Notre Curé nous parle – 12 juillet 2020

Celui qui entend la Parole

En la mémoire de saint Benoît, le premier hymne de l’Office interroge Dieu et exprime une attente : « Comment fais-tu de l’homme un dieu, de la nuit une lumière et des abîmes de la mort tires-tu la vie nouvelle ?… Comment n’es-tu qu’un avec nous, nous rends-tu fils de Dieu même ? Comment nous brûles-tu d’amour et nous blesses-tu sans glaive ? Comment peux-tu nous supporter, rester lent à la colère et d’ailleurs où tu te tiens voir ici nos moindres gestes ? Comment de si haut et de si loin ton regard suit-il nos actes ? Ton serviteur attend la paix, le courage dans les larmes ! »

Cette semaine, par un concours de circonstances, j’ai côtoyé et participé à des tranches de vie de groupes humains assez divers. Ceux-ci étaient dans la célébration, ceux-là dans la solidarité, certains dans les conflits, d’autres dans une phase plus apaisée… Toutefois, je suis certain que tous, comme moi, portaient les traces des coups durs proches ou lointains. Tous, nous avançons avec ces cicatrices parfois encore à vif ou qui se réveillent à l’occasion. Tous, nous sommes ainsi de « cet or que l’on purifie au creuset ». Cette souffrance crée en fait dans le genre humain, comme une communion première, bien avant l’égalité ou la fraternité. L’égalité est un principe à mettre en œuvre ; la fraternité ne se décrète pas, elle se décide. Ces deux valeurs humaines font appel à la liberté ; la souffrance qui s’impose requiert d’abord de la patience. « Le grain de sable qui vient parfois se loger entre la coquille et le manteau de l’huître, écrit Ludovic Frère, se trouve recouvert au fur et à mesure, de couches de calcium. Avec le temps, une perle magnifique vient à se former. Ainsi pour nous, avec toutes les petites irritations de la vie, qui sont autant de grains de sable pénibles pour notre tranquillité : recouvertes de grâce divine et portées par notre patience, elles peuvent devenir de magnifiques perles » ! Lire la suite « Notre Curé nous parle – 12 juillet 2020 »

Notre Curé nous parle – 5 juillet 2020

Doux et humble de cœur

Cette semaine, enfin il y a quelques jours, la Belgique aurait manqué, selon certains médias, une date historique. Ce mercredi, la loi sur la dépénalisation de l’avortement a été renvoyée pour la troisième fois devant le Conseil d’état. Je rappelle, car je l’ai déjà évoqué ici plus avant, que l’enjeu n’est pas de permettre l’avortement, ce qui est permis dans notre pays, mais son encadrement, son accompagnement et sa prévention. Un collectif de soignants, médecins et infirmières, avait tiré un signal d’alarme lors de la précédente venue de cette proposition de loi en commission de la Chambre… Je ne reviendrai pas ici sur le fond de ce débat mais sur sa forme. Pour le report du vote, on a vu l’alliance d’une cinquantaine de députés qualifiés de conservateurs allant du centre à l’extrême-droite. C’est sur l’apport de celle-ci que j’interroge. Ce parti qualifié d’infréquentable se rend indispensable dans ce combat législatif qui est perdu d’avance tant une majorité se dégage pour le vote de la loi. Où est donc son intérêt ? Il y en a sans doute plusieurs. Mais j’en vois un, celui de se poser en gardien de « l’ordre moral » alors que le sien est plein de confusion et de contradiction, du fait de son fondement populiste…

J’évoque longuement notre réalité politique et éthique car je vois par ailleurs un Fabrice Hadjadj placer ce genre de débat avec ces enjeux dans une « confrontation » plus large. Il écrit sans ambages : « Le grand bluff dans nos sociétés déchristianisées consiste à récupérer la compassion pour la retourner contre le Christ. Compassion de la tripe sensible contre celle du cœur ardent : elle aurait consisté à faire avorter Marie, pour lui éviter à la fois la répudiation et ce fils voué au supplice monstrueux, et, s’il était trop tard pour cette sollicitude, à donner du moins à Jésus non pas le vinaigre sur la Golgotha, mais un cocktail lytique à Gethsémani. Les chrétiens sociaux craignent de passer pour tortionnaires, si bien qu’ils finissent par céder à la gentillesse létale. Mais les « cathos-tradis », en face, se font aussi avoir à ce jeu de la compassion : que tout se résume à la lutte contre l’avortement, et qu’on oublie d’annoncer la Grâce qui sauve le misérable (spécialement l’avorteur), voilà qui réjouit infiniment l’enfer. Nous avons là le débat type, parfaitement orchestré par le pandémonium (*)» (Fabrice Hadjadj, La foi des démons, éd Salvator, 2009, p 209). Lire la suite « Notre Curé nous parle – 5 juillet 2020 »

Notre Curé nous parle – 28 juin 2020

En ce début d’été, Jean Le Baptiste

En ce début d’été, nous avons pris l’habitude de nous tourner ensemble vers le saint patron de notre Unité paroissiale : St Jean-Baptiste. Sa fête qui coïncide avec le solstice d’été nous rappelle à travers les merveilles de la nature que le point culminant de nos chemins de vie, que la lumière unique qui les éclaire est le Christ. Toutefois, le Christ est bien entré dans la gloire, dans la communion du Père. Sa divinité nous le rend pour une part inaccessible. C’est pourquoi nous avons besoin de médiation, d’intermédiaires pour le rejoindre. Enfin plutôt pour le laisser nous rejoindre. Ce sont notamment les prophètes. Heureux sommes-nous d’avoir pris pour compagnon Jean Le Baptiste : « le plus grand de tous les prophètes et le plus petit dans le Royaume des Cieux ». Il est bien « la voix qui crie dans le désert… préparez les chemins du Seigneur ».

Peut-être qu’encore aux prises avec les conséquences du confinement, peut-être qu’habités par la crainte légitime de l’ennemi invisible, peut-être que simplement isolés, ralentis par l’âge ou la maladie, nous nous demandons comment pouvons-nous être actifs pour le Royaume ? Comment aujourd’hui « préparer les chemins du Seigneur » ? Lire la suite « Notre Curé nous parle – 28 juin 2020 »

Notre Curé nous parle – 21 juin 2020

La joie sur les lèvres,
je dirai ta louange

En ce deuxième dimanche « du retour à l’église », nous pouvons sentir déjà un peu dans l’ordinaire. Il est sans doute très bon de faire mémoire des retrouvailles d’il y a une semaine : que de regards lumineux et joyeux au-dessus des masques, que de visages détendus et rayonnants, signe de cœurs habités, paisibles et remplis d’espérance… Aujourd’hui, encore, faisons nôtre l’hymne « que ma joie demeure » grâce à Dieu !

Grâce à Dieu !? Souvenons de Jeanne d’Arc : « si je suis dans la grâce de Dieu ? Si j’y suis, Dieu m’y garde ; si je n’y suis pas qu’il m’y mette ! » De même que l’on reconnaît l’arbre à ses fruits, de même le disciple ne peut porter du fruit en mission qu’enraciné dans le Seigneur. « Dieu, tu es mon Dieu, chante le psalmiste (Ps 62), je te cherche dès l’aube ». La présence au Seigneur est la condition sine qua non de notre vie de croyant, de juste, de saint… « J’ai vu ta force et ta gloire. Ton amour vaut mieux que la vie… Comme par un festin, je serai rassasié, la joie sur les lèvres, je dirai ta louange ».

« La joie sur les lèvres, je dirai ta louange. » N’y a-t-il pas là comme un mot du jour, un ordre de marche ? Accessible. Nous le sentons bien ; la période du confinement strict s’éloigne et risque de ne demeurer qu’une parenthèse, originale certes, mais une parenthèse bien réelle quand un certain ordinaire reprend de plus en plus sa place… Jean Cazenave, un prêtre béarnais, constate, avec humour, la créativité pastorale du temps extraordinaire. Parlant, par exemple, de la fête des Rameaux, il écrit « En matière de bénédiction en drive ou à domicile, à coup de goupillon ou de pistolet à eau, on a à peu près tout vu… » Plus sérieusement, il interroge, comme Tomas Halik, le signe des églises vides : « Allons- nous continuer à piaffer d’impatience ou à inventer d’autres ersatz du culte dominical ? » Je dirai, sans trahir sa pensée, avant comme après le confinement. Je retiens aussi de lui des questions que je vous partage : « Qu’est ce qui nous a manqué le plus pendant le confinement ? L’eucharistie ? La fraternité communautaire ? Le partage de la Parole de Dieu ? »
Lire la suite « Notre Curé nous parle – 21 juin 2020 »

Notre Curé nous parle – 14 juin 2020

Fête de l’Eucharistie
en la Fenêtre de Theux

En cette fête de l’Eucharistie, la communauté chrétienne de la Fenêtre de Theux peut se retrouver pour célébrer son Seigneur. Après le temps des restrictions de sauvegarde sanitaire, nous récupérons petit à petit nos facultés de prière commune ; comme d’autres, nous réinvestissons notre terre de libertés. Nos retrouvailles n’ont cependant pas un air de fête débordante. D’abord en raison de ce que j’ai déjà dit plus avant, la pandémie s’éloigne mais n’est pas finie ce qui implique encore une prudence sérieuse et concrète. Ensuite, comme attendu, le contexte socio-économique est en berne et touche peut-être déjà durement des proches. Il n’y a pas de quoi pavoiser et en même temps, il ne faut pas bouder notre plaisir et notre joie de se revoir.

Aux conséquences prévisibles de la mise en pause de notre société, s’ajoute cette semaine, l’émoi autour de la mort tragique et inique d’un afro-américain (mise en lumière d’un événement hélas pas unique ni nouveau). Il est normal de ne pas taire notre indignation ; toutefois, il y a des manières justes et ajustées et d’autres qui le sont moins. A Theux, il n’y a, que je sache, pas de statues à déboulonner mais comme partout, il y a des idoles à débusquer. La première que je verrai est la tentation de voir les choses en noir et blanc, si j’ose dire. Or, le réel est nécessairement en gris avec toutes ses nuances, gris qui est toujours l’occasion de l’accueil de la lumière. Je mentionne par exemple, pour nourrir modestement le débat sur l’héritage de Léopold II, que je n’ai entendu personne dire que si la Belgique s’est, un temps, hissée au rang de puissance économique mondiale, c’est notamment avec la sueur de ses mineurs, le labeur de ses ouvriers et la peine de ses paysans. Travail dur et pénible sans lequel le génie intellectuel et le pouvoir financier n’auraient pas conduit au développement et à la prospérité… Je laisse cette analyse historique pour revenir aux idoles. La deuxième idole est la tentation de regarder l’avenir avec angoisse et vouloir revenir en arrière. Là, notre expertise de peuple croyant est fondamentale. En effet, aujourd’hui, nous sommes sur le chemin commencé par le peuple de l’Alliance à l’appel de son Dieu qui libère (exode et exil), chemin qui passe, au-delà de la libération de l’humain des esclavages de ce monde, par la libération définitive du péché et de la mort accomplie par le Christ Jésus. Certes, nous, ses disciples et ses frères, nous sommes des porteurs d’aurore qui, comme le dit saint Paul, « font le mal qu’ils ne veulent pas et pas le bien qu’ils voudraient ». C’est le même Paul qui affirme encore que « Qui pourra  nous séparer de l’amour du Christ ? » Formidable assurance pour nous, les enfants de Dieu. « Vous n’avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père » (Rm 8,15). Lire la suite « Notre Curé nous parle – 14 juin 2020 »