Clés pour lire l’évangile de Matthieu 2. Le Royaume est tout proche

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 3, 1-12 du 2ème dimanche de l’Avent.

2. Le Royaume des cieux est tout proche

Produisez donc un fruit digne de la conversion (Mt 3, 8)

Jean est vêtu de peaux de bêtes, le vêtement sauvage des premiers hommes dans leur corps à corps avec la nature. « Il portait un vêtement de poils de chameau ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage » (3, 4). Que veut nous dire l’évangéliste par cette description ? « Une nouvelle humanité est en train de naître. Ce vêtement de bêtes, c’est l’habit des commencements, le costume des origines » (J. Debruynne).

Jean invite ainsi à un nouveau commencement, une nouvelle naissance que son baptême symbolise. Mais croyons-nous qu’un autre monde est non seulement possible, mais qu’il est en train de naître ? « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (3, 3). Se convertir, c’est se repentir, changer de comportement, penser autrement. C’est, au sens le plus littéral, faire demi-tour, se retourner, changer de direction. Mais pourquoi ne changeons-nous pas de route ?

Le Royaume des cieux

Matthieu écrit « des cieux » plutôt que « de Dieu » quand il parle du Règne ou Royaume annoncé. Il parle ainsi comme un juif qui évite de prononcer le nom de Dieu. « Le royaume des cieux est une notion courante dans la littérature apocalyptique juive du 1er siècle avant Jésus-Christ qui l’emprunte elle-même à l’Ancien Testament. Cette expression désigne non pas le lieu ou l’étendue du règne de Dieu (comme peut le faire le mot français de « royaume »), mais plutôt le fait que Dieu est roi, que Dieu règne. Cette royauté, ce règne n’est pas manifeste dans ce monde, mais le jour vient où elle sera pleinement manifestée. L’attente du Royaume constituait l’essentiel de l’espérance d’Israël. Ce qui est nouveau avec Jésus, la bonne nouvelle, c’est que le temps est venu, le règne de Dieu est tout proche » (J.-J. von ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc 52. Conversion d’un riche

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 19, 1-10 du 31e dimanche ordinaire.

52. La conversion d’un riche

Le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. (Lc 19, 10)

Jésus s’adresse à nous comme à Zachée :« Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. » (19, 9) C’est aujourd’hui que le Seigneur vient, c’est chaque jour le temps du salut. « Aujourd’hui, nous dit Jésus, il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » (19, 5) Pour Dieu, rien, ni personne n’est jamais perdu définitivement.

Comment d’un bandit, d’un voleur faire naître générosité et justice ? Nous connaissons maintenant la réponse : par la bonté. La visite de Jésus transforme Zachée et provoque toutes les générosités. « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » (19, 8) Un proverbe arabe déclare : « la récompense de la bonté, n’est-ce pas la bonté ? »

Jésus traversait la ville de Jéricho (19, 1)

« Sur la rive droite du Jourdain, à seize kilomètres de la mer Morte, le site de Jéricho bénéficie d’hivers doux, d’un sol fertile et d’un abondant approvisionnement en eau, permettant de riches cultures, notamment celle des palmiers. Jéricho est considéré comme la ville la plus profonde du monde (250 m sous la mer) et comme l’une des plus anciennes (VIIe millénaire). On a dénombré dix-sept villes successives construites les unes sur les autres. » (André CHOURAQUI, Dictionnaire de la Bible et des religions du livre, 1985)

Jéricho était, à l’époque de Jésus, un centre douanier important qui donnait accès à l’Arabie. Cela explique la fonction de percepteur des taxes et péages de Zachée, qui était de plus « chef des collecteurs d’impôts, et quelqu’un de riche. » (19, 2)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 24, 46-53 de la fête de l’Ascension.

28. Il se sépara d’eux

Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet (Lc 24, 44).

Nous sommes à la fin de l’évangile de Luc. L’événement de l’Ascension se déroule le soir du jour de Pâques manifestant ainsi que la résurrection de Jésus ne peut être séparée de son entrée dans la gloire de Dieu. Il s’agit d’un seul mystère exprimé par deux images : sortie du tombeau et montée au ciel.

« La conversion sera proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations. A vous d’en être les témoins. » (24, 47-48) Telle est désormais la mission des apôtres et de l’Église à travers les siècles : proclamer le salut obtenu par le Christ. Ainsi ce que les Écritures anciennes annonçaient est arrivé : Dieu est pardon. Cette bonne nouvelle est destinée à tout homme et rend universelle la mission de l’Église.

Monter au ciel

« Énoch, Élie et Moïse sont censés avoir bénéficié d’une ascension. Comme on ignorait le lieu de leur sépulture, il était aisé de recourir à ces légendes pour justifier cette absence de tombeau. Mais cette concession est largement compensée par la spiritualisation que la Bible leur impose : ces hommes n’ont pu monter au ciel qu’en raison de leur justice, et par une initiative de Dieu qui les a enlevés ; leur séjour aux cieux est d’ailleurs provisoire car ils doivent redescendre sur terre pour achever leur vie et pour annoncer la proximité des derniers temps.

Ainsi le Christ est enlevé à la manière d’Énoch et d’Élisée ; comme pour ces derniers, l’enlèvement du Seigneur est provisoire : il reviendra un jour accomplir les derniers temps… Mais on eût tôt fait de dépasser cette imagerie trop matérielle en estimant que l’ascension est la réplique normale à l’humiliation de la croix ; elle réalise la loi fondamentale du mystère pascal : toute mort conduit à la gloire. » (Missel de l’Assemblée chrétienne, Bruges, 1964) Autrement dit, pas de différence entre résurrection et ascension qui sont deux expressions du même mystère.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 18. Il n’est jamais trop tard

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 13,1-9 du 3ème dimanche du carême.

Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous. (Lc 13,3)

Comme ces Galiléens massacrés, comme ces dix-huit écrasés par une tour, comme l’arbre qu’on coupe, ainsi nous périrons tous. Ces évènements dramatiques et meurtriers nous rappellent comme une gifle que nous sommes voués à mourir. Un accident, une catastrophe, et on se réveille. Chacun se rend compte alors que la menace le guette aussi.

Ces accidents nous rappellent notre fragilité et sont autant d’occasions de faire le point. A quoi sert ma vie ? Qu’est-ce que j’en fais ? Il n’est jamais trop tard pour répondre comme l’enseigne la parabole du vigneron. Un propriétaire veut faire arracher un figuier qui ne donne rien. Le vigneron s’interpose. « Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. » (13,8-9)

Nous sommes peut-être ce figuier sans utilité et sans fruit. Mais il n’est pas trop tard pour changer de vie et « donner enfin du fruit. »

Le figuier

« Avec les olives et les raisins, les figues étaient les fruits les plus répandus et les plus appréciés en Israël (1Ch 12,41). Arbre volontaire et nécessitant peu de soin ou d’eau, le figuier était rarement stérile. Aussi, un figuier improductif étonnait-il (Lc 13,6-9) ou était-il symbole de malédiction (Mt 21,19) ; la destruction des figuiers était un malheur souvent annoncé par les prophètes (Jr 5,17 ; Ha 3,17).

Par contre, le figuier prospère était signe de la faveur divine (Dt 8,8 ; Mi 4,4) et de bien-être, surtout s’il poussait dans la vigne pour servir de soutien aux pampres (1 R 4,25 ; Za 3,10). (André CHOURAQUI, Dictionnaire de la Bible et des religions du livre, 1985)

Abbé Marcel Villers

En ce temps d’Avent, en route pour le désert…

DesertHomélie de ce 2ème dimanche d’Avent, par « notre » diacre, Jacques Delcour, à Theux

(photos ci-dessous)

Lectures: Is 11, 1-10 – Ps 71 – Rm 15,4-9 – Mt 3,1-12

« Prêcher dans le désert » revient à dire qu’on parle dans le vide, sans aucune chance d’être entendu. Or voici que, dans son l’Évangile, Matthieu nous dit que Jean-Baptiste proclame dans le désert… reprenant les paroles du prophète Isaïe : Une voix crie dans le désert…

Dans le désert ? Alors que, nous dit Matthieu, Jérusalem, toute la Judée, toute la région du Jourdain, des pharisiens et des sadducéens en grand nombre viennent à Jean-Baptiste pour se faire baptiser. Le désert, vraiment ?

La semaine dernière, les textes de la liturgie nous invitaient à nous réveiller, à nous bouger : et tous ceux-là qui rejoignent Jean-Baptiste, on peut dire qu’ils se sont bougés !

Nous étions encore invités à être prêts pour la rencontre avec le Seigneur. Mais comment être prêt pour cette rencontre ? D’abord il nous faut connaître le Seigneur afin d’être capable de le re-connaître !

Les textes sacrés proposés aujourd’hui par l’Église me renvoient à l’actualité, à celui dont les médias nous entretiennent depuis deux jours : Nelson Mandela. Cet homme est unanimement reconnu pour le combat qu’il a mené jusqu’au bout : un combat pour la vie, pour la justice, pour l’égalité pour tous (« un homme, une voix ! »). Habité par une espérance, c’est avec courage et persévérance qu’il n’a cessé de croire à une réconciliation possible entre deux communautés opposées. Justice, réconciliation, pardon : ce sont les mots les plus souvent cités à son sujet. A ces mots, on peut le connaître et reconnaître qui il était.

Qu’en est-il alors pour le Seigneur ? Comment peut-on le connaître ? Le reconnaître ?

Suivons le conseil de saint Paul : tournons-nous vers « les livres saints qui ont été écrits pour nous instruire ». Vers le Livre d’Isaïe dont un extrait nous a été proposé. Isaïe, le prophète, le porte-parole de Dieu, un de ceux qui annoncent la venue du Messie.

Il nous annonce la venue de quelqu’un qui s’insère pleinement dans l’humanité en prenant place dans la lignée des descendants de Jessé et de David : ce n’est pas un « électron libre ». On le reconnaîtra parce que sur lui reposera l’Esprit de Dieu : sagesse, discernement, conseil, force, connaissance et crainte du Seigneur. Justice et fidélité le qualifieront.

Autre livre, l’Évangile selon Matthieu, et un autre prophète : Jean le Baptiste. Lui aussi, nous annonce la venue de quelqu’un qui le suit, « plus grand que lui ». Jean-Baptiste prolonge l’annonce d’Isaïe en proclamant que pour rencontrer Celui qui vient, il faut se convertir et produire du fruit, un fruit qui exprime une conversion profonde et véritable.

D’abord se convertir : changer de cap, se « retourner », changer son regard, son cœur et produire du fruit. Lequel ? Retrouvons saint Paul : il demande que le Dieu de la persévérance et du courage nous donne d’être d’accord entre nous selon l’esprit du Christ; que nous ayons la persévérance et le courage de nous accueillir les uns les autres comme le Christ nous accueille avec miséricorde. Accueillir avec miséricorde, c’est une conversion, c’est commencer un chemin de réconciliation, de pardon demandé et donné. C’est encore, à la suite du Christ annoncé par Isaïe : ne pas juger d’après les apparences, ne pas trancher d’après ce que l’on entend dire…

Jean-Baptiste proclame dans le désert, pourtant nombreux sont ceux qui le rejoignent.

Et si je faisais de même, si nous faisions de même parce qu’on ne chemine pas seuls, si nous tous allions, rejoindre Jean-Baptiste dans « son » désert, ce lieu privilégié de la rencontre avec Dieu? Et si nous allions rejoindre ce peuple en marche qui avance avec la force de Dieu dans la fatigue et l’aridité du quotidien?

Alors, nous ne manquerions pas d’y rencontrer le Seigneur dans le visage d’autres « Nelson Mandela », de tant d’autres « Madiba » qui, dans l’ombre du quotidien, loin des feux de l’actualité, sont tout autant artisans d’un monde de justice et de paix, et témoins de cette présence de Dieu au milieu de son Peuple !

En ce temps d’Avent, en route pour le désert …

Voici venir un jour sans fin de justice et de paix.

Quelques photos de cette célébration, présidée par l’abbé Jean-Marc de Terwangne.

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Voici les « mots d’ordre » pour cette 2ème semaine d’Avent: reconnaître le Seigneur, miséricorde et communion, se laisser convertir et produire un fruit.

Beau programme, bonne semaine!