Histoire des missions : 12 La querelle des rites

12. La crise de l’approche culturelle ou la querelle des rites chinois (XVIIe-XVIIIe s.) 

Les missionnaires jésuites s’illustrèrent par la volonté de faire naître un christianisme adapté aux situations locales. Ainsi, en Chine, Matteo Ricci (1552-1610) élabora une méthode d’adaptation culturelle du langage chrétien en s’inspirant de l’humanisme de Confucius. Deux questions principales guidaient cette démarche : comment traduire Dieu en chinois ; les rites qui honoraient Confucius et les ancêtres étaient-ils d’ordre purement civil et donc non religieux ? Ces deux problématiques, le langage et les rites, constituent l’enjeu essentiel de la démarche missionnaire. Comment traduire dans le langage et les rites d’une autre culture le juste sens de la foi chrétienne exprimé dans les mots et les gestes de la culture européenne ?

Les jésuites firent choix de noms divins empruntés aux classiques chinois et autorisèrent les chrétiens à participer à certains rites considérés comme familiaux et sociaux. Les autres missionnaires considérèrent que cette position revenait à tolérer l’idolâtrie et portèrent la querelle, dite des rites, en Europe où elle suscita, pendant plus d’un siècle, un vaste débat philosophique tout autant que théologique sur nature et grâce, humanisme et salut. En 1742, Benoît XIV condamna les rites chinois. Ce n’est qu’en 1939 que Pie XII leva l’interdiction.

Cette célèbre querelle « représente un cas typique de la tension propre à tout essai d’inculturation : si l’annonce de l’Évangile ne peut se faire entendre qu’en devenant un fait de culture, en-deçà de quelles limites l’incarnation culturelle doit-elle se tenir pour ne point compromettre l’intégrité du message chrétien. » (Étienne DUCORNET)

Abbé Marcel Villers

Histoire des missions : 11. les MEP

11. Les missions étrangères de Paris (1664)

Le 8 juin 1658, Rome nomme trois vicaires apostoliques pour les missions d’Asie et un pour le Canada. Autour de ces vicaires, français, va se constituer la société des missions étrangères de Paris (MEP) qui regroupe les prêtres formés dans le séminaire du même nom créé en 1663. Cette société n’est pas un ordre religieux mais une association de prêtres diocésains, incardinés dans leur diocèse d’origine et mis à la disposition de la la congrégation de la Propaganda fide, pour aller travailler en mission sous l’autorité des vicaires apostoliques. Ce sont, pour la première fois, des prêtres séculiers qui sont envoyés en mission à l’étranger.

Le but principal des Missions Étrangères de Paris est la création d’un clergé autochtone pour permettre à terme aux Églises d’Asie de s’émanciper de la tutelle des Européens tout en restant unies à Rome. Il était donc essentiel d’envoyer en Asie non plus seulement quelques missionnaires prêtres mais aussi des évêques (vicaires apostoliques) qui pourraient ordonner des prêtres originaires du pays.

Pierre Lambert de la Motte (portrait ci-contre) est un des trois premiers vicaires envoyés par Rome en Asie.
Né en 1624 à Lisieux, il devient avocat au parlement de Paris, puis à Rouen. Il est membre actif de la Compagnie du Saint-Sacrement, c’est un « dévot » attiré par la vie mystique. En 1655, il renonce à la vie mondaine et est ordonné prêtre à Rouen où il est en charge du Bureau des pauvres.
Nommé en 1659 pour le vicariat de Cochinchine et de Chine méridionale, il est le premier à partir en 1660, à l’âge de 36 ans, accompagné de deux prêtres, Jacques de Bourges et François Deydier. Ils s’installent dans la capitale du Siam.
« Mgr Pierre Lambert de la Motte effectua la première visite pastorale du Tonkin d’août 1669 à mars 1670. Il accomplit la toute première ordination sacerdotale en terre vietnamienne au début de janvier 1670, dans son « bateau-cathédrale » flottant sur le Fleuve rouge, promouvant sept catéchistes formés auparavant par les Pères jésuites qui avaient créé les premières chrétientés de Cochinchine depuis 1615 et du Tonkin depuis 1627, et instruits en théologie depuis 1666 dans un « bateau-séminaire » par un missionnaire MEP. » (Gilles REITHINGER, supérieur général des MEP) Il meurt le 15 juin 1679 en Thaïlande après dix-sept ans d’activité missionnaire de terrain.

Abbé Marcel Villers

Histoire des missions. 5. Les premiers ordres missionnaires (XIIIe s.)

5. Les premiers ordres missionnaires (XIII° siècle)

Au Moyen-Âge, l’Église a perdu le langage de la mission. Elle se vit comme encerclée par l’Islam et menacée de l’intérieur par des mouvements contestataires ou hérétiques. Ce sont les Frères Mineurs de François d’Assise, et peu après les Prêcheurs de Saint Dominique qui vont lancer une nouvelle aventure missionnaire.
Pour saint François, la mission revêt trois modalités : comme Jésus à Nazareth, une présence silencieuse enfouie dans la pâte humaine ; comme Jésus sur les routes de Palestine, une annonce en actes et paroles ; comme Jésus sur la croix, un don de soi jusqu’au sang. Dans sa Règle, François envisage ces trois aspects de la mission et c’est la première fois qu’un chapitre spécial concernant la mission est inséré dans une règle de vie religieuse.

François fera trois tentatives missionnaires en Syrie, au Maroc et en Égypte. Ce n’est pas d’abord l’annonce en paroles de l’Évangile qu’il mettra en avant, mais la manière de le vivre : pauvreté, humilité et fraternité, caractéristiques de l’esprit franciscain. La vie de l’apôtre est la première forme de l’annonce. Et ce jusqu’au martyre. Dès 1208, François envoie les six frères qu’il avait alors, deux par deux sur les routes d’Italie. En 1217, il met en place une véritable organisation missionnaire à l’échelle du monde. Soixante frères partent pour l’Allemagne et la Hongrie ; une équipe part pour le Proche Orient, et une autre vers les musulmans de Grenade, puis de Marrakech où cinq frères connaissent le martyre en 1220. Dès 1226, des frères sont à Tunis. D’autres sont chez les Tartares et les Mongols en 1247. Enfin, les fils de saint François fondent la première mission en Chine, fin du XIIIe s., où ils vont adapter la liturgie jusqu’à célébrer la messe en chinois.

François est un des premiers à aller prêcher la foi aux musulmans alors que son époque en était toujours à l’esprit des croisades et de la guerre sainte. Peu à peu, les Franciscains comme les Dominicains, présents en terre d’Islam, vont envisager la mission comme dialogue, échange et écoute. Ils vont mettre en place des instituts de formation pour les futurs missionnaires où on apprend la langue de l’autre et se familiarise avec leurs croyances. Une belle page de la vie missionnaire de l’Église fut ainsi écrite par les frères mendiants aux XIIIe et XIVe siècles.

Abbé Marcel Villers

Sur tout ceci, voir Michel HUBAUT, La voie franciscaine, Paris, 1983.

HISTOIRE DES MISSIONS 4. La mission immobile

4. La mission immobile ou par attraction 

L’Europe gallo-romaine connut une évangélisation individuelle et par attraction. Des soldats ou des marchands, par leur exemple et style de vie, propagèrent la foi chrétienne le long des routes et des fleuves. L’action missionnaire fut alors diffusion d’une façon de vivre, de penser et de croire. Diffusion spontanée, c’est-à-dire, par la force d’attraction du christianisme lui-même, par contagion sur le monde environnant. On va chez des amis, chez des clients, chez des cousins. L’évangélisation se faisait à ces occasions, au gré des rencontres. Ce modèle missionnaire est la mission des petites gens : une mission dans la simplicité des contacts, une mission faite par des familles, des individus, au gré des circonstances de la vie. On a parlé de « mission immobile ».

Dans toute la Gaule, les monastères constituèrent des centres rayonnant de vie religieuse mais aussi de culture et d’art. Au VIe s., les moines irlandais se firent missionnaires et répandirent leur règle austère sur le continent. L’évangélisation va être appuyée et même diligentée par les autorités franques, récemment converties. Après les invasions barbares, il s’agit d’une deuxième évangélisation, orientée vers les campagnes et ces peuplades païennes venues du Nord. Au VIIe siècle, les rois mérovingiens vont favoriser cette évangélisation, particulièrement par la création de monastères. On parle alors d’évangélisation par rayonnement sur les populations environnantes.

Les gens des campagnes, étaient attirés par les belles cérémonies liturgiques, le culte des saints. Ajoutons l’exercice de la charité à la porte du monastère. Enfin, il y avait l’exemple d’une vie de piété, d’abnégation, de travail, d’amour du prochain. Les moines circulaient aussi dans la région et y prêchaient.

Abbé Marcel Villers

Histoire des missions 2. La Pentecôte et la dispersion des Douze

2.La Pentecôte et la dispersion des Douze

La Pentecôte envoie les apôtres dans toutes les directions pour porter l’Évangile aux nations. La tradition de diverses Églises des premiers siècles ainsi que le martyrologe romain nous permettent de situer le champ d’apostolat des Douze.

Pierre contribua avec Paul à ouvrir la communauté chrétienne aux païens ; il rejoint Rome et y connaît le martyre.
Jacques le Majeur est le premier à mourir pour la foi à Jérusalem. Ses reliques auraient été acheminées en Espagne dont il est le patron.
André est l’apôtre de la Grèce ; il aurait évangélisé aussi les contrées voisines jusqu’en Scythie (entre Danube et Don).
Thomas prêcha l’Évangile aux Parthes, aux Mèdes, aux Perses, aux Hyrcaniens ; il pénétra ensuite dans l’Inde.
Jean se serait établi à Éphèse avec la Vierge Marie où il aurait rédigé son évangile. Il est ensuite exilé à Patmos où il mourut.
Simon prêcha l’Évangile en Égypte, Thaddée (appelé aussi Jude) en Mésopotamie ; ils entrèrent ensuite tous les deux en Perse.
Matthieu est allé évangéliser l’Éthiopie pour les uns, la Perse ou la Syrie pour d’autres, enfin la Macédoine ou le Pont-Euxin.
Barthélemy prêcha l’Évangile du Christ dans les Indes ; il passa ensuite dans la grande Arménie.
Matthias n’apparaît qu’après l’Ascension et juste avant la Pentecôte. Il remplaça Judas Iscariote.
Jacques le Mineur, frère du Seigneur, gouverna la première communauté de Jérusalem.
Philippe, après avoir converti à la foi au Christ presque toute la Scythie [au nord de la Mer Noire], fut crucifié et accablé sous les pierres à Hiérapolis en Asie, en Turquie actuelle.

Abbé Marcel Villers