SOURCES : 16. Impasses

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

Abbé Marcel Villers

16. IMPASSES

Catastrophes climatiques, covid, guerre, scandales des abus, désertion de nos églises, tout nous pousse au pessimisme, pire au désespoir.

« Gardons-nous de perdre tout espoir, mais évitons également de céder trop facilement à la nonchalance : ce sont de funestes impasses.
Le désespoir empêche celui qui est tombé de se relever, et la nonchalance fait chuter celui qui est debout.
Livrés au désespoir, nous ne sommes plus en mesure de jouir des biens dont nous disposons ; succombant à la mollesse, nous devenons incapables de nous affranchir des maux qui nous assaillent.
Si la présomption nous précipite du haut des cieux, le désespoir nous précipite dans l’abîme infini du mal, alors qu’il suffit d’un peu d’espoir pour nous en arracher.

Malgré tout le vice dont il a imprégné sa vie, le malfaiteur devance tous les autres au Paradis parce qu’il n’a pas perdu espoir. Par contre, le pharisien a été humilié pour avoir nourri une confiance excessive en ses qualités, tandis que le publicain était élevé au point de surpasser son rival, car il n’avait pas désespéré.

Que Dieu nous préserve de tout désespoir ! Car le diable considère cette faiblesse comme son arme la plus efficace, et, même en péchant, nous ne saurions lui faire plus grand plaisir qu’en perdant espoir. »

Saint Jean Chrysostome (344/354-407), homélie sur la conversion prononcée pour l’ouverture du carême, probablement à Antioche de Syrie, sa cité natale où moine et prêtre il prêche régulièrement.                          

 

 

Clés pour lire Matthieu : 11. Le disciple, sel et lumière

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 13-16 du 5éme dimanche ordinaire.

11. Sel et lumière pour les hommes

Voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père. (Mt 5, 16)

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Il n’est pas dit : « vous devez être le sel, vous devez être la lumière. » Cela ne dépend pas de la volonté des disciples d’accepter ou non. Jésus ne leur lance pas une invitation à être sel ou lumière. Ils le sont, qu’ils le veuillent ou non, par leur réponse à l’appel de Jésus.

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (5, 16) Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’être ce que nous sommes, des disciples de Jésus. Le rayonnement des disciples n’est pas un but, c’est un fait : « la lampe brille. »(5, 15) C’est de surcroît qu’elle peut amener les hommes à rendre gloire à Dieu.

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. »
La double image évangélique du « sel de la terre » et de « la lumière du monde » sert souvent à caractériser des manières distinctes, voire successives, de se situer comme chrétiens dans la société. Au long du XXe siècle, on a vécu ces deux modalités de présence et d’action. Les chrétiens se sont d’abord profondément immergés dans la société y œuvrant avec tous à l’avènement d’un monde nouveau. On a parlé ainsi d’enfouissement, à l’image de ces prêtres se faisant ouvriers. La fin des années 70 marqua un déclin de cette posture de discrétion chrétienne. L’heure était venue d’une nouvelle stratégie, celle d’une visibilité assumée. Et aujourd’hui, en Belgique, discrétion ou visibilité, sel ou lumière ? Quelle est la bonne attitude alors que nous sommes désormais minorité ?

Abbé Marcel Villers

SOURCES : 15. L’instant présent

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité.  Aujourd’hui comme hier, nous avons besoin de boire à ces sources pour vivre et donner sens à notre engagement.  Chaque jeudi, vous est proposé un texte à lire, méditer, prier.

                                                                                                                               L’instant

Que de temps passé à courir pour répondre à des obligations extérieures : respect des échéances administratives, coups de téléphone, urgences matérielles à régler, rendez-vous demandé, réunions à organiser… Du matin au soir, nous courons pour gagner du temps. Et puis, dès que toutes ces contraintes s’estompent, quelle frénésie à remplir notre temps, à le bourrer d’occupations pour ne pas nous ennuyer. Dans une situation comme dans l’autre, nous nous donnons l’illusion de vivre une vie remplie, alors que nous n’arrivons qu’à la meubler sans l’habiter.
Habiter sa vie, habiter le temps.
Jésus disait : « Ne vous inquiétez pas de demain : demain s’occupera de lui-même. A chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6,34)

« S’il regarde aux lendemains, l’homme hypothèque le jour donné. Le passé et le devenir l’arrachent au présent. Il est un homme disloqué. Il faut beaucoup de courage pour reprendre élan, vivre l’aujourd’hui de l’Evangile et, à chaque aube, cueillir le jour qui vient. » (Frère Roger, Unanimité dans le pluralisme)
Vivre l’instant dans toute sa densité. Etre présent à soi. Voilà qui unifie la vie, le temps. Voilà qui simplifie.
« Une âme simple est celle qui, au fond de tout ce qui arrive, sait découvrir, adorer, aimer la Volonté de Quelqu’un qui nous aime. Une vie simple est une vie qui se passe dans l’union de foi à cet Amour. Vous simplifiez toute votre vie et vous commencerez, à travers les saisons qui passent, les joies ou les peines qui se succèdent, à vivre un peu la minute qui ne passe plus. Une seule chose compte, c’est l’instant qui passe, la minute présente. Toutes les circonstances variées qui la caractérisent, c’est l’amour infini que Dieu a mis en chacune de ces minutes pour me combler de sa joie. Vous simplifierez ainsi votre vie et vous commencerez, à travers les saisons qui passent, à vivre un peu la minute qui ne passe plus. » (Augustin Guillerand, Correspondance )

Abbé Marcel Villers


Augustin Guillerand (1877-1945), moine français de la Grande Chartreuse. Ses avis et conseils de simple spiritualité d’amour et d’abandon à la volonté de Dieu touche les cœurs. Il semble bien que ce soit durant la période (1929-1935) que se conçoit le petit livre qui le fit connaitre : ‘Silence cartusien’.

Clés pour lire Matthieu : 10. Réjouissez-vous !

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, parution le mercredi matin, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 1-12 du 4ème dimanche ordinaire.

10. Réjouissez-vous !

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. (Mt 5, 3)

« Réjouissez-vous. Heureux êtes-vous. » (5, 12) C’est à ses disciples que Jésus s’adresse. Il s’adresse à ceux-là qui l’entourent, ceux qui ont répondu à son appel. Et Jésus de leur décrire ce qui les attend, leur avenir. Ils ont obéi à son appel, renoncé à tout pour le suivre. Cet appel a fait d’eux, de nous, des pauvres, des gens que l’on combat, des affamés.

« Heureux êtes-vous », nous déclare Jésus. Heureux à cause de l’appel de Jésus auquel nous avons répondu. Et Jésus de dresser le portrait de ses disciples : des pauvres de cœur, des doux, des affligés, des affamés de justice, des miséricordieux, des cœurs purs, des artisans de paix, des persécutés en raison de leur engagement pour la justice, c’est-à-dire pour leur obéissance à la loi de Dieu.

Les discours de Jésus dans l’évangile de Matthieu
L’évangile matthéen est construit en cinq grandes parties organisées sur le schéma gestes/paroles qui se traduit littérairement par une suite de récits et de discours. Ainsi les paroles de Jésus éclairent ses gestes. Cinq grands discours ponctuent le texte de Matthieu. Ils correspondent symboliquement aux cinq livres de la Torah, cœur de la Loi juive à laquelle Matthieu et sa communauté se réfèrent et réinterprètent à la lumière de leur foi en Jésus Christ. L’objectif de Matthieu serait de présenter la nouvelle Torah, celle des chrétiens. Jésus est ainsi désigné comme le nouveau Moïse, considéré comme l’auteur des cinq livres de la Loi.
Les cinq discours de Matthieu sont : celui sur la montagne ou le nouveau chemin de vie (chapitres 5-7) ; le discours de mission (chapitre 10) ; le discours en paraboles ou le mystère du Royaume (13) ; le discours sur la vie en communauté (18) ; le discours sur la fin des temps ou le jugement du monde (24-25). On peut en apprécier la chronologie, qui dessine l’itinéraire de la vie chrétienne : conversion, mission, mystique, communauté, eschatologie.

Abbé Marcel Villers