ART ET FOI – Saint Antoine, ermite, fêté le 17 janvier

ANTOINE LE GRAND (251-356)

Ermite et abbé en Haute-Égypte. Père des moines

Invoqué pour la race porcine et contre le « zona » appelé populairement « feu de Saint Antoine » ; contre le « mal des Ardents », sorte d’épilepsie causée par l’ergot du seigle.

Description et interprétation du panneau du plafond de la nef de l’église de Theux (1630)

Le saint est vêtu d’une robe de bure recouverte d’une cape avec capuchon, c’est l’habit des Antonins, moines d’une abbaye du Dauphiné qui passent pour avoir reçu, au XIe s., les reliques de saint Antoine, d’où leur nom d’Antonins. Cet ordre se spécialisa dans l’accueil fait aux personnes atteintes de maladies contagieuses et essaima contribuant ainsi à répandre le culte d’Antoine, devenu un saint guérisseur de la peste, la gale et autres infections (Michel PASTOUREAU et Gaston DUCHET-SUCHAUX, La Bible et les saints, Paris, 2017, p.68-69).

Sur le panneau, Antoine contemple une croix, signe de pénitence, et lit les Écritures où il puise la force de vaincre les tentations.
Sur la tablette devant lui, on voit une clochette. Derrière lui, on aperçoit la tête d’un animal avec le groin caractéristique du porc, mais avec une longue corne (référence au diable) qui se développe à partir du sommet du crâne. A partir du Moyen-Âge, le cochon – image du tentateur – accompagne Antoine dans l’iconographie occidentale.
La clochette et le cochon évoquent l’interdiction faite aux porcs d’errer librement dans les rues, à l’exception de ceux des Antonins reconnaissables à leur clochette.

Devenu orphelin, Antoine, jeune chrétien de Haute-Égypte, venait d’hériter des biens de sa famille quand, en entrant dans une église, il entendit ces paroles : Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as, donne-le aux pauvres, et suis-moi (Mt 19,21). Antoine, âgé de vingt ans, obéit à cette parole de Jésus. « Il va alors vivre en ermite dans un sépulcre désaffecté. Aussitôt commencent de violents combats contre le démon qui le tentera toute sa vie ; ce qui a donné naissance à l’iconographie des tentations de saint Antoine, surtout au XVe s.
A trente-cinq ans, il s’enfonce seul dans le désert à la recherche d’une solitude parfaite ; pendant vingt ans, il occupe un fortin abandonné. Sa réputation de sainteté lui amène de nombreux disciples, si bien qu’il va fonder pour eux plusieurs monastères sur les rives du Nil. Il devient ainsi le Père des moines cénobites. En 311, il est à Alexandrie, où il combat l’hérésie arienne et encourage les chrétiens persécutés par les Ariens. Il meurt dans une caverne du désert, âgé de cent cinq ans. Son influence fut immense grâce surtout à sa célèbre « Vie » écrite par son ami saint Athanase, évêque d’Alexandrie (326-373) » (Missel romain quotidien, Hautecombe, 1961).

Abbé Marcel Villers
Illustration : plafond de l’église de Theux (photo IRPA)

Saint François-Xavier (1506-1552) Fêté le 3 décembre

SAINT FRANCOIS-XAVIER (1506-1552)

Prêtre de la Compagnie de Jésus ; un des premiers compagnons de saint Ignace. Missionnaire en Asie, apôtre des Indes et du Japon. Fêté le 3 décembre. Patron de l’œuvre de la Propagation de la foi et des missionnaires ; des marins et des touristes.

Description du panneau  Surplis, étole et tonsure du prêtre, col jésuite. Il tient en mains une fleur de lys, symbole de son vœu de chasteté. Il sera souvent représenté avec un crucifix, le cœur visible et enflammé.

Né à Javier en Navarre, François alla faire ses études à l’université de Paris où il rencontra, en 1532, Ignace de Loyola dont il devint un proche. Le 15 août 1534, ils sont sept à prononcer les vœux de pauvreté et de chasteté à Montmartre : la Compagnie de Jésus est née. Après des études de théologie, François Xavier est ordonné prêtre à Venise en 1537. La bulle d’approbation de la Compagnie de septembre 1540 assigne à ce nouvel ordre : « le profit des âmes et la propagation de la foi soit chez les Turcs, soit chez n’importe quels autres infidèles, même dans ces régions qu’on appelle les Indes. » A la demande du roi du Portugal, François Xavier est envoyé, avec le titre de nonce apostolique, aux Indes portugaises où il débarqua à Goa en mai 1542.

Il se consacra d’abord aux Européens vivant sur place, puis rapidement il s’adressa aux indigènes avec le désir ardent « d’annoncer l’Évangile non seulement par la prédication, mais aussi par l’assistance à tout un chacun, malade, pauvre ou prisonnier. » (Rosa GIORGI, Comment reconnaître les saints, 2003, p.135). De nombreux miracles lui furent attribués

Pendant dix ans, où la prière et la pénitence tenaient autant de place que la prédication, François Xavier allait parcourir des dizaines de milliers de kilomètres pour annoncer la Bonne Nouvelle en Inde, à Ceylan, aux Moluques et au Japon où il arriva en 1549. Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1552, terrassé par la fièvre, il mourut seul, au seuil de la Chine, dans l’île de San Choan, au large de Canton. Il avait quarante-six ans.

Deux ans après sa mort, on découvrit sa dépouille intacte qui confirmait sa réputation de sainteté. Légende, enjolivements des faits se répandirent d’Orient en Europe : « on parla des innombrables miracles du saint, guérisons de malades, tempêtes apaisées, morts ressuscités, esprit de prophétie, don des langues. On calcula que François avait dû baptiser en dix ans cinq cent mille voire un million d’infidèles. » (Jean DELUMEAU (dir.), Histoire des saints, tome VIII, 1987) Il fut canonisé en 1622 et apparaît déjà en 1630 au plafond de l’église de Theux qui est un manifeste de la Contre-Réforme.

Abbé Marcel Villers

Illustration : plafond de la nef de l’église de Theux (photo IRPA)

Saint Charles Borromée (1538-1584)

Saint Charles Borromée (1538-1584) – Fêté le 4 novembre

Cardinal, secrétaire d’État du pape Pie IV (1559-1565), archevêque de Milan (1565-1584). Canonisé en 1610. Saint très populaire et acteur majeur de la Contre-Réforme, ce dont témoigne sa présence au plafond de l’église de Theux daté de 1630. Protecteur du clergé, des catéchistes. Invoqué contre la peste.

Attributs
Reconnaissable à son long nez aquilin. Barrette et camail de cardinal. Il pointe du doigt un livre ouvert : peut-être les actes du Concile de Trente qu’il appliqua à Milan. Il est connu pour sa vie austère et de pénitence que signifie le crucifix avec tête de mort qu’il contemple.

Né sur les bords du Lac Majeur, Charles Borromée est appelé à Rome en 1560 par le pape Pie IV qui est son oncle. Il est nommé cardinal à vingt-deux ans et devient le premier Secrétaire d’État au sens moderne de la fonction. Il est ordonné prêtre, puis évêque en 1562. Il réussit à remettre en route le Concile de Trente et mena à bonne fin les dernières sessions (1562-1563). Il prit une part importante à la rédaction du Catéchisme tridentin.

A la mort du pape, Charles Borromée gagne Milan dont il est archevêque. Il n’aura d’autre souci que de faire passer dans la vie de son diocèse les décrets du Concile. Réformateur du clergé par ses synodes et la fondation des premiers séminaires, restaurateur des mœurs du peuple par ses visites pastorales qui s’étendaient jusqu’aux vallées suisses, créateur de multiples œuvres sociales (orphelinat, hospices, écoles), père de la cité, exemple de vie évangélique, le cardinal Borromée réalisa pleinement le type de l’évêque esquissé par le Concile de Trente… Tous les évêques réformateurs prirent son action pastorale comme modèle de la leur » (Pierre JOUNEL, Missel de la semaine, 1973, p. 1755). On a pu dire qu’il avait refait l’épiscopat d’Europe.

Charles Borromée est aussi le type de l’évêque défenseur de la cité et père de son peuple. Ainsi, il se consacra totalement au combat contre la peste qui ravagea Milan durant l’automne 1576. Il organisa de manière efficace la lutte contre l’épidémie, et assura la nourriture pour des milliers de personnes pendant les six mois que dura la tragédie qui aurait fait 30.000 victimes. Il prit soin en personne des pestiférés en les soignant et leur apportant la communion.

Homme d’action, le cardinal Borromée était aussi d’une ardente piété et d’une austérité reconnue. Dans son éloge funèbre, sa vie de charité et d’humilité fut ainsi résumée : De la richesse, Charles ne connut que ce qu’un chien reçoit de ses maîtres : de l’eau, du pain et de la paille.

Abbé Marcel Villers
Illustration : plafond de l’église de Theux 1630 (photo IRPA)