La chronique de notre Curé du 30 mai 2021

Ceux-là sont fils de Dieu

Comme chaque année, nous voilà revenus en temps ordinaire et la liturgie nous propose d’être encore à la fête dans la suite du temps pascal ! C’est important : le mystère de la Trinité ne s’explique pas : il s’éprouve dans l’expérience croyante. De même que seuls ceux qui ont « mangé et bu » avec le prophète de Nazareth de son vivant, ont fait l’expérience de la résurrection, de même celles et ceux qui ont la foi peuvent appréhender quelque chose de Dieu toujours transcendant ! Ainsi se vérifie l’adage : lex orandi, lex credendi ! Ce qui fait loi dans la prière se fait loi dans la foi ! Ceci nous ramène à l’acte de foi, notre acte de foi ou nos actes de foi ? En qui croyons-nous et pouvons-nous placer notre pleine confiance ?

A l’époque du Deutéronome (deuxième loi), vers les années 620 avant Jésus, le peuple est dans l’incertitude : seul persiste le royaume de Juda (Judée actuelle) autour de Jérusalem. Le grand frère, celui de Samarie, a été laminé un siècle plus tôt par les Assyriens. Maintenant, c’est l’Égypte qui tente de remonter en puissance alors qu’à Babylone, un autre ennemi potentiel se dessine… En qui ? En quoi, en qui espérer? Le roi Josias tente une réforme nationale avec l’aide de servants du temple de Jérusalem. Cela passe par une centralisation du culte à cet endroit. Étonnamment, lors des travaux, des rouleaux attribués à Moïse réapparaissent ! Nous en avons un extrait dans la première lecture d’aujourd’hui (Dt 4, 32-40). Au passage, reconnaissons que nos Écritures suivent bien, dans leur rédaction, les tribulations de l’expérience croyante. C’est déjà un acte de foi d’y reconnaître ce que nous appelons la Parole de Dieu. C’est avec discernement et tradition que nous entendons le Tout-Autre nous parler au travers des textes bien situés dans l’histoire sainte. Lire la suite « La chronique de notre Curé du 30 mai 2021 »

La chronique de notre Curé du 28 mars 2021

Depuis une semaine, le printemps est arrivé, paraît-il. En fait, nous sommes entrés dans la saison du renouveau mais les signes de celui-ci se font attendre entre le ciel lourd de gris, les coups de vents et de froid. Seule la forme des pluies nous incite à y croire : les veaux de mars vont se transformer en biquets d’avril, comme on dit chez nous. Du côté nature, les arbres et buissons ont encore leur aspect mortuaire de l’hiver. Toutefois, les perce-neige, hellébores ou autres crocus s’associent aux narcisses et aux jonquilles pour teinter de couleurs vives les sombres bruns des bois et jardins. Ah oui, n’oublions pas le houx et le buis qui, eux, sont demeurés stoïques de vert pendant la mauvaise saison… Et nous, avons-nous des idées moroses ou lumineuses en ces jours où un confinement qui ne dit pas son nom vient plomber l’ambiance ? « Mon emploi du temps se défait pièce par pièce, car c’est ce qui doit venir qui vient, et non ce que nous inscrivons au programme ; puissions-nous du moins prendre en main, habilement, énergiquement, ce qui vient légitimement » écrivit un jour Rainer-Maria Rilke. Cette réflexion pourrait s’associer à la réflexion conclusive de notre Premier Ministre sur l’humilité lors du dernier comité de concertation. 

Lire la suite « La chronique de notre Curé du 28 mars 2021 »

Notre Curé nous parle – 5 juillet 2020

Doux et humble de cœur

Cette semaine, enfin il y a quelques jours, la Belgique aurait manqué, selon certains médias, une date historique. Ce mercredi, la loi sur la dépénalisation de l’avortement a été renvoyée pour la troisième fois devant le Conseil d’état. Je rappelle, car je l’ai déjà évoqué ici plus avant, que l’enjeu n’est pas de permettre l’avortement, ce qui est permis dans notre pays, mais son encadrement, son accompagnement et sa prévention. Un collectif de soignants, médecins et infirmières, avait tiré un signal d’alarme lors de la précédente venue de cette proposition de loi en commission de la Chambre… Je ne reviendrai pas ici sur le fond de ce débat mais sur sa forme. Pour le report du vote, on a vu l’alliance d’une cinquantaine de députés qualifiés de conservateurs allant du centre à l’extrême-droite. C’est sur l’apport de celle-ci que j’interroge. Ce parti qualifié d’infréquentable se rend indispensable dans ce combat législatif qui est perdu d’avance tant une majorité se dégage pour le vote de la loi. Où est donc son intérêt ? Il y en a sans doute plusieurs. Mais j’en vois un, celui de se poser en gardien de « l’ordre moral » alors que le sien est plein de confusion et de contradiction, du fait de son fondement populiste…

J’évoque longuement notre réalité politique et éthique car je vois par ailleurs un Fabrice Hadjadj placer ce genre de débat avec ces enjeux dans une « confrontation » plus large. Il écrit sans ambages : « Le grand bluff dans nos sociétés déchristianisées consiste à récupérer la compassion pour la retourner contre le Christ. Compassion de la tripe sensible contre celle du cœur ardent : elle aurait consisté à faire avorter Marie, pour lui éviter à la fois la répudiation et ce fils voué au supplice monstrueux, et, s’il était trop tard pour cette sollicitude, à donner du moins à Jésus non pas le vinaigre sur la Golgotha, mais un cocktail lytique à Gethsémani. Les chrétiens sociaux craignent de passer pour tortionnaires, si bien qu’ils finissent par céder à la gentillesse létale. Mais les « cathos-tradis », en face, se font aussi avoir à ce jeu de la compassion : que tout se résume à la lutte contre l’avortement, et qu’on oublie d’annoncer la Grâce qui sauve le misérable (spécialement l’avorteur), voilà qui réjouit infiniment l’enfer. Nous avons là le débat type, parfaitement orchestré par le pandémonium (*)» (Fabrice Hadjadj, La foi des démons, éd Salvator, 2009, p 209). Lire la suite « Notre Curé nous parle – 5 juillet 2020 »

Solennité de la Trinité : Au nom de qui ?

Au nom de qui ?

Quand Jésus ou, après lui, les apôtres, ont annoncé le Règne de Dieu comme tout proche ou ont pardonné et guéri des gens, les autorités religieuses leur ont aussitôt demandé : « Au nom de qui ? » Autrement dit, qui vous envoie ? qui vous mandate ? Bref, quel crédit, quelle autorité accorder à votre parole, à votre action ? Qui est derrière vous ?
« Au nom de qui ? »
La réponse, nous la connaissons : « Au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit. » Belle profession de foi ! Nous sommes face à une espèce de résumé du Credo des chrétiens.
Mais cette réponse amène de suite une autre question :
« Qui donc est ce Dieu : Père, Fils et Saint Esprit ? »

La diversité des religions correspond à des conceptions différentes du rapport entre l’homme et Dieu : soumission, confiance, crainte, etc. Si nous observons l’attitude prise pour prier, nous avons là une indication sur le lien entre l’homme et son Dieu. Le bouddhiste est assis. Le musulman est prosterné. Le chrétien est debout. Saint Paul nous donne la clé pour comprendre. « L’Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c’est un Esprit qui fait de vous des fils. » (Ro 8,14-15)
L’œuvre de l’Esprit est de nous relier à Dieu comme des fils à leur père. « Poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant « Abba ! » (Ro 8,16) Ce Dieu-Père, c’est Jésus qui nous l’a fait connaître.
Dans sa prière, Jésus s’adressait à Dieu en lui disant : « Abba, Père. » (Mc 14,36) Et pour qualifier leurs relations, il disait : « Nul ne connaît le Fils si ce n’est le Père, et nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler. » (Mt 11, 27)Cette profonde intimité entre Jésus et Dieu, entre le Fils et le Père, ce qui les unit si étroitement, c’est l’Esprit Saint. C’est lui le lien. Être chrétien, c’est se laisser conduire par l’Esprit qui nous est donné. Cet Esprit, c’est celui qui unit le Christ à Dieu ; c’est le propre Esprit du Père et du Fils qui nous est communiqué.

Devenir chrétien, c’est se laisser travailler par l’Esprit Saint pour devenir de plus en plus ressemblant, uni étroitement à Jésus. Ce travail, on le nomme justement la vie spirituelle, la vie dans l’Esprit. Cet Esprit nous façonne à l’image du Fils, il nous configure au Christ. Et nous entrons ainsi dans une relation à Dieu qui est à l’image de celle que Jésus entretient avec Dieu. Ainsi lorsque ses disciples lui ont demandé comment il fallait prier, Jésus a répondu : « Lorsque vous priez, dites : Notre Père qui es aux cieux. » (Mt 6,9)
Et Saint Paul d’en conclure : « La preuve que vous êtes des fils, c’est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l’Esprit de son Fils qui crie : Abba, Père ! Aussi n’es-tu plus esclave mais fils. » (Ga 4, 6)

Voilà bien un des traits propres de la religion chrétienne : faire de Dieu un père, des hommes ses fils, et donc des frères entre eux. Car ce qui caractérise la relation entre l’homme et Dieu, ce sont, selon la foi chrétienne, la liberté et l’amour.

La liberté. « Tu n’es plus esclave, mais fils », écrivait St Paul. En effet, par l’Esprit, don de Dieu, nous ne sommes plus des serviteurs, des esclaves. Dieu nous a affranchis, rendus libres en faisant de nous ses enfants, ses fils.
Cette liberté débouche sur l’amour. Le seul service que nous avons encore à rendre est celui de nos frères. « Vous avez été appelés à la liberté ; par la charité mettez-vous au service les uns des autres. » (Ga 5,13)
Liberté, amour. L’Esprit est enfin source de vie. Comme l’énonce clairement l’apôtre Paul : « Si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » (Ro 8, 11)

Cet Esprit habite en nous depuis notre baptême dont la confirmation n’est que la conclusion, l’achèvement. Nous comprenons alors l’ordre de mission donné par Jésus à l’Église : « Allez ! De toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »

Abbé Marcel Villers
Illustration : Andrea del Castagno, Fresque Trinità e santi (détail), Florence 1453-1454