Clés pour lire l’évangile de Jean : 54. L’onction

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Un geste qui annonce la mort de Jésus : Jn 12, 1-11.

54. L’onction

Marie oignit les pieds de Jésus et les essuya avec ses cheveux. (12,3)

Le geste de Marie est surprenant pour plusieurs raisons. Normalement, on honore un invité en oignant sa tête, non ses pieds. La quantité utilisée – une livre (327,5 gr) de nard pur – relève de l’excès comme la valeur du parfum estimée à 300 deniers (équivalent à dix mois de salaire d’un journalier). Enfin, une femme ne dénoue pas ses cheveux en public et encore moins les utilise pour essuyer les pieds d’un homme. Ce geste exprime l’amour et la vénération de Marie pour Jésus.

Deux interprétations sont données de ce geste. Pour Judas, c’est du gaspillage : « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum au bénéfice des pauvres ? » (12,5) Pour Jésus, Marie a agi « en vue du jour de mon ensevelissement » (12, 7) car selon la tradition juive, l’onction des pieds se faisait non pour un vivant mais pour un mort. L’amour de Jésus incarné par Marie s’oppose à l’amour de l’argent représenté par Judas.

Des pauvres, vous en aurez toujours (12,8)

« Jésus reçoit le geste de Marie comme une preuve d’amour. Mais en opposant les pauvres et sa personne, non seulement il souligne la prévalence de tout homme sur toute valeur marchande, mais il laisse apparaître quelques chose den sa dignité exceptionnelle qui autorise cette démesure dans la dépense : « Moi, vous ne m’aurez pas toujours » (12,8). Entre la femme et Judas, deux regards sur Jésus sont mis en opposition. Le premier place Jésus au-dessus de tout et marque, peu avant sa mort, un amour sans limite. Le second place la valeur marchande au-dessus de la personne de Jésus. Ce récit ne doit pas être interprété comme la prédominance du culte sur les pauvres, comme on dit : « Rien n’est trop beau pour Dieu. » (Alain MARCHADOUR, L’évangile de Jean, 1992)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 53. Le complot

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. La condamnation à mort de Jésus : Jn 11, 46-57.

53. Le complot

Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. (11,50)

Le danger est réel ; si Jésus rallie de nombreux disciples, les Romains pourraient intervenir en cas d’agitation messianique, « ils viendront détruire notre Lieu saint et notre nation » (11,48). Caïphe propose d’éliminer Jésus « pour que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (11,50).

Pour l’évangéliste, « ce qu’il disait là ne venait pas de lui-même » (11,51). Caïphe émet sans le vouloir une prophétie, capacité reconnue au grand-prêtre de rendre des oracles au nom de Dieu. En fait, Caïphe vient de donner le sens profond de la mort de Jésus : « pas seulement pour la nation, mais afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (11,52). La mort de Jésus a une portée universelle.

Caïphe, le grand prêtre

« Joseph, avec le surnom Caïphe, doit avoir été d’une habileté diplomatique consommée. Il a réussi à se maintenir au pouvoir dix-neuf ans, de 18 à 37 de notre ère, record que personne n’atteignit dans tout le siècle. Les gouverneurs romains changeaient volontiers ces dignitaires, car à l’occasion d’une nouvelle instauration, ils obtenaient quelque gratification du candidat heureux. Valerius Gratus, qui fut gouverneur de la Judée de 15 à 26, et par qui Caïphe obtint cette charge et cette dignité, doit avoir été accessible à la corruption, en effet, il n’a pas laissé plus d’un an en fonction les trois prédécesseurs de Caïphe. Caïphe put se maintenir aussi pendant toute la durée du gouvernement de Ponce Pilate (26-36) à qui les contemporains reprochent sa corruptibilité. Ce n’est que la chute de ce Romain qui fit tomber aussi son favori : peu de temps après que Pilate eut été déposé par le légat de Syrie Vitellius, Caïphe dut se retirer. Caïphe fut donc en exercice pendant le ministère de Jésus. » (Josef BLINZER, Le procès de Jésus, 1962)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 52. Abraham

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. La controverse de Jésus avec les Pharisiens se poursuit : Jn 8, 48-59.

52. Plus grand qu’Abraham

En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût,
JE SUIS. (8,58)

Les véritables fils d’Abraham sont ceux qui acceptent dans la foi la parole de Dieu. « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (8,51). Jésus est-il « plus grand qu’Abraham, notre père, qui mourut ? » (8,53). Oui, il est l’envoyé du Père dont Abraham est l’annonciateur par son obéissance à l’ordre divin.

« Avant qu’Abraham fût, JE SUIS » (8,58). Il ne s’agit pas de préexistence chronologique, mais de différence qualitative entre Abraham soumis à la mort et Jésus qui se révèle comme l’envoyé du Père, et donc de nature divine. « JE SUIS » est une formule de révélation qui dit qu’en Jésus, c’est Dieu lui-même qui se manifeste. Le monothéisme chrétien est ici à sa pleine expression. « Es-tu plus grand que notre père Abraham ? » (8,53).

Abraham

« Pour les Juifs, Abraham est leur père dont ils estiment être la descendance. Jésus ne conteste pas cela, il demande simplement qu’on réalise les œuvres d’Abraham qui consistent à obéir à la parole de Dieu. Le jour de Jésus qu’a vu Abraham peut être compris de façon prophétique. Abraham a vu en vision se réaliser avec l’avènement de Jésus le jour de Dieu attendu par Israël. Abraham a exulté à la pensée de voir ce jour. Les Juifs fondent toute leur espérance en Abraham d’où ils tirent une certaine arrogance. Jésus les invite à reconnaître en celui-ci le patriarche qui reconnut le Christ en vision ou en son fils Isaac, figure de Jésus. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 51. Vérité et liberté

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. La controverse de Jésus avec les Pharisiens se poursuit : Jn 8, 31-47.

51. Vérité et liberté

Si vous demeurez fidèles à ma parole, la vérité vous rendra libres. (8,31-32)

Face à cette prétention de Jésus, les Juifs revendiquent leur descendance d’Abraham qui fonde leur liberté : « nous n’avons jamais été esclaves de personne » (8,33). Ils sont les fils de Sarah, la femme libre. Mais Jésus vise une autre libération, celle du péché dont tout être humain est esclave. Se réclamer d’Abraham est inutile car la véritable libération vient du Fils dont la parole est vérité puisqu’elle a sa source en Dieu qui l’a envoyé.

« Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez » (8,42) Mais, « Vous êtes du diable, c’est lui votre père…il n’y a pas en lui de vérité, il est menteur et père du mensonge » (8,44). Jésus affirme, en raison de son lien avec le Père, dire la vérité et libérer de l’esclavage du péché. Mais, « vous ne m’écoutez pas parce que vous n’êtes pas de Dieu » (8,47).

Vérité dans l’évangile de Jean

« La vérité (alètheia en grec), c’est ce qui peut être exposé et vu par tous, ce qui n’est pas caché. Dans la Septante, alètheia traduit en général l’hébreu émét qui évoque ce qui est solide, valable, durable. Jésus est la vérité parce qu’il dévoile, fait connaître celui qu’on ne voit pas. Parce qu’il est la vérité, Jésus est le « dévoileur », le révélateur par excellence. Jésus dit la vérité parce qu’il est le témoin par excellence du Père (8,45). Il juge selon la vérité (8,16). En revanche, le diable est celui qui a toujours refusé la vérité et qui est père du mensonge (8,44). Le disciple est celui qui est de la vérité (19,27). Il accueille la parole de Jésus et la garde, il connaît ainsi Jésus et la révélation qu’il est ; cette vérité rend libre (8,22). » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers