1er dimanche du carême : Homme avec insistance

TENTATIONS AU DÉSERT Mt 4, 1-11

Curieux Fils de Dieu que ce Jésus !
Non seulement, il est tenté comme tout homme, mais surtout il refuse d’être le Seigneur, le Dieu que nous imaginons.
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi devrait-il avoir faim ? N’est-il pas doté de la puissance divine pour transformer les pierres en pains ?
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi devrait-il mourir ? Que son Père tout-puissant intervienne et le sauve de ses ennemis !
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi refuser dominer l’univers et régner sur le monde ?

Curieux Fils de Dieu !
Si Jésus est bien le Fils de Dieu, il le manifeste en étant homme avec insistance. Les trois tentations au désert, ce sont simplement celles de tout homme, celles de la condition humaine. Le chemin que Jésus nous montre, c’est celui de l’acceptation confiante de notre condition d’homme, limitée et fragile, loin de tout transhumanisme, loin de toute mégalomanie qui est la tentation essentielle, celle d’Adam, celle de chacun de nous : vouloir échapper à notre condition de créature.

La première tentation de l’homme naît de la peur de manquer qui s’exprime par le souci que chacun se fait pour sa santé, sa sécurité, ses biens. C’est notre souci majeur, quotidien : ne pas manquer de pain, d’argent, de tout cela qui rassurent et assurent subsistance et confort.
A ce souci, cette peur, Jésus répond : oui, le pain est nécessaire, mais pas à n’importe quel prix. Car ce qui fait vivre l’homme, c’est aussi la Parole de Dieu.
Le véritable manque, la vraie faim, le vrai souci, c’est celui de la Parole vivante de Dieu. Ce n’est pas notre souci qui assure notre vie : qui d’entre nous, à force de soucis, peut ajouter un seul jour à sa vie ? La vie, nous l’avons reçue, elle est un don de Dieu. Alors, avec confiance, remettons notre vie dans les mains de Dieu, lui seul l’assure.

La deuxième tentation de l’homme naît de la peur de la mort. Familière, propre à l’être humain, cette peur, cette angoisse peut être le lieu d’une tentation puissante : refuser la mort, demander à Dieu d’y échapper, qu’il intervienne pour nous l’épargner.
A cette angoisse, Jésus répond : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Jésus refuse d’être maître de sa vie et de sa mort, par Dieu interposé en quelque sorte, en instrumentalisant Dieu à son profit. Combien de nos prières de demande utilisent Dieu, le mettent au défi, à l’épreuve : prouve ta puissance si tu es Dieu, si tu m’aimes ! Jésus se reconnaît fils, dépendant de son Père et de son amour. Il accepte donc la mort, marque de notre condition humaine. Nous sommes des créatures, donc dépendantes, fragiles, mortelles. Mais nous nous savons tout autant nés de l’amour, d’un amour infini qui ne nous abandonnera pas au tombeau. Inutile de provoquer Dieu.

La troisième tentation naît de la peur de l’autre. Spontanément, autrui nous apparaît comme une menace, un danger. Que risque-t-il de nous faire ? Veut-il prendre notre place, nous voler ? Un danger, un concurrent d’autant plus menaçant qu’il est différent de nous, autre, étranger. Alors vient la tentation de la volonté de puissance, de dominer l’autre avant qu’il ne nous domine.
A cela, Jésus répond : Arrière Satan ! Le diable, mot grec qui signifie le diviseur, est bien l’autre nom de la volonté de puissance. Si tu te prosternes devant moi, tu seras le maître, tu domineras sur tous. Jésus refuse toute volonté de domination, tout esprit conquérant. Face à autrui, il se fait son prochain comme le bon Samaritain. A genoux, il se fait serviteur et lui lave le pieds. Sur la croix, il donne sa vie pour les autres.

Grande leçon au début du carême car en résistant aux tentations majeures, Jésus nous apprend à être homme, c’est-à-dire à accepter notre condition de créature et notre dépendance à la faim, à la mort, à autrui.
Nous ne sommes pas des dieux comme le susurrait le serpent à Adam et Éve. Vouloir échapper à la faim, à la mort, à autrui, c’est vouloir être Dieu et refuser d’être ce que nous sommes : un être humain, une créature.
Le chemin que dessine Jésus est celui de l’humaine condition. Suivre Jésus, c’est devenir davantage humain. C’est aussi le sens du carême.

Abbé Marcel Villers
Homélie du 1er dimanche du carême
Theux 1er mars 2020

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 14. Au désert

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 4, 1-11 du 1er dimanche du carême.

14. Au désert, le combat du Fils

Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu… » (Mt 4, 3)

La vie chrétienne implique un combat, une lutte. Les tentations de Jésus sont représentatives des épreuves, des combats de l’homme de foi. Ce récit met en scène une réalité intérieure et permanente vécue par Jésus et le chrétien à sa suite.

Le démon cherche à installer la contradiction entre Jésus et Dieu, à placer un coin entre eux, à faire une brèche dans leur communion pour arriver à séparer Jésus et son Père. Le démon installe le doute : « si tu es le Fils de Dieu… » Autrement dit, « en es-tu si sûr ? que Dieu te le prouve ! teste-le ! » Mais Jésus refuse : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (4, 7)

La stratégie du démon avait réussi avec Adam et Ève, elle échoue avec Jésus. L’arme décisive de sa victoire : l’obéissance, la communion à la Parole de Dieu, son Père. Il est bien le Fils dont « la nourriture est de faire la volonté de son Père » (Jn 4, 34). Car « ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (4, 4) C’est dans la communion des volontés de Dieu et de l’homme qu’est le salut.

Tentations de Jésus, tentations d’Israël

 « Jésus est Fils de Dieu en tant qu’il réalise par sa soumission au Père, la vocation d’Israël, fils de Dieu. Aussi, Jésus répond-il au tentateur par des versets du Deutéronome qui font écho à l’expérience d’Israël au désert : expérience d’une manne de misère aiguisant la faim de la Parole (Dt 8, 3), triste expérience du doute à l’égard de la puissance divine (Dt 6, 16), expérience chronique de l’idolâtrie (Dt 6, 13) dont Matthieu semble craindre une reviviscence dans le rêve d’un messie dominateur politique. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 16. Tentations

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 4,1-13 du 1er dimanche du carême.

Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté par le diable. (Lc 4,1-2)

Jésus et le diable s’affrontent à propos de Dieu, plus précisément au sujet de la relation entre Jésus et Dieu. « Si tu es Fils de Dieu » (4,3.9) : soumission ou indépendance, obéissance ou liberté ? Ce combat est raconté en trois rounds qui fournissent trois directions de vie données par Jésus en réponse aux faux chemins prônés par le tentateur.

« L’homme ne vit pas seulement de pain. » (4,4). Masqué le plus souvent par notre appétit des choses matérielles, il y a en nous le désir d’une nourriture substantielle, d’un pain pour l’âme.
« C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras. » (4,8) Nous avons tous nos idoles, ces faux dieux que nous adorons et pour lesquels nous sommes prêts à tout : le pouvoir, la richesse, le plaisir, etc.

« Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (4,12) Dieu n’est pas un instrument entre nos mains. Nous nous en servons si facilement pour attendre de lui ce qu’il nous appartient de faire.

Le désert

« Le terme rappelle immédiatement l’Exode hors d’Égypte, les quarante ans passés dans le désert… Terre d’épreuve pour la foi : c’est dans le désert qu’il faut choisir si l’on fera confiance à Dieu ou si on veut retourner en Égypte… Parce que le désert est l’endroit où la foi s’éprouve, c’est aussi le lieu de la tentation, le lieu où la contestation entre Dieu et le diable concernant l’avenir de l’homme peut s’exercer… Si Dieu y mène son peuple, son Fils, ce n’est pas pour leur faire fuir le monde, mais au contraire pour qu’ils en atteignent le cœur et manifestent là, à l’endroit où c’est le plus dur, sa victoire et ses droits. Si Jésus se retire dans le désert, ce n’est pas seulement pour se mettre à l’abri, mais plutôt pour se rendre là où il doit donner toute gloire à Dieu. » (J.J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969)

Abbé Marcel Villers

Stratégie… et victoire!

BaptisterePFHomélie de l’abbé Marcel Villers pour le
1er  dimanche de Carême, année A
Mt 4,1-11

A l’exemple du Christ, la vie chrétienne implique un combat, une lutte.

Les tentations de Jésus, comme d’Adam et Ève, sont représentatives des épreuves, des combats de l’homme de foi. Ces récits, de la Genèse et des tentations au désert, mettent en scène une réalité intérieure et permanente pour le chrétien. Que ce soit le serpent ou le démon, nous sommes face à des ennemis dont le champ de bataille est notre âme. Être chrétien n’est pas de tout repos mais va de pair avec une lutte contre ces Puissances occultes, ces Forces des ténèbres qui peuplent notre cœur. Nous partageons cet aveu de St Paul : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais. 

Pourquoi nous mettre sous les yeux, au début du carême, cette sombre réalité du péché, des tentations, des ténèbres qui agitent notre âme ?

Pour deux raisons.

Nous faire souvenir que la vie chrétienne est un combat et qu’il est donc nécessaire de s’y entraîner. C’est l’objectif du carême qui est un temps d’exercice, un genre de manœuvres, comme en font les militaires, pour se préparer à la guerre.

La seconde raison est de placer, sous nos yeux, au début de cette période d’entraînement du carême, que la victoire est possible. Jésus en est le témoin à l’encontre d’Adam. Voilà qui ne peut que nous encourager en nous ouvrant à l’espérance : l’ennemi peut être vaincu.

Mais cette victoire n’est possible qu’à certaines conditions que les textes de ce jour mettent en lumière à qui sait les déchiffrer.

Le récit de la chute d’Adam et Ève nous permet de repérer la stratégie de l’ennemi.

Le récit de la victoire de Jésus au désert nous indique les armes à utiliser pour vaincre.

Les premiers, Adam et Ève, se laissent entraîner par la jalousie qu’ils prêtent à Dieu, d’où naît la volonté de se séparer de lui dont ils refusent de dépendre. Ils se font « Dieu » comme s’ils pouvaient s’être créés eux-mêmes.

Or, nous dit la Genèse, Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol ;il insuffla dans ses narines le souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. C’est de Dieu que nous recevons la vie, c’est son souffle qui nous tient en vie. Entre Dieu et l’être humain, il y a une véritable communion ; nous sommes ses créatures, ses enfants.

La stratégie du serpent est de briser cette communion entre Adam et Dieu. Pour cela, son astuce est de faire passer Dieu pour un jaloux. Si Dieu a interdit de manger les fruits de l’arbre du milieu, c’est, susurre le serpent, parce que Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux.

Le serpent installe ainsi le doute, le soupçon, qui crée la distance et la concurrence de l’homme avec Dieu. Cette distance devient désobéissance, refus du commandement de Dieu : ils mangent les fruits. Le résultat : leurs yeux s’ouvrirent et ils connurent qu’ils étaient nus. Nus, c’est-à-dire, sans protection, faibles et démunis. Image de notre condition humaine, fragile, mortelle, pécheresse.

Le péché, c’est la séparation avec Dieu. Et sans Dieu, sans son souffle, c’est la mort.

Tous sont devenus pécheurs parce qu’un seul homme a désobéi, conclut saint Paul. Mais il ajoute aussitôt : tous deviendront justes, parce qu’un seul homme a obéi. Tout est donc lié à l’obéissance, qui est une forme de communion des volontés. L’obéissance est source de vie ; la désobéissance, source de mort.

Si Jésus est vainqueur, c’est par l’obéissance. Il se reconnaît issu de Dieu, il est le Fils. Le démon, comme le serpent de la Genèse, cherche à installer la contradiction entre Jésus et Dieu, à placer un coin entre eux, à faire une brèche dans leur communion pour arriver à séparer Jésus et son Père.

Comme avec Adam et Ève, le démon installe le doute : si tu es le Fils de Dieu… Autrement dit, « en es-tu si sûr ? que Dieu te le prouve ! teste-le. » Mais Jésus refuse : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.

La stratégie du démon avait réussi avec Adam et Ève, elle échoue avec Jésus.

L’arme décisive de sa victoire : l’obéissance, la communion à la Parole de Dieu, son Père. Il est bien le Fils dont la nourriture est de faire la volonté de son Père. Car ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre,mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. 

C’est dans la communion des volontés de Dieu et de l’homme qu’est le salut.

L’homme ancien, c’est Adam qui rejette cette communion par sa désobéissance. L’homme nouveau, c’est le Christ car pleinement uni à Dieu, son Père. Cet homme nouveau, nous pouvons le devenir par notre union au Christ Jésus. C’est bien ce qu’opère le baptême : la naissance de l’homme nouveau.

C’est pourquoi nous avons placé sur l’autel cette statue de l’homme nouveau qui, tout au long du carême, nous en rappellera le but : faire mourir le vieil homme. C’est aussi pourquoi nous mettrons en évidence, par une décoration appropriée, les fonts baptismaux : ces eaux d’où naît l’homme nouveau.

Abbé Marcel Villers

HommeNouveauPFMerci à Paul pour ces excellentes photos!