Clés pour lire l’évangile de Luc : 16. Tentations

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 4,1-13 du 1er dimanche du carême.

Dans l’Esprit, il fut conduit à travers le désert où il fut tenté par le diable. (Lc 4,1-2)

Jésus et le diable s’affrontent à propos de Dieu, plus précisément au sujet de la relation entre Jésus et Dieu. « Si tu es Fils de Dieu » (4,3.9) : soumission ou indépendance, obéissance ou liberté ? Ce combat est raconté en trois rounds qui fournissent trois directions de vie données par Jésus en réponse aux faux chemins prônés par le tentateur.

« L’homme ne vit pas seulement de pain. » (4,4). Masqué le plus souvent par notre appétit des choses matérielles, il y a en nous le désir d’une nourriture substantielle, d’un pain pour l’âme.
« C’est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras. » (4,8) Nous avons tous nos idoles, ces faux dieux que nous adorons et pour lesquels nous sommes prêts à tout : le pouvoir, la richesse, le plaisir, etc.

« Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (4,12) Dieu n’est pas un instrument entre nos mains. Nous nous en servons si facilement pour attendre de lui ce qu’il nous appartient de faire.

Le désert

« Le terme rappelle immédiatement l’Exode hors d’Égypte, les quarante ans passés dans le désert… Terre d’épreuve pour la foi : c’est dans le désert qu’il faut choisir si l’on fera confiance à Dieu ou si on veut retourner en Égypte… Parce que le désert est l’endroit où la foi s’éprouve, c’est aussi le lieu de la tentation, le lieu où la contestation entre Dieu et le diable concernant l’avenir de l’homme peut s’exercer… Si Dieu y mène son peuple, son Fils, ce n’est pas pour leur faire fuir le monde, mais au contraire pour qu’ils en atteignent le cœur et manifestent là, à l’endroit où c’est le plus dur, sa victoire et ses droits. Si Jésus se retire dans le désert, ce n’est pas seulement pour se mettre à l’abri, mais plutôt pour se rendre là où il doit donner toute gloire à Dieu. » (J.J. VON ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 14. Aimez vos ennemis

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 6,27-38 du 7ème dimanche du temps ordinaire.

14. Aimez vos ennemis

Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux (Lc 6,31)

Jésus a donné son discours-programme dans la synagogue de Nazareth : il est venu « porter la Bonne Nouvelle aux pauvres » (4,18). Il a appelé ses disciples (5,10-11) et a mis en pratique son programme (5,12-6,11) ce qui lui permet de proclamer que le règne de Dieu est venu (6,20-26). Cela entraîne, pour ses disciples, une vie nouvelle à l’image de ce Dieu d’amour et de miséricorde (6,27-50). Et Jésus énonce une suite d’impératifs : « Aimez, faites du bien, prêtez », accompagnés d’exemples illustrant l’existence nouvelle.

Une première série (6,27-35) est centrée sur l’amour des ennemis : « aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez sans rien espérer en retouralors vous serez les fils du Très-Haut. » (6,35) L’amour des ennemis manifeste le caractère inconditionné et illimité de l’amour de Dieu, « bon pour les ingrats et les méchants » (6,35). La seconde série (6,36-38) insiste sur la miséricorde et sa gratuité : « comme votre Père, soyez miséricordieux, ne jugez pas, ne condamnez pas, pardonnez, donnez. »

La Règle d’or

« Ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux » (Lc 6,31) : telle est la Règle d’or. « Elle est l’expression de cette exigence de réciprocité qui est au principe de toute moralité… Elle exprime bien ce décentrement élémentaire qui me fait quitter le point de vue étroit de mes désirs et de mes intérêts pour commencer à me mettre à la place d’autrui… Cette Règle est non seulement présente dès l’Ancien Testament, sous sa forme négative, mais attestée universellement chez les philosophes de toutes les cultures… Elle est l’expression de la loi morale que tout homme trouve écrite en son cœur (Ro 2,14)… La charité n’a pas son principe en moi, mais en autrui, et elle ne peut l’avoir en autrui que parce qu’elle l’a en Dieu. La charité est réciprocité jusqu’au point où elle détruit ma volonté pour la remplacer en moi par la volonté d’autrui. (Jean Lacroix) » (Olivier DU ROY, La réciprocité. Essai de morale fondamentale, 1970)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 8. Le ciel s’ouvre et l’Esprit descend

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 3,15-16.21-22 de la fête du baptême du Seigneur.

8.  Le ciel s’ouvre et l’Esprit descend

Il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » (Lc 3,22)

C’est pendant que Jésus priait que lui est révélée son identité de Fils bien-aimé du Père éternel. La prière est cette union intime avec Dieu où nous apprenons de lui qui nous sommes et quelle est notre mission. Jésus vient de sortir du silence et de l’obscurité de la vie cachée à Nazareth. Il est en quête de ce que Dieu attend de lui en ces temps où « le peuple était en attente et tous se demandaient si Jean n’était pas le Christ. » (3,15)

Jean fait place, « il vient celui qui est plus fort que moi » (3,16). Il s’efface et passe en quelque sorte le relais à Jésus qui va s’éloigner du Jourdain et rejoindre la Galilée pour y entamer sa prédication de l’imminence du Royaume de Dieu. Il répond ainsi à l’attente du peuple que Jean et son baptême ne pouvaient que cultiver et non combler. Au baptême dans l’eau va succéder celui « dans l’Esprit-Saint et le feu. » (3,16)

Le baptême de Jésus et sa vocation

« L’historicité du baptême de Jésus par Jean est universellement admise, mais on a beaucoup discuté sur le sens qu’a eu pour Jésus le fait de se soumettre à un baptême qui signifiait la repentance de ses péchés… Nous ignorons complètement ce que se dirent Jésus et Jean, mais on peut tirer une information importante de la conduite ultérieure de Jésus. Avant son baptême, il était artisan à Nazareth ou dans l’une des petites villes qui bordent le lac… Après son baptême, il est un prédicateur itinérant dont le message est le même que celui de Jean. Le Baptiste doit donc avoir convaincu Jésus que sa vocation était d’être un prophète. » (J. MURPHY-O’CONNOR, Jésus et Paul. Vies parallèles, 2006, p. 62)

Abbé Marcel Villers

Jean rendit ce témoignage – Homélie

JésusJeanBaptiste2ème dimanche du Temps ordinaire A – Évangile : Jn 1,29-34

Jean rendit ce témoignage.
Voilà qui situe le rôle de Jean-le-Baptiste. Il désigne, révèle à tous qui est Jésus : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Jean-Baptiste est la figure par excellence du témoin. Ce que nous avons à être, de par notre condition de chrétien. À être et non pas à devenir.

C’est qu’on ne s’institue pas témoin. Le témoin professionnel, si j’ose dire, est un danger. Le risque, tout le monde le comprend, c’est l’hypocrisie. Si je pense que je suis témoin, je ne peux m’empêcher de constamment surveiller ce que je dis et ce que je fais afin d’être en conformité avec ce qui est considéré comme étant l’être et le vivre chrétiens. Mais alors, où est la différence entre l’être et le paraître ?

Nul ne peut décider d’être témoin. On l’est par surcroît. C’est-à-dire sans l’avoir cherché. Ainsi, Jean-Baptiste, celui qui rend témoignage à Jésus, confesse d’abord : Je ne le connaissais pas.

Il n’y a pas donc pas de préméditation, de mise en scène ou de construction d’un discours ou d’un scénario de communication.

Il n’y a que la pression d’un événement, d’une expérience inattendue : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui. Ce vécu particulier qui est comme tombé sur Jean, cette manifestation dont il a été témoin, le fait témoin à son tour, à l’égard des autres.

Il est vrai que je ne puis témoigner que de ce que j’ai vu, de ce dont j’ai été témoin. Comme l’affirme Jean-Baptiste : J’ai vu et c’est pourquoi je puis attester, rendre témoignage. C’est ce qui est attendu du témoin dans un procès, c’est ce qui est demandé à tout chrétien : attester de ce qu’il a vu, de ce qui constitue son vécu. Comme Jean-Baptiste, le chrétien est celui qui peut dire à propos de Jésus : Oui, j’ai vu et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Mais pourquoi témoigner ? D’où vient ce que nous pouvons interpréter comme un besoin, une nécessité : témoigner de notre foi, de notre expérience de Jésus ?

La motivation la plus profonde du témoignage ne naît pas aujourd’hui de la compulsion à sauver les autres, de l’espoir de grossir les rangs de l’Église. Elle jaillit de l’expérience même de la foi, de la rencontre de Dieu tel que révélé en Jésus. Ce sont la qualité, l’intensité, les bienfaits reçus de l’Évangile qui pressent le chrétien de les manifester à autrui, de les partager avec lui.

Mais notre temps est particulièrement difficile pour nous, chrétiens. Témoigner, transmettre, évangéliser sont immédiatement considérés comme prosélytisme ou volonté de restaurer une hégémonie de l’Église dans une société plurielle et qui se proclame tolérante.

Pendant des siècles, la transmission du christianisme s’est effectuée d’une génération à l’autre par l’éducation familiale, paroissiale, scolaire. Le témoignage jouait alors, dans une société réputée chrétienne, le rôle d’une incitation à devenir effectivement chrétien.

Aujourd’hui, un regard neuf sur l’Évangile est redevenu possible. Combien, en effet, sont celles et ceux de nos contemporains qui en ignorent tout ! L’Évangile et Jésus retrouvent une certaine nouveauté, pour ne pas dire étrangeté, aux yeux d’un grand nombre. Mais, l’envers de la médaille, c’est que vivre et annoncer la foi chrétienne se fait désormais sans aucun appui dans la culture. Pire : Dieu et la religion paraissent ne répondre à aucune question. Ce qui ne fait que redoubler la difficulté, puisqu’il faudrait d’abord faire naître la question à laquelle le témoin prétend apporter une réponse.

On comprend ainsi que l’échec est possible, que l’impuissance du témoin est une réalité, mais surtout on peut saisir, quand naît la foi, combien elle est une force, capable de surmonter tous ces obstacles. Car que l’Évangile soit ou non encore rempli de séduction et de sens, que Dieu s’atteste ou non dans mon témoignage, comment cela pourrait-il dépendre de moi ? Sans Dieu, rien ne peut se produire.

Le témoin n’est donc qu’un intermédiaire, un intermède entre le Seigneur Jésus et l’homme d’aujourd’hui. Il se situe quelque part dans cette chaîne immense de témoins qui a son origine dans le premier d’entre eux, Jean-le-Baptiste.

Je ne le connaissais pas, déclare le Baptiste. Celui qui m’a envoyé m’a dit : L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre, c’est lui. Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Ainsi, nul ne vient à Jésus sans la médiation d’un témoin, d’un frère ou d’une sœur, qui fait le lien entre Jésus et lui. Il n’y a aucun accès immédiat à Jésus. Rencontrer Jésus, croire en lui passe nécessairement par le témoignage qui, donc, ne se justifie pas d’abord par des raisons subjectives, mais par la nature même de la foi chrétienne.

N’y aurait-il pas de nos jours, des jeunes et des adultes qui nous disent : Nous voulons voir Jésus (Jn 12,21) ? Alors, osons parler, osons témoigner de ce qui nous fait vivre ! Laissons parler notre cœur, car en nous brille une lumière qui éclaire notre existence et qui pourrait être une lumière pour d’autres. Osons donner un visage, notre visage à l’Évangile de Jésus. Ne sommes-nous pas tous envoyés pour l’annoncer ?

Abbé Marcel Villers