Clés pour lire l’évangile de Jean : 47. La source

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus enseigne dans le Temple : Jn 7, 37-8,1.

47. La source

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et que boive celui qui croit en moi » (Jn 7,38) 

Au dernier jour de la fête des Tentes, le grand jour, « Jésus debout, crie » (7,37). Cette mention marque l’importance de ce qu’il va dire, à savoir une parole de révélation qui utilise la métaphore de l’eau, un des symboles de la célébration de la fête. « Qu’il boive celui qui croit en moi. Comme dit l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive » (7,38). Et l’évangéliste d’ajouter : « il parlait de l’Esprit-Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui. »

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Histoire des missions : 23. Vatican II

23. Vatican II et l’activité missionnaire

C’est la première fois qu’un concile traite de l’activité missionnaire de l’Église ; le décret Ad gentes est promulgué, lors de la dernière session, le 7 décembre 1965. Ce texte a donné une nouvelle orientation à la mission. Il rappelle que l’Église est missionnaire de par sa nature elle-même. La mission est ainsi l’épiphanie, la manifestation du projet de Dieu. « Pour affermir la paix, autrement dit la communion avec lui, et pour établir la fraternité entre les hommes, Dieu décida d’entrer dans l’histoire humaine en envoyant son Fils dans notre chair. » (Ad gentes, n°3) Il ne s’agit plus d’imaginer la mission comme une conquête ou une opération d’expansion de l’Église de sorte qu’un jour, l’Église cesserait d’être missionnaire quand toute l’humanité l’aura rejointe. Pour le concile, une Église qui cesserait d’être missionnaire cesserait d’être l’Église de Jésus-Christ. C’est la fin de l’ère des missions au profit de celle de la mission.

La responsabilité missionnaire devient celle de tous les fidèles, celle de partager avec tous le don de Dieu et de permettre à tous les peuples d’accueillir son Règne. Néanmoins, des hommes et des femmes restent chargés d’un ministère qui est celui de toute l’Église : « marqués d’une vocation spéciale, doués d’un caractère naturel adapté, prêts à assumer l’œuvre missionnaire, ils partent dans la foi et l’obéissance vers ceux qui sont loin du Christ. » (Ad gentes, n°23) Le missionnaire ne part pas nécessairement dans un pays lointain ; il est envoyé au plus près des plus loin, d’ici et de partout. Du géographique, on passe au relationnel.

Plusieurs documents ultérieurs vont compléter ces perspectives, dans deux directions : la théologie du salut et le respect des religions. En 1967, Populorum progressio de Paul VI met en évidence la dimension libératrice de l’Évangile qui sera élaborée et mise en œuvre surtout par les épiscopats latino-américains : le combat pour la justice et la participation à la transformation du monde sont des dimensions constitutives de la mission de l’Église. L’ouverture aux diverses religions amène à les considérer non plus comme des rivales mais des compagnes de route. L’évangélisation se fait dialogue car l’Esprit est à l’œuvre à chaque époque et partout dans le monde, donc aussi dans les autres religions et leurs fidèles : « sa présence et son action ne concerne pas seulement les individus, mais la société et l’histoire, les peuples, les cultures, les religions », écrit Jean-Paul II dans Redemptoris missio (1990).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 46. Le retour

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus enseigne dans le Temple : Jn 7, 31-36.

46. Le retour

« Je m’en vais vers celui qui m’a envoyé. Vous me chercherez et ne me trouverez pas » (Jn 7,33-34)

Si certains veulent se saisir de Jésus, beaucoup d’autres croient en lui à cause des signes qu’il a fait. Inquiètes, les autorités envoient des gardes pour arrêter Jésus. Voilà qui place Jésus dans la perspective de sa mort qui constitue un abîme infranchissable. « Vous me chercherez et ne me trouverez pas ; là où je suis, vous ne pouvez pas venir. » (7,34)

Les autorités interprètent cette parole de Jésus sur le plan spatial : il va quitter Jérusalem, partir chez les Grecs pour les enseigner. Quant à Jésus, par cette parole il annonce sa mort prochaine : « pour un peu de temps encore, je suis avec vous ; puis je m’en vais auprès de celui qui m’a envoyé » (7,33) Sa mort, Jésus l’interprète comme un retour auprès de son Père, Dieu qui l’a envoyé. Il vient de Dieu et retourne à Dieu, ainsi résume-t-il sa mission.

L’annonce du Christ chez les Grecs

 « Va -t-il partir chez les nôtres dispersés dans le monde grec, afin d’instruire les Grecs ? » (7,35) Face à la méprise des autorités de Jérusalem, l’ironie johannique éclate. En effet, sans le savoir, les autorités émettent une prophétie, car Jésus aura l’occasion d’enseigner les Grecs montés à Jérusalem à l’occasion de la Pâque (12,20) ; ces Grecs sont en fait des Juifs de la Diaspora ayant adopté la langue grecque. Alors que les Juifs cherchent à arrêter Jésus, les Grecs, pour leur part, désirent le voir (12,21). De plus, au moment de la rédaction de l’évangile selon Jean, la Parole du Christ s’est largement répandue parmi les Grecs. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020) En effet, la dispersion de communautés juives dans tout l’empire romain les amena à parler le grec et à devenir des pôles d’attraction pour les païens séduits par le monothéisme. S’appuyant sur ce réseau, les missionnaires chrétiens y annoncèrent le Christ et créèrent le premier réseau de communautés chrétiennes dans le monde gréco-romain.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 45. Messie

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus enseigne dans le Temple : Jn 7, 25-30.

45. Messie

Le Messie quand il viendra, personne ne saura d’où il est. (Jn 7,27) 

Jésus est « celui qu’on cherche à tuer » (7,25) et pourtant il est là, dans le Temple, à parler en public. « Les autorités l’auraient-elles reconnu comme le Messie ? » (7,26) si on le laisse s’exprimer aussi ouvertement. Vient alors l’objection principale : « Celui-là, nous savons d’où il est. Or le Messie, personne ne saura d’où il est. » (7,27)

Est ainsi posée la question de l’identité de Jésus : qui est-il ? d’où vient-il ? est-il le Messie ? Ces questions sont aussi les nôtres, celles de tout chrétien, celles de tout homme face à Jésus. Vient une première réponse de Jésus proclamée solennellement, dans un cri, au cœur du Temple, centre de la foi juive : « Je ne suis pas venu de moi-même, mais il est véridique celui qui m’a envoyé. » (7,28) La véritable origine de Jésus, c’est Dieu. Nul ne peut saisir qui est Jésus s’il ne connaît pas Dieu en vérité.

D’où vient le Messie

« L’argument de l’origine cachée du Messie a vraisemblablement joué un rôle dans le débat sur l’identité de Jésus entre les premières communautés chrétiennes et la synagogue. A en croire les interlocuteurs de Jésus et des chrétiens, l’origine du Messie – il s’agit là d’une tradition relativement tardive dans le judaïsme antique – demeure mystérieuse et cachée. Or, on connaît l’origine terrestre de Jésus : Nazareth en Galilée, ce qui suffit à le disqualifier. Mais d’un point de vue johannique, cet argument n’est pas recevable, car il est purement mondain. Seul Jésus lui-même connaît sa véritable origine en Dieu ; cette dernière demeure cachée aux êtres humains qui sont en dehors de la foi. » (Jean ZUMSTEIN, L’Évangile selon saint Jean, 2014)

Abbé Marcel Villers