SOURCES : 171. IL FRAPPE A LA PORTE

SOURCES

Dans cette rubrique, il est question de sources, celles qui nous font vivre, celles qui donnent sens à notre action, celles qui contribuent à construire notre identité. Le carême est un temps propice à la conversion, à l’approfondissement, à l’intériorité. Cessons de vivre à la surface, dans le superficiel et l’agitation. Où en sommes-nous dans notre recherche d’une vie pleine et féconde ?

Il frappe à la porte

 « Quelqu’un m’a regardé.
Il m’a dit que j’existais, qu’il voulait que j’existe, et donc que je n’étais pas rien.
Il m’a dit qu’en lui j’étais pardonné, guéri, recréé.

« Voici, je suis à la porte et je frappe. »
Et j’ai ouvert.

Plus profond que notre désespoir, il est là.
Plus haut que notre plus haute joie.
Plus haut que cette tension vers la plus haute vie.

Il est là.

Désormais
Dans l’intériorité de l’homme
Sans fusion ni séparation,
Dans l’incandescence des choses,
Sans confusion, pour l’eucharistie,
Dans le cri de Job de l’histoire,
Mais Dieu lui-même se fait Job
Et levain de libération,
Au désert de la transcendance.

Mais il refleurit dans Ton sang,
Dans le Visage des visages,
Défiguré, transfigurant,

Nous te louons et rendons grâce,
Ô Sagesse bariolée
Ô Souffle qui tout vivifie,
Ô Christ qui tout réunifie,
Ô abîme enfin révélé
source de tout amour, de toute liberté,
abba, le sein du Père ! »

Olivier Clément, L’autre soleil, 1975

OLIVIER CLÉMENT (1921-2009). Originaire du sud de la France, jeune professeur de lettres, il se convertit à la foi chrétienne et, à trente ans, reçoit le baptême dans l’Église Orthodoxe. Il se familiarise avec la pensée spirituelle et théologique russe en France dont le cœur est l’Institut de théologie Saint-Serge de Paris où il enseignera par la suite.

CLÉS POUR LIRE MATTHIEU : 13. MOI JE VOUS DIS

Clés pour lire l’évangile de Matthieu

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 17-37 du 6éme dimanche ordinaire.

Eh bien ! moi, je vous dis
Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. (Mt 5, 17)

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux » (5, 20). Il est clair que pharisiens et scribes appliquaient, et scrupuleusement, la Loi de Dieu. Mais, pour Jésus, cette application avait tendance à rester extérieure. Il la veut intérieure, venant d’un acte libre, délibéré et personnel. Il n’est pas question d’un rigorisme accru dans l’obéissance à la Loi, mais d’un engagement plus personnel parce que plus intériorisé.

Jésus n’ajoute rien à la Loi de Moïse et aux prescriptions qui en découlent. Il ne fait que mettre en évidence la nécessité d’aller aux racines, les causes comme les motifs de l’action. Si l’on condamne le meurtre, il faut aller jusqu’à sa racine qui est la colère, l’insulte ou la malédiction. De même pour l’adultère : « tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur » (5, 28). Enfin, dans le domaine du langage, « que votre parole soit « oui » si c’est « oui », « non », si c’est « non » » (5, 37).

Vous avez appris… Mais moi, je vous dis.
« Jésus semble ne s’autoriser que de lui-même, sans s’appuyer sur aucune autorité reconnue et vérifiable. Chaque évangile insiste sur l’autorité souveraine de Jésus. En disant : « Mais moi, je vous dis », Jésus ne se contente pas de s’opposer à Moïse ; il met son moi sur le même plan que le moi de Dieu. Car la Loi ne fait autorité qu’en tant qu’elle a été donnée par Dieu, et Moïse qu’en tant que son médiateur. De même quand il introduit un propos par la formule : « Amen, je vous le dis », Jésus revendique Dieu pour auteur de sa propre parole. Son amen garantit la vérité de sa parole comme vérité de Dieu. Jésus ose parler et agir à la place de Dieu. C’est Dieu et nul autre qui fonde sa parole. » (Heinz ZAHRNT, Jésus de Nazareth. Une vie, 1996) Cette autorité de Jésus a frappé ses contemporains et révèle une expérience de Dieu unique : il est le Fils.

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI : SAINT LAURENT

ART ET FOI. PLAFOND DE L’ÉGLISE DE THEUX.

Nous vous proposons la découverte des panneaux, datant de 1630, ornant le plafond de la nef de l’église de Theux. 66 médaillons figurent un(e) saint(e), dont plusieurs de Marie, des scènes de la Passion du Christ, de sa gloire, etc. Deux fois par mois, le mardi, un de ces médaillons sera présenté.

 LAURENT (210/220-258)

Diacre du pape Sixte II (257-258) avec qui il est martyrisé à Rome en 258.

Fêté le 10 août. Patron de Rome après Pierre et Paul. Patron des pompiers, des rôtisseurs et des charbonniers. Invoqué pour guérir des brûlures et protéger des incendies.

Attributs

Revêtu de la dalmatique, portant la tonsure monacale, il lit l’Évangile qu’il est chargé d’enseigner et de prêcher. Il porte le gril, instrument de son supplice.

Originaire, selon la légende, d’Aragon (Espagne), Laurent fut un des sept diacres de Rome, ordonné par le pape Sixte II qu’il suivit dans le martyre lors de la persécution de l’empereur Valérien en 258.

Il était trésorier de l’Église et, selon la légende qui date de la fin du Ve s., ses persécuteurs lui demandèrent de leur en livrer les richesses. Il répondit en amenant des orphelins : « Voilà les trésors de l’Église que je vous avais promis. J’y ajoute les perles et les pierres précieuses, ces vierges et ces veuves consacrées à Dieu ; l’Église n’a point d’autres richesses ». Furieux, le préfet Cornelius le fit déchirer à coups de fouet, puis rôtir à petit feu, sur un gril au-dessus d’un lit de braises. Légendaire, cet instrument devint l’attribut habituel du saint.

Sur son tombeau s’éleva, sous Constantin, une des principales basiliques romaines : Saint-Laurent-hors-les-Murs. « Laurent compte au petit nombre des saints romains à avoir reçu très vite un culte officiel, et dont les Pères de l’Église ont contribué à asseoir et diffuser l’histoire. LaPassion qui en a été le récit et que retiendra la Légende dorée (œuvre du XIIIe s.) n’est sans doute pas antérieure au Ve-VIe s., et sa valeur historique est très faible, mais c’est elle qui impose l’image de Laurent, martyr de Rome, et pendant d’Étienne, le protomartyr de Jérusalem. » (André MANDOUZE (dir.), Histoire des saints, tome III, 1987)

L’importance de saint Laurent tient à deux éléments : l’image du diacre fidèle jusqu’à la mort à son évêque, et modèle du clerc chargé de l’administration des biens de la communauté, modèle de l’ordre sacerdotal, mais aussi l’image du troisième patron de Rome, avec les deux apôtres Pierre et Paul (qui le suivent dans l’ordre des panneaux du plafond de l’église de Theux), car il est non seulement secourable, mais accroît la gloire de Rome et donc son rayonnement : « Que Rome devienne aussi célèbre, grâce à Laurent, que Jérusalem avait été glorifiée par Étienne ». Ces paroles de Léon le Grand résument bien l’idéologie de l’Église de Rome et sa prétention universelle.

Abbé Marcel Villers

HOMÉLIE : SEL ET LUMIÈRE. THEUX 5° DIMANCHE ORDINAIRE

5° Dimanche Ordinaire A. Mt 5, 13-16
Theux 08-02-2026

« Vous êtes le sel de la terre.
Vous êtes la lumière du monde.
 »

Voilà comment Jésus définit ses disciples.
Est-ce bien de nous dont il parle ?

Sel de la terre, lumière du monde, ce n’est pas aujourd’hui que nous oserions l’affirmer, encore moins le croire. Il suffit de considérer notre situation actuelle dans l’espace social de notre pays pour rester plus que modestes, conscients comme chrétiens d’être de fait minoritaires et même marginaux.

Sel de la terre, c’est-à-dire source d’espérance, de sens.
Lumière du monde, celle d’une Église qui brille pour tous et indique la voie du bonheur et de la vérité.

Aujourd’hui, sommes-nous vraiment perçus par nos concitoyens comme sel de la terre et lumière du monde ?

Jésus nous avait mis en garde. « Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? ll n’est plus bon à rien ; on le jette dehors. »
N’est-ce pas notre situation de chrétiens dans la société belge ?

« La grande menace, pour nous, c’est la psychologie de la tombe qui transforme peu à peu les chrétiens en momies de musée, écrivait le pape François (Evangelii gaudium). Déçus par la réalité, par l’Église et par eux-mêmes, ils vivent la tentation constante de s’attacher à une tristesse douceâtre, sans espérance, qui envahit leur cœur comme le plus précieux des élixirs du démon. Appelés à éclairer et communiquer la vie, ils se laissent finalement séduire par une sorte de lassitude intérieure. »
N’est- pas notre état d’esprit depuis un certain temps ?

Et pourtant, le sel et la lumière de la vie, c’est encore ce qu’un certain nombre de nos compatriotes attendent de nous, de l’Église. Cette semaine, dans le journal Dimanche, un Dominicain, aumônier des étudiants d’Anvers, déclare : « Je constate qu’il y a de plus en plus de jeunes qui viennent vers nous. C’est un phénomène nouveau dont je me réjouis. Mais ces jeunes sont sans héritage et se sentent spirituellement perdus. C’est souvent en regardant des vidéos sur internet ou dans la confrontation avec d’autre étudiants qui sont musulmans par exemple, qu’ils viennent vers nous et nous demandent d’où venons-nous ? Expliquez-nous cette tradition chrétienne qu’on ne connaît plus. Expliquez-nous qui est le Christ. »

L’annonce missionnaire est à nouveau d’actualité. Le chrétien missionnaire, écrit François (E.G.), « est d’abord quelqu’un qui partage une joie, qui indique un nouvel horizon, qui offre un banquet désirable. L’Église ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction. L’annonce du Christ ne peut être séparée d’actes significatifs. »

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père des cieux. »
Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’accomplir ces actes de lumière dont parlait Esaïe :« Partage ton pain, recueille le sans abri, couvre celui qui est nu… alors ta lumière se lèvera dans les ténèbres. »

Finalement, le rayonnement des disciples n’est pas un but à rechercher en soi, ni pour soi-même.
C’est un fait : « la lampe est mise sur le lampadaire et elle brille ».
Depuis 2000 ans.

Abbé Marcel Villers