14. Le siècle des saints mérovingiens (VIIe-VIIIe siècles)

La première vague d’évangélisation, aux IVe et Ve siècles, de ce qui est aujourd’hui la Belgique « n’a laissé que des traces superficielles qui se retrouvent au calendrier liturgique par la mémoire de quelques évêques et martyrs, par exemple Servais à Tongres. L’invasion franque a recouvert ces premières semailles. »[1] Une seconde évangélisation va se mettre en place après la conversion des Francs suite au baptême de Clovis (entre 496 et 511). A la différence de ce qui s’est passé dans l’Empire romain où la foi avait d’abord pénétré dans les masses populaires, c’est par la tête qu’elle pénétra dans nos régions où l’aristocratie se convertit la première. La Belgique mérovingienne est agricole ; l’aristocratie, ce sont des grands propriétaires terriens (le roi, ses parents, ses agents). Dans la deuxième moitié du VIIe s., on assiste à l’accroissement du rôle politique des évêques. « Les critères de leur sainteté sont : être d’origine aristocratique ; les parents possèdent de grands domaines et sont souvent chargés de responsabilités administratives ; le futur saint a fait de bonnes études et a développé ses talents à la cour où il est appelé à servir dès l’âge de la puberté ; il s’y distingue par sa piété et ses qualités d’administrateur ; chargé de hautes fonctions par le roi, il est ensuite nommé évêque ; il met toutes ses qualités au service de son diocèse, fonde des chapelles ou églises, restaure et amplifie sa ville ; son prestige est grand, il secourt les pauvres, guérit les malades et, à sa mort, toute la population suit son cercueil, en attendant que des miracles se produisent sur sa tombe. »[2]

Saints et saintes vont fleurir en grand nombre à tel point qu’on parla du « siècle des saints ». Le calendrier liturgique propre aux diocèses de Belgique énumère, en 1961, 152 saints et saintes dont 51 pour l’époque mérovingienne, soit le tiers pour les seuls VIIe-VIIIe s. Ce sont des évêques, abbés ou abbesses, ermites, femmes consacrées à la prière ou la charité. Tous et toutes sont issus de l’aristocratie, souvent même de la famille du souverain. On doit y ajouter des missionnaires dont la plupart viennent d’Angleterre, d’Irlande, quelques-uns du Midi de la France. Cela se vérifie pour Theux qui fut probablement christianisée grâce à l’aristocratie mérovingienne qui entourait le roi possesseur du fiscus-domaine de Theux. Les moines aussi y joueront un rôle important dans la mesure où le roi devait assurer le service du culte lors de son absence, charge qu’il concéda à l’abbaye de Stavelot qu’il avait contribué à créer et à doter de domaines royaux.

Voici quelques exemples qui disent bien les traits spécifiques des saints mérovingiens : ce sont des moines ou des moniales, des aristocrates fondateurs de nos cités, des missionnaires.

Trudo ou Trudon, issu d’une noble famille franque du pays de Hesbaye, devenu prêtre sur les recommandations de saint Remacle, se fixe à Sarchinium où il construit un oratoire. De nombreux disciples le rejoignent et, vers 657, construisent le monastère qui est à l’origine de la ville de Saint-Trond. Cet apôtre de la Hesbaye mourut vers 690.

Begge, fille de Pépin de Landen, devenue veuve, fonda vers 691, un monastère à Andenne-sur-Meuse. Elle dota son monastère de domaines considérables et y mourut en 693. Ses reliques attirèrent les foules en pèlerinage, ce qui fut à l’origine d’Andenne.

Hadelin, né en Aquitaine, se mit au service de saint Remacle qu’il suivit en Austrasie et à Stavelot-Malmédy. Devenu prêtre, il assista Remacle dans son ministère de prédication comme dans sa vie de pénitence. Hadelin se fixa ensuite sur les bords de la Lesse, près de Dinant, où il fonda un monastère à Celles, avec l’aide de Pépin d’Héristal. Il y mourut en 696. Ses reliques furent transférées à Visé au XIVe siècle.

Venant d’Irlande, Monon en route vers Rome rencontre Jean l’Agneau, évêque de Maastricht et originaire de Huy. Il se met à son service puis se fixe dans un ermitage de la forêt d’Ardenne, près de Nassogne, pour y mener une vie de prière et de pénitence. Des brigands assassinent l’ermite. On fonda sur son tombeau une collégiale qui devint un lieu de pèlerinage.

[1] Jacques LECLERC, Introduction au Propre de Belgique, in Missel Romain Quotidien de Hautecombe, Turnhout, 1961.

[2] Pierre RICHÉ, La sainteté en Occident, in Histoire des saints, tome IV, 1986, p.19.