Clés pour lire l’évangile de Luc 54. L’avenir des disciples

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 21, 5-19 du 33e dimanche ordinaire.

54. Quel avenir pour les disciples ?

On vous persécutera, on vous livrera, on vous fera comparaître à cause de mon nom. (Lc 21, 12)

Jésus ne promet ni la réussite, ni le succès à ceux qui le suivent et se mettent à son école. Ce sont souffrances, persécution, mépris, torture, mort. Cela ne nous étonne pas car « le disciple n’est pas au-dessus du Maître ». Si lui a été méprisé, arrêté, condamné et exécuté, ceux qui portent son Nom le seront aussi. D’ailleurs, le signe de reconnaissance du chrétien, c’est la croix.

Mais tout de même, pourquoi ces persécutions ? Jésus est clair : « Cela vous amènera à rendre témoignage » (21, 13). Refusant toute haine, résistant à la logique du rejet et de la mort, le chrétien montre que l’amour est plus fort que la mort, que l’attachement à Jésus l’emporte sur toute peur et menace. Innombrables les chrétiens morts en offrant leur vie par amour pour leurs frères, comme Jésus l’a fait.

La destruction du temple de Jérusalem

« Le Temple de Jérusalem avait été restauré avec magnificence par Hérode le Grand à partir de 20 avant notre ère. Il est d’une richesse inouïe aux dires de l’historien latin Tacite. Jésus est interrogé sur la date de la destruction du Temple qu’il annonce et sur le signe qui en présagera l’imminence. A nos yeux, une telle question paraît porter uniquement sur un événement historique : le Temple a effectivement brûlé le 30 août 70, presque un mois avant la chute totale de la ville. Pour les chrétiens du début de l’Église, la ruine de Jérusalem était associée à la Parousie, le retour glorieux du Christ venant juger l’univers et instaurer le Règne de Dieu. Pour Luc, l’incendie du Temple et la chute de Jérusalem, à la fin de l’été 70, ne coïncident pas avec la fin du monde et la venue du Christ. Deux écueils guettent alors l’Église : l’espoir fébrile de la venue imminente du Christ et le désenchantement, la tentation de laisser tomber toute espérance en l’avenir. » (Hugues COUSIN, L’évangile de Luc, 1993) Ce désenchantement est souvent le nôtre aujourd’hui en Europe.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Marc : 46. On vous livrera à cause de moi

Clé pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire (parution le mercredi matin), nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 13, 9-13 en cette fin d’année liturgique.

46. On vous livrera à cause de moi

Lorsqu’on vous emmènera pour vous livrer, ne vous inquiétez pas d’avance pour savoir ce que vous direz. (Mc 13,11)

« Il faut que l’évangile soit proclamé à toutes les nations. » (13,10) Prêcher l’évangile, c’est comme Jésus en encourir les conséquences. Ainsi, « vous serez détestés de tous à cause de mon nom » (13,13), annonce Jésus. De fait, hier dès la première Église, tout comme aujourd’hui, des chrétiens connaissent l’opposition des autorités publiques comme la division au sein de leur propre famille. « Le frère livrera son frère à la mort. » (13,12)

Les persécutions prennent la forme et le sens d’un procès fait à Jésus et à l’Évangile. Paradoxalement, elles deviennent témoignage et prédication. « Ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit Saint. » (13,11) C’est, en effet, ce même Esprit Saint, descendu sur Jésus au baptême, qui le poussa au désert pour vaincre Satan. Ainsi, l’Esprit se fera l’avocat et le supporter de la lutte des chrétiens contre le même ennemi.

Le procès

« Tout le récit évangélique se présente comme un procès… La vie libre que Jésus a menée dépassant le texte de la Torah, placée sous le commandement de l’amour est aux antipodes de l’idée habituelle qu’on se fait de Dieu. Ce Dieu dans lequel Jésus a cru, en fonction duquel il a construit toute sa vie n’est pas le Dieu attendu ; ni à son époque, ni aujourd’hui ! Le véritable motif du procès de Jésus est le refus de l’image de Dieu dont il a témoigné par sa vie et sa pratique… En ressuscitant Jésus, Dieu se reconnaît dans l’image du crucifié et casse le procès : Jésus est le Fils du Dieu vivant.

Certains y ont cru et d’autres pas. Il y a ceux qui défendent sa cause et ceux qui la condamnent. En fait, ce procès au sujet de Jésus n’est pas terminé aujourd’hui et l’appel à témoin pour défendre sa cause est toujours d’actualité. D’une certaine façon, chacun est amené à prendre position un jour ou l’autre dans ce procès. » (Denis VILLEPELET, L’avenir de la catéchèse, 2003, p.38-39).

Abbé Marcel Villers