Clés pour lire l’évangile de Jean : 36. Grand témoin

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus défend son œuvre face à ses adversaires : Jn 5, 31-38.

36. Le grand témoin

« Les œuvres que je fais témoignent que le Père m’a envoyé. » (Jn 5,36)

Comme témoin pour sa défense, Jésus pourrait convoquer Jean le Baptiste : « il a rendu témoignage à la vérité » (5,33), c’est-à-dire au Christ (1,15). Mais Jésus a « un témoignage plus grand que celui de Jean : les œuvres que le Père m’a donné d’accomplir » (5,36). En effet, les œuvres que Jésus accomplit sont à l’imitation de celles du Père. Ce que le Fils fait, c’est pareillement ce que fait le Père. Alors, conclut Jésus, « les œuvres que je fais témoignent que le Père m’a envoyé » (5,36).

Les paroles et les actes de Jésus révèlent à tous qui est le Père. Jésus est l’envoyé de Dieu, il est la voix de Dieu, son visage. Dieu, « vous n’avez jamais entendu sa voix, vous n’avez jamais vu sa face » (5,37). « Le Fils unique qui est dans le sein du Père, l’a fait connaître » (1,18).

Le Fils et le Père

« De l’intimité du Fils unique et de son Père sort, comme de sa source, la révélation. L’objet de cette révélation n’est pas seulement de s’opposer à l’impossibilité humaine de voir Dieu, mais aussi de communiquer aux hommes la vie qui unit le Père et le Fils. Cet acte est un acte d’amour et souligne ainsi l’aspect de gratuité absolue qui caractérise le don de la révélation identifié au don du Fils unique. A la différence des synoptiques, la figure du Fils est, pour saint Jean, la clé du comportement de Jésus, de sa parole, de son action. Elle livre le secret de sa vie, Jésus se sait le Fils envoyé par le Père. Communion de pensée et de volonté entre eux, ce mystère d’unité et d’amour est à la racine de l’existence de l’homme Jésus. Parce qu’il est le Fils, venu habiter parmi nous, il est le révélateur sans égal, seul capable d’introduire les hommes dans le secret du seul véritable Dieu, dont il manifeste le Nom de Père. » (Donatien MOLLAT, Saint Jean. Maître spirituel, 1976)

Abbé Marcel Villers

ART ET FOI. Nativité de saint Jean-Baptiste 24 juin

SAINT JEAN-BAPTISTE

Prophète, précurseur et martyr. Sa naissance (seule avec celle de Jésus et Marie) est fêtée le 24 juin, solstice d’été (Noël d’été), six mois avant celle de Jésus, solstice d’hiver.
Son martyre ou sa décollation est fêté le 29 août, date de la dédicace, au VIe s., de la basilique qui lui est consacrée à Sébaste, près de Naplouse, en Palestine.

Description du panneau

Vêtu de poils de chameau, signe d’ascèse, il désigne, en Jésus, l’Agneau de Dieu qui tient la croix ornée de l’étendard de la victoire pascale. C’est lui, par sa mort et sa résurrection, qui est la clé du livre des Écritures ou Ancien Testament dont Jean est le dernier prophète. Il tient un bâton ou un roseau (allusion à Mt 11,7) terminé par la croix à laquelle il participe par son martyre.
Jean est le fils de Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie selon saint Luc. Sa naissance miraculeuse est annoncée par l’ange Gabriel qui le désigne comme le précurseur « devant préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir. » (Lc 1, 17) Jean est le témoin par excellence qui annonce la venue du Messie et désigne, à ses disciples, Jésus comme l’Agneau de Dieu. (Jn 1,19-37) C’était au désert où Jean vit comme un ascète, peut-être initié à cette discipline dans les communautés juives du désert, comme celle de Qumrân.
Au bord du Jourdain, Jean pratique un rite nouveau d’ablution (Mt 3,13-17) : le baptisé ne se plonge pas seulement lui-même dans l’eau, mais reçoit l’eau et le pardon des mains d’un maître, dont il se reconnaît ainsi le disciple et qui agit au nom de Dieu. (Missel de l’Assemblée chrétienne, Bruges, 1964)

Pour la tradition chrétienne, Jean est le dernier prophète (Mt 11, 9-10), celui qui annonce la réalisation des temps messianiques tant prédits par l’Ancien Testament dont il achève le cycle. Cela explique l’effacement de Jean au profit de Jésus à qui il cède ses disciples. Précurseur, prophète, ascète, baptiste, Jean est aussi martyr. Pour avoir reproché à Hérode son immoralité, il est exécuté par décapitation et sa tête offerte à la fille d’Hérodiade. (Mc 6, 14-29)
Au IVe s., on mentionne un tombeau de saint Jean-Baptiste à Sébaste, en Cisjordanie actuelle et un autre, notamment, avec la relique de sa tête dans la Grande mosquée des Omeyyades de Damas construite, à partir de 705, sur une basilique byzantine dédiée à Jean-Baptiste.
Les feux de la saint Jean peuvent être une survivance des fêtes païennes du solstice d’été, mais s’accordent bien avec cette sentence de Jésus : « Jean était une lampe qui brûle et qui luit. » (Jn 5,35)

Jean-Baptiste appartient à deux cycles, celui de l’Incarnation et celui de la Passion. Au plafond de la nef de l’église, il occupe la première place de l’ensemble du programme iconographique de la Rédemption : son martyre annonce, en effet, celui de Jésus.

Abbé Marcel Villers
Illustration : panneau de l’église Theux 1630

Clés pour lire l’évangile de Jean : 31. Jésus et Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Après le temps pascal, nous reprenons la lecture continue de l’évangile. Le témoignage de Jean le Baptiste : Jn 3, 22-30.

31. Jésus et le Baptiste

« Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » (Jn 3,30)

Jésus est avec ses disciples en Judée où « il baptisait » (3, 22) et « faisait plus de disciples que Jean, et il en baptisait davantage. » (4,1) Voilà qui laisse entrevoir une concurrence entre Jésus et Jean-Baptiste, reflet probable de la situation qui existait entre les disciples du Baptiste et les chrétiens de la communauté de Jean au moment où il écrit son évangile. Cette rivalité pose une question aux deux groupes : quelle est la valeur du baptême de l’un et de l’autre ? Le baptême étant lié à la personne qui le donne et à laquelle on s’attache comme à son Rabbi, la question devient celle des rapports entre Jésus et Jean.

« Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. » (3,28) C’est clair, Jean est le précurseur, « celui qui a rendu témoignage » à Jésus lors de son baptême. D’une certaine façon, nous sommes comme Jean-Baptiste des témoins du Christ, nous marchons devant lui et le présentons à tous. Ensuite, nous devons nous effacer pour que la rencontre se produise entre le Christ et nos contemporains.

L’ami de l’époux

« L’ami de l’époux entend la voix de l’époux et en est tout joyeux. » (3, 29) L’ami de l’époux a un rôle bien précis dans l’Israël du Ier siècle. Il doit préparer les cérémonies du mariage et il conduit la fiancée à la maison de l’époux. Dans le Nouveau Testament, Jésus est considéré comme l’époux du peuple de Dieu qui se constitue à sa suite. L’Apocalypse décrit les noces de l’Agneau. Comme Jean qui baptise, saint Paul se présente comme l’ami de l’époux (2 Co 11,2), mais leur rôle diffère, car Jean prépare la manifestation de l’époux, tandis que Paul conduit l’épouse, la communauté au Christ. La métaphore du Christ époux plonge ses racines dans la tradition d’Israël. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 9. Suivre Jésus

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Il n’y a pas d’année liturgique centrée sur Jean, comme c’est le cas pour Matthieu, Marc et Luc. Nous ferons donc une lecture continue de Jean en tâchant de faire des liens avec l’année liturgique. Aujourd’hui : Jn 1, 35-42.     

9. Ils suivirent Jésus

Que cherchez-vous ? Où demeures-tu ? (Jn 1,38)

« Que cherchez-vous ? » C’est la première parole que prononce Jésus dans l’évangile de Jean. Elle est adressée aux disciples, ceux de la première heure comme à chacun de nous aujourd’hui. Et eux de répondre : « Où demeures-tu ? » Ils cherchent à savoir qui il est, d’où il vient et quel est son lieu. Mais Jésus ne donne aucune adresse. Il les invite à « Venez et voyez. » (1,39) Pour trouver Jésus, il faut se mettre en marche et y aller voir. C’est une histoire de rencontre et d’amour que la vie du disciple.

« Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » (1,39) Telle est la dynamique de l’être chrétien : devenir compagnon de Jésus, partager sa vie, entrer dans le mystère de sa personne. C’est de Jean-Baptiste que tout est parti : Jean désigne Jésus à André, André à Simon, etc. Une longue chaîne commence.

Disciples d’un rabbi
Deux disciples de Jean-Baptiste le quittent pour Jésus. L’un est nommé (1,40), c’est André, frère de Simon. L’autre a pu être identifié avec Jean, fils de Zébédée. « D’autres noms seront donnés plus loin dans le texte, mais nulle part l’évangéliste n’a éprouvé le besoin d’établir une liste des Douze, comme l’ont fait les synoptiques. Il suppose ces personnages connus de ses lecteurs. Comme tous les maîtres spirituels d’Israël, Jean l’Immergeur avait des adeptes, ses talmidîm, mot que l’on peut traduire par « appreneurs ». Le talmid recevait l’enseignement de son rabbi et le transmettait à son tour. Les disciples de Jean-Baptiste pratiquaient l’immersion, le jeûne (Mc 2,18) ; ils récitaient des prières que leur maître leur avait apprises (Lc 11,1). » (André CHOURAQUI, Dictionnaire encyclopédique de la Bible, 1985)

Abbé Marcel Villers