SOURCES : 8. Trinité

8. L’union dans la différence

Lorsque le chrétien confesse la Trinité, il célèbre un Dieu qui est Amour ( 1 Jn 4,8), mystère d’unité dans la différence.
Que produit l’amour de charité ?
La charité établit la communauté des personnes sur la base des différences, respectées et reconnues indispensables les unes aux autres. L’union et la différenciation croissent ensemble. En Dieu-Trinité, l’unité est si plénière qu’elle porte en elle le mystère de l’autre ; la différence des personnes n’oppose pas mais pose les autres.

Le mystère de la Trinité se révèle fécond pour penser l’humanité. Les humains sont, en effet, rassemblés, à travers le temps et l’espace, dans une unité foncière. Cette unité, chacun est appelé à en prendre conscience et à la faire exister dans une différence qui ne soit pas opposition. Unité et différences doivent croître ensemble.
« Dieu est saintement loué comme Unité à cause du caractère de simplicité et d’unité de cet Indivisible dont la puissance unifiante nous unifie nous-même et rassemble nos altérités pour nous conduire ensemble à cette unification qui a Dieu même pour modèle. » (Denys l’Aéropagite, Noms divins, I, 4)

Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus sensibles à une double quête : l’unité du genre humain et l’identité irréductible de chaque personne, de chaque peuple, de chaque culture. Notre programme est bien la Trinité. Dans le mystère du Dieu-Trinité se fonde le combat contre tous les totalitarismes, toutes les tentatives de faire de la personne la partie d’un tout auquel elle serait subordonnée.
La Trinité, c’est la source et le modèle d’une humanité où l’unité croît avec la différenciation, c’est-à-dire, le respect du caractère infini de chaque personne.

Abbé Marcel Villers

Clés pour lire l’évangile de Jean : 53. Le complot

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Jean. La condamnation à mort de Jésus : Jn 11, 46-57.

53. Le complot

Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. (11,50)

Le danger est réel ; si Jésus rallie de nombreux disciples, les Romains pourraient intervenir en cas d’agitation messianique, « ils viendront détruire notre Lieu saint et notre nation » (11,48). Caïphe propose d’éliminer Jésus « pour que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (11,50).

Pour l’évangéliste, « ce qu’il disait là ne venait pas de lui-même » (11,51). Caïphe émet sans le vouloir une prophétie, capacité reconnue au grand-prêtre de rendre des oracles au nom de Dieu. En fait, Caïphe vient de donner le sens profond de la mort de Jésus : « pas seulement pour la nation, mais afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés » (11,52). La mort de Jésus a une portée universelle.

Caïphe, le grand prêtre

« Joseph, avec le surnom Caïphe, doit avoir été d’une habileté diplomatique consommée. Il a réussi à se maintenir au pouvoir dix-neuf ans, de 18 à 37 de notre ère, record que personne n’atteignit dans tout le siècle. Les gouverneurs romains changeaient volontiers ces dignitaires, car à l’occasion d’une nouvelle instauration, ils obtenaient quelque gratification du candidat heureux. Valerius Gratus, qui fut gouverneur de la Judée de 15 à 26, et par qui Caïphe obtint cette charge et cette dignité, doit avoir été accessible à la corruption, en effet, il n’a pas laissé plus d’un an en fonction les trois prédécesseurs de Caïphe. Caïphe put se maintenir aussi pendant toute la durée du gouvernement de Ponce Pilate (26-36) à qui les contemporains reprochent sa corruptibilité. Ce n’est que la chute de ce Romain qui fit tomber aussi son favori : peu de temps après que Pilate eut été déposé par le légat de Syrie Vitellius, Caïphe dut se retirer. Caïphe fut donc en exercice pendant le ministère de Jésus. » (Josef BLINZER, Le procès de Jésus, 1962)

Abbé Marcel Villers