Méditation de l’évangile du 5° dimanche du carême : Jn 11, 1-45

En ce temps d’absence de célébrations dominicales, nous vous offrons néanmoins une méditation-homélie sur l’évangile du cinquième dimanche du carême. Il y est question de mort et de résurrection, de larmes et de foi. Nous en sommes là en ce temps d’épreuve où la peur de la mort nous étreint. Comme aux sœurs de Lazare, Jésus nous invite à la confiance, à remettre notre sort entre ses mains.

Lazare, viens dehors.

Lazare, c’est l’ami de Jésus.
Lazare, c’est donc chacun de nous, chaque être humain. Tout homme, en effet, a été créé ami de Dieu. C’est par amour que Dieu a fait l’humain à son image, et pour qu’il vive. Mais voilà que l’ami bien-aimé de Dieu est détruit, anéanti par la mort. Tout n’est plus alors que tristesse, lamentation, et larmes.

La mort est-elle plus forte que la vie ? N’y a-t-il que la mort qui gagne ?
En cette période d’épidémie, tout est devenu aléatoire et fragile, la santé comme l’avenir, la vie comme le bonheur. Qui sera vainqueur ?
Le temps s’écoule lentement, enfermés et sans défense que nous sommes. Plus question de fuir dans le tourbillon des activités et des festivités, nous voilà devant un mur, face à nous-mêmes. Et l’on s’interroge, on se resitue face à l’échéance, celle de nos proches, la nôtre.
Rien ne semble plus naturel que la mort.
Et pourtant !
L’homme est devenu un humain lorsque, devant un cadavre, il a chuchoté : « Pourquoi ? » A la différence des autres créatures, l’homme sait qu’il va mourir et il ne s’y habitue pas.

La mort est-elle le dernier mot sur l’homme ? Qui peut dire ce qui vient après la mort ? Sommes-nous condamnés au silence ?
Le pays de la foi est plus grand que celui des mots. Nos questions sont plus vastes que nous. Nous sommes immergés dans un mystère qui nous dépasse. Alors, il faut s’engager, opter. Celui qui regarde la mer de loin ne saura jamais que son ignorance. Ceux qui veulent connaître l’océan doivent embarquer.
Heureux ceux qui croient sans voir ! Oui, il s’agit de croire, non de voir.

« Je suis la résurrection et la vie. Crois-tu cela ? » demande Jésus.
« Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Celui qui vit et croit en moi ne mourra jamais. »

Dieu ne permet pas que la mort soit le dernier mot de l’homme. Dieu ne permet pas que la mort se referme, comme la pierre du tombeau, sur la vie de l’homme.
Dieu prépare quelque part un printemps, une création nouvelle, la résurrection.« Je vais ouvrir vos tombeaux et vous en ferai sortir. »
« Lazare, lève-toi. Sors. Déliez-le ! »

Cette parole du Christ ne surgit pas de nulle part. Tout au long de sa vie, Jésus traversa les morts humaines.
Mais alors pourquoi pleure-t-il devant Lazare ?
Il pleure parce qu’il constate le triomphe de la mort, la destruction de la création sortie des mains de Dieu.
Au tombeau de Lazare, Dieu rencontre la mort, il est face à face avec son ennemi, celui qui lui a volé sa création pour s’en proclamer le Prince.

Jésus pleure.
Jésus pleure parce qu’il aime Lazare.
C’est parce que Jésus a pleuré qu’il a le pouvoir de le rappeler à la vie.
La résurrection n’est pas la manifestation d’un pouvoir divin, mais c’est l’amour devenu puissance de vie.
L’amour pleure sur la tombe. L’amour réveille la vie.
« Seigneur, viens au secours de mon peu de foi. »

Abbé Marcel Villers

Méditation sur l’évangile du 4e dimanche du carême : Jn 9, 1-41

En ce temps d’absence de célébrations dominicales, nous vous offrons néanmoins une méditation-homélie sur l’évangile du dimanche. Ce week-end, il est question de ténèbres et de lumière dans les cœurs, voilà qui est bien de circonstance.

Plongé dans les ténèbres

Il n’avait jamais vu ni sourire, ni larmes.
Il n’avait jamais perçu l’amitié ou la méchanceté d’un regard.
Il ne connaissait pas le bleu du ciel ou le vert éclatant du printemps.
Il vivait dans un univers sans image où comptent seulement les mains et les oreilles, les odeurs et les sons.
Il était aveugle de naissance.
Il ne demandait rien : pas de supplication, ni cri de pitié.
Il était là, simplement, posté à la sortie du Temple.

Lui qui ne voyait pas n’était pas vu. Pour les passants, ce n’était qu’une ombre. Mais sa vie va être bouleversée. Car « sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme qui était aveugle de naissance. » Cet homme qui ne voit pas, Jésus le voit. En lui, il ne regarde pas seulement l’infirme avec sa misère, il reconnaît tous les hommes, et nous en sommes, aveugles de naissance qui ne parviennent pas à voir clair dans ce monde et restent obstinément prisonniers de leur univers de ténèbres.

« Autrefois, nous rappelle St Paul, vous n’étiez que ténèbres. » Nous savons tous ce que signifient ces ténèbres intérieures qui noient notre cœur. Notre univers mental, nos songes sont peuplés d’images de chair et de sang, d’inquiétude et d’angoisse en ce temps d’épidémie. Notre regard sur nous-mêmes, sur l’être humain, sur ce monde est souvent si sombre, si noir. Et il y a de quoi !
Et puis, nous restons rivés à la surface des choses et des êtres. Nous considérons les apparences et souvent nous nous y noyons. C’est le plus grand, le plus fort, le plus riche qui attire notre regard. Mais, comme le dit le Seigneur à Samuel : « Ne considère pas son apparence, ni sa haute taille. Dieu ne regarde pas comme les hommes, car les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. »

Qui peut guérir nos yeux ? Qui peut illuminer nos ténèbres ?
L’initiative est à Jésus. « Il cracha sur le sol et avec la salive, il fit de la boue qu’il appliqua sur les yeux de l’aveugle. » Surprenant : Jésus commence par le rendre plus aveugle encore. Doublement enfermé dans sa nuit, l’homme se met en marche sans hésitation sur la parole entendue : « Va te laver à la piscine de Siloé ».

Il y va. Il va se laver sans rien y voir. Il a entendu et obéit à l’ordre donné. Connaître le Christ le fait entrer dans une aventure nocturne où il s’agit de marcher à l’oreille et non à la vue. C’est un des enseignements récurrents de la Bible et qui en dit long sur l’expérience de la foi : écouter l’emporte sur le voir. De sorte que la guérison de l’aveugle n’est pas tellement qu’il voie, mais qu’il écoute et obéisse. Belle définition de la foi qui ne nous conduit pas à la vision, mais à l’écoute. « Dieu, écrit St Jean, nul ne l’a jamais vu. » C’est pourquoi à la transfiguration, si les disciples voient Jésus baigné de lumière, la voix céleste leur dit : « Celui-ci est mon Fils, écoutez-le. » Et non pas regardez-le.

Obéissant à la parole de Jésus, l’aveugle « y alla. Il se lava et, quand il revint, il voyait. » Mais le résultat est que si lui, l’aveugle, est devenu voyant, ses voisins, les pharisiens, les Juifs ensuite, ne le reconnaissent pas. Pour eux, ce n’est pas lui, il s’agit d’un autre. Même ses parents ne savent quoi. Les yeux ne s’ouvrent pas. Depuis que l’aveugle y voit, tous autour de lui sont pris de cécité.

Vient enfin la nouvelle rencontre avec Jésus qui questionne l’aveugle guéri : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Mais l’aveugle-voyant ne sait pas : « Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Il ne sait pas. Il ne l’a jamais vu.
S’il reconnaît celui qui se tient devant lui, c’est à la voix. Il est alors comme guéri de son aveuglement, une deuxième fois, par l’ouïe.

Toutes les preuves peuvent sauter aux yeux, toutes les évidences s’imposer. La foi n’est pas de cet ordre Reconnaître le Fils de l’homme, la foi, c’est affaire de confiance sur parole. Se fier à l’autre se fait toujours sur parole. Ce n’est pas une affaire de savoir ou de certitude, de claire vision. Pour croire, il n’est pas besoin de voir. Il suffit d’écouter et d’obéir sur parole.

Abbé Marcel Villers

Message de carême du pape François (Résumé)

Le carême dans lequel nous sommes engagés avec toute l’Église nous conduit, comme Jésus, au désert où il se retira quarante jours pour prier et jeûner. Que signifie spirituellement le désert ?

Le désert, c’est d’abord le lieu du grand silence : pas de bruits, à part le vent et notre souffle. Le désert est détachement du vacarme qui nous entoure. C’est l’absence de paroles pour laisser place à une autre Parole, la Parole de Dieu, qui, comme une brise légère, nous caresse le cœur (cf. 1 R 19, 12). Dans le désert, dans le silence, nous pouvons l’entendre. Mais, il n’est pas facile de faire silence dans son cœur. Le Carême est un temps propice pour faire place à la Parole de Dieu. C’est le temps pour éteindre la télévision et ouvrir la Bible. C’est le temps pour se détacher du téléphone portable et se connecter à l’Evangile. C’est le temps pour renoncer aux paroles inutiles, aux bavardages, aux rumeurs, aux médisances, et parler au Seigneur. Nous sommes submergés de paroles vides, de publicités, de messages insidieux et nous avons du mal à distinguer la voix du Seigneur qui nous parle. Comme le pain, plus que le pain, nous avons besoin de la Parole de Dieu, nous devons parler avec Dieu : nous devons prier.

Le désert est le lieu de l’essentiel. Regardons nos vies : combien de choses inutiles nous entourent ! Nous poursuivons mille choses qui semblent nécessaires et qui en réalité ne le sont pas. Comme cela nous ferait du bien de nous libérer de tant de réalités superflues, pour redécouvrir ce qui compte. Sur cela aussi, Jésus nous donne l’exemple, en jeûnant. Jeûner, c’est savoir renoncer aux choses vaines, au superflu, pour aller à l’essentiel. Jeûner ne sert pas seulement à maigrir, jeûner, c’est aller précisément à l’essentiel, c’est chercher la beauté d’une vie plus simple, plus sobre.

Le désert, enfin, est le lieu de la solitude. Aujourd’hui aussi, près de nous, il y a de nombreux déserts. Ce sont les personnes seules et abandonnées. Combien de pauvres et de personnes âgées sont près de nous et vivent dans le silence, sans faire de bruit, marginalisés et exclus ! Le désert nous conduit à eux, à ceux qui, réduits au silence, demandent silencieusement notre aide. Tant de regards silencieux demandent notre aide. Le chemin dans le désert du carême est un chemin de charité vers celui qui est plus faible.

Dans le désert s’ouvre donc le chemin qui nous conduit de la mort à la vie. Entrons dans le désert avec Jésus, nous en sortirons en savourant la Pâque, la puissance de l’amour de Dieu qui renouvelle la vie. Suivons Jésus dans le désert, avec Lui nos déserts fleuriront et de nos déserts naîtront un jardin.

Le carême, c’est faire naître un jardin là où il y a des terres arides, c’est du désert faire surgir des fleuves, c’est de la mort faire jaillir la vie.
C’est bien le sens du carême qui commence au désert pour finir dans le jardin où Jésus ressuscité se manifeste vivant à Marie-Madeleine.
Faire naître un jardin là où il y a des terres arides, c’est de notre cœur de pierre faire surgir un cœur de chair, c’est faire tourner la terre plus juste et plus fraternelle.

François d’Assise demandait qu’au couvent on laisse toujours une partie du jardin sans la cultiver, pour qu’y croissent les herbes sauvages, de sorte que ceux qui les admirent puissent louer Dieu et se rappeler qu’eux aussi sont à l’image de ce jardin, une terre sauvage, une terre aride d’où peut naître le jardin de Pâques.

Bon carême !

Homélie du 2ème dimanche du carême
Jehanster 8 mars 2020
Abbé M. Villers

 

1er dimanche du carême : Homme avec insistance

TENTATIONS AU DÉSERT Mt 4, 1-11

Curieux Fils de Dieu que ce Jésus !
Non seulement, il est tenté comme tout homme, mais surtout il refuse d’être le Seigneur, le Dieu que nous imaginons.
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi devrait-il avoir faim ? N’est-il pas doté de la puissance divine pour transformer les pierres en pains ?
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi devrait-il mourir ? Que son Père tout-puissant intervienne et le sauve de ses ennemis !
S’il est le Fils de Dieu, pourquoi refuser dominer l’univers et régner sur le monde ?

Curieux Fils de Dieu !
Si Jésus est bien le Fils de Dieu, il le manifeste en étant homme avec insistance. Les trois tentations au désert, ce sont simplement celles de tout homme, celles de la condition humaine. Le chemin que Jésus nous montre, c’est celui de l’acceptation confiante de notre condition d’homme, limitée et fragile, loin de tout transhumanisme, loin de toute mégalomanie qui est la tentation essentielle, celle d’Adam, celle de chacun de nous : vouloir échapper à notre condition de créature.

La première tentation de l’homme naît de la peur de manquer qui s’exprime par le souci que chacun se fait pour sa santé, sa sécurité, ses biens. C’est notre souci majeur, quotidien : ne pas manquer de pain, d’argent, de tout cela qui rassurent et assurent subsistance et confort.
A ce souci, cette peur, Jésus répond : oui, le pain est nécessaire, mais pas à n’importe quel prix. Car ce qui fait vivre l’homme, c’est aussi la Parole de Dieu.
Le véritable manque, la vraie faim, le vrai souci, c’est celui de la Parole vivante de Dieu. Ce n’est pas notre souci qui assure notre vie : qui d’entre nous, à force de soucis, peut ajouter un seul jour à sa vie ? La vie, nous l’avons reçue, elle est un don de Dieu. Alors, avec confiance, remettons notre vie dans les mains de Dieu, lui seul l’assure.

La deuxième tentation de l’homme naît de la peur de la mort. Familière, propre à l’être humain, cette peur, cette angoisse peut être le lieu d’une tentation puissante : refuser la mort, demander à Dieu d’y échapper, qu’il intervienne pour nous l’épargner.
A cette angoisse, Jésus répond : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. Jésus refuse d’être maître de sa vie et de sa mort, par Dieu interposé en quelque sorte, en instrumentalisant Dieu à son profit. Combien de nos prières de demande utilisent Dieu, le mettent au défi, à l’épreuve : prouve ta puissance si tu es Dieu, si tu m’aimes ! Jésus se reconnaît fils, dépendant de son Père et de son amour. Il accepte donc la mort, marque de notre condition humaine. Nous sommes des créatures, donc dépendantes, fragiles, mortelles. Mais nous nous savons tout autant nés de l’amour, d’un amour infini qui ne nous abandonnera pas au tombeau. Inutile de provoquer Dieu.

La troisième tentation naît de la peur de l’autre. Spontanément, autrui nous apparaît comme une menace, un danger. Que risque-t-il de nous faire ? Veut-il prendre notre place, nous voler ? Un danger, un concurrent d’autant plus menaçant qu’il est différent de nous, autre, étranger. Alors vient la tentation de la volonté de puissance, de dominer l’autre avant qu’il ne nous domine.
A cela, Jésus répond : Arrière Satan ! Le diable, mot grec qui signifie le diviseur, est bien l’autre nom de la volonté de puissance. Si tu te prosternes devant moi, tu seras le maître, tu domineras sur tous. Jésus refuse toute volonté de domination, tout esprit conquérant. Face à autrui, il se fait son prochain comme le bon Samaritain. A genoux, il se fait serviteur et lui lave le pieds. Sur la croix, il donne sa vie pour les autres.

Grande leçon au début du carême car en résistant aux tentations majeures, Jésus nous apprend à être homme, c’est-à-dire à accepter notre condition de créature et notre dépendance à la faim, à la mort, à autrui.
Nous ne sommes pas des dieux comme le susurrait le serpent à Adam et Éve. Vouloir échapper à la faim, à la mort, à autrui, c’est vouloir être Dieu et refuser d’être ce que nous sommes : un être humain, une créature.
Le chemin que dessine Jésus est celui de l’humaine condition. Suivre Jésus, c’est devenir davantage humain. C’est aussi le sens du carême.

Abbé Marcel Villers
Homélie du 1er dimanche du carême
Theux 1er mars 2020

Horaire des messes du 28 février au 5 mars 2020

Vendredi 28 février à 20h à Becco : veillée de prière.

Samedi 29 février à 16h à Theux, Sainte-Joséphine : messe pour les résidents et leurs familles.

Dimanche 1er mars à 10h à Theux : messe pour les défunts du mois écoulé et leurs familles.

Mardi 3 mars à 10h30 à Theux, Sainte-Joséphine : temps d’adoration et de prière.

Mercredi 4 mars à 9h à Becco : messe pour Yvonne Dumont et sa famille ; pour les époux Englebert-Nandrin, Josy et Sandra.

Jeudi 5 mars à 16h à Theux, Belvédère : messe fondée Piette-Nizet, Thomson-Vitrier, Foulon-Bouffa, Raxhon-Quare, Piron, Wayaffe-Dessaucy et Ugen-Houbeau et abbé Petit.

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Pour rappel si nécessaire, dès le 26 février, nous sommes en Carême 🙂 !