Histoire des missions 2. La Pentecôte et la dispersion des Douze

2.La Pentecôte et la dispersion des Douze

La Pentecôte envoie les apôtres dans toutes les directions pour porter l’Évangile aux nations. La tradition de diverses Églises des premiers siècles ainsi que le martyrologe romain nous permettent de situer le champ d’apostolat des Douze.

Pierre contribua avec Paul à ouvrir la communauté chrétienne aux païens ; il rejoint Rome et y connaît le martyre.
Jacques le Majeur est le premier à mourir pour la foi à Jérusalem. Ses reliques auraient été acheminées en Espagne dont il est le patron.
André est l’apôtre de la Grèce ; il aurait évangélisé aussi les contrées voisines jusqu’en Scythie (entre Danube et Don).
Thomas prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hyrcaniens ; il pénétra ensuite dans l’Inde.
Jean se serait établi à Éphèse avec la Vierge Marie où il aurait rédigé son évangile. Il est ensuite exilé à Patmos où il mourut.
Simon prêcha l’Évangile en Égypte, Thaddée (appelé aussi Jude) en Mésopotamie ; ils entrèrent ensuite tous les deux en Perse.
Matthieu est allé évangéliser l’Éthiopie pour les uns, la Perse ou la Syrie pour d’autres, enfin la Macédoine ou le Pont-Euxin.
Barthélemy prêcha l’Évangile du Christ dans les Indes ; il passa ensuite dans la grande Arménie.
Matthias n’apparaît qu’après l’Ascension et juste avant la Pentecôte. Il remplaça Judas Iscariote.
Jacques le Mineur, frère du Seigneur, gouverna la première communauté de Jérusalem.
Philippe, après avoir converti à la foi au Christ presque toute la Scythie [au nord de la Mer Noire], fut crucifié et accablé sous les pierres à Hiérapolis en Asie, en Turquie actuelle.

Abbé Marcel Villers

Pentecôte : Union dans la différence

Après la mort de Jésus, les disciples se sont dispersés et chacun a retrouvé son ancienne vie. Le groupe uni autour de Jésus a éclaté : chacun est reparti, chacun pour soi.
Mais quand arriva le jour de la Pentecôte, ils se trouvaient réunis tous ensemble.
A la Pentecôte, l’Esprit réunit les disciples et les soude en un seul corps. En effet, un seul feu les embrase, mais qui se partage et pose sur chacun comme une langue de feu. C’est le même Esprit qui les unit, mais en respectant la différence de chacun.
C’est ce qui se manifeste aussi dans cette foule, issue de tous les peuples, venue écouter les apôtres. Comment se fait-il que chacun les entende dans sa propre langue ?
Des hommes venus de tous les horizons sont rassemblés par l’Esprit dans une même écoute du même discours, mais chacun l’entend dans sa propre langue.
Telle est l’œuvre de l’Esprit.

Ses effets sur les apôtres comme sur les peuples peuvent nous aider à comprendre ce qu’est l’Esprit Saint. A la Pentecôte, tout se joue dans les relations : celles qui unissent entre eux les apôtres, celles qui rassemblent cette foule dans la même écoute. Tout se joue aussi dans la communication : les apôtres se mettent à parler, la foule les entend mais chacun dans sa langue. C’est dans ce jeu de communication et de relation que se construisent d’ailleurs tous les groupes et sociétés humaines. 

Mais il y a des manières d’être en relation positives et d’autres négatives.
« Quel mot employons-nous pour parler de ces relations plus ou moins positives ? Nous employons le mot « esprit » que nous disons bon ou mauvais. Ainsi, par exemple, après une rencontre, on peut dire « il y avait un mauvais esprit dans le groupe » : on désigne par là des relations qui sont marquées par la jalousie, la méfiance, la peur, l’agressivité, etc.
Et parfois, à l’inverse, nous avons des expériences positives. « Ah, oui, il y avait dans le groupe, un bon esprit » : chaleur, entente, solidarité, etc. » (André Fossion, Lire pour vivre)

 Notre expérience nous livre ainsi des critères pour apprécier les bienfaits d’un bon esprit. Or les voilà déclinés dans la prière que nous venons d’entendre avant l’évangile : « Viens, Esprit Saint, en nos cœurs ». Un bon esprit, c’est lorsque le lien entre nous éclaire, console, rafraîchit, guérit, redresse et finalement établit dans une joie durable. Ce sont là les effets de l’Esprit Saint.
Le Saint Esprit se révèle ainsi présent lorsque le lien entre nous est porteur de vie, d’unité et de respect de chacun. L’Esprit Saint est le lien d’amour qui nous unit, circule entre nous, nous vivifie et nous réjouit le cœur 

C’est ce qui se passe le jour de la Pentecôte où se révèle ainsi, par son action, l’Esprit Saint. Ce jour-là, « les apôtres sont réunis dans un même lieu. Ils forment un seul groupe, comme une sorte de noyau compact fermé sur lui-même. Ce groupe fermé va éclater pour se porter vers autrui, sans limite. C’est alors une explosion de communication, une explosion de paroles en diverses langues. Le feu venu du ciel pousse à parler, à sortir de soi, à ouvrir les portes et à entrer en communication avec tous. » (Fossion) 

Telle est l’œuvre de l’Esprit Saint : mettre en relation, mettre en communication tous les peuples, toutes les cultures, tous les humains. Dans cette action de mise en communication, nous reconnaissons l’œuvre de Dieu.
Promouvoir la relation, travailler à la communication fraternelle entre nous et entre tous les peuples, c’est s’inscrire dans la mouvance de l’Esprit Saint.
N’est-ce pas aussi la raison même d’une paroisse, à fortiori d’une unité pastorale : mettre en relation et communication, construire l’union dans la différence ?

Viens Esprit Saint en nos cœurs.
Viens remplir le cœur de tes fidèles.

Abbé Marcel Villers
Homélie de la Pentecôte, Theux, 9 juin 2019.
Illustration : Pentecôte (1681) plafond du chœur de l’église de Theux.

Laissons-nous bouger par l’Esprit-Saint!

Pentecôte2

Pentecôte – Theux et Jehanster, le 8 juin 2014
Jn 20,19-23

La Pentecôte que nous célébrons en ce jour est d’abord cet événement extraordinaire que nous raconte le livre des Actes des Apôtres. Nous sommes sur la place publique, celle de Jérusalem. Le bruit, le vent et le feu jouent les premiers rôles et donnent de la Pentecôte un aperçu spectaculaire et tonitruant.

Mais l’essentiel est ailleurs : dans la transformation, la métamorphose des Apôtres qui, évidemment, ne s’attendaient pas à ce renouveau.

Tous furent remplis de l’Esprit-Saint, nous dit la première lecture.

Phénomène extérieur sous le signe concret des langues de feu, mais surtout événement intérieur qui atteint l’esprit et le cœur de chacun. Cet Esprit-Saint dont nous célébrons l’effusion en cette fête de Pentecôte, nous pouvons en souligner trois aspects qui peuvent, je pense, éclairer la situation de nos communautés en ce temps de transition. Ces trois aspects, caractéristiques de l’action de l’Esprit-Saint, nous pouvons, avec le pape François, les nommer : nouveauté, harmonie, mission.

La nouveauté nous fait toujours peur, parce que nous nous sentons plus rassurés si nous avons tout sous contrôle, si c’est nous-mêmes qui construisons, programmons selon nos plans, nos goûts.

Il nous est donc difficile de nous abandonner à Dieu, laissant l’Esprit Saint être le guide de notre vie. Nous avons peur, comme les Apôtres, que Dieu nous fasse parcourir des chemins nouveaux, nous fasse sortir de notre horizon souvent limité et égo-centré. Quand Dieu se révèle, l’histoire du Salut nous l’enseigne, Dieu apporte toujours du neuf. Ainsi les Apôtres, craintifs et enfermés dans le cénacle, sortent avec courage pour annoncer l’Évangile.

Et nous, sommes-nous ouverts aux surprises de Dieu ? Sommes-nous courageux pour oser prendre de nouveaux chemins ? Ou bien défendons-nous à tout prix des structures et une organisation qui nous arrangent ?

Nous passons d’un curé à un autre avec les changements que cela va provoquer nécessairement.

Alors, aurons-nous assez de confiance dans la Providence pour vivre cette nouveauté comme une occasion de rebondir plutôt que comme une nouvelle cause de mécontentement et de grogne ?

Deuxième idée : c’est par l’Esprit-Saint, écrit saint Paul, que nous formons un seul corps. Oui, c’est l’Esprit-Saint qui est l’harmonie, celle de l’Église, celle de nos communautés.

S’il y a un enjeu primordial aujourd’hui, dans notre unité pastorale, c’est effectivement de réussir cette harmonie, cette alliance entre unité et diversité.

Mais avant notre oeuvre, c’est celle de l’Esprit-Saint qui, à la fois, suscite la diversité et opère l’unité, que ce soit d’abord au niveau de notre paroisse, et aussi à l’échelle de l’Unité pastorale composée de 8 paroisses.

En effet, quand c’est nous qui voulons faire la diversité, nous ne faisons que nous fermer sur nos particularismes, sur nos exclusivismes ; bref, nous apportons la division. De même, quand c’est nous qui voulons faire l’unité selon nos desseins humains, nous finissons par apporter l’uniformité, l’homogénéité.

Laissons-nous guider par l’Esprit-Saint. Lui nous pousse à vivre la variété dans la communion. Mais qu’est-ce que la communion ? Comment l’envisager concrètement entre nos 8  paroisses ?

Troisième trait de l’action de l’Esprit-Saint : il est l’âme de la mission.

De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, disait Jésus, je vous envoie. Puis, il répandit sur eux son souffle en disant : Recevez l’Esprit-Saint.

C’est, en effet, l’Esprit-Saint qui, comme le vent, nous pousse à ouvrir les portes pour sortir, pour annoncer et témoigner de la bonne vie de l’Évangile, la joie de la foi.

L’Esprit-Saint nous engage à sortir de nos problèmes et de nos communautés pour aller vers nos concitoyens, particulièrement les plus fragiles, les plus délaissés. Je pense aux malades, aux personnes âgées, aux 400 personnes hébergées dans nos maisons de repos.

Laissons-nous bouger par l’Esprit-Saint. Que souhaiter de mieux en cette fête de Pentecôte et de changement annoncé !

Abbé Marcel Villers

(Inspiré par l’homélie du 19 mai 2013 du pape François)

 AbbéMV

L’Esprit Saint agit comme il veut !

Pentecôte

En cette fête de Pentecôte, qui vit les apôtres se transformer de disciples peureux en annonciateurs intrépides de la Bonne Nouvelle, soyons de bons pneus de Dieu, remplis de souffle, d’Esprit, comme le dit notre évêque, Mgr Delville, et… revenons à l’exhortation apostolique du pape François!

L’Esprit Saint agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre, cependant, voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons-le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble.

Pour maintenir vive l’ardeur missionnaire, il faut une confiance ferme en l’Esprit Saint, car c’est lui qui vient au secours de notre faiblesse (Rm 8, 26). Mais cette confiance généreuse doit s’alimenter et c’est pourquoi nous devons sans cesse l’invoquer. Il peut guérir tout ce qui nous affaiblit dans notre engagement missionnaire. Il est vrai que cette confiance en l’invisible peut nous donner le vertige : c’est comme se plonger dans une mer où nous ne savons pas ce que nous allons rencontrer. Moi-même j’en ai fait l’expérience plusieurs fois. Toutefois, il n’y a pas de plus grande liberté que de se laisser guider par l’Esprit, en renonçant à vouloir calculer et contrôler tout, et de permettre à l’Esprit de nous éclairer, de nous guider, de nous orienter, et de nous conduire là où il veut. Il sait bien ce dont nous avons besoin à chaque époque et à chaque instant. On appelle cela être mystérieusement féconds !

Pape François, Evangelii gaudium, 279-280.

EspritSouffle

La peinture d’en-tête de cet article est au plafond de l’église de Theux (merci à l’IRPA pour la photo). Merci à Jean-François Kieffer pour le dessin de la fin de l’article!