3ème dimanche de l’Avent « Va vers le pays que je te montrerai ! »

« Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Voilà longtemps qu’Israël attend le Messie. Cette attente rejoint un désir partagé par l’humanité entière. Tous, en effet, nous aspirons à un monde neuf. Les hommes savent qu’ils sont incapables de changer le monde par leurs seules forces. C’est pourquoi ils attendent la venue d’un « Messie », un Sauveur capable de transformer l’homme et faire surgir un monde neuf. « Alors, dit le prophète, s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds. Le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. » Telle sera l’œuvre du Messie.
Et voilà Jésus. Il se présente comme le Messie. Mais Jean-Baptiste doute : ce Jésus ne ressemble pas au Messie promis. Alors vient la question qui est aussi la nôtre : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Au fait, qu’attendons-nous ? Qu’espérons-nous ? Comment nous situons-nous face à demain, à l’avenir ?
Sommes-nous de ceux qui ne voient que catastrophe, climatique ou autre, à l’horizon ? Faisons-nous partie de ces déclinistes pour qui tout va mal : les affaires en panne, le pays sans gouvernement, les gens mécontents, en chômage, en grève, dans les rues ou en burn-out.
Et nous, fidèles à l’Église malgré tout, nous nous laissons souvent aller au pessimisme : de moins en moins nombreux le dimanche, nos prêtres en voie de disparition, des paroisses à la limite de la faillite financière comme en manque de personnes-ressources pour la catéchèse ou les mouvements. Bref, sommes-nous encore en mesure d’attendre, c’est-à-dire d’espérer ? Sinon que peut signifier le temps de l’Avent qui est celui du désir, de l’attente d’un monde neuf, le temps de l’espérance et de la joie ?
Qu’attendons-nous ? Qu’espérons-nous ? Encore.

Peut-être, voulons-nous que les choses changent plus vite, que le monde neuf apparaisse enfin et que notre Église retrouve sa vigueur et la jeunesse ? Méditons le conseil de saint Jacques que nous venons d’entendre : « Prenez patience et tenez ferme car la venue du Seigneur est proche. «
Prendre patience, oui, mais sans lâcher l’espérance : « Tenez ferme », dit saint Jacques. « Ne gémissez pas ! » Il faut accepter de traverser l’épreuve du désir. Voir un autre monde, connaître des temps nouveaux, voilà l’objet de notre désir. Mais pas de miracle, de baguette magique, d’homme providentiel pour faire advenir tout cela d’un coup. Il y faut le temps.
« Prenez patience et tenez ferme. Ne gémissez pas ! » répète saint Jacques.

Notre évêque lui emboîte le pas en quelque sorte. Il nous adresse une lettre intitulée : « Va vers le pays que je te montrerai ! » Ainsi dit Dieu à Abraham qui reçoit mission de découvrir un nouveau pays.
A nous aussi, le Seigneur demande d’aller vers des terres inconnues.
« Je voudrais, écrit notre évêque, vous inviter à regarder avec des yeux nouveaux notre Église et notre monde. Il y a des choses à ne plus faire, des habitudes à abandonner, des tris à effectuer pour se consacrer vraiment aux nouveaux appels et besoins. Découvrez avec émerveillement là où le Seigneur nous appelle pour rendre ce monde plus humain, plus fraternel, plus habitable. Le pape nous invite à une constante sortie vers les périphéries de notre propre territoire, là où manquent la lumière et la vie. »

Cet appel à sortir constitue une consigne pour notre marche vers Noël car c’est à la périphérie qu’aujourd’hui le Seigneur vient, comme l’enfant de Bethléem est venu hier.

« Va ! Quitte ton pays, tes idées mortes et les vieux préjugés. Va toujours plus loin vers ce pays qui t’appelle là-bas.
Je vous invite à lire la lettre de notre évêque qui nous aide à préparer Noël et l’année nouvelle

Abbé Marcel Villers
Homélie du 3e dimanche de l’Avent à Theux le 15/12/2019

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 3. Es-tu celui qui doit venir ?

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 11, 2-11 du 3ème dimanche de l’Avent.

3. Es-tu celui qui doit venir ?

Allez annoncer ce que vous entendez et voyez. (Mt 11, 4)

Et qu’entendons-nous ? Que voyons-nous ? Tout simplement rien. Nous n’entendons rien de nouveau, nous ne voyons rien de changé. Nous sommes sourds et aveugles. Mais justement, c’est cela que Jésus est venu changer : nous ouvrir les yeux et les oreilles pour que nous puissions voir et entendre. Avec Jésus, les aveugles voient, les boiteux marchent, les sourds entendent. C’est d’abord nous, les aveugles, les sourds, les boiteux.

Ouvrez vos yeux et vos oreilles, mettez-vous en route. C’est Jésus, la Bonne Nouvelle pour les pauvres, les prisonniers, les aveugles, les opprimés, ceux qui ont faim, qui pleurent, sont haïs et rejetés. Tous ces « pauvres » sont heureux parce que Dieu, en Jésus, se fait proche d’eux.

Jean et Jésus

L’attitude de Jésus, faite de compassion et de bonté, correspondait mal aux exhortations sévères de Jean-Baptiste qui voyait la cognée du Messie déjà à la racine des arbres (Mt 3, 10) ; d’où la question inquiète de Jean : « Es-tu celui qui vient ? », le Messie. Derrière cette interrogation se laisse voir la concurrence entre les communautés issues de Jean le baptiste et celles issues de Jésus : qui est le Messie ? On sait que Jean fut le maître de Jésus et qu’entre eux, les affinités étaient importantes. Cela est vite devenu gênant pour les premiers chrétiens. On admettait mal que Jésus se soit soumis au baptême de Jean en vue du pardon des péchés. Ce conflit conduira les chrétiens à subordonner le Baptiseur à Jésus, ce que met en forme Matthieu (11, 7-14) qui situe Jean comme un grand prophète, mais le plus petit dans le Royaume des cieux.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 2. Le Royaume est tout proche

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 3, 1-12 du 2ème dimanche de l’Avent.

2. Le Royaume des cieux est tout proche

Produisez donc un fruit digne de la conversion (Mt 3, 8)

Jean est vêtu de peaux de bêtes, le vêtement sauvage des premiers hommes dans leur corps à corps avec la nature. « Il portait un vêtement de poils de chameau ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage » (3, 4). Que veut nous dire l’évangéliste par cette description ? « Une nouvelle humanité est en train de naître. Ce vêtement de bêtes, c’est l’habit des commencements, le costume des origines » (J. Debruynne).

Jean invite ainsi à un nouveau commencement, une nouvelle naissance que son baptême symbolise. Mais croyons-nous qu’un autre monde est non seulement possible, mais qu’il est en train de naître ? « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers » (3, 3). Se convertir, c’est se repentir, changer de comportement, penser autrement. C’est, au sens le plus littéral, faire demi-tour, se retourner, changer de direction. Mais pourquoi ne changeons-nous pas de route ?

Le Royaume des cieux

Matthieu écrit « des cieux » plutôt que « de Dieu » quand il parle du Règne ou Royaume annoncé. Il parle ainsi comme un juif qui évite de prononcer le nom de Dieu. « Le royaume des cieux est une notion courante dans la littérature apocalyptique juive du 1er siècle avant Jésus-Christ qui l’emprunte elle-même à l’Ancien Testament. Cette expression désigne non pas le lieu ou l’étendue du règne de Dieu (comme peut le faire le mot français de « royaume »), mais plutôt le fait que Dieu est roi, que Dieu règne. Cette royauté, ce règne n’est pas manifeste dans ce monde, mais le jour vient où elle sera pleinement manifestée. L’attente du Royaume constituait l’essentiel de l’espérance d’Israël. Ce qui est nouveau avec Jésus, la bonne nouvelle, c’est que le temps est venu, le règne de Dieu est tout proche » (J.-J. von ALLMEN, Vocabulaire biblique, 1969).

Abbé Marcel Villers

Que devons-nous faire ?

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 3ème dimanche de l’Avent Année C (Lc 3,10-18)  Theux, le 16 décembre 2018

Que devons-nous faire ?
Jean-Baptiste ne se contente pas d’annoncer au peuple la Bonne Nouvelle du salut qui vient. Il nous engage à collaborer à l’avènement de ce monde neuf qu’il proclame comme imminent.

A notre époque, comment faut-il penser le salut, l’homme nouveau, le monde rénové ? N’est-ce qu’un rêve, une illusion encouragée par la religion qui ne chercherait ainsi qu’à nous endormir, à accepter notre sort et espérer des lendemains qui chantent. Un salut pour demain et dans un autre monde. Religion, opium du peuple !
Qui peut sauver notre monde, accablé et défiguré par tant de catastrophes écologiques ? Qui peut sauver l’être humain pris dans cette tempête qu’il ne maîtrise plus et dont il est pourtant l’acteur ? Qui ou quoi peut nous sauver de la catastrophe annoncée et que certains identifient à la fin du monde ?

Ce n’est plus la bombe atomique qui menace l’avenir de l’humanité, ce ne sont plus des catastrophes climatiques, ni un destin contre lequel rien à faire. Ce qui est en cause, c’est nous, c’est moi, c’est chacun de nous.

Il ne s’agit pas de changer de vie, mais de changer sa vie, sa manière de vivre et de modifier petit à petit nos comportements et nos pratiques au quotidien. Car qui fera advenir le salut, le monde nouveau ?
Non pas un homme providentiel, un Messie implacable, une catastrophe de type apocalyptique. Non. Des actes simples, à la mesure de quiconque. Cela suffit pour que le monde change, si chacun s’y met.

Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même !  Premier impératif : le partage.
N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. Bref, soyez honnêtes ; ne cherchez pas à vous enrichir sur le dos des autres. Deuxième impératif : la justice.
Enfin, Ne faites ni violence ni tort à personne ; contentez-vous de votre solde. Troisième impératif : le respect de chacun, de son intégrité, ce qu’aujourd’hui on appelle droits de l’homme.       .

Partager, veiller à la justice et respecter chaque être, ne sont-ce pas les réponses attendues par ces citoyens, au bord des routes depuis des semaines qui nous rappellent que le monde nouveau est encore loin.
Ce monde neuf, il ne peut venir que si nous adoptons un autre style de vie qu’on peut qualifier de « sobriété heureuse. » Seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec le désordre actuel en remettant l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, redonnant ainsi au monde légèreté et saveur, ouvrant l’avenir à la possibilité d’une société durable, juste et pacifique.

Dans cet esprit, voici un exemple d’action que nous sommes invités à soutenir dans le cadre de la campagne d’Avent.
Au Pays de Herve, un réseau de groupes et d’action est engagé depuis des années dans l’économie sociale et l’éducation surtout des publics vivant des situations précaires. Le réseau, composé de 13 groupes, aborde des enjeux de société liés à la justice sociale, à l’environnement, à la consommation.
Un projet récent, né à Thimister, vise la promotion de la santé par l’alimentation. Une épicerie solidaire, Li Cramignon, y est ouverte et vise un public fragilisé par la pauvreté et l’isolement : personnes handicapées, jeunes, personnes en grande précarité. L’objectif des animations est de faire le lien entre alimentation et santé afin de susciter une prise de conscience et un esprit critique envers les choix alimentaires de chacun, vers une alimentation plus durable, plus saine.
Tel est le projet soutenu par l’UP de Theux qui sera proposé dans un instant à votre générosité lors de la collecte de ce jour.

Voilà du concret, de la proximité, un de ces gestes au quotidien, qui paraît peu de chose, mais est moteur de changement : partage, justice, respect de chacun, sobriété. C’est sur ce chemin que l’on peut rejoindre Jean-Baptiste, le précurseur.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 3. Que devons-nous faire ?

 Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 3, 10-18 du 3ème dimanche de l’Avent

Que devons-nous faire ?

Par ses exhortations, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle (Lc 3,18)  

La Bonne Nouvelle, c’est celle d’un monde nouveau que Jean annonce, un monde neuf, une humanité rénovée. Et qui ou quoi fera advenir cet autre monde ? Non pas un Messie vengeur, mais des actes simples, à la mesure de quiconque.

« Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » (3, 11). Premier impératif : le partage.

« N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé » (3,13). Bref, soyez honnêtes ; ne cherchez pas à vous enrichir sur le dos des autres. Deuxième impératif : la justice.

Enfin, « Ne faites ni violence ni tort à personne ; contentez-vous de votre solde » (3,14). Troisième impératif : le respect de chacun, condition de la paix.

La figure de Jean dans les évangiles

Jean est le fils de Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie selon saint Luc. Sa naissance miraculeuse est annoncée par l’ange Gabriel qui le désigne comme le précurseur « devant préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir » (Lc 1,17). Jean est le témoin par excellence qui annonce la venue du Messie et désigne, à ses disciples, Jésus comme l’Agneau de Dieu (Jn 1,19-37). C’était au désert où Jean vit comme un ascète, peut-être initié à cette discipline dans les communautés juives du désert, comme celle de Qumrân.

Au bord du Jourdain, Jean pratique un rite nouveau d’ablution (Mt 3,13-17) : le baptisé ne se plonge pas seulement lui-même dans l’eau, mais reçoit l’eau, et le pardon, des mains d’un maître, dont il se reconnaît ainsi le disciple, et qui agit au nom de Dieu.

Pour la tradition chrétienne, Jean est le dernier prophète (Mt 11, 9-10) de l’Ancien Testament dont il achève le cycle. Cela explique l’effacement de Jean au profit de Jésus à qui il cède ses disciples. Précurseur, prophète, ascète, baptiste, Jean est aussi martyr. Pour avoir reproché à Hérode son immoralité, il est exécuté par décapitation et sa tête offerte à la fille d’Hérodiade (Mc 6, 14-29).

  Abbé Marcel Villers