Clés pour lire l’évangile de Luc : 13. Béatitudes

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 6,17.20-26 du 6ème dimanche du temps ordinaire.

13. Béatitudes

Heureux, vous les pauvres ! Quel malheur pour vous, les riches ! (Lc 6,20.24)

Jésus dessine deux chemins, opposés l’un à l’autre, dont l’issue ne fait pas de doute : bonheur ou malheur. Heureux les pauvres, les affamés, les affligés, les rejetés. Mais pourquoi ? Pourquoi sont-ils heureux ? Parce qu’ils sont pauvres, affamés, en larmes ? Non. Le bonheur n’est pas dans la pauvreté. Ni le dénuement, ni les pleurs, ni la haine, ni l’insulte ne sont des formes de vie heureuse. Mais alors, de quoi s’agit-il ?

Le bonheur dont parle Jésus, c’est le Royaume de Dieu. « Heureux vous les pauvres, car le Royaume de Dieu est à vous ! » (6,20) Soyez heureux, car votre pauvreté va cesser. Votre faim, vos larmes et les persécutions, c’est fini. Soyez heureux, annonce Jésus, car avec moi, tout cela, c’est fini. Je viens vous délivrer.

Les béatitudes sont des cris de joie, une bonne nouvelle pour tous ceux que la vie a abîmé et qui attendent la délivrance avec ardeur.

Béatitudes

Plutôt que Heureux ou Quel bonheur, Chouraqui choisit En marche. « Makarioï dit le grec : Bienheureux, ce mot oriente d’emblée sur une fausse piste : les béatitudes sont supposées acquises d’entrée de jeu, alors qu’elles ne le seront, en plénitude, que dans le royaume de Dieu. Or Jésus n’a pas dit makarioï [en grec], mais « ashréi » (voir psaume 1,1) [en hébreu]. C’est une exclamation au pluriel, d’une racine ashar, qui implique non pas l’idée d’un vague bonheur d’essence hédoniste, mais celle d’une rectitude, celle de l’homme en marche sur une route sans obstacle, celle qui mène vers Dieu. « En marche, les pauvres ! Oui, il est à vous, le royaume de Dieu. » Cette traduction connote une idée de marche sur une route dépourvue d’obstacles et conduisant à Dieu, source de toute allégresse. La béatitude se trouve au terme du cheminement, et non à son début. » (CHOURAQUI André, L’univers de la Bible, tome VIII, Paris, 1985)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Luc : 11. Nul n’est prophète dans son pays

Clés pour lire l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 4, 21-30 du 4ème dimanche du temps ordinaire.

11. Nul n’est prophète dans son pays

Tous devinrent furieux… ils poussèrent Jésus hors de la ville… pour le précipiter en bas (Lc 4, 28-29)

Dans la petite synagogue d’un obscur village, Nazareth, quelqu’un se lève et ose annoncer qu’il est venu « aujourd’hui » (4,21) le temps du salut. « Oui, proclame Jésus, le Seigneur m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (4,18).

Comment expliquer la fureur des gens de Nazareth ? Elle éclate lorsque Jésus évoque comme modèle de la sienne la mission de deux prophètes. Élie n’a pas été envoyé vers les veuves d’Israël, mais vers une veuve étrangère. Élisée n’a purifié aucun lépreux d’Israël, mais un Syrien : Naaman. « À ces mots, tous devinrent furieux » (4,28). Il y a relation de cause à effet entre la mention de la faveur divine manifestée à des étrangers et la tentative de meurtre sur Jésus. Ce qui est en question, c’est le rapport à l’étranger et la dénationalisation de Dieu.

Dieu n’est la propriété d’aucun peuple, nation, religion. Il est à tous et pour tous car son amour est universel, pour tout humain quel qu’il soit.

La synagogue

« En grec classique, sunagôgé, désigne un rassemblement de gens ; le verbe sunagô exprime l’action de mettre ensemble pour former un tout structuré, d’où son utilisation pour désigner l’assemblée locale du peuple Israël. Le terme synagogue a fini par désigner tant la congrégation juive que son lieu de rassemblement comme le terme « église » (proche de synagogue) désigne aujourd’hui à la fois la communauté et l’édifice où elle se réunit. » (Jean-Pierre PRÉVOST, Nouveau vocabulaire biblique, p. 370). Dans la synagogue, un coffre ou une armoire, l’arche, renferme les rouleaux de l’Écriture devant laquelle les fidèles se réunissent chaque shabbat pour la lecture d’un passage de la Loi (Torah) et un autre des prophètes ; le tout est encadré de prières, notamment les psaumes. Après les lectures, un commentaire ou sermon était prononcé par un rabbin local ou un invité. La synagogue sert aussi d’école et de centre administratif (Le monde de la Bible, 1982).

Abbé Marcel Villers

Clés pour l’évangile de Luc : 10. Composer un récit des événements

Clés pour l’évangile de Luc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Luc. Cette semaine, Lc 1,1-4 ; 4,14-21 du 3ème dimanche du temps ordinaire.

10. Composer un récit des événements

Afin que tu te rendes bien compte de la solidité des enseignements entendus(Lc 1,4)

Luc se présente comme un historien : il se réfère à ses prédécesseurs, il recherche avec précision des informations, se soucie des témoins oculaires et compose son récit avec ordre. Mais ses sources sont essentiellement ecclésiales, l’histoire qu’il écrit est une histoire sainte dont l’acteur premier est Dieu, son objectif est catéchétique.

Le destinataire du livre de Luc est appelé « Théophile » qui peut désigner un illustre converti d’origine païenne (son nom est grec), mais aussi chacun des « amis de Dieu » (traduction de théophile). La formule « enseignements entendus » résume le processus de transmission que nous nommons la catéchèse. Voilà qui éclaire le but de Luc : persuader son lecteur de la « solidité » de la catéchèse reçue.

Ce prologue de Luc précise bien le statut de ce genre particulier d’écrits que sont les évangiles. Des œuvres littéraires et donc reflets de la personnalité d’un auteur comme de sa théologie dont l’objectif est plus catéchétique qu’historique au sens contemporain.

Qui est Luc ?

« Luc est l’auteur, non seulement d’un évangile, mais des Actes des Apôtres : les deux tomes d’un grand ouvrage, unique parmi les auteurs du Nouveau Testament. Luc est aussi un personnage unique parmi tous ces Juifs devenus chrétiens : seul Grec, seul païen d’origine.
Né à Antioche, converti sans doute par saint Paul, qui l’appelle « le médecin bien-aimé » (Col 4,14), son « collaborateur » (Phm 24). Il accompagne l’Apôtre dans ses voyages (2 Tm 4,11 ; 2 Co 8,18). Grec de Syrie, il écrit le meilleur grec de tout le Nouveau Testament. Converti, et peut-être proche du judaïsme avant de rencontrer Paul, il est nourri de la Septante (traduction grecque de l’Ancien Testament) qu’il cite souvent dans son évangile. » (Sœur Jeanne d’Arc, Luc, 1986, p. VII-X)

  Abbé Marcel Villers