Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 25. La route

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons la lecture continue de l’évangile de Matthieu : Mt 10, 5-15.

25. Prendre la route

Proclamez que le royaume des cieux est tout proche. (Mt 10,7)

Le missionnaire, c’est un envoyé. En tant que représentant de celui qui l’envoie, il n’a qu’un devoir : parler et agir comme son envoyeur. Être missionnaire, c’est entrer dans la lignée de Jésus, poursuivre sa voie, en proclamant le même message et accomplissant les mêmes actes. « Sur votre route, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » (10,8).

Être missionnaire, c’est dire et faire comme Jésus, mais encore adopter son style de vie et de comportement. Style fait de dépouillement et de confiance en Dieu comme dans l’hospitalité des destinataires. « Ne vous procurez ni or, ni argent, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton » (10, 9-10).

L’équipement du missionnaire

« Matthieu (10, 9-10) n’interdit pas d’emporter de l’argent, mais d’en gagner, et lui seul mentionne la monnaie en or. L’or ne gonflait sans doute pas le portefeuille des compagnons de Jésus, mais peut-être celui des ministres chrétiens plus aisés au temps de l’évangéliste. Quant au trousseau des envoyés, ni sac à provision, ni vêtement de rechange, ni le luxe des sandales, ni bâton contre les dangers de la route. Le messager doit apparaître vulnérable et livré aux événements. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991).

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu. 23. Rendez-vous

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir, cette année, des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu. Comme la liturgie s’éloigne de la lecture de Matthieu jusqu’à la mi-juin, nous reprenons cette semaine la finale de l’évangile de Matthieu : Mt 28, 16-17.

23. Le rendez-vous

Les Onze s’en allèrent où Jésus leur avait ordonné de se rendre. (Mt 28, 13)

Le rendez-vous a été donné par Jésus ressuscité aux femmes. « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront » (28,10). Pourquoi la Galilée ? Cette terre frontière, mêlée de populations d’origines diverses, symbolise le monde païen et donc la destination universelle de la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus. Voilà la mission des disciples : annoncer au monde la réalité du salut manifesté en Jésus ressuscité.

« Quand ils le virent, certains eurent des doutes » (28,17). Le motif du doute est un élément habituel dans les récits des apparitions, du Christ ressuscité comme d’autres. C’est qu’il s’agit de croire et non de soumission à une évidence. Le Ressuscité ne s’impose pas, il s’offre à notre foi, à notre liberté, à notre décision.

La montagne

« Les onze s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre » (28,13). « On revoit la montagne où le démon montrait à Jésus tous les royaumes de la terre, le mont des Béatitudes où le Maître proclamait la charte du royaume et la montagne de la transfiguration où se manifesta la gloire du Fils de l’homme ; et sur tout cela, l’ombre du Mont Nébo (Dt 34) où Moïse fit ses adieux quand son peuple allait entrer en terre promise. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991) C’est sur la montagne, enfin, que le Christ ressuscité donne ses consignes pour le temps à venir, jusqu’à la fin du monde.

Abbé Marcel Villers

HISTOIRE DES MISSIONS. 6. Le choc des cultures (XVIe s.)

6. La mission et le choc des cultures (XVIe s.)

Aux XVe et XVIe siècles, la découverte de mondes nouveaux et même insoupçonnés, comme l’Amérique, provoque un nouvel élan missionnaire. La pierre de touche en est désormais la différence culturelle. Jusqu’alors il était évident que le christianisme et la culture européenne ne faisaient qu’un. La confrontation à d’autres cultures, savantes ou sauvages, met en question cette confusion au risque de rendre le christianisme un fait européen et nier ainsi sa dimension universelle : « Allez et faites de toutes les nations des disciples. » (Mt 28, 18-20)

La question missionnaire devient donc autant culturelle que religieuse. La rencontre des cultures peut prendre trois formes : domination, adaptation, dialogue que l’on retrouve dans les stratégies missionnaires, particulièrement à l’époque charnière des grandes découvertes où l’humanité prend conscience de la pluralité des mondes et des cultures.

Suivant le marchand ou le conquérant, le missionnaire vise la transposition du modèle européen de l’Église sur ces terres lointaines. Cela implique la domination sur l’autre à qui on impose un nouveau système de valeurs. Face à des cultures et religions locales considérées comme inconsistantes, des peuples aux mœurs sauvages, les missionnaires pratiquèrent la politique de la table rase, à savoir la destruction des temples et objets sacrés, l’interdiction des rites et croyances. On pratiquait un apostolat de masse dont le baptême était à la fois l’objectif et le moyen, puisque « hors de l’Église, pas de salut », axiome pris alors à la lettre. Le soir, en rentrant, les missionnaires se vantaient d’avoir « la crampe du baptême ».

Sur les ruines de l’ancienne vision du monde, appuyé sur la puissance coloniale, on instaura le christianisme sous sa forme européenne. Le Nouveau Monde ne fut ainsi qu’une reproduction du modèle occidental. Ainsi, Goa, en Inde, est occupée par les Portugais en 1510. En 1534, elle devient un évêché ; en 1560, elle compte 13000 indigènes baptisés. Assez vite, Goa prit les allures de ville chrétienne à la portugaise avec de nombreuses églises et couvents. Au Mexique, en 1526, cinq ans après la conquête militaire, Cortès fait venir douze Franciscains. L’évêché de Mexico est créé en 1528. D’autres religieux, Dominicains et Augustins suivent. En moins de cinquante ans, ils couvrent le pays de couvents (ci-contre couvent St. Antoine de Izamal, Yucatan) et mettent en place un quadrillage du territoire par des postes de mission.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu 11. Sel et lumière

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Matthieu. Cette semaine : Mt 5, 13-16 du 5éme dimanche ordinaire.

11. Sel et lumière pour les hommes

Voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père.
(
Mt 5, 16)

« Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde. » Il n’est pas dit : « vous devez être le sel, vous devez être la lumière. » Cela ne dépend pas de la volonté des disciples d’accepter ou non. Jésus ne leur lance pas une invitation à être sel ou lumière. Ils le sont, qu’ils le veuillent ou non, par leur réponse à l’appel de Jésus.

« Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » (5, 16) Il ne s’agit pas de faire des discours ou de mener des actions de propagande, mais d’être ce que nous sommes, des disciples de Jésus. Le rayonnement des disciples n’est pas un but, c’est un fait : « la lampe brille. »(5, 15) C’est de surcroît qu’elle peut amener les hommes à rendre gloire à Dieu.

« Vous êtes le sel de la terre et lumière du monde. »

La double image évangélique du « sel de la terre » et de « la lumière du monde » sert souvent à caractériser des manières distinctes, voire successives, de se situer comme chrétiens dans la société. Au long du XXe siècle, on a vécu ces deux modalités de présence et d’action. Les chrétiens se sont d’abord profondément immergés dans la société y œuvrant avec tous à l’avènement d’un monde nouveau. On a parlé ainsi d’enfouissement, à l’image de ces prêtres se faisant ouvriers. La fin des années 70 marqua un déclin de cette posture de discrétion chrétienne. L’heure était venue d’une nouvelle stratégie, celle d’une visibilité assumée. Et aujourd’hui, en Belgique, discrétion ou visibilité, sel ou lumière ? N’est-il pas venu le moment d’un catholicisme affirmatif ?

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 10, 1-12. 17-20 du 14e dimanche ordinaire.

34. La moisson est abondante

Là où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté. (Lc 10, 8)

Les envoyés n’ont d’autre sécurité, d’autre avenir que l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir. Voilà qui en dit long sur la mission, celle de l’Église, celle des chrétiens : il ne s’agit pas d’amener les autres à venir chez nous, mais nous à aller vers eux. Il est question de sortir de chez soi pour partir habiter la maison de l’autre. L’avenir de l’Église, comme celui des soixante-douze envoyés, c’est l’accueil, l’hospitalité qu’on voudra bien leur offrir.

N’entrons dans la maison des autres qu’avec un seul vœu : la paix, le dialogue. Comme nous le recommande Jésus : « Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui. » (10, 5-6) Voilà une consigne superbe et une définition de la mission.

Les soixante-douze

« Les soixante-douze disciples ont, comme les Douze, pouvoir sur les esprits mauvais (9, 17) et proclament la venue du Règne (10, 9.11). L’évangéliste affirme ainsi que la mission des Douze n’est pas seule à s’enraciner dans les consignes de Jésus d’avant Pâques.

Luc a clairement le souci de manifester que la mission est le bien de toute l’Église, et pas uniquement celui de quelques personnes. Le chiffre de soixante-douze va dans le même sens : il exprime l’ampleur du groupe missionnaire qui, dans l’Église, se réclame de Jésus, qu’il s’agisse de Philippe, de Paul dans Actes, ou de Luc lui-même !

Soixante-douze est une référence implicite à Gn 10, 2-31 qui présente, dans la Septante, la table des soixante-douze peuples de la terre. Les chrétiens issus des nations païennes évangélisées ont les mêmes titres à faire valoir, pour ce qui est de la mission, que les Douze qui ont suivi Jésus durant sa vie terrestre. » (Hugues COUSIN, L’évangile de Luc, 1993)

Abbé Marcel Villers