoniale et familiale

« Aucune famille n’est une réalité céleste et constituée une fois pour toutes, mais la famille exige une maturation progressive de sa capacité d’aimer » (Amoris laetitia, désormais « AL », n° 325). C’est la clé de tout le texte. Il faut cesser de rêver à une famille parfaite, à un modèle définitif qu’il faudrait atteindre. La famille, comme l’amour, on n’en est jamais au bout. On n’a jamais fini d’aimer, l’amour est infini et toujours susceptible d’accroissement. Par nature, l’amour ne peut être qu’une réalité en développement, et sans fin assignée. Ainsi la famille, un des lieux majeurs de réalisation de l’amour, ne cesse de progresser, de mûrir.

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Histoire des missions : 19. Les prêtres-ouvriers

19. Les prêtres-ouvriers

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, la découverte de la déchristianisation de l’Europe va provoquer la transformation missionnaire de la vie de l’Église qui va s’illustrer par le mouvement des prêtres-ouvriers.  Il s’agissait pour eux de « sortir » d’une Église confortable et se déplacer dans le monde du travail. Être au plus près des ouvriers, partager leurs conditions de vie, manifester ainsi leur solidarité au nom de l’Évangile. Missionnaires, ils l’étaient non par une volonté de conquête, mais par le partage de vie, l’être-avec, le déplacement vers les périphéries sociales.

Un Verviétois, Charles Boland (1895-1974), est ordonné prêtre en 1921 et affecté comme professeur à l’Institut technique Saint-Laurent à Liège. Pour perfectionner ses connaissances pratiques, il fait un premier stage dans une usine de textile, ensuite dans une fonderie verviétoise, puis d’autres échelonnés sur dix ans. De ce fait, Charles Boland devient le premier prêtre à faire l’expérience du travail en usine. Il veut aller plus loin et se faire prêtre-ouvrier, partager les conditions de vie du monde ouvrier. Ce n’est qu’en 1942 que l’évêque l’y autorise. Il entre comme tronçonneur à Tubes-Meuse, à Flémalle. En 1946, un autre Verviétois, Armand Jaminet, capucin, que sa captivité en Allemagne a sensibilisé au problème ouvrier, entre au Val Saint Lambert, à Seraing, comme tailleur de cristaux. Le 29 décembre 1946, à Banneux, l’abbé Charles Boland, Damien Reumont et Pierre-Baptiste, capucins, tous trois ouvriers dans des usines de Flémalle, ainsi que quatre laïcs font acte de consécration en tant que « Missionnaires-ouvriers » à Notre-Dame de Banneux. Ils prendront bientôt le nom d’Ouvriers de la Vierge des Pauvres. Ils s’engagent « à revêtir la salopette, à prendre les outils, à descendre dans la bure (puits de mine), bref à vivre à l’usine la même vie que leurs frères ouvriers, à courir les mêmes dangers que lui, à ressentir les mêmes souffrances. » (Revue Banneux-N.D., 1947, janvier-février, n°6, p.12-14).

La signification spirituelle, sacerdotale, de leur présence est bien exprimée par l’abbé Boland : « Je viens à l’usine comme délégué principal de la communauté devant Dieu. Je viens lui offrir toutes les grandeurs du Travail, valoriser ainsi cette immense richesse perdue jusqu’ici. Je viens surtout intercéder et, encore plus, être l’adorateur, porte-parole silencieux de la communauté du travail de mon usine. » L’image ci-joint (Ed. des Ouvriers de la Vierge des Pauvres-Banneux, C.D.L.) illustre bien cette mystique.

En conclusion, « les prêtres au travail, écrit Charles Boland, ne sont pas de simples instruments apostoliques à la manière du sel tombant dans la soupe. Ils pénètrent dans le monde ouvrier avec le plus grand respect ; ils se contentent d’une présence très humble, d’une présence qui est partage complet de la condition ouvrière. Vivre en même temps l’Évangile avec les ouvriers. Pour finir, cette vie avec eux cherche à faire reconnaître que le Christ vit déjà en eux. » (Durée percée, 1968)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 28. L’heure

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Au terme de sa vie, Jésus prie pour ses disciples :  Jn 17,1-26.

28. L’heure de Jésus

J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. (Jn 17,6)

« Père, l’heure est venue. » (17,1) A l’heure où il voit venir sa fin dernière, Jésus est en prière, tourné vers le Père du ciel. Il accueille son heure, celle de sa mort, comme celle d’une révélation : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie. » (17,1) Cette heure est le sommet de toute sa vie, ce pourquoi il est venu en ce monde, à savoir révéler qui est Dieu, c’est-à-dire, dans le langage de saint Jean, le glorifier. « Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais confiée. » (17,4)

« Je prie pour eux, pour ceux que tu m’as donnés. » (17,9) Les disciples ont été mis à part pour être envoyés dans le monde y poursuivre l’œuvre de Jésus. Mais le monde les a pris en haine. « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais, pour que tu les gardes du Mauvais. » (17,15) Puis Jésus prie pour tous ceux qui croiront : « Qu’ils soient un, comme nous sommes UN ». (17,22)

Dans le monde et pas du monde

« Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par la langue, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, et leur genre de vie n’a rien de singulier. Ils habitent dans toutes les villes du monde ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence. » Autrement dit, les chrétiens sont dans le monde, même s’ils ne vivent pas selon le monde. « Ils passent leur vie sur terre, mais ils sont citoyens d’une autre patrie. » Leur vraie demeure, c’est le Christ. Ils obéissent aux lois établies par la cité, mais leur manière de vivre tire sa source d’une autre loi, celle du Père. Les chrétiens ne sont pas des marginaux. Loin de déserter le monde, ils en sont en quelque sorte « l’âme ». Partout présents dans le corps social, ils y sont aussi invisibles qu’est l’âme. (Extraits d’un vieux texte des premiers siècles, entre 130 et 200, l’épître à Diognète.)

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI : Mois de mai, mois de Marie

LA VIERGE SERVANTE

Marie, la mère de Jésus, est un personnage souvent cité (16 fois) dans les évangiles ; elle intervient surtout dans les « Évangiles de l’enfance » (Mt 1-2 ; Lc 1-2). Elle est, en effet, au cœur du mystère de l’Incarnation.

Description du panneau

Marie est debout, la tête inclinée sur l’épaule droite, les yeux tournés vers le bas. Les deux mains sont croisées sur la poitrine. Elle porte une robe rouge et un manteau bleu qui couvre tout le corps.

Au premier abord, cette image de Marie ne représente aucune scène évoquée par les évangiles ou les dogmes. Néanmoins, certaines caractéristiques de cette peinture peuvent conduire à identifier le message que voulait transmettre l’artiste de 1871, car ce panneau, œuvre de Helbig (1821-1906), fut ajouté alors, au plafond de l’église de Theux, pour remplacer un autre détérioré.
Les attitudes prêtées ici au personnage de Marie sont significatives. Marie a la tête inclinée et les yeux baissés ; cette attitude exprime l’humilité, un des traits classiques de la Vierge Marie. Cette humilité va de pair avec une acceptation ou soumission à la volonté divine qui est indiquée, depuis le XIVe s., par les deux mains croisées sur la poitrine. « Les mains croisées sur la poitrine sont un schéma iconographique équivalent symbolique de l’assentiment respectueux face à une situation ; ce geste peut ainsi exprimer la soumission intime et profonde du personnage à une autorité de nature spécifiquement spirituelle et divine qui, au moment où elle se révèle, est acceptée comme une puissance absolue. En effet, les mains sont croisées au niveau du cœur, ce qui implique une lecture essentiellement liée à des valeurs transcendantes et mystiques ; ce geste souligne que, pour la personne, c’est la sphère sentimentale et affective qui domine. Dans la peinture sacrée, on la retrouve fréquemment chez les personnages féminins, telle la Vierge. Ainsi, en croisant ses mains sur sa poitrine, la Vierge témoigne de sa soumission à Dieu et de son profond respect au Tout-puissant. » (Eva LANDO, Les expressions du corps. Parcours de visite, in www.museefesch.com)
La couleur des vêtements portés par Marie est assez lisible. A partir du XIIe siècle, on revêt la Vierge d’un manteau ou d’une robe de couleur bleue. Car le bleu c’est le ciel, le monde du divin. Ici, elle porte aussi une robe rouge. Le bleu et le rouge signifient la dialectique du céleste et du terrestre que suppose le mystère de l’incarnation.

Abbé Marcel Villers
Illustration : plafond de l’église de Theux 1871
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