Clés pour lire l’évangile de Jean : 43. En secret

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Nous poursuivons la lecture continue de l’évangile. Jésus monte à Jérusalem : Jn 7, 1-13.

43. En secret

« Le monde a de la haine contre moi parce que je témoigne que ses œuvres sont mauvaises » (Jn 7,7)

Jésus se trouve dans une situation dramatique. « Les Juifs cherchaient à le tuer » (7,1), « ses frères ne croyaient pas en lui » (7,5), « beaucoup de ses disciples avaient cessé de l’accompagner » (6,66), Judas, « l’un des Douze, allait le livrer » (6,71). En conséquence, Jésus ne veut pas aller en Judée.

Ses frères le poussent à quitter la Galilée pour monter à Jérusalem s’y manifester publiquement. « On n’agit pas en secret quand on veut être en vue » (7,4). La fête des Tentes est proche, les foules y montent. Ce rassemblement populaire est une belle occasion pour rallier le peuple et neutraliser les adversaires. Mais pour Jésus « le moment n’est pas encore venu » (7,6). Ce moment à venir est celui choisi par Dieu seul, ce sera celui de la croix qui manifestera la vérité de Jésus, non selon les normes du monde contre lesquelles Jésus témoigne (7,7).

Les frères de Jésus, symbole des judéo-chrétiens ?

« Le début de ce chapitre 7 fait écho à une vive tension entre Jésus et ses frères ; ces derniers cherchent à hâter la manifestation de Jésus. Jésus refuse d’entrer dans leur jeu ; il oppose son temps à celui de ses frères. D’ailleurs, le monde hait Jésus, mais n’a pas de haine vis-à-vis de ses frères. Le monde ne lie pas Jésus et ses frères alors qu’il le fait pour les disciples. D’ailleurs, en 2,11-12, les frères de Jésus sont distingués des disciples. Les frères de Jésus ne croient pas en lui. Les frères de Jésus ne sont-ils pas la figure des judéo-chrétiens qui ne veulent pas rompre avec la synagogue ? Ils confessent Jésus comme messie, mais n’adhèrent pas pleinement à sa personne. L’évangile de Jean projetterait sur le temps de Jésus une tension qui s’est élevée plus tard. Elle oppose des fidèles de Jésus, Juifs ou païens, qui ont pris de la distance vis-à-vis du judaïsme réorganisé par les Pharisiens, et des Juifs, disciples de Jésus, ne voulant pas rompre avec la synagogue. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 9. Suivre Jésus

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Il n’y a pas d’année liturgique centrée sur Jean, comme c’est le cas pour Matthieu, Marc et Luc. Nous ferons donc une lecture continue de Jean en tâchant de faire des liens avec l’année liturgique. Aujourd’hui : Jn 1, 35-42.     

9. Ils suivirent Jésus

Que cherchez-vous ? Où demeures-tu ? (Jn 1,38)

« Que cherchez-vous ? » C’est la première parole que prononce Jésus dans l’évangile de Jean. Elle est adressée aux disciples, ceux de la première heure comme à chacun de nous aujourd’hui. Et eux de répondre : « Où demeures-tu ? » Ils cherchent à savoir qui il est, d’où il vient et quel est son lieu. Mais Jésus ne donne aucune adresse. Il les invite à « Venez et voyez. » (1,39) Pour trouver Jésus, il faut se mettre en marche et y aller voir. C’est une histoire de rencontre et d’amour que la vie du disciple.

« Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » (1,39) Telle est la dynamique de l’être chrétien : devenir compagnon de Jésus, partager sa vie, entrer dans le mystère de sa personne. C’est de Jean-Baptiste que tout est parti : Jean désigne Jésus à André, André à Simon, etc. Une longue chaîne commence.

Disciples d’un rabbi
Deux disciples de Jean-Baptiste le quittent pour Jésus. L’un est nommé (1,40), c’est André, frère de Simon. L’autre a pu être identifié avec Jean, fils de Zébédée. « D’autres noms seront donnés plus loin dans le texte, mais nulle part l’évangéliste n’a éprouvé le besoin d’établir une liste des Douze, comme l’ont fait les synoptiques. Il suppose ces personnages connus de ses lecteurs. Comme tous les maîtres spirituels d’Israël, Jean l’Immergeur avait des adeptes, ses talmidîm, mot que l’on peut traduire par « appreneurs ». Le talmid recevait l’enseignement de son rabbi et le transmettait à son tour. Les disciples de Jean-Baptiste pratiquaient l’immersion, le jeûne (Mc 2,18) ; ils récitaient des prières que leur maître leur avait apprises (Lc 11,1). » (André CHOURAQUI, Dictionnaire encyclopédique de la Bible, 1985)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 26. Envoi

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Aujourd’hui, l’évangile du jeudi de l’Ascension, Mt 28, 16-20.

26. L’envoi

Allez ! De toutes les nations, faites des disciples. (Mt 28,19)

La mission consiste à « faire des disciples » parmi tous les peuples. Il y a par le fait même une tension dialectique au cœur même de l’acte missionnaire : il faut, d’une part, annoncer l’évangile à toutes les nations, mais il ne s’agit pas d’une simple proclamation, il faut arriver à « faire des disciples », c’est-à-dire, construire une relation très personnelle avec Jésus. L’évangélisation s’adresse à des individus pour qu’ils deviennent en communion de volonté avec Jésus et son Père.
« Apprenez-leur à observer tout ce que vous ai commandé » (28, 20). Enseigner est pour le missionnaire poursuivre la tâche même de Jésus, le seul véritable Maître.
« Baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » (28,19). Pour la Bible, le nom, c’est la personne elle-même. Baptiser « au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit » veut dire que le baptême met en relation vitale avec Dieu, source de mon être et de ma vie. Le baptême fait le disciple et donc un frère, une mère, une sœur de Jésus.

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit

« Au début de l’Église, on baptisait « au nom de Jésus ». L’expression « au nom de » manifeste qu’un lien personnel est établi entre celui qui invoque et celui qui est invoqué. Le baptisé, dans le cas présent, devient la propriété de celui au nom duquel il est baptisé. La formule trinitaire encore utilisée dans les rites du baptême reflète une prise de conscience plus vive du mystère de Dieu révélé en Jésus-Christ. » (ACEBAC, Les Évangiles, 1983) Être baptisé, c’est entrer dans la communion qui fait la Trinité.

Abbé Marcel Villers

3e DIMANCHE DE PÂQUES. Le chemin d’Emmaüs. Lc 24, 13-35

« Ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. »

Que s’est-il « passé sur la route » ? Qu’est-il arrivé « quand il a rompu le pain » ?
Ce sont les deux moments clés : ils ont transformé les disciples, les ont littéralement retournés. Et si cela pouvait nous arriver. Mais c’est impossible : ils ont bénéficié d’une expérience que nous ne pouvons pas connaître. Leur chemin ne peut être le nôtre. Est-ce bien sûr que ces deux disciples ne nous ressemblent pas ? Est-il certain que leur itinéraire n’est pas le nôtre ?

Pour eux qui ont cru et suivi Jésus, sa mort est une catastrophe, surtout le fait qu’il ait subi le supplice de la croix. Cette mort est un scandale. Qui peut comprendre cette issue tragique ? Quelle lumière peut jaillir d’un crucifié ? Quelle espérance peut venir d’un condamné ? Les compagnons de Jésus se sont effondrés quand leur maître a été arrêté, condamné, exécuté. « Nous espérions qu’il serait le libérateur d’Israël. » Mais voilà trois jours que tout est fini.

N’en est-il pas de même pour nous ? Nous attendons en vain ce Royaume que Jésus a promis. Où est-il ce monde de fraternité et de justice pour tous ? Pourquoi la souffrance, la maladie, la mort continuent-elles à ravager les humains ? Il avait pourtant annoncé sa victoire prochaine sur les forces du mal. Et voilà, non pas trois jours, mais vingt siècles que nous attendons.
Notre problème est le même que celui des disciples d’Emmaüs : comprendre, donner sens à cette mort infâme, à cet échec manifeste de Jésus et de son projet.

Deux lumières sur notre route comme sur celle d’Emmaüs.
La première lumière, c’est celle de l’Écriture, relue à partir de Jésus. C’est le rôle que joue l’inconnu sur la route d’Emmaüs. Oui, Jésus et le sens de son destin nous restent inconnus tant que nous ne les situons pas dans le mouvement que dessine l’Écriture.
« Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans la gloire ? »
La mort de Jésus s’inscrit dans la logique de l’alliance, fil rouge des Écritures pour qui le salut de l’homme ne vient ni de la puissance, ni de la force, mais qu’il monte du cœur, de cette communion d’amour qui lie l’être humain et son Dieu. La croix est la manifestation suprême de la communion de Jésus avec son Père, jusqu’au bout.

La deuxième lumière qui nous est donnée, c’est « la fraction du pain ». En effet, ce soir-là, « quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. » La fin du récit précise : « quand il avait rompu le pain. » C’est la fraction qui est le signe décisif, le fait de rompre le pain, de le briser comme un corps, une vie, peuvent être brisés par la mort. Le geste est clair lorsque Jésus, la veille de sa mort, rompt le pain en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Le sacrifice, le don de soi donnent sens à la vie et à la personne de Jésus, et donc accès au mystère de Dieu. Dieu est amour.

Abbé Marcel Villers
Illustrations : Arcabas (1926-2018)