Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 39. Pris au piège

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 15, 21-28 du 20e dimanche ordinaire.

39. Jésus pris au piège
« Femme, grande est ta foi. » A l’heure même, sa fille fut guérie.
(Mt 15, 28)

Lorsque la femme, une païenne, se jette à ses pieds, Jésus la rejette : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants – c’est-à-dire les Juifs – pour le jeter aux petits chiens – les païens. » (15, 26). La femme, loin d’être scandalisée, saisit la balle au bond : « puisque les chiens sont tolérés dans la maison, alors j’accepte d’être un chien pour recevoir les restes, ce qui tombe de la table. » Non pas pour elle, mais pour son enfant, « sa fille tourmentée par un démon. » (15, 22)

Jésus est pris au piège de ses propres paroles. Il est vaincu par la foi de cette Cananéenne qui élargit la compréhension que Jésus avait de sa mission. Il découvre la largeur et l’universalité de la foi au-delà de toutes les catégories et religions. C’est l’amour maternel d’une païenne qui lui fait abattre une barrière millénaire.

Une Cananéenne

« Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne venue de ces territoires… » (15, 21) Nous sommes en-dehors d’Israël, au nord, le long de la mer, dans le territoire actuel du Liban, appelé alors Syrophénicie car la Phénicie était intégrée à la province romaine de Syrie. L’évangéliste désigne la femme issue de cette région, non comme une étrangère, une syrophénicienne, mais comme une Cananéenne, terme à connotation religieuse équivalent à païen. En effet, les Juifs considéraient ce peuple comme impossible à intégrer en raison de son syncrétisme religieux et une inimitié ancestrale. Ici, Matthieu « s’adresse à une Église dont certains membres juifs se demandent encore s’il convient d’admettre des « Cananéens » (Syriens) dans leurs rangs. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 38. Marcher sur les eaux

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 14, 22-33 du 19e dimanche ordinaire.

38. Marcher sur les eaux
Jésus lui dit : « Viens ! » et Pierre marcha sur les eaux.
(Mt 14, 29)

« Vers la fin de la nuit, Jésus vient vers eux en marchant sur la mer. » (14, 25) Jésus les rejoint, il est présent, il est vivant, vainqueur à tout jamais de la mort et du mal qu’il écrase en marchant dessus. Mais les disciples ne le reconnaissent pas, car c’est de nuit.
Et voilà qu’au cœur de la nuit, deux consignes résonnent : « Confiance ! C’est moi. N’ayez plus peur. » (14, 27) Le Seigneur n’est pas là-haut dans la montagne et nous sur les eaux agitées de ce siècle. Il est là, à nos côtés.
La peur doit faire place à la foi, la confiance. Comme à Pierre, Jésus nous dit : Viens. Alors, nous pouvons, à notre tour, marcher sur les eaux, vaincre les flots tumultueux et les vents contraires. Telle est la puissance de la foi. Sans elle, nous serions engloutis et disparaitrions dans les flots.

La barque

Dans de nombreuses civilisations, la barque est le symbole de la mort et du passage dans l’au-delà. Elle joue un rôle important dans la religion de l’Égypte antique. De même, dans la mythologie grecque, Charon conduit dans sa barque les âmes des morts vers leur lieu de séjour éternel, en traversant le Styx.
Dans la Bible, depuis l’arche de Noé jusqu’à la barque des disciples de Jésus, est symbolisé le véhicule qui permet de passer d’une rive à l’autre, de traverser les tempêtes et les vents violents. La barque est le symbole de l’Église, lieu du salut et du passage dans le Royaume. L’architecture de nos églises en témoigne par le nom « nef » (du latin navis qui signifie navire) donné à l’espace central d’une église. De plus, dans certaines églises, la voûte rappelle clairement la coque d’un navire retournée.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 37. Les pains

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 14, 13-21 du 18e dimanche ordinaire.

37. Les pains rompus

Donnez-leur vous-mêmes à manger. (Mt 14, 16)

Le soir venu, devant une foule immense, rassemblée dans un lieu désert, les disciples ne voient qu’une solution : « Renvoie-les, qu’ils aillent s’acheter de la nourriture ! » (14, 15) Que faire d’autre pour combler la faim de tant de gens ? Mais Jésus refuse : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. » (14, 16)
Alors, Jésus offre une nourriture qui rassasie toute cette foule et qui surpasse ses besoins : « On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins. » (14, 20)
Et qui distribue cette nourriture exceptionnelle ? Les disciples réalisant ainsi l’ordre de Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » (14, 16)
Quelle est cette nourriture qu’on ne peut acheter, qui rassasie au-delà de toutes les attentes, qui comble la faim des hommes ? Nous la reconnaissons aux gestes de Jésus. « Il prit les pains, et levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction, rompit les pains et les donna aux disciples. » (14, 19)
L’eucharistie est cette nourriture que l’Église est chargée de donner aux foules humaines.  

La portée sociale de l’eucharistie

En nourrissant l’immense foule des hommes, Jésus nous révèle la puissance de l’eucharistie et sa finalité : la communion, réaliser une humanité conviviale. La multiplication des pains met en lumière la portée sociale et universelle de l’eucharistie, le projet de société et de civilisation qu’elle effectue comme en miniature. Le repas eucharistique est l’anticipation de l’objectif ultime de Jésus et de sa Joyeuse Nouvelle : réaliser le banquet du Royaume de Dieu, réunir toute l’humanité autour d’une même table. Comme le dit une prière eucharistique : « Toi qui nous rassembles autour de la table de ton Christ, daigne rassembler un jour les hommes de tout pays et de toute langue, de toute race et de toute culture, au banquet de ton Royaume ; alors nous pourrons célébrer l’unité enfin accomplie. »

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 36. Le trésor

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 13, 44-52 du 17e dimanche ordinaire.

36. Le trésor caché

Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède. (Mt 13, 44)

Être chrétien, c’est témoigner d’un trésor caché. « L’homme qui l’a découvert, le cache à nouveau. » (13,44) Pourquoi est-il caché ? Parce qu’il ne peut être trouvé que par celui qui cherche. L’essentiel, ce qui peut donner sens et repères d’existence, n’est accessible qu’à celui qui se met en quête et donc en état de trouver.

La découverte de Dieu et de son Royaume suscite une telle joie que rien ne peut retarder la décision d’y consacrer toute sa vie. « Il va vendre tout ce qu’il possède et il achète le champ, la perle. » (13, 44) Dieu et son Royaume demandent un choix décisif. On n’y entre pas « comme ça », sans s’en rendre compte. On ne naît pas chrétien, c’est le fruit d’une décision, d’une option radicale.

Le discours en paraboles de Matthieu 

Matthieu rassemble 7 paraboles dans son chapitre 13 : le semeur, l’ivraie, le grain de moutarde, le levain, le trésor, la perle, le filet. Après le discours sur la montagne (chapitres 5-7) et le discours de mission (10), cet ensemble constitue le troisième des cinq discours qui ponctuent l’évangile de Mt. Le thème commun des paraboles rapportées est celui du royaume des Cieux. Toutes les paraboles, sauf celle du semeur, commencent par la même formule : « le royaume des Cieux est comparable à… ». Comment dire ce qu’il en est de ce mystère si ce n’est par des comparaisons et des symboles ? Comment autrement parler de ce règne de Dieu, de sa mystérieuse présence au cœur de ce monde comme au plus intime de l’âme ?

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 35. L’ivraie

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 13, 24-43 du 16e dimanche ordinaire.

35. Le bon grain et l’ivraie

Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson. (Mt 13,30)

« N’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient qu’il y ait de l’ivraie ? » (13, 27) A la question : « Seigneur, veux-tu que nous l’arrachions ? » (13, 28) Jésus répond : « Laissez-les pousser ensemble. » (13, 30)
Ni idéaliste ni pessimiste, Jésus constate simplement que l’humanité n’est pas un produit pur, mais un mixte de bien et de mal, de bon grain et d’ivraie, de grâce et de péché inextricablement mêlés. Il y a les deux partout : en moi, en tout homme, dans toute action et toute réalisation. Il n’y a pas d’un côté, les bons, et de l’autre, les méchants. Tout est mêlé et en chacun. Si l’on veut arracher l’un, on arrachera l’autre.
Bref, le réel est ambigu. Alors le plus sage est d’attendre comme Dieu qui patiente. Au temps de la moisson, il y aura un tri. Dans l’entre-deux où nous sommes, reste à faire confiance.

Parabole et allégorie

Lorsque chaque détail d’une parabole fait l’objet d’une interprétation, elle devient une allégorie. Ainsi, la parabole de l’ivraie dans le champ où « l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais, l’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde… » (13, 38-39) Cette transformation d’une parabole en allégorie s’explique par le fait qu’on ne sait plus à quelle occasion et pourquoi Jésus a raconté la parabole. Alors, l’Église l’applique à sa propre situation, en fait une leçon de morale ou, comme pour la parabole de l’ivraie, une évocation du jugement dernier afin d’inviter les chrétiens à fuir le mal.

Abbé Marcel Villers