Jean rendit ce témoignage – Homélie

JésusJeanBaptiste2ème dimanche du Temps ordinaire A – Évangile : Jn 1,29-34

Jean rendit ce témoignage.
Voilà qui situe le rôle de Jean-le-Baptiste. Il désigne, révèle à tous qui est Jésus : Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Jean-Baptiste est la figure par excellence du témoin. Ce que nous avons à être, de par notre condition de chrétien. À être et non pas à devenir.

C’est qu’on ne s’institue pas témoin. Le témoin professionnel, si j’ose dire, est un danger. Le risque, tout le monde le comprend, c’est l’hypocrisie. Si je pense que je suis témoin, je ne peux m’empêcher de constamment surveiller ce que je dis et ce que je fais afin d’être en conformité avec ce qui est considéré comme étant l’être et le vivre chrétiens. Mais alors, où est la différence entre l’être et le paraître ?

Nul ne peut décider d’être témoin. On l’est par surcroît. C’est-à-dire sans l’avoir cherché. Ainsi, Jean-Baptiste, celui qui rend témoignage à Jésus, confesse d’abord : Je ne le connaissais pas.

Il n’y a pas donc pas de préméditation, de mise en scène ou de construction d’un discours ou d’un scénario de communication.

Il n’y a que la pression d’un événement, d’une expérience inattendue : J’ai vu l’Esprit descendre du ciel et demeurer sur lui. Ce vécu particulier qui est comme tombé sur Jean, cette manifestation dont il a été témoin, le fait témoin à son tour, à l’égard des autres.

Il est vrai que je ne puis témoigner que de ce que j’ai vu, de ce dont j’ai été témoin. Comme l’affirme Jean-Baptiste : J’ai vu et c’est pourquoi je puis attester, rendre témoignage. C’est ce qui est attendu du témoin dans un procès, c’est ce qui est demandé à tout chrétien : attester de ce qu’il a vu, de ce qui constitue son vécu. Comme Jean-Baptiste, le chrétien est celui qui peut dire à propos de Jésus : Oui, j’ai vu et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Mais pourquoi témoigner ? D’où vient ce que nous pouvons interpréter comme un besoin, une nécessité : témoigner de notre foi, de notre expérience de Jésus ?

La motivation la plus profonde du témoignage ne naît pas aujourd’hui de la compulsion à sauver les autres, de l’espoir de grossir les rangs de l’Église. Elle jaillit de l’expérience même de la foi, de la rencontre de Dieu tel que révélé en Jésus. Ce sont la qualité, l’intensité, les bienfaits reçus de l’Évangile qui pressent le chrétien de les manifester à autrui, de les partager avec lui.

Mais notre temps est particulièrement difficile pour nous, chrétiens. Témoigner, transmettre, évangéliser sont immédiatement considérés comme prosélytisme ou volonté de restaurer une hégémonie de l’Église dans une société plurielle et qui se proclame tolérante.

Pendant des siècles, la transmission du christianisme s’est effectuée d’une génération à l’autre par l’éducation familiale, paroissiale, scolaire. Le témoignage jouait alors, dans une société réputée chrétienne, le rôle d’une incitation à devenir effectivement chrétien.

Aujourd’hui, un regard neuf sur l’Évangile est redevenu possible. Combien, en effet, sont celles et ceux de nos contemporains qui en ignorent tout ! L’Évangile et Jésus retrouvent une certaine nouveauté, pour ne pas dire étrangeté, aux yeux d’un grand nombre. Mais, l’envers de la médaille, c’est que vivre et annoncer la foi chrétienne se fait désormais sans aucun appui dans la culture. Pire : Dieu et la religion paraissent ne répondre à aucune question. Ce qui ne fait que redoubler la difficulté, puisqu’il faudrait d’abord faire naître la question à laquelle le témoin prétend apporter une réponse.

On comprend ainsi que l’échec est possible, que l’impuissance du témoin est une réalité, mais surtout on peut saisir, quand naît la foi, combien elle est une force, capable de surmonter tous ces obstacles. Car que l’Évangile soit ou non encore rempli de séduction et de sens, que Dieu s’atteste ou non dans mon témoignage, comment cela pourrait-il dépendre de moi ? Sans Dieu, rien ne peut se produire.

Le témoin n’est donc qu’un intermédiaire, un intermède entre le Seigneur Jésus et l’homme d’aujourd’hui. Il se situe quelque part dans cette chaîne immense de témoins qui a son origine dans le premier d’entre eux, Jean-le-Baptiste.

Je ne le connaissais pas, déclare le Baptiste. Celui qui m’a envoyé m’a dit : L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre, c’est lui. Oui, j’ai vu, et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu.

Ainsi, nul ne vient à Jésus sans la médiation d’un témoin, d’un frère ou d’une sœur, qui fait le lien entre Jésus et lui. Il n’y a aucun accès immédiat à Jésus. Rencontrer Jésus, croire en lui passe nécessairement par le témoignage qui, donc, ne se justifie pas d’abord par des raisons subjectives, mais par la nature même de la foi chrétienne.

N’y aurait-il pas de nos jours, des jeunes et des adultes qui nous disent : Nous voulons voir Jésus (Jn 12,21) ? Alors, osons parler, osons témoigner de ce qui nous fait vivre ! Laissons parler notre cœur, car en nous brille une lumière qui éclaire notre existence et qui pourrait être une lumière pour d’autres. Osons donner un visage, notre visage à l’Évangile de Jésus. Ne sommes-nous pas tous envoyés pour l’annoncer ?

Abbé Marcel Villers

Homélie pour le 4ème dimanche de l’Avent (année A)

JosephpritchezluiCette homélie a été prononcée par l’abbé Marcel Villers en l’église Saint-Roch de Jehanster, ce dimanche 22 décembre. Nous le remercions de nous avoir fait parvenir son texte!

4ème dimanche de l’Avent (année A) : évangile Mt 1, 18-24

La vierge concevra et mettra au monde un fils auquel on donnera le nom d’Emmanuel qui se traduit : ‘Dieu-avec-nous’.
Dieu vient habiter parmi les hommes.
En Jésus, Dieu est désormais avec nous.
Cet enfant que porte Marie, c’est la promesse qui se réalise.
Toute l’attente des siècles et des peuples se concrétise : un enfant nous est donné.

Pourtant, cet acte décisif, ce moment capital de l’histoire et du salut des hommes se présente comme une énigme. Énigme pour nous comme pour Joseph.
Dieu accomplit sa promesse mais par une voie déconcertante.
Déconcertante pour nous, bien sûr.
Mais surtout pour Marie, dont on se souvient de la question posée à l’Ange : Comment cela peut-il se faire ?
Et déconcertante tout autant pour Joseph, à qui elle est promise.
Leur projet de couple est anéanti.
Avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit-Saint.

Voilà qui ne peut que poser question à Joseph, son promis.
Dieu intervient à ce moment décisif pour le salut du genre humain. Et le chemin qu’il choisit, c’est de bouleverser le projet de Joseph et Marie.
Comment comprendre ?

Il y a là un point critique, une étrangeté, une énigme qui nous avertit d’un piège, pour l’interprétation. Autrement dit, il faut se méfier d’une lecture trop simple. Se cache ici un secret, une révélation. Pour comprendre, il faut aller au-delà des apparences.

Ainsi n’allons pas imaginer doute ou soupçon de Joseph sur la vertu de Marie.
Joseph sait que, devant Marie enceinte, il se trouve en présence de Dieu.
Avant même que l’Ange ne lui ai parlé, Joseph a reconnu, dans la foi, que l’enfant de Marie est celui de la divine promesse.
Or, Joseph, son époux, était un homme juste.
C’est ici que commence le drame intérieur de Joseph, non pas psychologique, mais théologique, spirituel.
Joseph, nous dit l’évangile, est un homme juste.
Un juste, pour la Bible, c’est un homme pieux, respectueux de Dieu et de ses commandements, un homme religieux qui n’a qu’un seul désir : se soumettre en tout à la volonté de Dieu.

Puisque l’enfant porté par Marie vient de Dieu, alors Joseph ne peut mettre la main dessus, ne peut s’arroger ce qui appartient à Dieu et à lui seul.
Aucun juif n’osait approcher de l’Arche d’alliance parce que c’était la présence de Dieu, la demeure de Dieu parmi son peuple.
Ainsi en est-il de la réaction de Joseph.

En juif pieux, en homme juste, il ne se reconnaît pas digne d’approcher Marie, encore moins de prendre chez lui Marie et le fils qu’elle porte.
Seigneur, je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit.
Dans ces dispositions, Joseph ne peut que s’effacer, se retirer devant l’œuvre de Dieu. D’où sa décision : se séparer de Marie, laisser ainsi tout le champ à Dieu.

Il avait formé ce projet lorsque l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse.

Contrairement à la décision que Joseph avait prise, Dieu lui demande d’entrer dans la réalisation de son dessein.
Pour la deuxième fois, Joseph doit renoncer à son projet, à sa décision.
Dieu lui donne mission, non pas de s’effacer, mais de tenir sa place d’époux près de Marie et de veiller paternellement sur l’enfant.
Elle mettra au monde un fils, auquel toi, tu donneras le nom de Jésus.
Marie met au monde.
Joseph donne le nom, c’est-à-dire une identité à cet enfant.

Mais quel nom ?
La question est capitale puisque le nom nous permettra de savoir qui est l’enfant de Marie, quelle est sa mission.
Trois noms apparaissent dans les textes de ce jour.
Joseph lui donnera le nom de Jésus, c’est-à-dire : ‘le Seigneur sauve’.
Selon le prophète, au fils de la vierge, on donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : ‘Dieu-avec-nous’.
Enfin, Saint Paul nous dit de cet enfant : il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu, par sa résurrection, lui Jésus, le Christ, notre Seigneur.

‘Dieu-avec-nous’, ‘Sauveur’ et ‘Fils de Dieu’, telle est l’identité profonde de l’enfant de Bethléem que nous irons adorer bientôt à la crèche. Seule la foi peut discerner la vérité sur l’enfant de Noël.

Abbé Marcel Villers