Pentecôte : l’Esprit-Saint nous bouge

Laissons-nous bouger par l’Esprit-Saint !

La Pentecôte est d’abord cet événement extraordinaire que nous raconte le livre des Actes des Apôtres. Nous sommes sur la place publique, celle de Jérusalem. Le bruit, le vent et le feu jouent les premiers rôles et donnent de la Pentecôte un aperçu spectaculaire et tonitruant. Mais l’essentiel est ailleurs : dans la transformation, la métamorphose des Apôtres qui, évidemment, ne s’attendaient pas à ce renouveau. Tous furent remplis de l’Esprit-Saint. Phénomène extérieur sous le signe concret des langues de feu, mais surtout événement intérieur qui atteint l’esprit et le cœur de chacun.

Cet Esprit-Saint dont nous célébrons l’effusion en cette fête de Pentecôte, nous pouvons en souligner trois aspects caractéristiques : nouveauté, harmonie, mission.
« La nouveauté nous fait toujours peur, écrit le pape François, parce que nous nous sentons plus rassurés si nous avons tout sous contrôle, si c’est nous-mêmes qui construisons, programmons selon nos plans, nos goûts. Il nous est donc difficile de nous abandonner à Dieu, laissant l’Esprit Saint être le guide de notre vie. Nous avons peur, comme les Apôtres, que Dieu nous fasse parcourir des chemins nouveaux, nous fasse sortir de notre horizon souvent limité et égocentré. Quand Dieu se révèle, l’histoire du salut nous l’enseigne, Dieu apporte toujours du neuf. Ainsi les Apôtres, craintifs et enfermés dans le cénacle, sortent avec courage pour annoncer l’Evangile. »

Et nous, sommes-nous ouverts aux surprises de Dieu ?
Cette année, avec l’épidémie, le confinement et ses suites, nous avons été servis en matière de surprise, de bouleversements : nos églises sont vides, image peut-être de la situation faite à la religion dans notre pays ; annonce, pour certains, d’une transformation radicale de la vie chrétienne qui passera ailleurs que par nos églises et paroisses.
Qu’allons-nous faire demain quand cessera le confinement ? Reprendre les habitudes d’hier ou oser de nouveaux chemins ?
Aurons-nous assez de confiance dans la Providence pour vivre l’épreuve du vide actuel comme une occasion de discerner ce que l’Esprit-Saint nous souffle comme nouvelle manière de vivre une foi qui repose toujours plus sur la force intérieure de chacun plutôt que sur un encadrement social dont l’absence ces derniers mois nous a fait éprouver la relativité.

Deuxième idée : c’est par l’Esprit-Saint, écrit St Paul, que nous formons un seul corps. Oui, c’est l’Esprit-Saint qui est l’harmonie, celle de l’Eglise, celle de nos communautés. S’il y a un enjeu primordial aujourd’hui, dans notre unité pastorale, c’est effectivement de réussir cette harmonie, cette alliance entre unité et diversité. Mais avant notre œuvre, c’est celle de l’Esprit-Saint qui, à la fois, suscite la diversité et opère l’unité, que ce soit d’abord au niveau de notre paroisse, et aussi à l’échelle de l’Unité pastorale.
En effet, « quand c’est nous qui voulons faire la diversité, nous ne faisons que nous fermer sur nos particularismes, sur nos exclusivismes ; bref, nous apportons la division, écrit le pape François. De même, quand c’est nous qui voulons faire l’unité selon nos desseins humains, nous finissons par apporter l’uniformité, l’homogénéité. »
Laissons-nous guider par l’Esprit-Saint. Lui nous pousse à vivre la variété dans la communion.
Mais qu’est-ce que la communion ?
Nous allons bientôt retrouver les rassemblements du dimanche, mais dans quelles conditions concrètes et surtout à quelles conditions spirituelles ? Comment et où nous y préparer ?

Troisième trait de l’action de l’Esprit-Saint : il est l’âme de la mission.
De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, disait Jésus, je vous envoie. Puis, il répandit sur eux son souffle en disant : Recevez l’Esprit-Saint.
C’est, en effet, l’Esprit-Saint qui, comme le vent, nous pousse à ouvrir les portes pour sortir, pour annoncer et témoigner de la bonne vie de l’Evangile, la joie de la foi.
La crise actuelle nous a conduit à quitter nos problèmes et nos communautés pour aller vers nos concitoyens, particulièrement les plus fragiles, les plus délaissés. Les fidèles acteurs de la Saint-Vincent de Paul ont multiplié les aides matérielles et réconforté de nombreuses personnes en difficulté. De même, nous pensons à toutes celles et ceux qui se sont dévoués auprès des malades, des personnes âgées, et ces plus de 200 personnes hébergées dans nos maisons de repos.

Tout cela que nous avons vécu et qui nous a inévitablement changé, qu’allons-nous en faire demain ? Quelle moisson en sortira ?

Dans la Bible, l’image de la moisson exprime une échéance décisive, toujours elle dit que les choses sont mûres et que la récolte ne doit souffrir aucun retard.
Prenons le temps de faire la moisson !
Laissons-nous bouger par l’Esprit-Saint !

Abbé Marcel Villers

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