Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 44. la dernière

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 20, 1-16 du 25e dimanche ordinaire.

44. La dernière heure

« Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi. » (Mt 20, 14)

A la onzième heure, le maître sort et trouve des hommes qui sont là, désœuvrés. Il s’interroge sur leur sort : « Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ? Parce que personne ne nous a embauchés, répondirent-ils » (20, 6-7). Le maître est touché par leur situation : personne n’a voulu d’eux. Voilà qui émeut le maître car c’est un homme bon. Il veut les sortir de là : « Allez, vous aussi, à ma vigne. » (20, 7)

Au moment de la paie éclate le conflit causé par la bonté. Deux logiques s’affrontent que Jésus va connaître tout au long de sa vie publique. Mais est-ce une question de logique ou de regard ? Les uns disent : « Tu les traites à l’égal de nous. » (20, 12) Jésus répond : « Ton regard n’est-il pas mauvais parce que je suis bon ? » (20, 15) Autrement dit, « ne devrais-tu pas te réjouir que Dieu soit si bon pour ces derniers ? » Le Royaume de Dieu arrive quand les premiers se réjouissent de voir les derniers traités aussi bien qu’eux.

Horaire

Dans la Palestine du temps de Jésus, comme chez les Romains, le jour était divisé en douze heures quelle que soit la saison. Elles couvraient la durée allant du lever au coucher du soleil. La durée de l’heure variait en fonction de la saison. On avait ainsi une variante de plus ou moins vingt minutes par heure selon la saison. Ainsi, l’heure minima (23 déc.) était de 44 min. 30 s ; celle de l’heure maxima (25 juin) de 75 min. 30 s. Un seul point fixe quelles que soient les saisons : midi où toujours commençait la septième heure. Si en été, la première heure était vers 6h, elle était vers 7h30 en hiver, mais la septième était toujours à midi.

Dans la parabole, le maître de la vigne sort dès le matin, soit à la première heure, vers 6h, car on est vraisemblablement en été puisqu’il s’agit de soigner la vigne ou de vendanger. Puis il sort successivement à la troisième heure, à la sixième, à la neuvième, et à la onzième heure. La nouvelle traduction liturgique remplace ces mentions par leur correspondance approximative avec notre horaire.

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI. Saint Corneille le 16 septembre.

CORNEILLE (IIIe s.)

Pape de 251 à 253. Martyr. La tradition unit Corneille et Cyprien dans une même fête, le 16 septembre.
Le saint est représenté en habits épiscopaux ou pontificaux et avec les insignes propres au pape comme la tiare et la croix à trois branches. Par assonance avec son nom, l’attribut principal du saint est une corne, soit de chasse, soit de bovin, animal avec lequel il est souvent représenté.

Saint Corneille est invoqué par les agriculteurs et éleveurs, contre les convulsions que ce soient des bovins et bêtes à cornes, mais aussi, selon les régions, d’autres animaux de ferme. Il est aussi prié au profit des humains contre des formes de convulsions comme le « mal caduc » (ergotisme convulsif) ou « le haut mal » (épilepsie) qui seront désignés sous le nom de « mal de saint Corneille ».

Corneille, descendant probable de la gens Cornelia, fut élu pape en 251, après une vacance de quinze mois due à l’hostilité de l’empereur Dèce (248-251) qui ne supportait pas un évêque à Rome. Après la persécution de 250, la question importante fut de savoir comment traiter les apostats. Cyprien, évêque de Carthage, mit son influence au service de Corneille qui, comme lui, accordait le pardon aux coupables repentants, refusant au nom de l’accueil universel, une Église de purs. De ce fait, Corneille et Cyprien se lièrent d’une étroite amitié.
Fin 252, une terrible peste s’abattit sur l’empire et les païens en accusèrent les chrétiens. L’empereur Gallus (251-253) rouvrit les persécutions et le pape Corneille fut le premier arrêté, ce qui provoqua la manifestation de nombreux chrétiens. Du coup, on se contenta de l’exiler à Civitavecchia où il mourut l’année suivante (253). Mort en exil, il fut considéré comme martyr.

La dévotion à Saint-Corneille se répandit dans nos régions depuis l’antique abbaye de Kornelimünster (en français : monastère de Corneille). Fondée vers 814 par les Carolingiens dans les environs d’Aix-la-Chapelle, cette abbaye développa, à partir du XIIe s., pèlerinage et vénération des reliques de saint Corneille dont elle possédait le crâne depuis le IXe s. On connaît les relations et échanges de reliques entre Kornelimünster et Stavelot, comme entre Stavelot et Theux qui pourrait avoir reçu, dans ce cadre, une relique de saint Corneille.

Des reliques sont vénérées à Theux après la messe lors d’un triduum annuel, dont on trouve mention fin XIXe s. (1894 avec le curé Corneille Petit) jusqu’au premier tiers du XXe s. où la fête de saint Lambert (17/09) semble réduire celle de saint Corneille, la veille, à une messe en mémoire du curé Corneille Petit.

Abbé Marcel Villers
Illustration : panneau du plafond de la nef de l’église de Theux (1630)

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 43. Combien ?

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 18, 21-35 du 24e dimanche ordinaire.

43. Une question de nombre

« Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? » (Mt 18, 21)

Au roi, on amène un serviteur qui lui doit 60 millions de pièces d’argent. Autant dire que sa dette n’a pas de prix. Il est tout simplement insolvable. N’est-ce pas ainsi que nous nous situons vis-à-vis de Dieu : nous lui devons tout, la vie, l’être, tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Notre dette à l’égard de Dieu n’est pas une dette fautive ou de coupable. Il ne s’agit pas ici de faute ou de péché. Nous avons à son égard une dette d’existence. Nous ne nous sommes pas créés tout seuls, tout nous est donné.

Qui peut payer une telle dette ? Par rapport à Dieu, l’être humain est insolvable : nous ne pourrons jamais lui rendre tout ce que nous lui devons. Et pourtant, annonce Jésus, le serviteur peut s’en aller, libre de toute dette. Il ne doit plus rien. Telle est la bonne nouvelle. Nous avons tout reçu de Dieu, mais nous ne lui devons rien. C’est gratuit. « Je t’ai tout donné, nous dit Dieu, c’est de tout cœur. Et tu ne me dois rien. » Quelle libération !

 70 fois 7 fois

La question de Pierre est fondamentale : y a-t-il une limite au pardon ? Les rabbins, au temps de Jésus, recommandaient de pardonner jusqu’à 4 fois. Et chez les chrétiens ? Il leur fallait se situer par rapport aux Juifs, avoir des règles claires pour régir la vie en communauté, ce qui est un des principaux soucis de Matthieu pour son Église. Pierre propose de pardonner jusqu’à 7 fois. D’un premier abord, Jésus semble s’inscrire dans le même ordre d’idée : donner une limite au pardon : « Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois. » (Mt 18, 22) Voilà qui fait allusion aux chiffres évoqués pour la vengeance. « Caïn est vengé 7 fois. Lamech le sera 77 fois ». (Gn 4, 24) Par une multiplication qui joue sur le nombre 7 (nombre parfait), ces expressions signifient en réalité : sans limite.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 42. L’escalade

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 18, 15-20 du 23e dimanche ordinaire.

42. L’escalade
« Si ton frère a commis un péché contre toi… » (Mt 18, 15)

C’est une véritable escalade que l’évangile propose en quatre étapes :
si ton frère a péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute
s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes
s’il refuse de les écouter, dis-le à la communauté de l’Église
s’il refuse d’écouter l’Église, considère-le comme un païen.

La gradation semble adaptée à de nombreuses situations. Mais cela ne vaut que dans le cadre d’une communauté fraternelle. « Si ton frère a péché, va lui parler… s’il t’écoute, tu auras gagné ton frère » (18, 15). On se trouve dans un contexte où parler et écouter vont de soi, ce qui suppose des rapports personnels et chaleureux. Une réelle fraternité. Voilà qui nous indique la nature des relations entre chrétiens, disciples de Jésus. L’objectif est l’unité, la communion fraternelle. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (18, 20).

Le discours communautaire

Le quatrième grand discours qui structure l’évangile de Matthieu concerne la vie en communauté. Il ne s’agit pas d’un traité de droit canon, mais d’indiquer ce qui confère à la communauté des chrétiens son caractère propre. Il s’agit « d’une nouvelle manière de vivre ensemble et de se situer par rapport à Dieu. Matthieu se limite à deux options fondamentales qui lui semblent devoir animer l’Église et qui constituent les deux volets du discours du chapitre 18 : 1) l’Église porte une attention toute particulière aux petits (vv. 1-14) ; 2) elle doit apparaître comme une communauté de frères pratiquant le pardon (vv. 15-35). Chaque volet s’achève par une parabole : la brebis égarée (vv. 12-14) ; le débiteur sans pitié (vv. 21-35). » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991)

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI. Saint Augustin. 28 août

SAINT AUGUSTIN (354-430)
Évêque d’Hippone, proclamé docteur de l’Église par le pape Boniface VIII (1294-1303), en même temps que Jérôme, Ambroise de Milan et Grégoire le Grand.

Fêté le 28 août. Saint patron de l’église de Juslenville. Patron des imprimeurs et des théologiens.

Attributs
Mitre, crosse, gants, anneau, chape de l’évêque. A partir de fin XVe s., il est représenté tenant un cœur enflammé ou percé de deux ou trois flèches, qui rappellent qu’il est le « docteur de la grâce et de l’amour »

Augustin est né en 354 à Thagaste (Souk-Ahras, Algérie). Après une jeunesse mouvementée, un enseignement de la philosophie à Carthage, puis à Rome et Milan, il découvre le Dieu chrétien et reçoit, à 32 ans, le baptême à Milan des mains de saint Ambroise. Il a raconté son itinéraire et sa quête spirituelle dans les Confessions.
Après la mort de sa mère, sainte Monique, en 388, il rentre en Afrique du Nord, donne ses biens aux pauvres et consacre sa vie à Dieu entouré de quelques amis avec qui il vit en communauté de type monastique. Bientôt, il est ordonné prêtre, en 391, à Hippone (Bône ou Annaba, Algérie). Il se met au service direct de l’évêque à qui il succèdera en 395.
Il prêche chaque jour, enseigne et produit une quantité d’écrits qui demeurent une des sources de la théologie et font d’Augustin un des piliers de la pensée chrétienne en Occident. On peut citer les Confessions et la Cité de Dieu. Brillant exégète, surtout de saint Jean, il sera un adversaire résolu de Pélage et de Donat contre qui il défendra le primat de la grâce. Il produira aussi une des théologies les plus subtiles de la Trinité.
Il vécut une vie communautaire avec ses prêtres pour qui il rédigea une règle qui met au centre la charité et une forme de démocratie. La règle de saint Augustin servit de base, au Moyen-Âge à l’ordre des chanoines de saint Augustin, puis à de nombreux ordres nés à cette époque comme les Prémontrés, Croisiers, Dominicains, etc. Il meurt le 28 août 430 alors que les Vandales assiègent la cité.

Abbé Marcel Villers
Illustration : panneau peint, plafond de la nef de l’église de Theux (1630)