Clés pour lire l’évangile de Jean : 23. Thomas, modèle de foi

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Alleluia ! Il est ressuscité ! En ce temps pascal, renouvelons notre foi avec Thomas :  Jn 20,1-10.

23. Thomas, modèle de foi

Jésus vint et il était là au milieu d’eux. (Jn 20,19)

Thomas ne croit pas les autres sur parole. Il se méfie des évidences communes et des illusions collectives. Tous ont beau lui dire : « Nous avons vu le Seigneur » (20,25), Thomas veut se faire une opinion par lui-même, vérifier la matérialité du corps de Jésus, s’assurer que ce n’est pas un fantôme ou le produit d’une vision, être sûr que ce corps est bien celui de Jésus et non d’un quelconque revenant. Sur ce point, Thomas nous est proche.

Deux autres points nous séparent de lui. D’une part, l’apôtre demande une preuve, non de la divinité de Jésus, mais de son humanité. Il veut toucher le corps terrestre de Jésus, alors que nous, c’est l’extraordinaire, le merveilleux qui nous fascinent. D’autre part, Thomas a finalement vu ce qu’il voulait voir. Nous ne savons pas s’il a touché, mais il a vu les plaies aux mains et au côté. Cela n’est pas possible pour nous, mais Jésus s’empresse d’ajouter : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (20,29). La condition du croyant, c’est la non-vision.

Le premier jour de la semaine

Le premier jour de la semaine, pour le Nouveau Testament, est celui de la résurrection de Jésus, celui de la venue du Seigneur. Celle-ci se renouvelle lors du rassemblement liturgique des chrétiens, où la présence du Seigneur est réactualisée par la fraction du pain et l’envoi dans le monde. C’est le Jour du Seigneur, en latin « dies dominicus ».

Pour les Romains, le premier jour de la semaine est associé au soleil, dont on retrouve trace dans le néerlandais Zondag. Chaque jour fêtait une divinité, dans l’ordre : Sol, Luna, Mars, Mercurius, Jupiter, Venus et Saturnus, les sept planètes connues à Rome entre le Ier et le IIIe siècles. Ces noms latins sont encore ceux de notre calendrier. Le premier devint jour de repos sous Constantin, en 321 : « Au jour vénérable du soleil, que les magistrats et les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés ». Du coup, le Jour du Seigneur des chrétiens devint chômé par tous. Du latin ecclésiastique « dies dominicus », le mot « dimanche » est apparu dans le calendrier à l’aube du XIIe s. sous la forme « denenche ». A compter du XIVe siècle, le mot dimanche, écrit «dymanche », prend le son qu’on lui connaît aujourd’hui et, au XVIIe siècle, son orthographe exacte. (D’après Alice DEVELEY, L’histoire secrète des jours de la semaine, 2017)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 22. La course

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Alleluia ! Il est ressuscité ! En ce jour de Pâques, courons au tombeau avec Pierre et Jean :  Jn 20,1-10.

22. La course au tombeau

On a enlevé le Seigneur de son tombeau. (Jn 20,3)

Marie-Madeleine, venue à la recherche d’un mort, ne trouve qu’un tombeau ouvert. Elle court annoncer à Pierre et à l’autre disciple : On a enlevé le Seigneur. Telle est la première interprétation du signe qu’est le tombeau ouvert : on a volé le corps de Jésus.

Pierre et l’autre disciple courent au tombeau. Pierre entre dans le tombeau et constate qu’il n’est pas vide. Le linceul ainsi que le linge qui recouvrait la tête sont là, mais vidés du corps qu’ils emprisonnaient. Des voleurs auraient tout dérangé, donc on n’a pas volé le corps de Jésus. Deuxième interprétation du signe : les linges sont vides, le cadavre a disparu, mais on ne l’a pas volé. Quelle conclusion en tirer ? Voir ne suffit pas.

Arrive le troisième témoin. Il entre dans le tombeau, il voit et il croit. L’absence du corps est la trace de la victoire du Christ sur la mort. Il n’a plus besoin des habits des morts, c’est le sens des linges vides. C’est la troisième interprétation du signe : l’absence du corps dans le tombeau est le signe de sa résurrection.

Les linges : linceul et suaire 

« L’évangile de Jean nous donne une série de précisions, a priori sans importance, sur la position des bandelettes et du suaire dans le tombeau ouvert et vide. Ces linges sont rangés, pliés ou à plat. Le linceul est là, mais affaissé, vidé du corps qu’il emprisonnait. Le linge qui recouvrait la tête est là, lui aussi, enroulé à sa place. Comme si le corps s’était glissé dehors sans déranger la forme de la tête que le linge avait prise. Comme si le mort s’était levé et les avait enlevés, aidé par on ne sait qui, puis les avait remis à leur place. Témoins que le mort était là, et que le cadavre n’a pas été emporté à la dérobée par des voleurs. De tels individus n’auraient en effet pas pris soin d’ôter ces linges puis les remettre à leur place. L’évangéliste nous invite donc à croire avec les disciples à partir de l’expérience de l’absence du corps, mais aussi de la présence des signes de la mort, qui n’ont pu retenir leur prisonnier. » (D’après Bernadette ESCAFFRE, Prier 7 jours avec l’évangile de Jean, 2010)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 21. Crucifié dans un jardin

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. En ce vendredi-saint, nous lisons la Passion de Jésus selon saint Jean :  Jn 18,1-19,42.

21. Crucifié dans un jardin

Au lieu où il avait été crucifié se trouvait un jardin, et dans le jardin un tombeau neuf. (Jn 19,41)

« Tout est accompli » (19,30). Telle est la dernière parole de Jésus. Ce n’est pas un cri de douleur ou de déréliction, mais un cri de victoire : Jésus a réussi. Il a achevé son œuvre. Pour l’évangile de Jean, la croix n’est pas un fait divers, mais un sommet, celui de la révélation de Dieu. Elle en est l’étape ultime, cette « heure » vers laquelle marchait Jésus. Elle est l’élévation du Fils et non sa défaite. La croix n’est pas l’échec de Jésus, mais bien le couronnement de sa mission. En Jésus, le Dieu invisible s’est rendu visible. La croix en est l’accomplissement : c’est elle qui dit le mieux qui est notre Dieu. « Nous avons vu sa gloire » (1,14), écrit St Jean.

Pour son Fils qui est sa gloire, c’est-à-dire, la manifestation de son être, Dieu choisit l’humilité, la pauvreté, la croix. La gloire de Dieu passe par la croix. Ou plutôt, elle prend la forme de la croix. Car sa gloire n’est pas autre chose que son amour. On comprend pourquoi la croix est l’emblème par excellence de la foi chrétienne, elle est révélation de l’amour fou de Dieu pour l’homme.

Le disciple que Jésus aimait

Dans six passages de l’évangile de Jean citant « le disciple que Jésus aimait », tous situés dans la dernière partie (chapitres 13 à 21), ce disciple est mis en parallèle avec Simon-Pierre, qu’il précède toujours et même lui sert d’intermédiaire : il le fait entrer dans le palais du grand prêtre, court plus vite que lui au tombeau, reconnaît Jésus le premier au bord du lac et le dit à Pierre. La première scène où apparaît le disciple que Jésus aimait (13,21), il est « couché sur la poitrine de Jésus » : cette proximité physique signifie plus qu’une présence matérielle, une communion profonde avec le maître. Témoin fidèle jusqu’au bout (19,26 ; 21,24), il sera, par son évangile écrit, la figure exemplaire de celui qui a compris le maître. Cela ne nous permet pas de l’identifier avec certitude. Il ne peut être Lazare, le seul homme connu qu’on nomme « aimé de Jésus » (11,5). Il est illusoire de le réduire à une figure symbolique du croyant parfait. Ce symbolisme existe mais il s’appuie sûrement sur une réalité historique. L’évangile de Jean a été reçu dans l’Église parce qu’à son origine, il y a une figure historique de premier plan, qui avait accompagné Jésus depuis le commencement de sa mission. (D’après Alain MARCHADOUR, L’Évangile de Jean, 1992)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 20. Lavement des pieds

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. En ce jeudi-saint, la signification de la mort de Jésus et son testament  nous sont livrés :  Jn 13,1-15.

20. Le lavement des pieds

Sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père. (Jn 13,1)

Ce soir-là, Jésus livre l’essentiel de sa vie et le sens de sa mort-résurrection. Son testament tient en deux gestes et une parole. Le premier geste est celui du repas, de la communion : Jésus donne sa vie, son corps et son sang qui deviennent nourriture, c’est-à-dire, aliment de vie. Le deuxième geste est celui du lavement des pieds : Jésus se dépouille de son vêtement, de sa vie et s’abaisse aux pieds de ses disciples pour les servir, les sauver. Ces gestes, Jésus nous demande de les faire en mémoire de lui : « Faites ceci en mémoire de moi. » Il ne s’agit pas de répéter des rites, mais de s’engager à la suite de Jésus à donner notre vie par amour, à communier avec nos frères et sœurs, à nous laver les pieds les uns aux autres. La communion fonde la fraternité, la communauté des disciples.

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