Clés pour lire saint Jean 3. Son nom était Jean

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons cette année fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Il n’y a pas d’année liturgique centrée sur Jean, comme c’est le cas pour Matthieu, Marc et Luc. Nous ferons donc une lecture continue de Jean en tâchant de faire des liens avec l’année liturgique. Au long de l’Avent, nous méditerons le prologue (Jn 1, 1-18) qui ouvre l’évangile et est lu entièrement, chaque année, le jour de Noël. Cette semaine : Jn 1, 6-8.

3.  Son nom était Jean

Il est venu pour rendre témoignage à la Lumière. (Jn 1,7)

Ce Jean qui ne peut être que celui que nous nommons le Baptiste est ici désigné par trois termes positifs : un homme, un envoyé, un témoin ; et une restriction : « cet homme n’était pas la Lumière. » (1,8) Lui qui n’est qu’un homme, bien loin donc de la dimension divine du Verbe, sa mission est de « rendre témoignage à la Lumière afin que tous croient par lui. » (1,7)

Ce n’est pas de lui-même que cet homme, Jean, s’est constitué témoin. En effet, « il est envoyé par Dieu pour rendre témoignage ». (1,6) Il nous est présenté comme le premier témoin, le témoin universel qui s’adresse à tous : il témoigne de la Lumière, celle qui vient illuminer tout humain et donner sens à l’existence. Sa mission est de conduire à la foi en ce Verbe, Jésus, Lumière des hommes. Il prépare, il précède, il annonce, il témoigne. Comme chacun de nous.

Le témoin

Envoyé et témoin, telle est la définition de tout chrétien qui, comme Jean le Précurseur, est appelé à « rendre témoignage à la Lumière afin que tous croient par lui. » (1,7) « Pour qu’ils puissent donner avec fruit ce témoignage du Christ, les chrétiens doivent se joindre aux hommes par l’estime et la charité… découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui se trouvent cachées [dans leurs traditions nationales et religieuses]… Le Christ lui-même a scruté le cœur des hommes et les a amenés par un dialogue vraiment humain à la lumière divine ; de même, ses disciples doivent connaître les hommes au milieu desquels ils vivent, engager conversation avec eux, afin qu’eux aussi apprennent dans un dialogue sincère et patient, quelles richesses Dieu a dispensées aux nations. » (Vatican II, Décret sur l’activité missionnaire de l’Église, n° 11)

Abbé Marcel Villers

HISTOIRE DES MISSIONS 4. La mission immobile

4. La mission immobile ou par attraction 

L’Europe gallo-romaine connut une évangélisation individuelle et par attraction. Des soldats ou des marchands, par leur exemple et style de vie, propagèrent la foi chrétienne le long des routes et des fleuves. L’action missionnaire fut alors diffusion d’une façon de vivre, de penser et de croire. Diffusion spontanée, c’est-à-dire, par la force d’attraction du christianisme lui-même, par contagion sur le monde environnant. On va chez des amis, chez des clients, chez des cousins. L’évangélisation se faisait à ces occasions, au gré des rencontres. Ce modèle missionnaire est la mission des petites gens : une mission dans la simplicité des contacts, une mission faite par des familles, des individus, au gré des circonstances de la vie. On a parlé de « mission immobile ».

Dans toute la Gaule, les monastères constituèrent des centres rayonnant de vie religieuse mais aussi de culture et d’art. Au VIe s., les moines irlandais se firent missionnaires et répandirent leur règle austère sur le continent. L’évangélisation va être appuyée et même diligentée par les autorités franques, récemment converties. Après les invasions barbares, il s’agit d’une deuxième évangélisation, orientée vers les campagnes et ces peuplades païennes venues du Nord. Au VIIe siècle, les rois mérovingiens vont favoriser cette évangélisation, particulièrement par la création de monastères. On parle alors d’évangélisation par rayonnement sur les populations environnantes.

Les gens des campagnes, étaient attirés par les belles cérémonies liturgiques, le culte des saints. Ajoutons l’exercice de la charité à la porte du monastère. Enfin, il y avait l’exemple d’une vie de piété, d’abnégation, de travail, d’amour du prochain. Les moines circulaient aussi dans la région et y prêchaient.

Abbé Marcel Villers