Clés pour lire l’évangile de Luc 41. La division

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile. Cette semaine, Lc 12, 49-53 du 20e dimanche ordinaire.

41. La division

Pensez-vous que je sois venu mettre la paix ? Non, mais la division.
(Lc 12, 51)

Jésus ne peut laisser indifférent. Chacun est sommé de choisir face à cet incendiaire « venu apporter un feu sur la terre. » (12, 49) Ce feu s’attaque à nos maisons et aux liens familiaux. Il suffit que l’un prenne parti pour Jésus et voilà la division installée : « le père contre le fils et le fils contre le père ; la mère contre la fille et la fille contre la mère. » (12, 53)

Ce facteur de division qu’est Jésus et son annonce de la venue du Règne de Dieu engendre complots et volonté de s’en débarrasser. Il sait qu’il va être rejeté et tué. « Je dois recevoir un baptême et quelle angoisse est la mienne ! » (12, 50) C’est aussi celle de ces innombrables chrétiens poursuivis, chassés, assassinés pour leur foi.

Le feu

« Dans la Bible, Dieu se révèle dans le feu : au buisson ardent (Ex 3, 2), au mont Sinaï (Ex 19, 18), aux yeux des prophètes (Ez 1, 4). Le feu fait aussi partie du rituel des sacrifices au temple où à l’occasion il tombait du ciel pour dévorer l’holocauste (1 R 18, 39). Le feu a toujours été considéré comme une des forces de la nature. Il rappelle l’œuvre de la création divine. C’est pourquoi il est interdit de faire du feu le jour du sabbat (Ex 35, 3). Purificateur par excellence, le feu est l’instrument du châtiment divin (Ps 50, 3 ; Mc 9, 49 ; Ap 8, 9) ; mais il est aussi symbole de forces purificatrices positives comme le baptême (Mt 3, 11) ou l’amour (Ct 8, 6). » (André CHOURAQUI, Dictionnaire de la Bible et des religions du livre, 1985)
En Lc 12, 49, le feu évoque l’Esprit-Saint car Jésus avait pour mission de « baptiser dans l’Esprit-Saint et le feu » (Lc 3, 16). Les apôtres seront « baptisés dans l’Esprit-Saint » à la Pentecôte (Ac 1,5).

Abbé Marcel Villers

Pentecôte : Union dans la différence

Après la mort de Jésus, les disciples se sont dispersés et chacun a retrouvé son ancienne vie. Le groupe uni autour de Jésus a éclaté : chacun est reparti, chacun pour soi.
Mais quand arriva le jour de la Pentecôte, ils se trouvaient réunis tous ensemble.
A la Pentecôte, l’Esprit réunit les disciples et les soude en un seul corps. En effet, un seul feu les embrase, mais qui se partage et pose sur chacun comme une langue de feu. C’est le même Esprit qui les unit, mais en respectant la différence de chacun.
C’est ce qui se manifeste aussi dans cette foule, issue de tous les peuples, venue écouter les apôtres. Comment se fait-il que chacun les entende dans sa propre langue ?
Des hommes venus de tous les horizons sont rassemblés par l’Esprit dans une même écoute du même discours, mais chacun l’entend dans sa propre langue.
Telle est l’œuvre de l’Esprit.

Ses effets sur les apôtres comme sur les peuples peuvent nous aider à comprendre ce qu’est l’Esprit Saint. A la Pentecôte, tout se joue dans les relations : celles qui unissent entre eux les apôtres, celles qui rassemblent cette foule dans la même écoute. Tout se joue aussi dans la communication : les apôtres se mettent à parler, la foule les entend mais chacun dans sa langue. C’est dans ce jeu de communication et de relation que se construisent d’ailleurs tous les groupes et sociétés humaines. 

Mais il y a des manières d’être en relation positives et d’autres négatives.
« Quel mot employons-nous pour parler de ces relations plus ou moins positives ? Nous employons le mot « esprit » que nous disons bon ou mauvais. Ainsi, par exemple, après une rencontre, on peut dire « il y avait un mauvais esprit dans le groupe » : on désigne par là des relations qui sont marquées par la jalousie, la méfiance, la peur, l’agressivité, etc.
Et parfois, à l’inverse, nous avons des expériences positives. « Ah, oui, il y avait dans le groupe, un bon esprit » : chaleur, entente, solidarité, etc. » (André Fossion, Lire pour vivre)

 Notre expérience nous livre ainsi des critères pour apprécier les bienfaits d’un bon esprit. Or les voilà déclinés dans la prière que nous venons d’entendre avant l’évangile : « Viens, Esprit Saint, en nos cœurs ». Un bon esprit, c’est lorsque le lien entre nous éclaire, console, rafraîchit, guérit, redresse et finalement établit dans une joie durable. Ce sont là les effets de l’Esprit Saint.
Le Saint Esprit se révèle ainsi présent lorsque le lien entre nous est porteur de vie, d’unité et de respect de chacun. L’Esprit Saint est le lien d’amour qui nous unit, circule entre nous, nous vivifie et nous réjouit le cœur 

C’est ce qui se passe le jour de la Pentecôte où se révèle ainsi, par son action, l’Esprit Saint. Ce jour-là, « les apôtres sont réunis dans un même lieu. Ils forment un seul groupe, comme une sorte de noyau compact fermé sur lui-même. Ce groupe fermé va éclater pour se porter vers autrui, sans limite. C’est alors une explosion de communication, une explosion de paroles en diverses langues. Le feu venu du ciel pousse à parler, à sortir de soi, à ouvrir les portes et à entrer en communication avec tous. » (Fossion) 

Telle est l’œuvre de l’Esprit Saint : mettre en relation, mettre en communication tous les peuples, toutes les cultures, tous les humains. Dans cette action de mise en communication, nous reconnaissons l’œuvre de Dieu.
Promouvoir la relation, travailler à la communication fraternelle entre nous et entre tous les peuples, c’est s’inscrire dans la mouvance de l’Esprit Saint.
N’est-ce pas aussi la raison même d’une paroisse, à fortiori d’une unité pastorale : mettre en relation et communication, construire l’union dans la différence ?

Viens Esprit Saint en nos cœurs.
Viens remplir le cœur de tes fidèles.

Abbé Marcel Villers
Homélie de la Pentecôte, Theux, 9 juin 2019.
Illustration : Pentecôte (1681) plafond du chœur de l’église de Theux.

L’expérience de l’absent

Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais… je pars vers le Père. 

C’est bien la première expérience que nous avons de Jésus : son absence. Celui que nous aimons, celui en qui nous croyons, celui qui donne sens à notre vie, celui-là, il est pour nous d’abord un absent. Et plus nous l’aimons, plus nous ressentons douloureusement son absence.
Thérèse de Lisieux parle de « nuit » pour traduire la détresse qui l’habite au cours des dix-huit mois qui précèdent sa mort.
Mère Teresa, la sainte de Calcutta, a passé la plus grande partie de sa vie dans l’obscurité de la foi. Dans des lettres, elle évoque « le tunnel », les « tortures de la solitude », « la terrible obscurité en moi, comme si tout était mort ».

N’est-ce pas la situation normale du chrétien, celle qu’évoquent de nombreuses paraboles de Jésus : le Maître est parti. Jésus est d’abord celui qui nous échappe, celui qui reste l’insaisissable. Sans cela, y aurait-il place pour la foi ?
Nous prions Jésus avec ferveur, mais cela ne fait qu’augmenter le désir de sa présence. Et voilà que la prière nous laisse sur notre faim, souvent encore plus seuls. Pourtant, nous le savons bien : nul ne peut voir Dieu, encore moins l’atteindre ou l’étreindre. Toujours, et par définition, il nous échappe. Jésus aussi.
Serions-nous condamnés à être des gardiens de musée ou de cimetières, ces lieux où l’on entretient le souvenir des disparus ? Est-ce cela être chrétien : des nostalgiques de Jésus ?

Si quelqu’un m’aime, nous répond Jésus, il gardera ma Parole. Bref, il me sera fidèle. Voilà en quoi consiste l’être chrétien. Les chrétiens sont des fidèles. Être fidèle, c’est d’abord avoir un lien avec quelqu’un, lien personnel, lien fait de confiance et de durée. Le chrétien, c’est un fidèle de Jésus avec qui il est lié par une relation personnelle, la plus profonde qui soit : l’amour.

Si quelqu’un m’aime, répète Jésus, il gardera ma Parole. Fidèlement. Qui dit fidélité, ne dit pas répétition servile ou mécanique. Souvenons-nous de la parabole des talents. Le Maître est parti et ses ouvriers doivent garder fidèlement les talents reçus. À son retour, le Maître appelle « fidèles serviteurs » ceux qui ont fait fructifier la somme reçue, mais pas celui qui la restitue telle quelle, qui l’a conservée intégralement.
C’est la Parole de Jésus, son Évangile, que nous avons reçu en dépôt. Lui, absent, que devons-nous en faire ? Si quelqu’un m’aime, nous répond Jésus, il gardera ma Parole.
Cela veut dire non pas la conserver « au frigo », ni la consommer, mais lui faire porter du fruit, la développer, faire surgir toutes ses potentialités. Mettre à profit l’absence du Maître, c’est faire éclater les richesses nouvelles de sa Parole. Bref, être créatif. La fidélité n’est pas dans la répétition, mais dans la fécondité.

Voilà pourquoi le Père nous envoie l’Esprit-Saint. L’Esprit-Saint, dit Jésus, que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.
Fidélité à Jésus, à sa Parole. Oui, mais on n’est pas chrétien aujourd’hui comme hier. Toujours, il faut sortir du neuf de l’Évangile afin de répondre aux besoins des temps nouveaux. C’est l’œuvre de l’Esprit-Saint qui fait de nous des fidèles, non de la lettre, mais de l’esprit de Jésus. Cela grâce à l’amour.

Car si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole.

Abbé Marcel Villers
Homélie pour le 6ème dimanche de Pâques, Theux, le 26 mai 2019