SOURCES : 5. Dans la main de Dieu

5. Dans la main de Dieu

Les caricatures de Dieu jonchent l’histoire. Elles sont autant d’idoles mentales, de représentations construites qui ont mené à la cruauté, au fanatisme ou à l’athéisme. L’actualité récente en fait quotidiennement la démonstration. Comment accepter, avec notre sens critique et notre respect de la liberté, un Dieu qui semble pire que nous-mêmes ?
« La plupart des hommes, enfermés dans leur corps mortel comme l’escargot dans sa coquille, enroulés dans leurs obsessions à la manière des hérissons, modèlent sur eux-mêmes leur idée du Dieu bienheureux. » (Clément d’Alexandrie, Stromates, V, XI )

Nous ne cessons, pour nous l’approprier ou l’utiliser, de projeter sur Dieu nos propres obsessions, individuelles ou collectives.  Voltaire avait raison : « Dieu a fait l’homme à son image ; l’homme le lui a bien rendu. » La source de la difficulté, c’est qu’on ne peut saisir Dieu de l’extérieur, comme un objet. Le Créateur ne fait pas nombre avec les créatures. En effet, « c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. » (Ac 17,28)
« Les graines qui se trouvent à l’intérieur de la grenade, ne peuvent voir les objets extérieurs à l’écorce, puisqu’elles sont au-dedans. De même l’homme enfermé avec toute la création dans la main de Dieu ne peut contempler Dieu. C’est par lui que tu parles, ami, c’est lui que tu respires, et tu ne le sais pas ! » (Théophile d’Antioche, Premier Livre à Autolycus, 5 )

Dieu n’est pas un objet de connaissance, un concept. Car le concept est toujours un moyen de classer ou posséder. « Tout concept formé par l’entendement pour tenter d’atteindre et de cerner la nature divine ne parvient qu’à façonner une idole de Dieu, non à le faire connaître. » (Grégoire de Nysse, Vie de Moïse )
Mais alors comment saisir celui par lequel nous devons nous laisser saisir ? « Seul l’émerveillement peut entourer l’inentourable puissance. » (Maxime le Confesseur, Sur les Noms divins, 1 )

Abbé Marcel Villers


Clément d’Alexandrie, né au milieu du IIe s., dans une famille païenne, se convertit et met son savoir au service d’un grand dessein : établir un véritable dialogue entre l’hellénisme et le christianisme. Il enseigne à Alexandrie et meut en Cappadoce vers 215.