Clés pour lire l’évangile de Jean : 47. La source

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus enseigne dans le Temple : Jn 7, 37-8,1.

47. La source

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi » (Jn 7,38) 

Au dernier jour de la fête des Tentes, le grand jour, « Jésus debout, crie » (7,37). Cette mention marque l’importance de ce qu’il va dire, à savoir une parole de révélation qui utilise la métaphore de l’eau, un des symboles de la célébration de la fête. « Qu’il boive celui qui croit en moi. Comme dit l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (7,38). Et l’évangéliste d’ajouter : « il parlait de l’Esprit-Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »

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Clés pour lire l’évangile de Jean : 45. Messie

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus enseigne dans le Temple : Jn 7, 25-30.

45. Messie

Le Messie quand il viendra, personne ne saura d’où il est. (Jn 7,27) 

Jésus est « celui qu’on cherche à tuer » (7,25) et pourtant il est là, dans le Temple, à parler en public. « Les autorités l’auraient-elles reconnu comme le Messie ? » (7,26) si on le laisse s’exprimer aussi ouvertement. Vient alors l’objection principale : « Celui-là, nous savons d’où il est. Or le Messie, personne ne saura d’où il est. » (7,27)

Est ainsi posée la question de l’identité de Jésus : qui est-il ? d’où vient-il ? est-il le Messie ? Ces questions sont aussi les nôtres, celles de tout chrétien, celles de tout homme face à Jésus. Vient une première réponse de Jésus proclamée solennellement, dans un cri, au cœur du Temple, centre de la foi juive : « Je ne suis pas venu de moi-même, mais il est véridique celui qui m’a envoyé. » (7,28) La véritable origine de Jésus, c’est Dieu. Nul ne peut saisir qui est Jésus s’il ne connaît pas Dieu en vérité.

D’où vient le Messie

« L’argument de l’origine cachée du Messie a vraisemblablement joué un rôle dans le débat sur l’identité de Jésus entre les premières communautés chrétiennes et la synagogue. A en croire les interlocuteurs de Jésus et des chrétiens, l’origine du Messie – il s’agit là d’une tradition relativement tardive dans le judaïsme antique – demeure mystérieuse et cachée. Or, on connaît l’origine terrestre de Jésus : Nazareth en Galilée, ce qui suffit à le disqualifier. Mais d’un point de vue johannique, cet argument n’est pas recevable, car il est purement mondain. Seul Jésus lui-même connaît sa véritable origine en Dieu ; cette dernière demeure cachée aux êtres humains qui sont en dehors de la foi. » (Jean ZUMSTEIN, L’Évangile selon saint Jean, 2014)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 44. La Loi

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus enseigne dans le Temple : Jn 7, 14-24.

44. La Loi

« Comment cet homme qui n’a pas étudié est-il si instruit ? » (Jn 7,7)

Jésus étonne par sa science des Écritures, mais de quel droit peut-il enseigner ? Quelle est la source de son autorité ? « Mon enseignement n’est pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé » (7,16). Facile à dire. Mais celui qui connaît Dieu et sa volonté exprimée dans la Loi de Moïse « saura si cet enseignement vient de Dieu ou si je parle de moi-même » (7,17) Or parmi les auditeurs de Jésus, « aucun ne met la Loi en pratique » (7,19)

De la Loi, Jésus donne sa clef d’interprétation : le bien de l’être humain, telle est la finalité de la Loi comme de l’action de Jésus. Alors, « pourquoi vous emportez-vous contre moi parce que j’ai guéri un homme tout entier le jour du sabbat ? » (7,23) 

La fête des Tentes

« C’est l’une des trois fêtes de pèlerinage célébrées à Jérusalem (Dt 23,14). La fête durait huit jours, en septembre-octobre (Lv 23, 34-43). A l’origine fête des récoltes (Dt 23,16), elle était marquée par la construction de huttes de branchages dans les vignes et les vergers. A cette première signification qui célébrait le Dieu créateur, s’en ajouta une seconde, suscitée par l’histoire du salut : commémorer le séjour du peuple au désert qui s’y abritait sous des tentes (Lv 23,43-44). Enfin, la fête était liée à des attentes eschatologiques : Dieu allait venir séjourner au milieu des siens et tous les peuples monter en pèlerinage à Jérusalem (Za 14,16). On attendait donc une lumière perpétuelle (Za 14,7) et que les eaux vives sortent du Temple pour fertiliser la terre (Za 14,8). Chaque jour, une procession avec palmes allait puiser l’eau à Siloé, pour la verser sur l’autel du Temple. Le soir, de grandes illuminations avaient lieu dans la cour. L’eau et la lumière donnent le cadre et la portée des deux affirmations de Jésus (7,37-38 et 8,12). (Jean ZUMSTEIN, L’Évangile selon saint Jean, 2014)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 43. En secret

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus monte à Jérusalem : Jn 7, 1-13.

43. En secret

« Le monde a de la haine contre moi parce que je témoigne que ses œuvres sont mauvaises » (Jn 7,7)

Jésus se trouve dans une situation dramatique. « Les Juifs cherchaient à le tuer » (7,1), « ses frères ne croyaient pas en lui » (7,5), « beaucoup de ses disciples avaient cessé de l’accompagner » (6,66), Judas, « l’un des Douze, allait le livrer » (6,71). En conséquence, Jésus ne veut pas aller en Judée.

Ses frères le poussent à quitter la Galilée pour monter à Jérusalem s’y manifester publiquement. « On n’agit pas en secret quand on veut être en vue » (7,4). La fête des Tentes est proche, les foules y montent. Ce rassemblement populaire est une belle occasion pour rallier le peuple et neutraliser les adversaires. Mais pour Jésus « le moment n’est pas encore venu » (7,6). Ce moment à venir est celui choisi par Dieu seul, ce sera celui de la croix qui manifestera la vérité de Jésus, non selon les normes du monde contre lesquelles Jésus témoigne (7,7).

Les frères de Jésus, symbole des judéo-chrétiens ?

« Le début de ce chapitre 7 fait écho à une vive tension entre Jésus et ses frères ; ces derniers cherchent à hâter la manifestation de Jésus. Jésus refuse d’entrer dans leur jeu ; il oppose son temps à celui de ses frères. D’ailleurs, le monde hait Jésus, mais n’a pas de haine vis-à-vis de ses frères. Le monde ne lie pas Jésus et ses frères alors qu’il le fait pour les disciples. D’ailleurs, en 2,11-12, les frères de Jésus sont distingués des disciples. Les frères de Jésus ne croient pas en lui. Les frères de Jésus ne sont-ils pas la figure des judéo-chrétiens qui ne veulent pas rompre avec la synagogue ? Ils confessent Jésus comme messie, mais n’adhèrent pas pleinement à sa personne. L’évangile de Jean projetterait sur le temps de Jésus une tension qui s’est élevée plus tard. Elle oppose des fidèles de Jésus, Juifs ou païens, qui ont pris de la distance vis-à-vis du judaïsme réorganisé par les Pharisiens, et des Juifs, disciples de Jésus, ne voulant pas rompre avec la synagogue. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers