Clés pour lire l’évangile de Matthieu 11. Sel et lumière

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 13-16 du 5éme dimanche ordinaire.

11. Sel et lumière pour les hommes

Voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père.
(
Mt 5, 16)

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Il n’est pas dit : « vous devez être le sel, vous devez être la lumière. » Cela ne dépend pas de la volonté des disciples d’accepter ou non. Jésus ne leur lance pas une invitation à être sel ou lumière. Ils le sont, qu’ils le veuillent ou non, par leur réponse à l’appel de Jésus.

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (5, 16) Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’être ce que nous sommes, des disciples de Jésus. Le rayonnement des disciples n’est pas un but, c’est un fait : « la lampe brille. »(5, 15) C’est de surcroît qu’elle peut amener les hommes à rendre gloire à Dieu.

« Vous êtes le sel de la terre et lumière du monde. »

La double image évangélique du « sel de la terre » et de « la lumière du monde » sert souvent à caractériser des manières distinctes, voire successives, de se situer comme chrétiens dans la société. Au long du XXe siècle, on a vécu ces deux modalités de présence et d’action. Les chrétiens se sont d’abord profondément immergés dans la société y œuvrant avec tous à l’avènement d’un monde nouveau. On a parlé ainsi d’enfouissement, à l’image de ces prêtres se faisant ouvriers. La fin des années 70 marqua un déclin de cette posture de discrétion chrétienne. L’heure était venue d’une nouvelle stratégie, celle d’une visibilité assumée. Et aujourd’hui, en Belgique, discrétion ou visibilité, sel ou lumière ? N’est-il pas venu le moment d’un catholicisme affirmatif ?

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 10, 1-12. 17-20 du 14e dimanche ordinaire.

34. La moisson est abondante

Là où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. (Lc 10, 8)

Les envoyés n’ont d’autre sécurité, d’autre avenir que l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir. Voilà qui en dit long sur la mission, celle de l’Église, celle des chrétiens : il ne s’agit pas d’amener les autres à venir chez nous, mais nous à aller vers eux. Il est question de sortir de chez soi pour partir habiter la maison de l’autre. L’avenir de l’Église, comme celui des soixante-douze envoyés, c’est l’accueil, l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir.

N’entrons dans la maison des autres qu’avec un seul vœu : la paix, le dialogue. Comme nous le recommande Jésus : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui. » (10, 5-6) Voilà une consigne superbe et une définition de la mission.

Les soixante-douze

« Les soixante-douze disciples ont, comme les Douze, pouvoir sur les esprits mauvais (9, 17) et proclament la venue du Règne (10, 9.11). L’évangéliste affirme ainsi que la mission des Douze n’est pas seule à s’enraciner dans les consignes de Jésus d’avant Pâques.

Luc a clairement le souci de manifester que la mission est le bien de toute l’Église, et pas uniquement celui de quelques personnes. Le chiffre de soixante-douze va dans le même sens : il exprime l’ampleur du groupe missionnaire qui, dans l’Église, se réclame de Jésus, qu’il s’agisse de Philippe, de Paul dans Actes, ou de Luc lui-même !

Soixante-douze est une référence implicite à Gn 10, 2-31 qui présente, dans la Septante, la table des soixante-douze peuples de la terre. Les chrétiens issus des nations païennes évangélisées ont les mêmes titres à faire valoir, pour ce qui est de la mission, que les Douze qui ont suivi Jésus durant sa vie terrestre. » (Hugues COUSIN, L’évangile de Luc, 1993)

Abbé Marcel Villers

Aller plus profond

Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre.
Combien de chrétiens, combien de pasteurs, combien de missionnaires arrivent au même constat ! Après avoir dépensé tant d’énergie et donné tout leur temps, combien d’entre nous se disent : « Nous avons tant peiné et sans succès. »

Dans notre Église, notre paroisse, que d’efforts, que d’engagements, des prêtres bien sûr, mais surtout des fidèles, qui s’investissent énormément, que ce soit dans la liturgie, je pense aux chorales, à l’accompagnement des personnes en deuil et à la célébration des funérailles, aux baptêmes, à la catéchèse des enfants et de plus en plus de leurs parents.
Et pourtant…

La foi semble en disparition, l’Église, nos assemblées en tout cas, vieillissent. Alors, après nous, quelle relève ? Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre. Nombreux sont celles et ceux qui succombent au découragement et se replient sur eux-mêmes ou vont voir ailleurs.

Avancez au large, et jetez les filets. Voilà ce que Jésus nous répond aujourd’hui. Mais à quoi cela peut-il servir ? N’avons-nous pas peiné toute la nuit sans rien prendre ? Voilà que Jésus demande d’aller au large qu’on peut aussi traduire par « aller plus profond. »

À nous qui sommes, en ces temps d’amenuisement, tentés de nous tourner et retourner sur nos problèmes – comment maintenir notre communauté en vie, notre assemblée du dimanche– Jésus commande d’aller au large, c’est-à-dire prendre distance, sortir.

Aller au large, c’est aussi et peut-être surtout aller « plus profond ». Autrement dit, notre vision –souvent amère ou découragée de la situation de l’Église, de la foi- est trop superficielle. Il y faut un autre regard, aller « plus profond » et donc approfondir les choses, en commençant par notre foi. La première évangélisation à organiser, c’est la nôtre.
Allez au large, allez plus profond.

Pierre fait confiance à Jésus, il le croit sur parole. Sur ton ordre – sur ta parole – je vais jeter les filets. Et c’est de nuit, dans l’obscurité, sans avoir un quelconque indice que Jésus a raison. Croire sur parole, espérer contre toute espérance à courte vue, voilà ce que Jésus nous demande, à nous aussi. Et ils remplirent les deux barques, à tel point qu’elles enfonçaient. Voilà ce qui nous est promis si notre foi rejoint la confiance de Pierre.

Hier, c’était l’Église qui, comme une mère, portait les fidèles ; aujourd’hui, c’est le grand renversement : c’est aux chrétiens de porter leur mère, l’Église, et d’inventer son avenir dans nos villes et villages. Sans ces hommes et ces femmes qui s’engagent à votre service et au service de l’Église, on ne peut donner cher de l’avenir de nos paroisses. On sait qu’en-deçà d’un certain nombre de personnes, il n’y a plus les ressources suffisantes pour faire vivre une paroisse, et même célébrer dignement une messe.

De plus, c’est une autre figure de l’Église qui se dessine quand les fidèles laïcs ne sont plus de simples collaborateurs du clergé, mais coresponsables de l’être et de l’agir de l’Église. Non plus être portés par le curé, les prêtres, mais prendre soi-même en charge la triple mission des chrétiens : rendre proche l’Évangile parmi nos concitoyens ; assurer la présence de l’Église dans l’espace social par l’annonce, la célébration et le service ; veiller à la communion avec les autres communautés et paroisses de notre commune.

Aujourd’hui, face à cette mission, cette lourde responsabilité, écoutons ce que le Seigneur nous dit, comme à Simon, comme à Isaïe, comme à saint Paul, il nous dit : Soyez sans crainte ! N’ayez pas peur ! Avancez au large, et jetez les filets.

Sans oublier que ce ne sont pas « nos barques et nos filets », nos œuvres seules qui prennent les hommes, mais la foi et la Parole du Maître. Alors laissant tout, leur passé et leur présent, ils le suivirent vers demain, l’avenir.

Abbé Marcel Villers
Homélie pour le 5° dimanche ordinaire de l’année C (Lc 5,1-11)
Theux, le 10 février 2019

 

Photo du lac de Tibériade (https://elwinra.wordpress.com/2014/04/03/le-lac-de-tiberiade-le-lac-de-kinneret-mer-de-galilee/)