Les saints patrons et les protecteurs de Theux

Sous le jubé, sont présentés 10 panneaux de bois peints. Ils datent de 1893 et ont décoré les autels de notre église jusque dans les années 1970. Ils sont l’œuvre du liégeois Adolphe Tassin (1852-1923).

La légende
des saints Alexandre et Hermès

Au centre, les deux grands représentent deux scènes de la vie des saints patrons de Theux. Alexandre et Hermès sont deux martyrs romains du début du IIe s. sous le règne de Trajan (98-117) ou Hadrien (117-138). À l’époque, les chrétiens sont considérés comme une société secrète et donc illicite. Le motif de condamnation est cependant l’obstinatio, l’entêtement dans le refus d’obtempérer à l’ordre de sacrifier aux dieux de la cité. Cet épisode a fait l’objet d’une légende : « Actes de saint Alexandre et ses compagnons Hermès, Quirinius, Eventius et Théodule » que l’on peut dater au plus tôt de la fin du VIIe s. À Theux, Alexandre et Hermès, martyrs romains du IIe s., sont présents par leurs reliques, Hermès depuis le IXe s. et Alexandre depuis le XIIe.

Tableau de gauche

Alexandre, pape, après avoir rendu la vue à la servante de saint Hermès (scène miniature au fond à droite), est appelé par Hermès, préfet de Rome, auprès de son enfant mourant. Le saint ne trouve qu’un cadavre, mais prenant la main de l’enfant, il lui rend la vie. Ce miracle convertit Hermès qui se fait baptiser. Le bruit de cette conversion se répand dans Rome en raison de la position élevée des personnages. Ils sont jetés en prison.

Tableau de droite

Les deux saints sont en prière dans la prison, accompagnés par un ange porteur d’une lampe à huile, symbole de confiance et de persévérance. Sur la droite du tableau, on voit l’ange marcher devant les deux saints, délivrés du cachot. Ils sont exécutés par l’épée (scène miniature en haut à droite).

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Les saints protecteurs
invoqués à Theux

La plupart de ces saints sont invoqués à Theux depuis au moins le XVe s. et représentés au plafond (1630) de la nef de l’église.

  • Gilles ou Égide est invoqué contre la panique, le mal caduc, la folie, les frayeurs nocturnes.
  • Corneille est invoqué contre les convulsions que ce soient des bêtes à cornes ou des humains (épilepsie).
  • Barbe contre la mort subite, la foudre et le feu.
  • Hubert contre la rage.
  • Roch et Sébastien sont invoqués contre la peste et les maladies contagieuses comme le choléra, le typhus.
  • À leur suite, une représentation très rare de sainte Élisabeth qui porte Jean-Baptiste enfant, jouant avec un agneau ; cette scène évoque la mission de Jean : révéler, en Jésus, l’Agneau de Dieu.
  • En dernier, saint Jean-Baptiste tenant un disque où est représenté l’Agneau immolé portant l’étendard de la victoire pascale ; scène qu’on retrouve, mais sculptée, sur la façade de certaines cathédrales gothiques.

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Saint Gilles ou Égide (VIe-VIIIe s.)

Ermite dans le Gard où une abbaye porte son nom.

Fêté le 1er septembre jusqu’à la réforme du calendrier liturgique en 1969.

Patron des tireurs à l’arc, des lépreux, des boiteux (car selon la légende, il resta boiteux après avoir sauvé une biche), des nourrices (pour avoir secouru la biche).

Invoqué contre la panique, le mal caduc, la folie, les frayeurs nocturnes.

Saint Gilles est honoré à Liège où un ermitage lui fut dédié au XIe s. et devint une abbaye en 1124.

Attributs iconographiques

Crosse de l’abbé qu’il aurait été. Tunique et tonsure monastiques. À ses pieds, la biche qui le nourrissait et qu’il a protégée des chasseurs.

On situe entre le VIe et le VIIIe s. l’existence de cet ermite que la légende va considérablement enrichir. D’origine grecque, Gilles se retire dans une forêt entre Arles et Nîmes dans le Gard. Là, il vit seul, se nourrissant du lait d’une biche envoyée par Dieu. Au cours d’une partie de chasse, le roi poursuit la biche et sa flèche atteint le saint ermite auprès duquel elle s’était réfugiée. Pour se faire pardonner, le roi offre à Gilles de faire construire non loin de là un monastère dont il devient l’abbé.

Cette légende explique en quelque sorte la fondation de l’abbaye qui porte le nom de Saint-Gilles du Gard. Abbaye célèbre car elle devient, au XIe s., le centre d’un pèlerinage très populaire en raison des reliques du saint qui y sont conservées et surtout parce qu’elle se trouve sur la route de Compostelle. (Michel PASTOUREAU et Gaston DUCHET-SUCHAUX, La Bible et les saints, Paris, 2017, p. 305)

Au Moyen Âge, le culte de saint Gilles connaît une vogue considérable, non seulement en Provence, mais dans toute la Chrétienté latine. C’est le seul saint qui assure l’absolution sans confession. En effet, la légende raconte que Charles Martel vînt le trouver afin qu’il intercède pour lui à cause d’un horrible péché qu’il n’osait confesser. Pendant la messe de Gilles, un ange déposa un parchemin sur l’autel lui révélant le péché secret ; à mesure que le saint prononçait les prières, les traces écrites du péché s’effacèrent sur le parchemin. On en tira une précieuse leçon : tout qui invoquerait saint Gilles pour un péché était assuré de l’absolution à condition de n’y pas retomber.

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Saint Corneille (IIIe s.)

Pape de 251 à 253. Martyr.

La tradition unit Corneille et Cyprien dans une même fête, le 16 septembre.

Attributs

Le saint est représenté en habits épiscopaux ou pontificaux, avec les insignes propres au pape comme la tiare et la croix à trois branches.

Par assonance avec son nom, l’attribut principal du saint est une corne, soit de chasse, soit de bovin, animal avec lequel il est souvent représenté.

Il est invoqué par les agriculteurs et éleveurs, contre les convulsions que ce soient des bovins et bêtes à cornes, mais aussi, selon les régions, d’autres animaux de ferme. Il est aussi prié au profit des humains contre des formes de convulsions comme le « mal caduc » (ergotisme convulsif) ou « le haut mal » (épilepsie) qui seront désignés sous le nom de « mal de saint Corneille ».

Corneille, descendant probable de la gens Cornelia, fut élu pape en 251, après une vacance de quinze mois due à l’hostilité de l’empereur Dèce (248-251) qui ne supportait pas un évêque à Rome. Après la persécution de 250, la question importante fut de savoir comment traiter les apostats. Cyprien, évêque de Carthage, mit son influence au service de Corneille qui, comme lui, accordait le pardon aux coupables repentants, refusant au nom de l’accueil universel, une Église de purs. De ce fait, Corneille et Cyprien se lièrent d’une étroite amitié.

Fin 252, une terrible peste s’abattit sur l’empire et les païens en accusèrent les chrétiens. L’empereur Gallus (251-253) rouvrit les persécutions et le pape Corneille fut le premier arrêté, ce qui provoqua une manifestation de nombreux chrétiens. Du coup, on se contenta de l’exiler à Civitavecchia où il mourut l’année suivante (253). Mort en exil, il fut considéré comme martyr.

La dévotion à saint Corneille se répandit dans nos régions depuis l’antique abbaye de Kornelimünster (en français : monastère de Corneille). Fondée vers 814 par les Carolingiens dans les environs d’Aix-la-Chapelle, cette abbaye développa, à partir du XIIe s., pèlerinage et vénération des reliques de saint Corneille dont elle possédait le crâne depuis le IXe s.

On connaît les relations et échanges de reliques entre Kornelimünster et Stavelot, comme entre Stavelot et Theux qui pourrait avoir reçu, dans ce cadre, une relique de saint Corneille.

Des reliques seront vénérées à Theux après la messe lors d’un triduum annuel, dont on trouve mention fin XIXe s. (1894 avec le curé Corneille Petit) jusqu’au premier tiers du XXe s. où la fête de saint Lambert (17/09) semble réduire celle de saint Corneille, la veille, à une messe en mémoire du curé Corneille Petit.

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Sainte Barbe ou Barbara (IIIe s.)

Vierge et martyre orientale

Fêtée le 4 décembre.

Patronne des mineurs, des pompiers, forgerons, artilleurs, etc.

Invoquée contre la mort subite, et les dangers de la foudre et du feu.

Attributs

Elle porte la couronne et la palme du martyre. A ses pieds, on trouve la tour à trois fenêtres (référence à la Trinité) où elle fut enfermée avant d’être décapitée par son père qui fut aussitôt frappé par la foudre.

Nous lisons dans le Martyrologe romain, à la date du 4 décembre : « À Nicomédie, la passion de sainte Barbe, vierge et martyre. Durant la persécution de Maximin, elle subit d’abord les rigueurs de la prison, puis fut brûlée avec des torches et eut les seins coupés ; enfin, après d’autres tourments, elle consomma son martyre par le glaive. »

Selon la légende, son bourreau aurait été frappé par la foudre d’où l’origine de la dévotion populaire qui l’invoque contre les dangers d’une mort subite provoquée par le feu.

Il semble que cette barbare (Barbara) fut introduite dans le cirque de Nicomédie sans que les spectateurs, parmi lesquels se trouvaient des chrétiens, ne connaissent son nom. Sommée une dernière fois de sacrifier l’encens à l’empereur, elle refusa. Quand les chrétiens vinrent demander son corps, ils ne purent la nommer que « une jeune femme barbare », « Barbara » (Nominis).

Selon une autre légende, comme elle était d’une grande beauté, son père l’enferma dans une tour pour l’empêcher de devenir chrétienne. Elle l’y devînt grâce à l’instruction d’un prêtre et, en signe de sa foi en la Trinité, elle fît ouvrir une troisième fenêtre dans sa tour. Pour cela, son père la décapita lui-même, mais il mourut aussitôt foudroyé.

Apparu en Orient au VIIe s., son culte s’est diffusé en Occident au XVe s. seulement. Sainte Barbe est invoquée contre la foudre et la mort subite que connût son père, selon la légende, et que craignaient les chrétiens puisque mort sans confession, ni communion. Elle est patronne des forts et des artilleurs dont les canons lancent la foudre. Elle est connue aussi comme protectrice des mineurs et des carriers car exposés à la mort subite suite à une explosion (grisou, éboulement subit).

Sainte Barbe est souvent associée à trois autres saintes ayant fait vœu de chasteté : Catherine, Marguerite (figurant toutes deux au plafond de l’église de Theux) et Geneviève. L’église de Theux possède une antique statue de sainte Barbe, en bois polychromé du XVe siècle (ci-dessus, à droite).

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Saint Hubert (656-727)

Évêque de Tongres-Maastricht (vers 705-727).

Fêté le 3 novembre.

Patron de la ville de Liège.

Patron des chasseurs.

Invoqué contre la rage.

Erard de la Marck, en 1537, concède, au bourg de Theux une franche foire à la Saint-Hubert. Une bénédiction des pains a lieu après les messes, puis des chevaux à partir de 1966.

Attributs

Ornements épiscopaux : mitre, chape, gants et crosse. À ses pieds, un cerf avec un crucifix dans les bois.

Issu d’une famille apparentée à celle du maire du palais d’Austrasie, Pépin II dit de Herstal (645-714), Hubert ou Hugobert vécut dans l’entourage de saint Lambert dont il devint un disciple et servit comme prêtre dans son entourage. Il avait eu précédemment un fils du nom de Floribert, qui lui succédera d’ailleurs comme évêque de Liège.

« Vers 705, Hubert succéda à Lambert comme évêque de Tongres-Maastricht. Il poursuivit l’œuvre missionnaire de son prédécesseur en luttant contre le paganisme en Ardenne et en Toxandrie (la Campine). Il mourut le 30 mai 727 à Tervuren en Brabant, des suites d’une blessure survenue lors de l’établissement d’une pêcherie à Nivelle-sur-Meuse, près de Visé. Il fut enterré à l’église Saint-Pierre de Liège qu’il avait fondée près du palais.

Le 3 novembre 743, jour retenu pour sa fête, eut lieu la reconnaissance solennelle de ses reliques en présence des principaux dignitaires de la cour, ce qui, pour l’époque, équivalait à une canonisation. Floribert, son successeur, porta ses reliques sur les autels.

Le 30 septembre 825, l’évêque de Liège, Walcaud (810-831) qui succéda à Floribert, décida le transfert du corps entier de Saint-Hubert à Andage, en Ardenne, où a été fondée une communauté monastique bénédictine, en 817, à l’initiative de l’évêque Walcaud.

Un important pèlerinage s’y développa au point d’entraîner la disparition de l’appellation Andage au profit du nom de Saint-Hubert. Le site de la forêt, les croyances et les coutumes de ses habitants devaient progressivement modeler le culte de Saint-Hubert. Il y devint patron des chasseurs et guérisseur de la rage.

Au XVe s., la légende du cerf crucifère de saint Eustache de Macon (IIIe s.) fut détournée dans le culte de saint Hubert. Celui-ci devint un seigneur passionné de chasse à qui, un vendredi saint, le Christ en croix apparut dans les bois d’un cerf, d’où la conversion de Hubert et son attachement à saint Lambert. Beaucoup de pèlerins venaient solliciter les vertus thérapeutiques de l’étole de saint Hubert, reçue d’un ange. Les moines introduisaient un filament de l’étole dans le front des personnes mordues par les chiens ou autres animaux enragés. » (Philippe GEORGE, Les premiers pas d’une Église, in Liège. Histoire d’une Église, Strasbourg, 1991).

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Saint Roch (XIVe s.)

Ermite originaire de Montpellier.

Fêté le 16 août, depuis la reconnaissance de son culte en 1629.

Invoqué contre la peste et pour la guérison des plaies et maladies contagieuses.

Patron des pestiférés et des paveurs (roc).

Honoré à Theux dès 1520 : un autel de deux messes par semaine est fondé sous l’invocation de la Vierge Marie, des saints Hubert, Roch, Anne et Barbe.

Attributs iconographiques

Roch est représenté comme un homme dans la force de l’âge, le plus souvent avec la barbe. Il porte le costume du pèlerin : la tunique serrée à la taille, le manteau, les bottes et le chapeau à larges bords typique du « romieu », celui qui fait le pèlerinage à Rome. Il est équipé des accessoires du voyageur : le bourdon ou bâton de marche, la gourde et la panetière. S’il peut guérir de la peste, c’est que lui-même en fut atteint et en a été guéri miraculeusement. Cette plaie figure, par décence, à mi-cuisse alors que le bubon pesteux est normalement situé dans la région de l’aine. Deux auxiliaires sont présents aux côtés du saint. Un ange, selon la légende, le visita et le guérit. Il désigne ici la plaie en soulevant le bas de la tunique. Le chien apparaît plus tardivement (fin XVe s.) dans l’iconographie. Il tient un pain dans la gueule pour nourrir son maître (ci-dessous à droite, détail de la statue de Marché, fin XVIIe – début XVIIIe s.).

Historiquement, peu d’éléments biographiques sont assurés. Roch serait né au XIVe siècle à Montpellier. Pour le reste, la seule certitude des historiens est que saint Roch fut un pèlerin languedocien qui vint en Italie dans le second tiers du XIVe s. et y mourut en odeur de sainteté. Il est donc contemporain des grandes épidémies de peste qui sévirent en Europe à partir de 1334.

Pour nourrir le culte et la mémoire du saint, les hagiographes rédigèrent une « vita », la plus ancienne en 1430, pour qui Roch, à la mort de ses parents, vendit tous ses biens et partit en pèlerinage à Rome. En Toscane, il prêta assistance à des malades atteints de la peste et y opéra des guérisons miraculeuses. Il poursuivit sa route jusqu’à Rome où il resta trois ans. Au retour, dans la ville de Plaisance, il contracta la peste. Retiré dans un bois, il fut nourri par un chien qui lui ramenait du pain. Guéri par un ange, Roch reprit la route, mais il fut arrêté et accusé d’espionnage. Il mourut en prison cinq ans plus tard.

La diffusion du culte de saint Roch fut rapide. Dès la fin du XIVe s., saint Roch apparaît comme protecteur spécial contre la peste. Il est un des saints les plus populaires en Occident entre le XIVe et le XVIIe siècle, époque marquée par des épidémies de peste à répétition. Le recul de la peste et sa disparition au cours du XVIIIe s. conduisent à un certain déclin de son culte, mais aussi à un élargissement de ses fonctions ; il est invoqué alors pour toutes les maladies contagieuses parmi les humains, mais aussi parmi les animaux (peste porcine ou aviaire), d’où  une grande dévotion dans les campagnes. L’apparition du choléra au XIXe s. relance son culte dès 1830. Il est resté très populaire jusqu’à la dernière guerre car invoqué contre les maladies contagieuses, dangereuses avant l’emploi de la pénicilline (1943).

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Saint Sébastien (IIIe s.)

Martyr, mort en 288 ( ?).

Fêté le 20 janvier en Occident ; le 18 décembre en Orient.

Troisième patron de Rome après Pierre et Paul.

Protecteur des athlètes, archers, armuriers, policiers, tapissiers.

Invoqué contre la peste.

Attributs

Attaché à un poteau ou un arbre, le corps percé de flèches. 

Historiquement, on sait que « nombre de soldats chrétiens furent mis à mort lors de la persécution de Dioclétien qui commença par une épuration de l’armée en 300. Milanais d’origine, le soldat Sébastien se trouvait à Rome au moment où il eut à choisir entre le service de l’empereur et celui du Christ. La communauté romaine l’ensevelit avec honneur à la Catacombe sur la Via Appia. » (JOUNEL, Missel de la semaine, 1973)

Selon la légende, exposée dans les Acta (Ve s.), Sébastien est commandant de la garde prétorienne sous Dioclétien. Sous la persécution menée par l’empereur, il vient en aide aux soldats prisonniers pour leur foi, ne cachant pas son engagement chrétien. Arrêté, il est condamné à mourir transpercé de flèches par deux soldats. Sébastien (Rome) est avec saint Martin (Tours) et saint Maurice (Suisse), un saint militaire, et son culte a eu une immense diffusion au Moyen-Âge.

Il est invoqué contre la peste depuis le VIIe s. En effet, à l’époque de la grande peste de Rome, en 680, le fléau cessa après une procession organisée dans la ville avec des reliques de saint Sébastien, un des trois patrons de Rome.

Après la peste noire de 1348, les médiévaux se mirent à l’invoquer avec entrain car les maladies pestilentielles étaient alors symbolisées par des flèches que lançait un Dieu vengeur. Le rapprochement avec le martyr du saint allait donc de soi. À partir de la fin du XVe et surtout au XVIe s., saint Roch prit l’avantage et fut de plus en plus vénéré seul, après l’avoir été de concert avec saint Sébastien.

Dès le XVe s., les représentations de saint Sébastien évoluent, le faisant passer d’homme d’âge mûr barbu et constellé de flèches à un adolescent au corps presque intact. Inspirés par la Renaissance, les artistes renouent avec la tradition du beau nu antique que la Contre Réforme va interdire dans les églises. Néanmoins, une statue de ce type, datée fin XVe-XVIe s. (voir ci-contre), est honorée dans l’église de Theux jusqu’à la fin du XIXe s.

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Sainte Élisabeth et saint Jean-Baptiste

La naissance de Jean-Baptiste est la seule célébrée avec celle de Jésus et Marie. Elle est fêtée le 24 juin, solstice d’été (Noël d’été), six mois avant celle de Jésus, solstice d’hiver. Son martyre ou sa décollation est fêté le 29 août, date de la dédicace, au VIe s., de la basilique qui lui est consacrée à Sébaste, près de Naplouse, en Palestine. Jean-Baptiste appartient à deux cycles, celui de l’Incarnation et celui de la Passion. Né avant Jésus, son martyre annonce celui de Jésus.

Selon le Nouveau Testament, Jean est le fils de Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie selon saint Luc. Sa naissance miraculeuse est annoncée par l’ange Gabriel qui le désigne comme le précurseur « devant préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir » (Lc 1, 17).

Jean est le témoin par excellence qui annonce la venue du Messie et désigne, à ses disciples, Jésus comme l’Agneau de Dieu. (Jn 1,19-37). C’était au désert où Jean vit comme un ascète, peut-être initié à cette discipline dans les communautés juives du désert, comme celle de Qumrân.

Au bord du Jourdain, Jean pratique un rite nouveau d’ablution (Mt 3,13-17) : le baptisé ne se plonge pas seulement lui-même dans l’eau, mais reçoit l’eau, et le pardon, des mains d’un maître, dont il se reconnaît ainsi le disciple, et qui agit au nom de Dieu. (Missel de l’Assemblée chrétienne, Bruges, 1964)

Pour la tradition chrétienne, Jean est le dernier prophète (Mt 11, 9-10), celui qui annonce la réalisation des temps messianiques tant prédits par l’Ancien Testament dont il achève le cycle. Cela explique l’effacement de Jean au profit de Jésus à qui il cède ses disciples.

Précurseur, prophète, ascète, baptiste, Jean est aussi martyr. Pour avoir reproché à Hérode son immoralité, il est exécuté par décapitation et sa tête offerte à la fille d’Hérodiade. (Mc 6, 14-29)

Au IVe s., on mentionne un tombeau de saint Jean-Baptiste à Sébaste, en Cisjordanie actuelle et un autre, notamment, avec la relique de sa tête dans la Grande mosquée des Omeyyades de Damas construite, à partir de 705, sur une basilique byzantine dédiée à Jean-Baptiste.

Les feux de la saint Jean peuvent être une survivance des fêtes païennes du solstice d’été, mais s’accordent bien avec cette sentence de Jésus : « Jean était une lampe qui brûle et qui luit » (Jn 5,35).

Représentations de Jean-Baptiste

À Theux, nous sommes en présence d’un duo orignal dont la clé d’interprétation est un agneau.

Sainte Élisabeth, mère de Jean, le présente comme son enfant. Elle le porte dans ses bras, soulignant le rôle majeur qu’il va jouer faisant le lien avec Jésus.

Enfant, autrement dit, dès sa naissance, Jean est destiné à accueillir Jésus, ce que signifie l’accueil qu’il fait à cet agneau qu’il caresse, plongé lui-même dans les bras de sa mère.

L’Agneau de Dieu, figure du Christ dans son périple du salut, nous révèle le sens du mystère pascal : l’agneau immolé, crucifié, triomphe de la mort et resurgit du tombeau avec l’étendard de la victoire.

Voilà qui est clairement suggéré par l’image de Jean-Baptiste présentant un disque portant un Agneau, debout car vainqueur de la mort et brandissant l’étendard de la Croix rouge sur fond blanc.

Cette représentation de saint Jean-Baptiste tenant un disque où figure l’Agneau pascal est exceptionnelle en peinture, mais elle figure, non pas peinte mais sculptée, en façade de nombreuses cathédrales gothiques. À Theux, fin du XIXe s., quand A. Tassin décore les retables des nouveaux autels, nous sommes en pleine période néo-gothique, ce qui peut expliquer cette représentation picturale originale de Jean-Baptiste.