PÂQUES 2021

                             

Jour de Résurrection ! Peuples rayonnons de joie,

C’est la Pâque, la Pâque du Seigneur !

De la mort à la vie et de la terre aux cieux,

Le Christ Dieu nous a menés.  Alleluia !

Joyeuses Pâques !

Abbé Marcel Villers
Illustration : KÖDER Sieger, Souper à Emmaüs

Clés pour lire l’évangile de Jean : 22. La course

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Alleluia ! Il est ressuscité ! En ce jour de Pâques, courons au tombeau avec Pierre et Jean :  Jn 20,1-10.

22. La course au tombeau

On a enlevé le Seigneur de son tombeau. (Jn 20,3)

Marie-Madeleine, venue à la recherche d’un mort, ne trouve qu’un tombeau ouvert. Elle court annoncer à Pierre et à l’autre disciple : On a enlevé le Seigneur. Telle est la première interprétation du signe qu’est le tombeau ouvert : on a volé le corps de Jésus.

Pierre et l’autre disciple courent au tombeau. Pierre entre dans le tombeau et constate qu’il n’est pas vide. Le linceul ainsi que le linge qui recouvrait la tête sont là, mais vidés du corps qu’ils emprisonnaient. Des voleurs auraient tout dérangé, donc on n’a pas volé le corps de Jésus. Deuxième interprétation du signe : les linges sont vides, le cadavre a disparu, mais on ne l’a pas volé. Quelle conclusion en tirer ? Voir ne suffit pas.

Arrive le troisième témoin. Il entre dans le tombeau, il voit et il croit. L’absence du corps est la trace de la victoire du Christ sur la mort. Il n’a plus besoin des habits des morts, c’est le sens des linges vides. C’est la troisième interprétation du signe : l’absence du corps dans le tombeau est le signe de sa résurrection.

Les linges : linceul et suaire 

« L’évangile de Jean nous donne une série de précisions, a priori sans importance, sur la position des bandelettes et du suaire dans le tombeau ouvert et vide. Ces linges sont rangés, pliés ou à plat. Le linceul est là, mais affaissé, vidé du corps qu’il emprisonnait. Le linge qui recouvrait la tête est là, lui aussi, enroulé à sa place. Comme si le corps s’était glissé dehors sans déranger la forme de la tête que le linge avait prise. Comme si le mort s’était levé et les avait enlevés, aidé par on ne sait qui, puis les avait remis à leur place. Témoins que le mort était là, et que le cadavre n’a pas été emporté à la dérobée par des voleurs. De tels individus n’auraient en effet pas pris soin d’ôter ces linges puis les remettre à leur place. L’évangéliste nous invite donc à croire avec les disciples à partir de l’expérience de l’absence du corps, mais aussi de la présence des signes de la mort, qui n’ont pu retenir leur prisonnier. » (D’après Bernadette ESCAFFRE, Prier 7 jours avec l’évangile de Jean, 2010)

Abbé Marcel Villers

3e DIMANCHE DE PÂQUES. Le chemin d’Emmaüs. Lc 24, 13-35

« Ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain. »

Que s’est-il « passé sur la route » ? Qu’est-il arrivé « quand il a rompu le pain » ?
Ce sont les deux moments clés : ils ont transformé les disciples, les ont littéralement retournés. Et si cela pouvait nous arriver. Mais c’est impossible : ils ont bénéficié d’une expérience que nous ne pouvons pas connaître. Leur chemin ne peut être le nôtre. Est-ce bien sûr que ces deux disciples ne nous ressemblent pas ? Est-il certain que leur itinéraire n’est pas le nôtre ?

Pour eux qui ont cru et suivi Jésus, sa mort est une catastrophe, surtout le fait qu’il ait subi le supplice de la croix. Cette mort est un scandale. Qui peut comprendre cette issue tragique ? Quelle lumière peut jaillir d’un crucifié ? Quelle espérance peut venir d’un condamné ? Les compagnons de Jésus se sont effondrés quand leur maître a été arrêté, condamné, exécuté. « Nous espérions qu’il serait le libérateur d’Israël. » Mais voilà trois jours que tout est fini.

N’en est-il pas de même pour nous ? Nous attendons en vain ce Royaume que Jésus a promis. Où est-il ce monde de fraternité et de justice pour tous ? Pourquoi la souffrance, la maladie, la mort continuent-elles à ravager les humains ? Il avait pourtant annoncé sa victoire prochaine sur les forces du mal. Et voilà, non pas trois jours, mais vingt siècles que nous attendons.
Notre problème est le même que celui des disciples d’Emmaüs : comprendre, donner sens à cette mort infâme, à cet échec manifeste de Jésus et de son projet.

Deux lumières sur notre route comme sur celle d’Emmaüs.
La première lumière, c’est celle de l’Écriture, relue à partir de Jésus. C’est le rôle que joue l’inconnu sur la route d’Emmaüs. Oui, Jésus et le sens de son destin nous restent inconnus tant que nous ne les situons pas dans le mouvement que dessine l’Écriture.
« Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans la gloire ? »
La mort de Jésus s’inscrit dans la logique de l’alliance, fil rouge des Écritures pour qui le salut de l’homme ne vient ni de la puissance, ni de la force, mais qu’il monte du cœur, de cette communion d’amour qui lie l’être humain et son Dieu. La croix est la manifestation suprême de la communion de Jésus avec son Père, jusqu’au bout.

La deuxième lumière qui nous est donnée, c’est « la fraction du pain ». En effet, ce soir-là, « quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent. » La fin du récit précise : « quand il avait rompu le pain. » C’est la fraction qui est le signe décisif, le fait de rompre le pain, de le briser comme un corps, une vie, peuvent être brisés par la mort. Le geste est clair lorsque Jésus, la veille de sa mort, rompt le pain en disant : « Ceci est mon corps livré pour vous. » Le sacrifice, le don de soi donnent sens à la vie et à la personne de Jésus, et donc accès au mystère de Dieu. Dieu est amour.

Abbé Marcel Villers
Illustrations : Arcabas (1926-2018)

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 21. Apparition aux femmes

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons cette semaine la finale de l’évangile de la nuit pascale : Mt 28, 9-10.

21. Apparition à deux femmes

Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » (Mt 28, 9)

C’est la seule mention, dans tout le Nouveau Testament, d’une apparition de Jésus ressuscité à deux femmes. Toutefois, Jean rapporte une rencontre de Jésus avec la seule Marie de Magdala. Ici, les deux femmes, ayant quitté le tombeau, courent pour rejoindre les disciples en ville. Il s’agit de « Marie-Madeleine et l’autre Marie » (28,1).

En pleine course, Jésus se manifeste : « Je vous salue » (28,9). A la salutation de Jésus, elles répondent par deux gestes significatifs. Ils traduisent le rapport des disciples à Jésus : « elles s’approchèrent et se prosternèrent devant lui » (28,9). Puis, « elles lui saisirent les pieds » (28,9), geste non pour retenir Jésus, mais pour constater qu’il est bien vivant.

Vient alors un message que Jésus les charge de transmettre : « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (28,10). Le lieu des apparitions est un lieu théologique ; pour Matthieu et Marc, c’est en Galilée ; pour Luc et Jean, à Jérusalem et environs.

Je vous salue

La salutation de Jésus aux deux femmes est la formule classique en grec : « Kairè » qui signifie « Réjouis-toi ! ». On la retrouve clairement lors de la salutation de l’ange Gabriel à Marie lors de l’annonciation (Lc 1,28), d’où la version de l’Ave Maria commençant par « Réjouis-toi, Marie ! » plutôt que « Je vous salue, Marie ». La formule classique dans le monde juif est « Shalôm » qui signifie : « Paix à toi ». C’est bien ce que Jésus souhaite à ses disciples, comme adieu : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne la donne pas comme le monde la donne » (Jean 14.27). Ce n’est plus la joie, mais la paix que l’on souhaite dans l’espace juif. En latin, ce sera la santé : « Vale » qui veut dire « Porte-toi bien ». La joie, la paix, la santé, ces vœux, formulés en guise de salutation, ont cependant tous la même portée : le salut.

Abbé Marcel Villers