Clés pour lire l’évangile de Jean : 52. Abraham

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. La controverse de Jésus avec les Pharisiens se poursuit : Jn 8, 48-59.

52. Plus grand qu’Abraham

En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût,
JE SUIS. (8,58)

Les véritables fils d’Abraham sont ceux qui acceptent dans la foi la parole de Dieu. « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort » (8,51). Jésus est-il « plus grand qu’Abraham, notre père, qui mourut ? » (8,53). Oui, il est l’envoyé du Père dont Abraham est l’annonciateur par son obéissance à l’ordre divin.

« Avant qu’Abraham fût, JE SUIS » (8,58). Il ne s’agit pas de préexistence chronologique, mais de différence qualitative entre Abraham soumis à la mort et Jésus qui se révèle comme l’envoyé du Père, et donc de nature divine. « JE SUIS » est une formule de révélation qui dit qu’en Jésus, c’est Dieu lui-même qui se manifeste. Le monothéisme chrétien est ici à sa pleine expression. « Es-tu plus grand que notre père Abraham ? » (8,53).

Abraham

« Pour les Juifs, Abraham est leur père dont ils estiment être la descendance. Jésus ne conteste pas cela, il demande simplement qu’on réalise les œuvres d’Abraham qui consistent à obéir à la parole de Dieu. Le jour de Jésus qu’a vu Abraham peut être compris de façon prophétique. Abraham a vu en vision se réaliser avec l’avènement de Jésus le jour de Dieu attendu par Israël. Abraham a exulté à la pensée de voir ce jour. Les Juifs fondent toute leur espérance en Abraham d’où ils tirent une certaine arrogance. Jésus les invite à reconnaître en celui-ci le patriarche qui reconnut le Christ en vision ou en son fils Isaac, figure de Jésus. » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 51. Vérité et liberté

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. La controverse de Jésus avec les Pharisiens se poursuit : Jn 8, 31-47.

51. Vérité et liberté

Si vous demeurez fidèles à ma parole, la vérité vous rendra libres. (8,31-32)

Face à cette prétention de Jésus, les Juifs revendiquent leur descendance d’Abraham qui fonde leur liberté : « nous n’avons jamais été esclaves de personne » (8,33). Ils sont les fils de Sarah, la femme libre. Mais Jésus vise une autre libération, celle du péché dont tout être humain est esclave. Se réclamer d’Abraham est inutile car la véritable libération vient du Fils dont la parole est vérité puisqu’elle a sa source en Dieu qui l’a envoyé.

« Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez » (8,42) Mais, « Vous êtes du diable, c’est lui votre père…il n’y a pas en lui de vérité, il est menteur et père du mensonge » (8,44). Jésus affirme, en raison de son lien avec le Père, dire la vérité et libérer de l’esclavage du péché. Mais, « vous ne m’écoutez pas parce que vous n’êtes pas de Dieu » (8,47).

Vérité dans l’évangile de Jean

« La vérité (alètheia en grec), c’est ce qui peut être exposé et vu par tous, ce qui n’est pas caché. Dans la Septante, alètheia traduit en général l’hébreu émét qui évoque ce qui est solide, valable, durable. Jésus est la vérité parce qu’il dévoile, fait connaître celui qu’on ne voit pas. Parce qu’il est la vérité, Jésus est le « dévoileur », le révélateur par excellence. Jésus dit la vérité parce qu’il est le témoin par excellence du Père (8,45). Il juge selon la vérité (8,16). En revanche, le diable est celui qui a toujours refusé la vérité et qui est père du mensonge (8,44). Le disciple est celui qui est de la vérité (19,27). Il accueille la parole de Jésus et la garde, il connaît ainsi Jésus et la révélation qu’il est ; cette vérité rend libre (8,22). » (Jean-Pierre LÉMONON, Pour lire l’évangile selon saint Jean, 2020)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 49. La lumière

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Dans le Temple, Jésus affronte les Pharisiens : Jn 8, 12-20.

49. La lumière du monde

Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père. (Jn 8,19)

Lors de la fête des Tentes, dans le Temple éclatant de lumière, Jésus se proclame la vraie lumière, destinée au monde, à toute l’humanité et non seulement aux Juifs. De quel droit s’identifie-t-il ainsi à la lumière ? « Tu te rends témoignage à toi-même, ce n’est donc pas un témoignage valable » (8,13).

Et Jésus de répondre : « je ne suis pas seul, il y a moi et le Père qui m’a envoyé » (8,16). La validité de la parole de Jésus ne peut être vérifiée par des critères ou des témoignages de ce monde. Comme la lumière ne peut rien faire d’autre que témoigner pour elle-même et être légitimée par sa source, ainsi Jésus affirme : « je suis à moi-même mon propre témoin et le Père, qui m’a envoyé, témoigne aussi pour moi » (8,18). Mais « où est-il ton père ? » (8,19).

Jésus est LA lumière

« La lumière est une image biblique classique. Premièrement, elle est mise en rapport avec la parole de Dieu, la Tora. Deuxièmement, elle est associée par Esaïe à la figure du serviteur de Dieu « destiné à être la lumière des nations ». Troisièmement, elle est rapprochée des figures de la Sagesse et de celle du Logos philonien. Comme le suggère le prologue de Jean, la lumière doit être comprise dans le cadre de la révélation dont elle exprime la finalité. Elle désigne la manifestation de Dieu en Jésus. Jésus est la lumière à l’exclusion de toute autre. La relation de suivance (celui qui me suit), qui est synonyme de foi, permet d’être libéré des ténèbres. La lumière, expression de la réalité divine, procure la vie. » (Jean ZUMSTEIN, L’Évangile selon saint Jean, 2014)

Abbé Marcel Villers

La chronique de notre Curé du 30 mai 2021

Ceux-là sont fils de Dieu

Comme chaque année, nous voilà revenus en temps ordinaire et la liturgie nous propose d’être encore à la fête dans la suite du temps pascal ! C’est important : le mystère de la Trinité ne s’explique pas : il s’éprouve dans l’expérience croyante. De même que seuls ceux qui ont « mangé et bu » avec le prophète de Nazareth de son vivant, ont fait l’expérience de la résurrection, de même celles et ceux qui ont la foi peuvent appréhender quelque chose de Dieu toujours transcendant ! Ainsi se vérifie l’adage : lex orandi, lex credendi ! Ce qui fait loi dans la prière se fait loi dans la foi ! Ceci nous ramène à l’acte de foi, notre acte de foi ou nos actes de foi ? En qui croyons-nous et pouvons-nous placer notre pleine confiance ?

A l’époque du Deutéronome (deuxième loi), vers les années 620 avant Jésus, le peuple est dans l’incertitude : seul persiste le royaume de Juda (Judée actuelle) autour de Jérusalem. Le grand frère, celui de Samarie, a été laminé un siècle plus tôt par les Assyriens. Maintenant, c’est l’Égypte qui tente de remonter en puissance alors qu’à Babylone, un autre ennemi potentiel se dessine… En qui ? En quoi, en qui espérer? Le roi Josias tente une réforme nationale avec l’aide de servants du temple de Jérusalem. Cela passe par une centralisation du culte à cet endroit. Étonnamment, lors des travaux, des rouleaux attribués à Moïse réapparaissent ! Nous en avons un extrait dans la première lecture d’aujourd’hui (Dt 4, 32-40). Au passage, reconnaissons que nos Écritures suivent bien, dans leur rédaction, les tribulations de l’expérience croyante. C’est déjà un acte de foi d’y reconnaître ce que nous appelons la Parole de Dieu. C’est avec discernement et tradition que nous entendons le Tout-Autre nous parler au travers des textes bien situés dans l’histoire sainte. Lire la suite « La chronique de notre Curé du 30 mai 2021 »