Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 28. La prière du disciple

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons la lecture continue de l’évangile de Matthieu. Aujourd’hui : Mt 6, 9-13.

28. La prière du disciple

Vous donc, priez ainsi : Notre Père… (Mt 6,9)

Le « Notre Père » est un condensé, un résumé de l’enseignement de Jésus. Le nom « Père », sous lequel Dieu est invoqué, est le cœur même de la foi et du message de Jésus. Dieu est proche de chaque être humain, a souci d’eux comme un père de ses enfants. Les sept demandes que formule le « Notre Père » ne font que développer l’invocation initiale. Prier, c’est demander une seule chose : que Dieu accepte d’être un père pour moi.

« Dans les trois premières demandes, il s’agit de la divinisation de Dieu, dans les quatre suivantes de l’humanisation de l’homme. » (H. Zahrnt) Les trois demandes initiales prient Dieu d’être, pour nous et parmi nous, ce qu’il est déjà en soi. Les quatre suivantes évoquent les besoins essentiels de l’existence humaine : le pain, le pardon, la délivrance que l’homme ne peut se donner à lui-même.

Le « Notre Père »

« Le Notre Père s’est transmis sous deux formes : le texte de Matthieu et celui de Luc (11, 2-4). Ce dernier, plus bref, reflète davantage l’état primitif du texte. Très tôt, la version de Matthieu s’est imposée aux Églises ; très tôt aussi, des manuscrits de cet évangile ont ajouté une conclusion liturgique (« Car à toi sont le Règne, la puissance et la gloire…). Plus qu’ailleurs dans les évangiles, le texte grec de Matthieu laisse transparaître le langage sémitique originel ; d’où une richesse de sens difficile à restituer. Matthieu est ici en train de proposer à sa communauté une « révision » du Notre Père, enrichi de formules qui lui sont chères. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 27. Ferme la porte

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons la lecture continue de l’évangile de Matthieu. Aujourd’hui, Mt 6, 5-8.

27. Ferme la porte et prie

Ton Père qui voit dans le secret te le rendra. (Mt 6,6)

« Ne soyez pas comme les hypocrites… ils aiment à se montrer aux hommes quand ils prient » (6,5) En raison de son caractère social, la prière, liturgique par exemple, a une visibilité certaine, ce que Jésus ne conteste pas. Mais, « toi, retire-toi dans la pièce la plus retirée et prie ton Père présent dans le secret » (6,6).  Selon cette consigne, ce qui est public doit, en même temps, être caché, en tout cas ne pas être vu. Comment comprendre cette contradiction ?

La visibilité d’un acte peut être recherchée sous la forme d’une publicité. Mon acte est alors détourné de son but spirituel. J’en fais une mise en spectacle de mon mérite devant les autres ou devant moi seul. C’est ce qu’on appelle l’hypocrisie, c’est-à-dire, le culte de l’apparence, l’art de la mise en scène. Celui-là a déjà sa récompense.

La prière

Au temps de Jésus, la prière est un acte essentiellement public. Les prières étaient en général des formules récitées et à des heures fixées. Elles se prononçaient à haute voix, même quand on était seul ; la prière silencieuse ou mentale n’existait pas, pas plus que la lecture silencieuse. La prière pouvait s’effectuer partout, à la synagogue, sur les places, dans les rues, dans les maisons, en un mot, là où l’on se trouvait lorsque le moment de la réciter était venu. Jamais le Juif ne s’agenouillait pour prier ; d’ordinaire, il disait ses prières debout, la tête couverte d’un voile et inclinée en avant, les yeux fixés sur le sol.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 26. Envoi

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Aujourd’hui, l’évangile du jeudi de l’Ascension, Mt 28, 16-20.

26. L’envoi

Allez ! De toutes les nations, faites des disciples. (Mt 28,19)

La mission consiste à « faire des disciples » parmi tous les peuples. Il y a par le fait même une tension dialectique au cœur même de l’acte missionnaire : il faut, d’une part, annoncer l’évangile à toutes les nations, mais il ne s’agit pas d’une simple proclamation, il faut arriver à « faire des disciples », c’est-à-dire, construire une relation très personnelle avec Jésus. L’évangélisation s’adresse à des individus pour qu’ils deviennent en communion de volonté avec Jésus et son Père.
« Apprenez-leur à observer tout ce que vous ai commandé » (28, 20). Enseigner est pour le missionnaire poursuivre la tâche même de Jésus, le seul véritable Maître.
« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (28,19). Pour la Bible, le nom, c’est la personne elle-même. Baptiser « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » veut dire que le baptême met en relation vitale avec Dieu, source de mon être et de ma vie. Le baptême fait le disciple et donc un frère, une mère, une sœur de Jésus.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit

« Au début de l’Église, on baptisait « au nom de Jésus ». L’expression « au nom de » manifeste qu’un lien personnel est établi entre celui qui invoque et celui qui est invoqué. Le baptisé, dans le cas présent, devient la propriété de celui au nom duquel il est baptisé. La formule trinitaire encore utilisée dans les rites du baptême reflète une prise de conscience plus vive du mystère de Dieu révélé en Jésus-Christ. » (ACEBAC, Les Évangiles, 1983) Être baptisé, c’est entrer dans la communion qui fait la Trinité.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 25. La route

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons la lecture continue de l’évangile de Matthieu : Mt 10, 5-15.

25. Prendre la route

Proclamez que le royaume des cieux est tout proche. (Mt 10,7)

Le missionnaire, c’est un envoyé. En tant que représentant de celui qui l’envoie, il n’a qu’un devoir : parler et agir comme son envoyeur. Être missionnaire, c’est entrer dans la lignée de Jésus, poursuivre sa voie, en proclamant le même message et accomplissant les mêmes actes. « Sur votre route, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » (10,8).

Être missionnaire, c’est dire et faire comme Jésus, mais encore adopter son style de vie et de comportement. Style fait de dépouillement et de confiance en Dieu comme dans l’hospitalité des destinataires. « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton » (10, 9-10).

L’équipement du missionnaire

« Matthieu (10, 9-10) n’interdit pas d’emporter de l’argent, mais d’en gagner, et lui seul mentionne la monnaie en or. L’or ne gonflait sans doute pas le portefeuille des compagnons de Jésus, mais peut-être celui des ministres chrétiens plus aisés au temps de l’évangéliste. Quant au trousseau des envoyés, ni sac à provision, ni vêtement de rechange, ni le luxe des sandales, ni bâton contre les dangers de la route. Le messager doit apparaître vulnérable et livré aux événements. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 24. Berger et brebis

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons cette semaine la lecture continue de l’évangile de Matthieu : Mt 9,35-10,4.

24. Le berger et les brebis

Elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. (Mt 9, 36)

Le berger c’est le guide, celui qui mène aux bons pâturages. Sans berger, les brebis s’égarent, vont et viennent sans direction, sans soins. Tel est le constat de Jésus devant les foules livrées à elles-mêmes. Leurs pasteurs officiels, scribes et pharisiens, les ont abandonnées. Jésus perçoit que son message est en cohérence avec les attentes des foules, que ses actes de guérison réveillent l’espérance. Bref, les choses sont mûres. « La moisson est abondante et les ouvriers peu nombreux » (9, 37).

Il appela alors douze hommes et « leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et infirmité » (10,1). Ce sont eux que Jésus envoie en mission comme « ouvriers pour la moisson » (9,38).

La moisson

« Dans la Bible, l’image de la moisson exprime une échéance décisive : elle signifie ainsi le rassemblement définitif d’Israël (Is 27,12-13), elle évoque souvent le jugement dernier (Jl 4,13), toujours elle dit que les choses sont mûres et que la récolte ne doit souffrir aucun retard. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991). Dans sa mission, Jésus perçoit que le temps est mûr pour recueillir les fruits de son ministère. Si Dieu reste le maître du résultat, il a aussi besoin de collaborateurs, d’ouvriers. Mais que ces derniers n’oublient pas qu’ils ne sont pas propriétaires, qu’ils ne cessent donc de « prier le maître de la moisson » (9, 38).

Abbé Marcel Villers