Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 49. deux font un

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 22, 34-40 du 30e dimanche ordinaire.

49. Deux font un

« Voilà le premier commandement. Et le second lui est semblable. » (Mt 22, 38-39)

Lier ces deux commandements, les considérer comme semblables, ce qui ne veut pas dire identiques, c’est instaurer un rapport nouveau entre le culte à rendre à Dieu et les devoirs envers autrui. Ce rapport est caractéristique du christianisme et clairement exprimé par St Jean : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne saurait aimer Dieu qu’il ne voit pas. » (1 Jn 4, 20)

L’amour est le rapport le plus personnel qui soit. Chacun s’y implique avec tout ce qu’il est. C’est pourquoi le commandement biblique concerne toutes les dimensions de l’existence : cœur, âme, esprit. L’amour fait de la religion une relation personnelle avec un Dieu qui ne peut être que personnel. La religion a alors atteint son sommet, elle n’est plus observance ou devoir, elle est union d’amour, communion de l’homme et de Dieu.

La Loi

« De ces deux commandements dépend toute la Loi. » (22, 40) La notion de Loi est une des plus importantes de l’Ancien Testament, puisque la religion juive est souvent considérée comme la religion de la loi. Il y a, en effet, de nombreux codes législatifs dans l’Ancien Testament dont la partie principale, comprenant les cinq premiers livres de la Bible, est appelée Thora qui peut se traduire par « enseignement », celui d’une autorité qui indique ainsi la voie à suivre. Cette autorité est celle de Dieu et la Thora est donc parole de Dieu, révélation de sa volonté qui s’exprime sous la forme d’oracles, de paroles, de commandements. Le sens profond de Thora s’exprimerait mieux par « la Voie » plutôt que par « la loi » qui nous vient de la traduction en grec de Thora dans la Septante.

Abbé Marcel Villers

Histoire des missions : 12 La querelle des rites

12. La crise de l’approche culturelle ou la querelle des rites chinois (XVIIe-XVIIIe s.) 

Les missionnaires jésuites s’illustrèrent par la volonté de faire naître un christianisme adapté aux situations locales. Ainsi, en Chine, Matteo Ricci (1552-1610) élabora une méthode d’adaptation culturelle du langage chrétien en s’inspirant de l’humanisme de Confucius. Deux questions principales guidaient cette démarche : comment traduire Dieu en chinois ; les rites qui honoraient Confucius et les ancêtres étaient-ils d’ordre purement civil et donc non religieux ? Ces deux problématiques, le langage et les rites, constituent l’enjeu essentiel de la démarche missionnaire. Comment traduire dans le langage et les rites d’une autre culture le juste sens de la foi chrétienne exprimé dans les mots et les gestes de la culture européenne ?

Les jésuites firent choix de noms divins empruntés aux classiques chinois et autorisèrent les chrétiens à participer à certains rites considérés comme familiaux et sociaux. Les autres missionnaires considérèrent que cette position revenait à tolérer l’idolâtrie et portèrent la querelle, dite des rites, en Europe où elle suscita, pendant plus d’un siècle, un vaste débat philosophique tout autant que théologique sur nature et grâce, humanisme et salut. En 1742, Benoît XIV condamna les rites chinois. Ce n’est qu’en 1939 que Pie XII leva l’interdiction.

Cette célèbre querelle « représente un cas typique de la tension propre à tout essai d’inculturation : si l’annonce de l’Évangile ne peut se faire entendre qu’en devenant un fait de culture, en-deçà de quelles limites l’incarnation culturelle doit-elle se tenir pour ne point compromettre l’intégrité du message chrétien. » (Étienne DUCORNET)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 48. le denier

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 22, 15-21 du 29e dimanche ordinaire.

48. Le denier de César

« Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » (Mt 22,20)

Jésus est à Jérusalem, on cherche à le piéger, le prendre en faute. La Passion se profile. « Est-il permis de payer l’impôt à César ? » (22,17) Si Jésus répond oui, il se coupe des masses qui ne supportent pas l’oppression des Romains ; s’il répond non, alors il fournit lui-même le motif pour le dénoncer auprès de l’autorité occupante. Le piège est dans le oui ou non. Jésus le déjoue en introduisant un troisième terme : Dieu.

« Rendez à César ce qui est à César », autrement dit la monnaie de sa pièce, rendez-lui son argent. Réponse ambigüe : payer l’impôt ou se débarrasser de toute monnaie romaine ?

« Rendez à Dieu ce qui est à Dieu », c’est-à-dire tout et surtout le culte qui lui est dû car il est le seul digne d’être adoré. Voilà qui sonnait juste aux destinataires de l’évangile de Matthieu qui connaissaient la persécution parce qu’ils refusaient de rendre un culte à César.

Une pièce d’un denier

« Montrez-moi la monnaie de l’impôt. Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. » (22, 19) « A l’époque de Jésus, l’unité monétaire de base était le denier d’argent. Pour les besoins quotidiens, on se servait de pièces de cuivre, dont le sesterce qui valait un quart du denier. L’impôt le plus impopulaire était celui sur la personne ou capitation (tributum capitis). Il représentait environ un jour de salaire d’ouvrier : un denier romain par tête. « Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ? » (22, 20) De nombreux deniers frappés par les empereurs Auguste et Tibère portaient leur effigie. Comme l’une des pièces frappées par Tibère était particulièrement répandue à l’époque, il est possible qu’elle ait été identique à celle montrée à Jésus. » (A. MILLARD, Trésors des temps évangéliques, 1990)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 47. les noces

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 22, 1-14 du 28e dimanche ordinaire.

47. Les noces du fils 

« Tout est prêt : venez à la noce. » (Mt 22,4)

Le roi marie son fils et invite à une noce grandiose. Mais les invités refusent d’y aller. Pire. En voilà qui « empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. » (22, 6) Comment est-il possible d’aller jusqu’à tuer ceux qui viennent vous inviter à des noces exceptionnelles ? Comment peut-on refuser une telle invitation, ignorer une si heureuse nouvelle ? Et puis, pourquoi cette haine envers ceux qui ne font que transmettre l’invitation ?

Depuis la nuit des temps, Dieu invite les hommes à partager sa joie et son amour, à entrer dans la fête. C’est la bonne nouvelle dont Jésus est la preuve vivante, celle des noces de Dieu avec l’humanité. Jésus, et après lui, l’Église sont les porteurs de cette heureuse annonce : venez à la fête. Mais, hier comme aujourd’hui, cette invitation suscite plus de refus que de bon accueil. Malgré tout, Dieu persiste et, sans se lasser, relance l’invitation. « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce. » (22, 9)

Le vêtement de noce

« Comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? » (22, 12) Il ne faut pas voir là un habit spécial qu’on ne portait qu’exceptionnellement, il s’agit seulement d’un vêtement propre : un habit sale est envers l’hôte un signe de mépris. « Heureux ceux qui lavent leurs robes, afin d’avoir droit d’entrer, par les portes, dans la cité [la Jérusalem nouvelle]. » (Ap 22,14) Ce vêtement propre dont il faut être revêtu pour entrer dans la salle des noces est, dans la pensée de Jésus, celui dont parle Isaïe 61,10 : « Il m’a revêtu des vêtements du salut. » Le fait d’être revêtu de ce vêtement blanc symbolise l’appartenance à la communauté des sauvés. La leçon est claire. Si tous sont appelés par la grâce de Dieu, cela ne libère pas les baptisés de leurs devoirs moraux. Participer à la noce, faire partie de la communauté chrétienne implique de transformer sa conduite, « laver sa robe ». (J. JEREMIAS, Les paraboles de Jésus, 1962)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 46. La pierre

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 21, 33-45 du 27e dimanche ordinaire.

46. La pierre rejetée

« Finalement, il leur envoya son fils, se disant :
Ils respecteront mon fils. » (Mt 21, 37)

« Ils se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième » (21, 35). C’est ainsi que Jésus résume l’histoire de son peuple par le sort réservé aux envoyés de Dieu. Et, sur cette base, il ne peut qu’annoncer sa propre mort à lui, le Fils. Au terme du cortège des prophètes martyrisés, le Christ. « Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent » (21, 39). Jésus, comme tous les prophètes qui l’ont précédé, est assassiné.

Pourquoi l’histoire d’amour qu’est la religion se transforme-t-elle en un drame violent et sanglant, une suite de persécutions et de meurtres ? Il y a deux formes de violence liée au religieux : la violence à l’égard de Dieu, expression du refus des hommes de dépendre d’un Autre ; la violence au nom de Dieu, volonté de dominer autrui sous prétexte de posséder la vérité, définition du fanatisme devenu terrorisme.

La vigne et les vignerons

« Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne » (21, 34). « Il arrivait souvent que le propriétaire de la vigne n’avait pas l’intention de l’exploiter en personne. Il l’affermait à un ou plusieurs vignerons. L’affermage, en Palestine, est régi par des coutumes locales. Généralement, le propriétaire rural se réserve une redevance en nature, afin de pouvoir goûter aux fruits de sa vigne. Les fermiers qui assurent les soins généraux de la culture sont tenus de lui payer une part de la récolte dont le montant est fixé par convention. La vigne est pourvue de tout le matériel souhaitable : clôture ou mur en pierres sèches, tour de garde pour protéger la vigne des maraudeurs ou des animaux, pressoir pour fouler le raisin et recueillir le jus dans une cuve où il fermentait. » (Denis BUZY, Les paraboles, 1932)

Abbé Marcel Villers