Histoire des missions : 9. Les missions intérieures

9. Les missions intérieures (XVII°-XVIII° s.)

L’évangélisation des peuples nouveaux découverts par les Occidentaux a, en retour, éveillé l’attention sur la déchristianisation des campagnes et des populations d’Europe. La nécessité d’une nouvelle évangélisation s’avérait d’autant plus que les chrétiens étaient profondément bouleversés par les divisions engendrées par l’élan réformateur des protestants et la vigoureuse réaction de l’Église catholique à la suite du Concile de Trente (1545-1563). La mission concernait aussi nos pays de vieille chrétienté.

C’est alors que l’on inventa les missions paroissiales. Il s’agissait pour des prêtres formés à cet élan missionnaire de visiter systématiquement toutes les paroisses d’une région, en prêchant, y organisant des célébrations, mettant en place le catéchisme, et veillant à confesser hommes et femmes. Une mission s’étendait sur des semaines ou des mois, constituant un temps fort de rénovation et de nouvelle évangélisation. Ces méthodes missionnaires furent reprises au XIXe s. et persistèrent jusqu’au milieu du XXe s.


Des sociétés ou compagnies de prêtres furent alors créées pour mettre en œuvre cette évangélisation des villes et campagnes. Pour la France, la plus emblématique est fondée, en 1625, par saint Vincent de Paul, la bien dénommée « congrégation de la mission ». Les Oratoriens, les Eudistes, les Capucins, puis au XVIIIe s., les Rédemptoristes furent fondés dans ce même but missionnaire.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 34. Le semeur

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 13, 1-23 du 15e dimanche ordinaire.

34. Le semeur

     D’autres sont tombés dans la bonne terre et ont donné du fruit. (13,8)

Le semeur ne calcule pas. Certes, du grain se perd au bord du chemin, dans les pierres ou les ronces. Mais qu’importe ! Il sème, sûr que le grain donnera du fruit. Son travail, c’est de semer. Pour le reste, il fait confiance. La moisson, c’est l’affaire de Dieu.
Lui seul est capable de toucher les cœurs. Pour nous, il s’agit simplement de semer. Le semeur ne passe pas son temps à chasser les oiseaux qui mangent les grains, ni à enlever les pierres et les ronces. Il sème avec détermination. Une foi tranquille l’habite. Il est certain de la récolte en dépit de tous les échecs et revers. 

L’occasion de la parabole du semeur

Par cette parabole, Jésus répond aux doutes de ses contemporains sur le succès de sa prédication. « Le regard se porte sur ses propres échecs, ses prédications infructueuses, l’opposition exacerbée qu’il rencontre, les défections croissantes. N’était-ce pas un démenti à ce qu’il prétendait être venu faire ? Regardez le paysan, dit Jésus, il pourrait se décourager devant la perte de sa semence, et pourtant il ne se laisse pas déconcerter, car il a ferme espoir qu’une belle récolte lui sera donnée. O gens de peu de foi ! » (J. JEREMIAS, Les paraboles de Jésus, 1962)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 33. Le Père et le Fils

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique.
Aujourd’hui : Mt 11, 25-30 du 14e dimanche ordinaire.

33. Le Père et le Fils

Que nous révèle de Dieu le Fils, à travers son agir et ses paroles ?
Au moins trois traits. D’abord que Dieu est Père, qu’il se soucie de chacun de nous parce qu’il nous aime comme ses enfants.
Ensuite, que Dieu est « doux et humble de cœur » (11, 29), qu’il ne cherche donc pas à s’imposer, à dominer.
Enfin que Dieu est compassion : « vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, je vous procurerai le repos. » (11, 28)
Et Jésus de conclure : « prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples. » (11, 29)

Mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.

« Dans le judaïsme, l’image du joug s’appliquait à diverses réalités : on parlait du joug de la Loi, des commandements, ou du Royaume des cieux, tout ce que l’homme s’impose avec joie pour répondre aux exigences de Dieu. Si les pharisiens estimaient que le joug de la Loi n’avait rien d’un fardeau et d’un esclavage, Matthieu juge pourtant que leur enseignement pèse lourd, « ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter, et ils en chargent les épaules des gens. (23,4) » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991).

Les 613 commandements formulés par les rabbins, les détails dans lesquels on les explicitait sans fin, constituaient « un joug que ni nos pères, ni nous-mêmes n’avons été capables de porter », disait Pierre (Ac 15, 10). Jésus libère de ce poids de la Loi ; le joug de Jésus est léger et facile à porter.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 32. A cause de moi

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Nous poursuivons la lecture liturgique de Matthieu. Aujourd’hui : Mt 10, 37-42 du 13e dimanche ordinaire.

32. A cause de moi

Qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. (Mt 10,39)

« Qui aime son père ou sa mère, son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi. » (10,37) Voilà la condition que pose Jésus à qui veut être son disciple. Et il ajoute qu’il faut en plus prendre sa croix (10,38). A entendre de telles conditions, on comprend facilement qu’il perd sa vie celui qui devient disciple de Jésus. Mais c’est bien ce que Jésus demande : perdre sa vie à cause de lui plutôt que de la garder pour soi. On ne peut être plus radical.

Il faut choisir. Il ne s’agit pas ici de choisir des valeurs, ou un mode de vie, ou une religion, mais une personne : Jésus. C’est bien là ce qui caractérise le christianisme : avant d’être une morale, une doctrine, un culte, il est d’abord un attachement, un lien amoureux à une personne bien précise : Jésus de Nazareth. Être chrétien, c’est être avec Jésus. Nul n’a choisi son père ou sa mère. Jésus, lui, doit être choisi. Au principe de la vie du chrétien, il y a une décision personnelle, un choix de vie. Ce que nous appelons la foi.

Choisir entre deux maisons

Choisir Jésus implique un déchirement et une division au sein même de la famille. Le païen converti à la foi chrétienne devra refuser de s’associer au culte des ancêtres, à la vénération des dieux familiaux. De même, le citoyen romain se verra contraint de renoncer aux sacrifices publics et civiques, particulièrement au culte de l’empereur, qui s’imposent à tout citoyen reconnu par Rome. Enfin, le chrétien d’origine juive renoncera à participer à tout sacrifice offert au temple de Jérusalem. Il est évident que ces choix radicaux ne sont pas sans conséquences sur les relations au sein de la maison familiale comme de la vie en société.

Abbé Marcel Villers

HISTOIRE DES MISSIONS 8. La cité chrétienne

8. La mission :
créer la cité chrétienne idéale (XVII°-XVIII° s.)

Les réductions, organisées surtout par les Jésuites, mais aussi par les Franciscains, sont d’abord l’expression de la volonté de protéger les indigènes contre les colons, mais aussi une tentative de créer une civilisation chrétienne indigène. C’est un objectif que défendait toute une tradition pour laquelle une rupture avec le monde, considéré comme hostile, était nécessaire pour pouvoir vivre pleinement l’Évangile. L’ambition était de créer un autre monde, une contre-culture, une société à côté de l’autre. Cette perspective anima le mouvement missionnaire. Imaginant arriver sur une terre vierge de toute influence de l’Occident, les missionnaires avaient le projet de construire une société chrétienne, un monde nouveau où l’Évangile serait la référence unique. On est dans le registre de l’utopie.

La réalisation la plus emblématique fut la république des Guaranis organisée par les Jésuites au Paraguay. Ils obtinrent du roi d’Espagne le droit de regrouper les Indiens et de les isoler complètement de la société coloniale dans une sorte de « réduit ». Les Jésuites fondèrent ainsi un État guarani où ils avaient l’occasion de créer de toute pièce la société chrétienne idéale. « Ce fut un système politique théocratique qui survécut grâce à une économie agraire communautaire et à une politique sociale totalitaire, paternaliste. Cette forme de colonisation jésuite était également un processus de civilisation, passage d’une société « naturelle » à la société politique. » (G. Imbruglia)

La première réduction fut mise sur pied en 1609. Il y en eu 40 regroupant 150000 indigènes. L’effondrement suivit l’interdiction de la Compagnie de Jésus par les puissances coloniales catholiques entre 1759 et 1767.

                                  Extrait du film « Mission » (1986)                   

Abbé Marcel Villers

Sur tout ceci, voir Ludovico MURATORI, Relation des missions du Paraguay, 1983.