4e dimanche de Pâques. Jn 10, 1-10 : le beau berger

Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur.

A cette proclamation de Jésus, nous répondons joyeusement avec le psaume :
Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien.
Tu es avec moi ; ton bâton, ton appui, voilà qui me rassure. 

« Une des premières figures du Christ, que l’on trouve sur des sarcophages chrétiens, est celle du pasteur, tenant un bâton à la main et un agneau sur les épaules. Dans l’art romain antique, le berger était l’expression de l’aspiration à une vie sereine, simple, bucolique. Un peu, comme aujourd’hui, les habitants des villes rêvent de la campagne. Mais les chrétiens, s’ils ont repris la figure du berger et l’ont inscrite sur leurs tombeaux, c’est en lui donnant un autre contenu, particulièrement en référence à ce psaume où le fidèle confesse : Même si je marche dans un ravin d’ombre et de mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. » (Benoît XVI, Spe salvi, 2007)

Le Pasteur, le Berger des brebis, c’est ainsi que le Christ lui-même se désigne.
Il marche à leur tête car il connaît le chemin qui traverse les ravins de la mort. Il nous guidera dans ce passage étroit de la mort où nul ne peut nous accompagner.
Avec son bâton, il me guide et me rassure ; je ne crains aucun mal.
C’est qu’il a lui-même parcouru le chemin, il est descendu dans le royaume de la mort. Et, le Christ a vaincu la mort, il est ressuscité. Premier d’une multitude.
Ses brebis à lui, il les appelle, chacune par son nom, et il les fait sortir.
Il les appelle et elles le suivent car elles connaissent sa voix.
Telle est la vocation du chrétien : suivre le Christ. Comme l’écrit Pierre dans sa lettre : le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces. Marcher sur les traces du Christ, voilà la vocation du chrétien.

Mais le Christ n’est pas seulement un guide, celui qui indique la route et conduit sur le bon chemin. Il est le sauveur, le salut.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé. On n’entre dans la vraie vie qu’en passant par le Christ. Il est le passage obligé. C’est par ses blessures, écrit St Pierre, que vous avez été guéris.

Le salut, c’est la vie. Moi, dit Jésus, je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu’ils l’aient en abondance. Tout homme est appelé à la vie. C’est bien là notre vocation première et elle tient à notre humanité. C’est bien là le sens même de la venue de Jésus : Je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. Comme le berger appelle ses brebis, chacune par son nom, le Seigneur Jésus appelle chacun de nous, et par son nom, pour lui offrir la vie en abondance.

Mais c’est quoi la vie en abondance ? C’est quoi vivre intensément ? Nous vivons le plus souvent, enfermés en nous-mêmes, ressassant nos problèmes, nous cognant aux murs de nos petitesses, cherchant l’issue, le large, la liberté. Nous ressemblons à ces oiseaux, pris dans le filet du chasseur, et qui s’agitent en tous sens. Ils butent sans cesse sur les mailles du filet qui les blessent, jusqu’au moment où le plus fort d’entre eux réussit à trouer le filet. A sa suite, tous s’envolent alors vers l’azur.
L’azur, le large, la vraie vie, immense et en abondance, voilà ce que tous nous cherchons.
Le Christ a troué le filet qui nous emprisonne, il est l’issue, la porte, la sortie de notre vie sans but. Il ouvre notre existence sur le grand large de la liberté.

Abbé Marcel Villers
Illustration : Françoise Burtz

3e DIMANCHE DE PÂQUES. Le chemin d’Emmaüs. Lc 24, 13-35

« Ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. »

Que s’est-il « passé sur la route » ? Qu’est-il arrivé « quand il a rompu le pain » ?
Ce sont les deux moments clés : ils ont transformé les disciples, les ont littéralement retournés. Et si cela pouvait nous arriver. Mais c’est impossible : ils ont bénéficié d’une expérience que nous ne pouvons pas connaître. Leur chemin ne peut être le nôtre. Est-ce bien sûr que ces deux disciples ne nous ressemblent pas ? Est-il certain que leur itinéraire n’est pas le nôtre ?

Pour eux qui ont cru et suivi Jésus, sa mort est une catastrophe, surtout le fait qu’il ait subi le supplice de la croix. Cette mort est un scandale. Qui peut comprendre cette issue tragique ? Quelle lumière peut jaillir d’un crucifié ? Quelle espérance peut venir d’un condamné ? Les compagnons de Jésus se sont effondrés quand leur maître a été arrêté, condamné, exécuté. « Nous espérions qu’il serait le libérateur d’Israël. » Mais voilà trois jours que tout est fini.

N’en est-il pas de même pour nous ? Nous attendons en vain ce Royaume que Jésus a promis. Où est-il ce monde de fraternité et de justice pour tous ? Pourquoi la souffrance, la maladie, la mort continuent-elles à ravager les humains ? Il avait pourtant annoncé sa victoire prochaine sur les forces du mal. Et voilà, non pas trois jours, mais vingt siècles que nous attendons.
Notre problème est le même que celui des disciples d’Emmaüs : comprendre, donner sens à cette mort infâme, à cet échec manifeste de Jésus et de son projet.

Deux lumières sur notre route comme sur celle d’Emmaüs.
La première lumière, c’est celle de l’Écriture, relue à partir de Jésus. C’est le rôle que joue l’inconnu sur la route d’Emmaüs. Oui, Jésus et le sens de son destin nous restent inconnus tant que nous ne les situons pas dans le mouvement que dessine l’Écriture.
« Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans la gloire ? »
La mort de Jésus s’inscrit dans la logique de l’alliance, fil rouge des Écritures pour qui le salut de l’homme ne vient ni de la puissance, ni de la force, mais qu’il monte du cœur, de cette communion d’amour qui lie l’être humain et son Dieu. La croix est la manifestation suprême de la communion de Jésus avec son Père, jusqu’au bout.

La deuxième lumière qui nous est donnée, c’est « la fraction du pain ». En effet, ce soir-là, « quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. » La fin du récit précise : « quand il avait rompu le pain. » C’est la fraction qui est le signe décisif, le fait de rompre le pain, de le briser comme un corps, une vie, peuvent être brisés par la mort. Le geste est clair lorsque Jésus, la veille de sa mort, rompt le pain en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Le sacrifice, le don de soi donnent sens à la vie et à la personne de Jésus, et donc accès au mystère de Dieu. Dieu est amour.

Abbé Marcel Villers
Illustrations : Arcabas (1926-2018)

2e DIMANCHE DE PÂQUES : Les plaies du Christ

« Il leur montra ses mains et son côté. »

Ses mains percées par les clous, son côté ouvert par la lance du soldat.
Lui, le Christ, le Vivant par excellence, celui qui a triomphé de la mort au profit de l’humanité, il exhibe en signe de victoire les blessures qui l’ont mis à mort.
Comment une victoire peut-elle être obtenue par cet apparent échec ?
C’est que ces blessures sont les signes du don total que Jésus a fait de lui-même.
Il a livré sa vie par amour. Corps livré, sang versé pour nous.
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13)
En montrant ses mains percées et son côté ouvert, le Ressuscité indique le chemin qui conduit à la vie et triomphe de la mort, sous toutes ses formes.
Ce chemin, c’est celui du don de soi, c’est celui de l’amour.

Comme à Thomas, Jésus s’adresse à nous : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

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Dimanche des Rameaux. Méditation

En ce temps d’absence de célébrations dominicales, nous vous offrons néanmoins une méditation-homélie sur les textes du dimanche des Rameaux. Au seuil de la Grande Semaine, Jésus entre dans la ville où il va connaître la trahison, l’arrestation, le procès, la torture et la mort. Mais c’est notre salut qui se jouait alors. Confions au Seigneur le sort de nos malades dans l’espérance de la résurrection promise.

Humilité et obéissance

Jésus fait son entrée glorieuse, sa « joyeuse entrée », à la manière du souverain qui prend possession de sa capitale lors de l’inauguration de son règne. C’est bien son règne que Jésus inaugure. Les foules ne s’y trompent pas : « Hosanna au Fils de David ! Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient » (Mt 21,9).

Mais de quel règne s’agit-il ?
Un signe est donné pour comprendre : Jésus entre dans la ville monté sur un âne. Un âne, l’animal des gens ordinaires. Et en plus, un âne emprunté pour l’occasion. Jésus n’arrive pas sur un char royal, ni à cheval comme les conquérants.
Comme le proclame Zacharie : « Sois sans crainte, fille de Sion, voici que ton roi vient, il est monté sur un petit d’ânesse. » Et le texte poursuit : « Dieu retranchera d’Ephraïm tous les chars de guerre et de Jérusalem les chevaux ; l’arc de guerre sera retranché. Il annoncera la paix à tous les peuples » (Za 9, 9-10).

Si Jésus entre à Jérusalem sur un âne, c’est pour signifier la nature de son règne et le moyen de le réaliser.
Son règne est un règne de paix pour tous les peuples. Paix, « shalôm » : réconciliation, salut, libération, santé, plénitude.
Pour tous les peuples. Jésus ouvre ainsi l’antique promesse à la dimension de l’univers. C’est la réconciliation des peuples, de l’humanité que vise la royauté de Jésus : la paix universelle.

Mais par quels moyens ?
« Il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur » (Ph 2, 6-7).
Tout le contraire d’Adam, insatisfait de l’amitié de Dieu, qui voulait être un dieu, exister par soi. « Il dit non à Dieu et à son amitié. Dès le premier jour, Dieu échoue. Mais il retourne l’échec en trouvant une voie nouvelle pour rejoindre l’homme. » (Benoît XVI)

« Devenu semblable aux hommes, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et sur une croix » (Ph 2, 7-8). C’est ainsi que le Christ a vaincu l’orgueil d’Adam, par l’humilité et l’obéissance.
Humilité qui ramène l’homme à sa réalité originelle, le « glébeux », né de la terre, issu de l’humus. Ce n’est pas écrasement ni négation de soi, l’humilité est un acte de lucidité : reconnaître que je ne suis pas ma propre origine.
Obéissance, non pas soumission et renoncement à soi, mais écouter et répondre à l’appel de l’autre comme répondre de soi et de ses actes devant un Autre.

Humilité et obéissance : actes d’acquiescement à soi, à notre propre condition humaine.

Le règne de Dieu inauguré par Jésus, cette entrée à Jérusalem, se révèle chemin de désillusion : celle de nous être crus des dieux. C’est en se manifestant homme, et homme avec insistance, que Jésus accomplit notre salut.

Abbé Marcel Villers