Histoire des missions : 18. France, pays de mission

En 1943, paraît un livre dont le titre constitue un choc, même avec son point d’interrogation. Ce travail est, en fait, le texte d’un rapport demandé par le cardinal Suhard sur l’état religieux des milieux ouvriers de Paris. Ce livre est le révélateur de la situation de déchristianisation de la France, en particulier de « la masse ouvrière » ; les deux auteurs connaissent bien ce milieu étant tous deux aumôniers de la JOC dans la région parisienne. Cet ouvrage provoque une prise de conscience de la situation religieuse en France, il met l’accent sur des phénomènes qui s’avèrent tout aussi sensibles dans une grande partie de l’Europe. L’analyse et les propositions faites par les abbés Godin et Daniel vont renouveler la pensée missionnaire et faire école.

Leur étude se nourrit des données d’une sociologie religieuse naissante et modifie la représentation de l’espace catholique. Sont mis en évidence trois types de pays : « pays de chrétienté et pratiquants, pays non pratiquants mais de culture chrétienne, pays païens ou de mission. » En France, la déchristianisation des masses est un fait et conduit à remettre en question la profondeur du catholicisme. La conclusion est que la mission doit devenir une exigence permanente et non exceptionnelle comme l’étaient les missions paroissiales traditionnelles. Cela impose de repenser le ministère sacerdotal pour permettre au prêtre de rejoindre les hommes là où ils sont, notamment sur leur lieu de travail, et de promouvoir l’engagement des laïques. C’est que les chrétiens vivent « séparés des masses », en marge du monde.

Pour Claude Prudhomme, « l’impact de l’ouvrage sur toute une génération de catholiques, le plus souvent séminaristes ou prêtres, tient surtout à son projet mobilisateur. À travers l’action catholique spécialisée, les auteurs proposent une méthode missionnaire adaptée à la société industrielle. Il faut réaliser une Église tout entière conquérante grâce à un réseau de communautés vivantes, car si les individus peuvent avoir de l’influence, c’est la communauté qui est conquérante, et qui s’agrège de nouveaux membres. » En effet, suite aux travaux du missiologue belge Pierre Charles, la mission est conçue désormais comme « plantation de l’Église », œuvre collective, et non plus comme « salut des âmes » individuelles. Après la guerre, l’esprit et le vocabulaire missionnaires vont vivifier les secteurs dynamiques de l’Église, aussi bien l’Action catholique que la paroisse selon le titre d’un autre ouvrage à succès, celui de l’abbé Michonneau, « Paroisse, communauté missionnaire » en 1948.

« France, pays de mission ? » devint le texte fondateur de la « Mission de Paris » ; sous l’autorité de l’archevêque, des prêtres et des laïcs sont déchargés de toute fonction paroissiale et chargés de tracer de nouvelles voies missionnaires.

Abbé Marcel Villers

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