Clés pour lire l’évangile de Matthieu 19. En croix, des cris

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 26, 1- 27, 66 du dimanche des Rameaux et de la Passion.

19. En croix, des cris

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mt 27, 46)

Trois grands cris sont poussés au Calvaire, ils sont autant de clés pour saisir la dimension rédemptrice de la mort de Jésus.

Le cri de Jésus n’est pas un cri de désespoir, ni de terreur. C’est un cri de confiance du Fils à l’adresse de son Père. Par deux fois, Jésus crie d’une voix forte. La première fois, un appel au secours : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (27,46) La seconde fois, « dans un grand cri, il rendit l’esprit » (27, 50). Rendre, c’est-à-dire, remettre en toute confiance sa vie, son sort entre les mains de Dieu. Cri de foi du Fils qui remet tout à son Père.

Aussitôt, comme un effet de la mort de Jésus, toute la création s’ébranle et fait entendre sa clameur, son cri. « La terre trembla. Les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent. De nombreux saints ressuscitèrent et entrèrent dans la ville » (27, 51-53). Une vie d’au-delà envahit la terre, un monde nouveau est déjà là.

Le cri du centurion vient conclure : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu. » (27, 54) De sa bouche jaillit la plus belle profession de foi.

Récit de la passion

Il paraît vraisemblable que le récit de la passion soit la reprise d’un récit ancien utilisé par les premiers chrétiens pour faire mémoire de la passion et de la mort de Celui qui fonde leur foi. Ce récit est le noyau primitif des évangiles.

Ce récit ne se contente pas de rapporter des faits bruts, les évangélistes s’attachent surtout à leur signification pour la foi et la vie chrétiennes. Matthieu émaille ainsi son récit de nombreuses citations et références à l’Ancien Testament. Il s’adresse, en effet, à des chrétiens pour la plupart d’origine juive, attachés aux Écritures hébraïques. Matthieu leur montre un Jésus qui sait ce qui l’attend, qui s’y soumet librement, car il accomplit ainsi les Écritures. La croix, de scandale absolu, devient la source du salut.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 18. Couronnement de Jésus

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. En cette période, la liturgie dominicale lit l’évangile de saint Jean. Nous nous intéressons au récit de la passion : Mt 26, 1- 27, 66.

18. Le couronnement de Jésus

Ils s’agenouillaient devant lui : « Salut, roi des Juifs ! » (Mt 27, 29)

Dans le récit de la Passion de Matthieu, les outrages à Jésus roi suivent la comparution de Jésus devant Pilate (27, 11-26), comme les outrages à Jésus prophète suivaient le procès devant le Sanhédrin (26, 57-68).

A Pilate qui lui demande : « Es-tu le roi des Juifs ? » (27,11), Jésus répond : « C’est toi-même qui le dis ». Ce fut la seule parole de Jésus à Pilate qui « le fit flageller et le livra pour être crucifié » (27, 26). Cette prétention à la royauté devient le sujet de moqueries des soldats du gouverneur qui emmènent Jésus pour le torturer avant de l’exécuter.

Ces soldats sont des païens qui organisent la parodie d’une cérémonie de couronnement dont le centre est l’exclamation : « Salut, roi des Juifs ! » (27, 29). Ironiquement, Matthieu annonce ainsi la conversion et l’hommage à venir des païens qu’anticipait l’adoration des mages à l’Enfant roi.

L’hommage au roi

Les soldats de Pilate font de Jésus un roi de mascarade. On le revêt de pourpre, le vêtement pourpre était un vêtement royal ; cela peut désigner simplement un manteau de licteur dont la couleur pouvait évoquer la pourpre royale. « On lui met sur la tête une couronne tressée de plantes épineuses. Matthieu précise qu’on lui met dans la main droite un roseau pour évoquer le sceptre royal. Chacun vient alors présenter ses hommages à ce simulacre de roi ; selon les coutumes orientales, on donnait un baiser au roi après s’être prosterné devant lui. C’est ce rite que décrivent Matthieu et Marc, mais le baiser au roi est remplacé par des crachats injurieux ; Jean dit seulement qu’on lui donne des gifles. » (P. BENOIT et M.-E. BOISMARD, Synopse des quatre évangiles en français, 1972).

Abbé Marcel Villers

Histoire des missions

5. Les premiers ordres missionnaires (XIII° siècle)

Au Moyen-Âge, l’Église a perdu le langage de la mission. Elle se vit comme encerclée par l’Islam et menacée de l’intérieur par des mouvements contestataires ou hérétiques. Ce sont les Frères Mineurs de François d’Assise, et peu après les Prêcheurs de Saint Dominique qui vont lancer une nouvelle aventure missionnaire.
Pour saint François, la mission revêt trois modalités : comme Jésus à Nazareth, une présence silencieuse enfouie dans la pâte humaine ; comme Jésus sur les routes de Palestine, une annonce en actes et paroles ; comme Jésus sur la croix, un don de soi jusqu’au sang. Dans sa Règle, François envisage ces trois aspects de la mission et c’est la première fois qu’un chapitre spécial concernant la mission est inséré dans une règle de vie religieuse.

François fera trois tentatives missionnaires en Syrie, au Maroc et en Égypte. Ce n’est pas d’abord l’annonce en paroles de l’Évangile qu’il mettra en avant, mais la manière de le vivre : pauvreté, humilité et fraternité, caractéristiques de l’esprit franciscain. La vie de l’apôtre est la première forme de l’annonce. Et ce jusqu’au martyre. Dès 1208, François envoie les six frères qu’il avait alors, deux par deux sur les routes d’Italie. En 1217, il met en place une véritable organisation missionnaire à l’échelle du monde. Soixante frères partent pour l’Allemagne et la Hongrie ; une équipe part pour le Proche Orient, et une autre vers les musulmans de Grenade, puis de Marrakech où cinq frères connaissent le martyre en 1220. Dès 1226, des frères sont à Tunis. D’autres sont chez les Tartares et les Mongols en 1247. Enfin, les fils de saint François fondent la première mission en Chine, fin du XIIIe s., où ils vont adapter la liturgie jusqu’à célébrer la messe en chinois.

François est un des premiers à aller prêcher la foi aux musulmans alors que son époque en était toujours à l’esprit des croisades et de la guerre sainte. Peu à peu, les Franciscains comme les Dominicains, présents en terre d’Islam, vont envisager la mission comme dialogue, échange et écoute. Ils vont mettre en place des instituts de formation pour les futurs missionnaires où on apprend la langue de l’autre et se familiarise avec leurs croyances. Une belle page de la vie missionnaire de l’Église fut ainsi écrite par les frères mendiants aux XIIIe et XIVe siècles.

Abbé Marcel Villers

Sur tout ceci, voir Michel HUBAUT, La voie franciscaine, Paris, 1983.

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 17. Reniements et repentir

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. En cette période, la liturgie dominicale lit l’évangile de saint Jean. Nous nous intéressons au récit de la passion : Mt 26, 1- 27, 66.

17. Reniements et repentir

Pierre nia devant tout le monde : « Je ne connais pas cet homme. »
(Mt 26, 72)

Entre les deux moments essentiels que sont la comparution de Jésus devant le Sanhédrin et celle devant Pilate, le reniement de Pierre (26, 69-75) tient une place centrale. Pierre est celui qui avait reconnu en Jésus « le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (16,16) Cette profession de foi de l’Église, il la rejette en reniant Jésus par trois fois et de plus en plus vigoureusement.

D’abord, il prétend ne pas comprendre ce que veut dire « Jésus le Galiléen » (26, 69-70). Ensuite, il jure ne pas connaître « cet homme, Jésus le Nazaréen » (26, 71-72). Enfin, « il se mit à protester violemment et à jurer » (26, 74) qu’il n’est pas « l’un d’entre eux » (26, 73). Et Matthieu de souligne l’appartenance de Pierre au groupe des disciples de Jésus : « Tu étais avec Jésus » (deux fois 26, 69. 71) ; « tu es l’un d’entre eux. » (26, 73) Pris de remords et de désespoir, Judas « alla se pendre » (27, 5). Pierre « pleura amèrement » (26, 75).

Les larmes du repentir

« Pierre a oublié l’avertissement adressé à « celui qui reniera Jésus devant les hommes » (Mt 10, 33). Au temps où Matthieu écrit son évangile, ses lecteurs tentés par l’apostasie savent qu’en définitive, Pierre est mort en vrai martyr et ils peuvent reprendre à leur compte la valeur que le Christ attache aux larmes du repentir. Quelle leçon pour ceux qui n’ont même pas l’excuse de la persécution et renient leur foi par simple tiédeur ! » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991)

Abbé Marcel Villers 

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 16. Le traître

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. En cette période, la liturgie dominicale lit l’évangile de saint Jean. Nous nous intéresserons au récit de la passion : Mt 26, 1- 27, 66.

16. Le traître

Judas, celui qui le livrait, prit la parole : « Rabbi, serait-ce moi ? »
(Mt 26, 25)

La trahison de Judas fait l’objet de quatre épisodes qui en structurent le processus et qui sont devenus des expressions emblématiques de la trahison. « Ils lui remirent trente pièces d’argent » (26, 15) ; « celui qui s’est servi au plat en même temps que moi » (26, 24) ; « s’approchant de Jésus, il l’embrassa » (26, 49) ; « jetant les pièces dans le temple, il se retira et alla se pendre » (27, 5).

La problématique du traître est justifiée par deux motifs essentiels : le plan divin ; la mise en garde des disciples. Pour Matthieu, Judas est l’exécutant du plan de Dieu annoncé par les prophètes : « le Fils de l’homme doit être livré comme il est écrit à son sujet » (26, 24).
D’autre part, trahir le Maître reste une menace pour tout disciple ; communier au Christ, partager le pain et le vin eucharistiques ne suffisent pas pour échapper à la trahison. Judas en est l’avertissement. La condition chrétienne est toujours en balance entre trahison et communion.

Pourquoi Judas a-t-il trahi Jésus ?

« La thèse la plus en vogue voudrait que le traître ait été un « zélote », membre d’un mouvement luttant contre l’occupation romaine, et que déçu par le pacifisme de Jésus, il ait tourné casaque. Les meilleurs historiens savent aujourd’hui que le terme « zélote » n’a ce sens de résistance à Rome qu’à partir de l’an 66. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991). Certains imaginent que Judas ayant adhéré à Jésus parce qu’il en attendait le déclenchement de la fin des temps, a voulu provoquer l’événement en obligeant Jésus à réagir lors de son arrestation. Enfin, les évangélistes évoquent l’avarice de Judas (Mt 26, 15 ; Jn 12, 4-6) ou un état de possession satanique (Lc 22, 3 ; Jn 13, 2. 27).

Abbé Marcel Villers