Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 43. Combien ?

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 18, 21-35 du 24e dimanche ordinaire.

43. Une question de nombre

« Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? » (Mt 18, 21)

Au roi, on amène un serviteur qui lui doit 60 millions de pièces d’argent. Autant dire que sa dette n’a pas de prix. Il est tout simplement insolvable. N’est-ce pas ainsi que nous nous situons vis-à-vis de Dieu : nous lui devons tout, la vie, l’être, tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Notre dette à l’égard de Dieu n’est pas une dette fautive ou de coupable. Il ne s’agit pas ici de faute ou de péché. Nous avons à son égard une dette d’existence. Nous ne nous sommes pas créés tout seuls, tout nous est donné.

Qui peut payer une telle dette ? Par rapport à Dieu, l’être humain est insolvable : nous ne pourrons jamais lui rendre tout ce que nous lui devons. Et pourtant, annonce Jésus, le serviteur peut s’en aller, libre de toute dette. Il ne doit plus rien. Telle est la bonne nouvelle. Nous avons tout reçu de Dieu, mais nous ne lui devons rien. C’est gratuit. « Je t’ai tout donné, nous dit Dieu, c’est de tout cœur. Et tu ne me dois rien. » Quelle libération !

 70 fois 7 fois

La question de Pierre est fondamentale : y a-t-il une limite au pardon ? Les rabbins, au temps de Jésus, recommandaient de pardonner jusqu’à 4 fois. Et chez les chrétiens ? Il leur fallait se situer par rapport aux Juifs, avoir des règles claires pour régir la vie en communauté, ce qui est un des principaux soucis de Matthieu pour son Église. Pierre propose de pardonner jusqu’à 7 fois. D’un premier abord, Jésus semble s’inscrire dans le même ordre d’idée : donner une limite au pardon : « Je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois. » (Mt 18, 22) Voilà qui fait allusion aux chiffres évoqués pour la vengeance. « Caïn est vengé 7 fois. Lamech le sera 77 fois ». (Gn 4, 24) Par une multiplication qui joue sur le nombre 7 (nombre parfait), ces expressions signifient en réalité : sans limite.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 17. Reniements et repentir

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. En cette période, la liturgie dominicale lit l’évangile de saint Jean. Nous nous intéressons au récit de la passion : Mt 26, 1- 27, 66.

17. Reniements et repentir

Pierre nia devant tout le monde : « Je ne connais pas cet homme. »
(Mt 26, 72)

Entre les deux moments essentiels que sont la comparution de Jésus devant le Sanhédrin et celle devant Pilate, le reniement de Pierre (26, 69-75) tient une place centrale. Pierre est celui qui avait reconnu en Jésus « le Christ, le Fils du Dieu vivant. » (16,16) Cette profession de foi de l’Église, il la rejette en reniant Jésus par trois fois et de plus en plus vigoureusement.

D’abord, il prétend ne pas comprendre ce que veut dire « Jésus le Galiléen » (26, 69-70). Ensuite, il jure ne pas connaître « cet homme, Jésus le Nazaréen » (26, 71-72). Enfin, « il se mit à protester violemment et à jurer » (26, 74) qu’il n’est pas « l’un d’entre eux » (26, 73). Et Matthieu de souligne l’appartenance de Pierre au groupe des disciples de Jésus : « Tu étais avec Jésus » (deux fois 26, 69. 71) ; « tu es l’un d’entre eux. » (26, 73) Pris de remords et de désespoir, Judas « alla se pendre » (27, 5). Pierre « pleura amèrement » (26, 75).

Les larmes du repentir

« Pierre a oublié l’avertissement adressé à « celui qui reniera Jésus devant les hommes » (Mt 10, 33). Au temps où Matthieu écrit son évangile, ses lecteurs tentés par l’apostasie savent qu’en définitive, Pierre est mort en vrai martyr et ils peuvent reprendre à leur compte la valeur que le Christ attache aux larmes du repentir. Quelle leçon pour ceux qui n’ont même pas l’excuse de la persécution et renient leur foi par simple tiédeur ! » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991)

Abbé Marcel Villers 

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, nous poursuivons la lecture continue de Luc : Lc 9, 18-22.

30. Et vous, que dites-vous de moi ?

Pierre prit la parole et dit : Le Christ, le Messie de Dieu. (Lc 9, 20).

Le comportement et les paroles de Jésus déconcertent ses contemporains et ne cessent de les interroger. Ainsi pour certains, il était Jean-Baptiste « ressuscité d’entre les morts » ; pour d’autres, « c’est le prophète Élie qui est apparu » ; pour d’autres encore, « c’est un prophète d’autrefois qui est ressuscité. » (9, 7-8)

Tous réduisent ainsi Jésus et son agir à du connu, à des personnages du passé. Ce faisant, pour se rassurer, ils nient la nouveauté qu’est Jésus, sa personne et sa mission. De plus, les personnages cités sont considérés comme des précurseurs du Messie. Faire de Jésus un précurseur, c’est nier qu’il soit celui qui doit venir établir le nouvel ordre du monde, celui de Dieu.

Contre ces interprétations, Pierre affirme que le Christ est venu, que c’est lui, cet homme Jésus. Il est le Messie et avec lui le Royaume de Dieu est déjà là.

Les anciens, les grands prêtres et les scribes

« Il faut que le Fils de l’homme soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes. » (9, 22) A l’époque de Jésus, « le Sanhédrin est le collège suprême qui gouverne le peuple juif. Il est composé de trois classes : les anciens qui sont les représentants de l’aristocratie ; les grands prêtres, celui en fonction et les démissionnaires, ainsi que les membres des quatre familles dans lesquelles on choisissait généralement le grand prêtre ; les scribes ou docteurs de la Loi qui appartenaient le plus souvent au parti des pharisiens. Le Sanhédrin comptait 71 membres, y compris le grand prêtre en fonction qui en était le président. » (Dictionnaire encyclopédique de la Bible,1960) C’est ce collège qui jugea Jésus et le condamna à mort.

Abbé Marcel Villers