Que devons-nous faire ?

Homélie de l’abbé Marcel Villers
pour le 3ème dimanche de l’Avent Année C (Lc 3,10-18)  Theux, le 16 décembre 2018

Que devons-nous faire ?
Jean-Baptiste ne se contente pas d’annoncer au peuple la Bonne Nouvelle du salut qui vient. Il nous engage à collaborer à l’avènement de ce monde neuf qu’il proclame comme imminent.

A notre époque, comment faut-il penser le salut, l’homme nouveau, le monde rénové ? N’est-ce qu’un rêve, une illusion encouragée par la religion qui ne chercherait ainsi qu’à nous endormir, à accepter notre sort et espérer des lendemains qui chantent. Un salut pour demain et dans un autre monde. Religion, opium du peuple !
Qui peut sauver notre monde, accablé et défiguré par tant de catastrophes écologiques ? Qui peut sauver l’être humain pris dans cette tempête qu’il ne maîtrise plus et dont il est pourtant l’acteur ? Qui ou quoi peut nous sauver de la catastrophe annoncée et que certains identifient à la fin du monde ?

Ce n’est plus la bombe atomique qui menace l’avenir de l’humanité, ce ne sont plus des catastrophes climatiques, ni un destin contre lequel rien à faire. Ce qui est en cause, c’est nous, c’est moi, c’est chacun de nous.

Il ne s’agit pas de changer de vie, mais de changer sa vie, sa manière de vivre et de modifier petit à petit nos comportements et nos pratiques au quotidien. Car qui fera advenir le salut, le monde nouveau ?
Non pas un homme providentiel, un Messie implacable, une catastrophe de type apocalyptique. Non. Des actes simples, à la mesure de quiconque. Cela suffit pour que le monde change, si chacun s’y met.

Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même !  Premier impératif : le partage.
N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. Bref, soyez honnêtes ; ne cherchez pas à vous enrichir sur le dos des autres. Deuxième impératif : la justice.
Enfin, Ne faites ni violence ni tort à personne ; contentez-vous de votre solde. Troisième impératif : le respect de chacun, de son intégrité, ce qu’aujourd’hui on appelle droits de l’homme.       .

Partager, veiller à la justice et respecter chaque être, ne sont-ce pas les réponses attendues par ces citoyens, au bord des routes depuis des semaines qui nous rappellent que le monde nouveau est encore loin.
Ce monde neuf, il ne peut venir que si nous adoptons un autre style de vie qu’on peut qualifier de « sobriété heureuse. » Seul le choix de la modération de nos besoins et désirs, le choix d’une sobriété libératrice et volontairement consentie, permettra de rompre avec le désordre actuel en remettant l’humain et la nature au coeur de nos préoccupations, redonnant ainsi au monde légèreté et saveur, ouvrant l’avenir à la possibilité d’une société durable, juste et pacifique.

Dans cet esprit, voici un exemple d’action que nous sommes invités à soutenir dans le cadre de la campagne d’Avent.
Au Pays de Herve, un réseau de groupes et d’action est engagé depuis des années dans l’économie sociale et l’éducation surtout des publics vivant des situations précaires. Le réseau, composé de 13 groupes, aborde des enjeux de société liés à la justice sociale, à l’environnement, à la consommation.
Un projet récent, né à Thimister, vise la promotion de la santé par l’alimentation. Une épicerie solidaire, Li Cramignon, y est ouverte et vise un public fragilisé par la pauvreté et l’isolement : personnes handicapées, jeunes, personnes en grande précarité. L’objectif des animations est de faire le lien entre alimentation et santé afin de susciter une prise de conscience et un esprit critique envers les choix alimentaires de chacun, vers une alimentation plus durable, plus saine.
Tel est le projet soutenu par l’UP de Theux qui sera proposé dans un instant à votre générosité lors de la collecte de ce jour.

Voilà du concret, de la proximité, un de ces gestes au quotidien, qui paraît peu de chose, mais est moteur de changement : partage, justice, respect de chacun, sobriété. C’est sur ce chemin que l’on peut rejoindre Jean-Baptiste, le précurseur.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 3. Que devons-nous faire ?

 Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine : Lc 3, 10-18 du 3ème dimanche de l’Avent

Que devons-nous faire ?

Par ses exhortations, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle (Lc 3,18)  

La Bonne Nouvelle, c’est celle d’un monde nouveau que Jean annonce, un monde neuf, une humanité rénovée. Et qui ou quoi fera advenir cet autre monde ? Non pas un Messie vengeur, mais des actes simples, à la mesure de quiconque.

« Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » (3, 11). Premier impératif : le partage.

« N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé » (3,13). Bref, soyez honnêtes ; ne cherchez pas à vous enrichir sur le dos des autres. Deuxième impératif : la justice.

Enfin, « Ne faites ni violence ni tort à personne ; contentez-vous de votre solde » (3,14). Troisième impératif : le respect de chacun, condition de la paix.

La figure de Jean dans les évangiles

Jean est le fils de Zacharie et d’Élisabeth, cousine de Marie selon saint Luc. Sa naissance miraculeuse est annoncée par l’ange Gabriel qui le désigne comme le précurseur « devant préparer au Seigneur un peuple capable de l’accueillir » (Lc 1,17). Jean est le témoin par excellence qui annonce la venue du Messie et désigne, à ses disciples, Jésus comme l’Agneau de Dieu (Jn 1,19-37). C’était au désert où Jean vit comme un ascète, peut-être initié à cette discipline dans les communautés juives du désert, comme celle de Qumrân.

Au bord du Jourdain, Jean pratique un rite nouveau d’ablution (Mt 3,13-17) : le baptisé ne se plonge pas seulement lui-même dans l’eau, mais reçoit l’eau, et le pardon, des mains d’un maître, dont il se reconnaît ainsi le disciple, et qui agit au nom de Dieu.

Pour la tradition chrétienne, Jean est le dernier prophète (Mt 11, 9-10) de l’Ancien Testament dont il achève le cycle. Cela explique l’effacement de Jean au profit de Jésus à qui il cède ses disciples. Précurseur, prophète, ascète, baptiste, Jean est aussi martyr. Pour avoir reproché à Hérode son immoralité, il est exécuté par décapitation et sa tête offerte à la fille d’Hérodiade (Mc 6, 14-29).

  Abbé Marcel Villers

En ce temps d’Avent, en route pour le désert…

DesertHomélie de ce 2ème dimanche d’Avent, par « notre » diacre, Jacques Delcour, à Theux

(photos ci-dessous)

Lectures: Is 11, 1-10 – Ps 71 – Rm 15,4-9 – Mt 3,1-12

« Prêcher dans le désert » revient à dire qu’on parle dans le vide, sans aucune chance d’être entendu. Or voici que, dans son l’Évangile, Matthieu nous dit que Jean-Baptiste proclame dans le désert… reprenant les paroles du prophète Isaïe : Une voix crie dans le désert…

Dans le désert ? Alors que, nous dit Matthieu, Jérusalem, toute la Judée, toute la région du Jourdain, des pharisiens et des sadducéens en grand nombre viennent à Jean-Baptiste pour se faire baptiser. Le désert, vraiment ?

La semaine dernière, les textes de la liturgie nous invitaient à nous réveiller, à nous bouger : et tous ceux-là qui rejoignent Jean-Baptiste, on peut dire qu’ils se sont bougés !

Nous étions encore invités à être prêts pour la rencontre avec le Seigneur. Mais comment être prêt pour cette rencontre ? D’abord il nous faut connaître le Seigneur afin d’être capable de le re-connaître !

Les textes sacrés proposés aujourd’hui par l’Église me renvoient à l’actualité, à celui dont les médias nous entretiennent depuis deux jours : Nelson Mandela. Cet homme est unanimement reconnu pour le combat qu’il a mené jusqu’au bout : un combat pour la vie, pour la justice, pour l’égalité pour tous (« un homme, une voix ! »). Habité par une espérance, c’est avec courage et persévérance qu’il n’a cessé de croire à une réconciliation possible entre deux communautés opposées. Justice, réconciliation, pardon : ce sont les mots les plus souvent cités à son sujet. A ces mots, on peut le connaître et reconnaître qui il était.

Qu’en est-il alors pour le Seigneur ? Comment peut-on le connaître ? Le reconnaître ?

Suivons le conseil de saint Paul : tournons-nous vers « les livres saints qui ont été écrits pour nous instruire ». Vers le Livre d’Isaïe dont un extrait nous a été proposé. Isaïe, le prophète, le porte-parole de Dieu, un de ceux qui annoncent la venue du Messie.

Il nous annonce la venue de quelqu’un qui s’insère pleinement dans l’humanité en prenant place dans la lignée des descendants de Jessé et de David : ce n’est pas un « électron libre ». On le reconnaîtra parce que sur lui reposera l’Esprit de Dieu : sagesse, discernement, conseil, force, connaissance et crainte du Seigneur. Justice et fidélité le qualifieront.

Autre livre, l’Évangile selon Matthieu, et un autre prophète : Jean le Baptiste. Lui aussi, nous annonce la venue de quelqu’un qui le suit, « plus grand que lui ». Jean-Baptiste prolonge l’annonce d’Isaïe en proclamant que pour rencontrer Celui qui vient, il faut se convertir et produire du fruit, un fruit qui exprime une conversion profonde et véritable.

D’abord se convertir : changer de cap, se « retourner », changer son regard, son cœur et produire du fruit. Lequel ? Retrouvons saint Paul : il demande que le Dieu de la persévérance et du courage nous donne d’être d’accord entre nous selon l’esprit du Christ; que nous ayons la persévérance et le courage de nous accueillir les uns les autres comme le Christ nous accueille avec miséricorde. Accueillir avec miséricorde, c’est une conversion, c’est commencer un chemin de réconciliation, de pardon demandé et donné. C’est encore, à la suite du Christ annoncé par Isaïe : ne pas juger d’après les apparences, ne pas trancher d’après ce que l’on entend dire…

Jean-Baptiste proclame dans le désert, pourtant nombreux sont ceux qui le rejoignent.

Et si je faisais de même, si nous faisions de même parce qu’on ne chemine pas seuls, si nous tous allions, rejoindre Jean-Baptiste dans « son » désert, ce lieu privilégié de la rencontre avec Dieu? Et si nous allions rejoindre ce peuple en marche qui avance avec la force de Dieu dans la fatigue et l’aridité du quotidien?

Alors, nous ne manquerions pas d’y rencontrer le Seigneur dans le visage d’autres « Nelson Mandela », de tant d’autres « Madiba » qui, dans l’ombre du quotidien, loin des feux de l’actualité, sont tout autant artisans d’un monde de justice et de paix, et témoins de cette présence de Dieu au milieu de son Peuple !

En ce temps d’Avent, en route pour le désert …

Voici venir un jour sans fin de justice et de paix.

Quelques photos de cette célébration, présidée par l’abbé Jean-Marc de Terwangne.

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Voici les « mots d’ordre » pour cette 2ème semaine d’Avent: reconnaître le Seigneur, miséricorde et communion, se laisser convertir et produire un fruit.

Beau programme, bonne semaine!