PÂQUES : Alleluia !

Le mystère pascal ou l’inversion

Toute la vie de Jésus est une montée vers Pâques.

Terme et sommet de la carrière de Jésus, Pâques est aussi la clé qui permet de donner sens à ses paroles, à ses actes qui souvent apparaissent comme étranges.

Pâques, mystère de mort et de résurrection.

Du tombeau surgit le vivant, des ténèbres la lumière, de la mort la vie.

Cette alchimie paradoxale est résumée par le cri du matin de Pâques :

« Il s’est levé d’entre les morts. »

Tout l’enseignement de Jésus y trouve son principe d’interprétation.

Rappelons-nous ces sentences que nous peinons à comprendre.

« Qui perd sa vie, la gagne. »

« Si le grain de blé meurt,
il porte beaucoup de fruits. »

« Vends tout ce que tu as, et donne-le. »

« Le plus grand, c’est celui qui sert. « 

Elles annoncent l’inversion de ce monde et de ses valeurs.

Jour de Résurrection !
Peuples rayonnons de joie,

C’est la Pâque, la Pâque du Seigneur !

De la mort à la vie et
de la terre aux cieux,

Le Christ Dieu nous a menés.  Alleluia !

Joyeuses Pâques !

Abbé Marcel Villers

SEMAINE SAINTE : Vendredi-Saint

Vendredi-Saint : célébration de la Passion du Seigneur

Jusqu’au IVe s., les chrétiens célèbrent la mort et la résurrection du Christ la nuit de Pâques. Le vendredi et le samedi précédents sont des jours de jeûne en préparation à la fête pascale. La liturgie primitive de l’Église ne comporte aucune célébration spéciale attachée à ces deux jours.

Si cela reste toujours le cas pour le samedi, le vendredi connaît, courant IVe s., une liturgie de la parole le soir : lectures et chants, prière solennelle aux intentions des fidèles. Ce schéma est celui des premières liturgies chrétiennes repris à la liturgie juive du sabbat et qui n’inclut pas la célébration de l’eucharistie. La réforme liturgique de Vatican II a restauré l’usage de la liturgie de la parole sans la messe.

La liturgie romaine va ensuite subir l’influence des pèlerinages à Jérusalem. En 380, Égérie rapporte son voyage en Terre Sainte et décrit la liturgie de l’Église de Jérusalem. Celle-ci s’attache aux événements de la passion de Jésus et les restitue dans leur cadre. C’est ainsi qu’apparaît le rite de la vénération des reliques de la croix que l’on vient de retrouver à Jérusalem. Selon la légende, sainte Hélène, mère de Constantin, découvre, en 326, la vraie croix lors de travaux sur le site du Golgotha. A Rome, où on conserve une partie du bois de la croix, des papes orientaux introduisent, fin VIIe-VIIIe s., l’adoration de la croix dans la liturgie du vendredi saint. Au XIIe s., apparaît le rite du dévoilement de la croix que l’on dramatise dans le cadre d’une procession, puis les fidèles viennent baiser la croix avant de communier. On unit ainsi adoration de la croix et communion eucharistique apparue au VIIe s.

Le rite de la communion se pratique en consommant ce qui a été conservé de l’eucharistie célébrée le jeudi saint. Dans la liturgie romaine d’alors, on communie sous les deux espèces. A partir du XIIIe s., seul le célébrant communie, et toujours sous les deux espèces. Lors de la restauration de la semaine sainte en 1955, la communion au seul pain consacré est établie et pour tous les fidèles.

Le vendredi saint a lieu soit en plein air, soit à l’intérieur de l’église, le chemin de croix. Il prend la forme d’une procession ponctuée par sept ou quatorze stations évoquant les principaux épisodes de la passion de Jésus. Le chemin de croix est né à Jérusalem et est transposé en Europe, dans leurs églises ou à l’extérieur, par les Franciscains à partir des XIVe-XVe s. Il est installé dans les églises paroissiales à partir du XVIIIe s. mais la dévotion de la Passion est bien antérieure comme en témoigne ce tableau de 1600 dans l’église de Theux. Petit à petit, surtout au XIXe s., la pratique du chemin de croix à quatorze stations va se répandre et devenir un rite important du vendredi saint à 15h, heure traditionnelle de la mort de Jésus.

Abbé Marcel Villers

Illustration : Chemin de croix de S. Köder

SEMAINE SAINTE : Jeudi-Saint

Jeudi-Saint 

Avant le 4e siècle, il n’y a pas de messe le jeudi saint, l’unique eucharistie pascale est celle de la nuit de Pâques. C’est en Afrique du Nord qu’on commence à célébrer une eucharistie au soir du jeudi saint. A Rome, le jeudi qui précède Pâques est le jour de la réconciliation des pénitents qui les restaure dans leur dignité baptismale et leur ouvre à nouveau l’accès à la table eucharistique de Pâques (A. Nocent, Contempler sa gloire. Semaine sainte, Paris, 1965, p.110.). C’est là que s’origine le sens de l’obligation étendue à tous les fidèles, en 1215 par le Concile de Latran IV, de la confession et communion annuelles, d’où l’expression « faire ses Pâques ».

Pour les baptêmes et confirmations de la nuit de Pâques, il faut consacrer les saintes Huiles et le Chrême nécessaires. Cela se fait pendant la vigile pascale, juste avant les baptêmes, jusqu’au 5e s. où cette consécration par l’évêque, entouré de ses prêtres, est avancée au jeudi matin au cours d’une messe qu’on appellera chrismale.

C’est seulement au 7e siècle, qu’à Rome, apparaît une commémoration de la Cène le soir du jeudi saint. « Il semble qu’il y avait, à partir de cette époque, trois messes à Rome, une le matin avec la réconciliation des pénitents dans chaque paroisse, une à midi célébrée par le pape, durant laquelle on consacrait les saintes Huiles, et une le soir » (Ibidem, p.91). La messe du soir est présentée comme le mémorial de la Cène et s’accompagne du rite du lavement des pieds.

Ce rite apparaît au milieu du 5e s. à Jérusalem, sur les lieux mêmes de l’évènement. Saint Augustin (354-430) connaît le lavement des pieds pratiqué le jeudi saint en imitation du Christ. A Rome, au 7e s., le pape lave les pieds de ses chambellans. Le rite va se répandre de plus en plus à l’époque carolingienne et souligne le caractère sacrificiel de la messe. « On le voit pratiqué dans les cathédrales où on distingue le rite des clercs et celui des pauvres, tout comme dans les monastères. A partir de la fin du Moyen Age, on ne pratique plus que le lavement de pieds des clercs ou des moines. (Ibidem, p.137) » Le rite s’effectue alors hors de l’église et après la messe. Limité durant des siècles aux cathédrales et aux milieux monastiques, il est introduit dans la liturgie des assemblées paroissiales lors de la réforme de la semaine sainte par Pie XII en 1955 ; désormais, le lavement des pieds peut s’effectuer à l’intérieur de la messe, après l’homélie, pour douze hommes.

A partir de 780, Charlemagne impose le sacramentaire romain du pape Hadrien (772-795) qui ne comporte qu’une messe (celle du pape) pour le jeudi saint. Précédée de la réconciliation des pénitents publics, c’est au cours de cette messe que l’évêque procède à la consécration des Huiles. Cette messe devient celle du missel romain et son heure varie entre le matin et le soir jusqu’en 1566 où le pape Pie V (1566-1572) interdit toute messe après-midi (4). La seule messe du jeudi saint a alors lieu le matin jusqu’à la réforme de 1955 qui rétablit une messe chrismale distincte et reporte en soirée la messe in cena Domini. Vatican II et le missel de Paul VI (1970) confirment ces dispositions.

Les deux dernières modifications apportées à la liturgie du jeudi saint. En 1970, Paul VI décide de faire de la messe chrismale la fête du sacerdoce avec la rénovation des promesses sacerdotales. En 2016, à la demande du pape François, le rite du lavement des pieds, réservé jusqu’ici aux seuls hommes, implique désormais de « choisir un petit groupe de personnes qui représente tout le Peuple de Dieu et non pas une seule catégorie ou condition.» Il s’agit ainsi de mettre l’accent sur l’exemplarité et la portée universelle de ce geste d’amour demandé par le Christ. Voilà qui rappelle la richesse symbolique de la messe de la Cène du Seigneur, le jeudi saint. Elle commémore l’institution de l’Eucharistie et du sacerdoce, ainsi que le commandement du Seigneur sur la charité fraternelle.

Abbé Marcel Villers

Illustrations : Lavement des pieds, église de Theux ; Repas eucharistique de S. Köder

SEMAINE SAINTE : Triduum pascal

Le Triduum pascal

A partir du 2e s., la célébration de la Pâque du Christ est limitée à la seule vigile pascale où les chrétiens se rassemblent pour commémorer l’ensemble des événements de la passion et de la résurrection du Seigneur. Cette nuit-là, les baptêmes rappellent la puissance de la mort-résurrection du Christ capable de faire naître l’homme nouveau. Puis, en ce jour du Seigneur, l’eucharistie fait mémoire de sa mort et de sa résurrection, dans l’attente de son retour.

Le vendredi et le samedi précédant la vigile sont des jours de jeûne et de préparatifs jusqu’au IVe s. où la célébration de la Passion passe au vendredi. Cet office avec lectures et communion au corps du Christ pour s’associer à ses souffrances, ne comporte pas la messe qui, alors, est réservée aux seuls dimanches.

Au IVe ou Ve s., les préparatifs s’étendent au jeudi où on réconcilie les pénitents afin qu’ils puissent réintégrer la communauté pour les fêtes, et on consacre les saintes huiles nécessaires aux baptêmes de la vigile. Cette première étape dans la formation du triduum pascal est entièrement consacrée à la préparation de la vigile pascale. Cet aspect s’estompe peu à peu suite à la raréfaction des baptêmes de la vigile.

C’est alors, courant IVe s., que la liturgie romaine subit, via les pèlerins de retour, l’influence de l’Église de Jérusalem qui s’attachait aux événements de la passion de Jésus et les restituait dans leur cadre. On va enrichir la liturgie des célébrations pascales de rites qui sont « des mimes historiques : procession des rameaux reproduisant l’entrée du Christ à Jérusalem, lavement des pieds et messe du soir le jeudi pour refaire la Cène, adoration des reliques de la vraie croix découvertes à cette époque, mime de la résurrection du Seigneur mis en scène par l’apparition soudaine du cierge pascal allumé dans les ténèbres de l’église. » (Missel de l’Assemblée chrétienne, Bruges, 1964, p. 526-527)

Une troisième étape dans la formation de la liturgie pascale s’étend du Ve au Xe s. Elle s’attache aux éléments matériels transformés en symboles liturgiques qui se substituent aux rites sacramentels. Bénédiction de l’eau baptismale alors que les baptêmes se font rares ; bénédiction du cierge pascal et de la lumière alors que, depuis le VIII e s., la célébration de la vigile se fait en plein jour, le samedi ; bénédiction des buis, des saintes huiles.

La quatrième étape est la réforme de Pie XII. En 1951, il rétablit la vigile pascale rendue à son heure normale qui est la nuit ; en 1955, la célébration de toute la semaine sainte est remaniée dans le cadre de la Réforme liturgique qui trouve son achèvement avec le Concile Vatican II et sa traduction dans le nouveau missel romain et les normes de l’année liturgique promulgués par Paul VI en 1969.  « Le triduum pascal de la Passion et de la Résurrection du Seigneur brille comme le sommet de l’année liturgique. » (Paul VI, Normes universelles de l’année liturgique, 1969, §18)

Abbé Marcel Villers