SAINT CHARLES DE FOUCAULD : 2. Le premier bouleversement

2. Le premier bouleversement: la découverte de la foi et de l’Islam

Un évènement s’est produit pendant ce voyage au Maroc. A Noël 1883, il est dans le Sud-marocain, dans la zaouïa de Tisint. Une zaouïa est le centre religieux d’une confrérie. Les pèlerins ou membres de la confrérie s’y rassemblent régulièrement, certains y vivent à demeure pour y prier, entendre l’enseignement du maître et résider à proximité du tombeau du fondateur de la confrérie. Dans la zaouïa de Tisint, Charles de Foucauld fait la rencontre de croyants véritables et en est marqué. C’est l’Islam qu’il découvre et la profondeur de la foi des musulmans.

Il écrira plus tard : « L’islam a produit sur moi un profond bouleversement…la vue de cette foi, de ces âmes vivant dans la continuelle présence de Dieu, m’a fait entrevoir quelque chose de plus grand et de plus vrai que les occupations mondaines : ad majora nati sumus. » (Lettres à Henri de Castries, 08/07/1901)

« Il a commencé à saisir que Dieu seul importe et que la vie d’un homme est très simple : elle doit consister à se vouer totalement au Très-Grand : Allah akbar. » (Six, Itinéraire spirituel de Ch. de Foucauld, 1958, p. 46) Il a été impressionné par le spectacle de la prière musulmane en plein air et les intonations du chant du muezzin et son : « Allah Akbar » qu’il a commenté plus tard : « Dieu est plus grand, plus grand que toutes les choses que nous pouvons énumérer. » (Lettre à H. de Castries, 14/08/1901)

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Clés pour lire l’évangile de Jean : 23. Thomas, modèle de foi

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. Alleluia ! Il est ressuscité ! En ce temps pascal, renouvelons notre foi avec Thomas :  Jn 20,1-10.

23. Thomas, modèle de foi

Jésus vint et il était là au milieu d’eux. (Jn 20,19)

Thomas ne croit pas les autres sur parole. Il se méfie des évidences communes et des illusions collectives. Tous ont beau lui dire : « Nous avons vu le Seigneur » (20,25), Thomas veut se faire une opinion par lui-même, vérifier la matérialité du corps de Jésus, s’assurer que ce n’est pas un fantôme ou le produit d’une vision, être sûr que ce corps est bien celui de Jésus et non d’un quelconque revenant. Sur ce point, Thomas nous est proche.

Deux autres points nous séparent de lui. D’une part, l’apôtre demande une preuve, non de la divinité de Jésus, mais de son humanité. Il veut toucher le corps terrestre de Jésus, alors que nous, c’est l’extraordinaire, le merveilleux qui nous fascinent. D’autre part, Thomas a finalement vu ce qu’il voulait voir. Nous ne savons pas s’il a touché, mais il a vu les plaies aux mains et au côté. Cela n’est pas possible pour nous, mais Jésus s’empresse d’ajouter : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » (20,29). La condition du croyant, c’est la non-vision.

Le premier jour de la semaine

Le premier jour de la semaine, pour le Nouveau Testament, est celui de la résurrection de Jésus, celui de la venue du Seigneur. Celle-ci se renouvelle lors du rassemblement liturgique des chrétiens, où la présence du Seigneur est réactualisée par la fraction du pain et l’envoi dans le monde. C’est le Jour du Seigneur, en latin « dies dominicus ».

Pour les Romains, le premier jour de la semaine est associé au soleil, dont on retrouve trace dans le néerlandais Zondag. Chaque jour fêtait une divinité, dans l’ordre : Sol, Luna, Mars, Mercurius, Jupiter, Venus et Saturnus, les sept planètes connues à Rome entre le Ier et le IIIe siècles. Ces noms latins sont encore ceux de notre calendrier. Le premier devint jour de repos sous Constantin, en 321 : « Au jour vénérable du soleil, que les magistrats et les habitants se reposent et que tous les ateliers soient fermés ». Du coup, le Jour du Seigneur des chrétiens devint chômé par tous. Du latin ecclésiastique « dies dominicus », le mot « dimanche » est apparu dans le calendrier à l’aube du XIIe s. sous la forme « denenche ». A compter du XIVe siècle, le mot dimanche, écrit «dymanche », prend le son qu’on lui connaît aujourd’hui et, au XVIIe siècle, son orthographe exacte. (D’après Alice DEVELEY, L’histoire secrète des jours de la semaine, 2017)

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 40. Simon-Pierre

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 16, 13-20 du 21e dimanche ordinaire.

40. La foi de Simon-Pierre
« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »
(Mt 16, 18)

Trois questions, portant sur l’identité de Jésus, ponctuent notre récit pour aboutir à une formule qui définit la foi de l’Église : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (16, 16) La réponse de Pierre est sans doute la reprise d’un « credo » liturgique familier à la communauté de Matthieu.

« Heureux es-tu, Simon car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela. » (16, 17) Et Jésus reconnaît que « sur cette pierre je bâtirai mon Église. » (16, 18) Mais quelle est cette pierre, cette pierre de fondation sur laquelle est bâtie l’Église ? Est-ce la personne de Pierre ? C’est surtout la foi en Jésus qu’il vient de proclamer. Car l’Église, c’est l’assemblée des croyants qui reconnaissent en Jésus le Messie et le Fils de Dieu.

Les clés du Royaume

Traditionnellement, saint Pierre est représenté tenant deux clés liées, une d’or (le ciel) et une d’argent (la terre). Il a les clés du ciel et de la terre qui symbolisent le pouvoir suprême, celui de lier et de délier pour l’éternité ; le couple lier/délier (vocabulaire juridique du judaïsme) signifie l’acte d’autorité qui décide ce qui est permis et ce qui est défendu. Les deux clés sont liées ensemble car le pouvoir d’ouvrir et de fermer appartient à un seul, l’intendant qui ouvre et ferme l’accès à la maison du maître. Ce pouvoir fait de saint Pierre, selon la légende, le portier ou concierge du paradis. A partir du XIIIe s., il est représenté vêtu comme un évêque ou un pape ; les deux clés figurent dans les armes pontificales avec la tiare à partir de la fin du XIIe s.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Matthieu : 39. Pris au piège

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier l’évangile de Matthieu dont nous suivons la lecture liturgique. Aujourd’hui : Mt 15, 21-28 du 20e dimanche ordinaire.

39. Jésus pris au piège
« Femme, grande est ta foi. » A l’heure même, sa fille fut guérie.
(Mt 15, 28)

Lorsque la femme, une païenne, se jette à ses pieds, Jésus la rejette : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants – c’est-à-dire les Juifs – pour le jeter aux petits chiens – les païens. » (15, 26). La femme, loin d’être scandalisée, saisit la balle au bond : « puisque les chiens sont tolérés dans la maison, alors j’accepte d’être un chien pour recevoir les restes, ce qui tombe de la table. » Non pas pour elle, mais pour son enfant, « sa fille tourmentée par un démon. » (15, 22)

Jésus est pris au piège de ses propres paroles. Il est vaincu par la foi de cette Cananéenne qui élargit la compréhension que Jésus avait de sa mission. Il découvre la largeur et l’universalité de la foi au-delà de toutes les catégories et religions. C’est l’amour maternel d’une païenne qui lui fait abattre une barrière millénaire.

Une Cananéenne

« Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne venue de ces territoires… » (15, 21) Nous sommes en-dehors d’Israël, au nord, le long de la mer, dans le territoire actuel du Liban, appelé alors Syrophénicie car la Phénicie était intégrée à la province romaine de Syrie. L’évangéliste désigne la femme issue de cette région, non comme une étrangère, une syrophénicienne, mais comme une Cananéenne, terme à connotation religieuse équivalent à païen. En effet, les Juifs considéraient ce peuple comme impossible à intégrer en raison de son syncrétisme religieux et une inimitié ancestrale. Ici, Matthieu « s’adresse à une Église dont certains membres juifs se demandent encore s’il convient d’admettre des « Cananéens » (Syriens) dans leurs rangs. » (Claude TASSIN, L’Évangile de Matthieu, 1991).

Abbé Marcel Villers