PREMIER DIMANCHE DU CARÊME A. Gn 2-3 ; Mt 4,1-11.
« Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre.»
Rappel de notre véritable condition qui donne sens au carême.
40 jours pour revenir à l’essentiel, à ce que nous sommes en vérité, lorsque nous enlevons les masques qui nous dissimulent aux autres comme à nous-mêmes, lorsque nous arrêtons de nous fuir dans l’agitation et le divertissement.
Le carême, temps du retour à la vérité sur nous-mêmes, temps de discernement : qui suis-je ? qu’est-ce que cette vie que je mène ? où cela me conduit-il ? Et Dieu dans ma vie ?
Les tentations de Jésus au désert mettent en scène une réalité intérieure et permanente pour le chrétien, pour tout homme. Que ce soit le serpent ou le diable, nous sommes face à des ennemis dont le champ de bataille est notre âme. Nous sommes en lutte contre ces Puissances occultes, ces Forces des ténèbres qui peuplent notre cœur. Nous partageons cet aveu de St Paul : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais. L’être humain est contradiction, ce qui le rend fragile et donne prise au tentateur.
Au commencement : Adam, né du souffle de Dieu et de la poussière du sol. Tout est dit. L’être humain est contradiction. Être mixte, mêlé de ciel et de terre, tiraillé entre les deux. Tenté de refuser ce qu’il est : une créature, un être dépendant et limité, qui reçoit sa vie d’un autre, de Dieu. Le péché fondamental, dont dérivent tous les autres, est le refus d’être ce que nous sommes : une créature, Fils de Dieu mais pas Dieu.
Le carême invite au discernement, celui de nos limites.
Souviens-toi que tu es poussière et que tu redeviendras poussière.
Notre tentation majeure est la toute-puissance. Comme Adam, nous voulons jouir sans limite et nous arroger le pouvoir de décider seul du bien et du mal. Cette tentation traverse toute l’histoire humaine et l’actualité nous en donne des exemples évidents : le fanatisme et sa prétention à détenir la vérité absolue ; la griserie du pouvoir jusqu’à se prendre pour le maître du monde ; l’accaparement des richesses qui détruit la planète et creuse les inégalités. Ces tentations concernent aussi chacun de nous, qui cherchons à nous gaver d’avoir, de savoir et de pouvoir.
En résistant aux tentations majeures, Jésus nous apprend à être homme, c’est-à-dire à accepter notre condition de créature et notre dépendance. Nous ne sommes pas des dieux comme le susurrait le serpent à Adam et Ève, comme le diable l’insinuait à Jésus. Le chemin que dessine Jésus est celui de l’humaine condition, autrement dit de l’humilité. Car l’homme ne vit pas seulement de pain,« mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.»
Abbé Marcel Villers
Illustration : détail de Botticelli « Tentations du Christ », 1481
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