25. Le domaine de Theux est donné à l’évêque de Liège (Xe siècle)

Dès le VIIIe s., sur ses domaines, le roi a souvent fondé une église et l’a dotée de terres. Très vite, le roi va considérer ces églises comme des biens qu’il peut donner, échanger, vendre. De leur côté, les évêques cherchent à acquérir des églises et leur territoire pour les rattacher à leur domaine propre. C’est dans ce cadre que s’inscrit la donation de Theux à l’évêque de Liège par le roi de Lotharingie.

À la mort de Louis-le-Pieux, l’empire de Charlemagne est partagé, en 843, en trois royaumes. Au cours du temps et selon les traités de partage ou souverains successifs, le diocèse de Liège appartient, en tout ou partie, à chacun des trois royaumes.

Après avoir été le fidèle serviteur du roi de Lotharingie, l’évêque de Liège, Francon (856-901) devra se soumettre, de 879 à 895, aux souverains allemands. Mais, à partir de 895, nous le retrouverons dans l’obédience d’un roi de Lotharingie, Zwentibold (895-900).

Francon eût à connaître l’époque tourmentée et agitée par les assauts des Vikings qui pillent et saccagent.  À Liège, abbayes, palais et églises sont pillés et mis à feu en 881. Le même sort est réservé à Maastricht, Tongres, Visé, Aix, Herstal, etc. L’abbaye de Stavelot-Malmedy est ravagée par deux fois, en 881 et 885. C’est tout le diocèse qui subit les assauts des Vikings jusqu’en 892.

La donation du domaine de Theux à Liège se concrétise en trois étapes qui correspondent à trois souverains successifs cherchant l’appui de l’évêque de Liège pour la reconnaissance de leur pouvoir sur la région. Le 8 octobre 898, le roi Zwentibold (895-900) donne « la villa avec les esclaves des deux sexes, les champs, bois, prés, eaux, biefs, moulins, brasseries, pêcheries, chemins, terrains cultivés et incultes, meubles et immeubles… »[1] Cette citation de l’acte de donation de 898 donne une idée des activités de la villa, centre du domaine de Theux. Brasseries et moulins supposent un certain développement agricole et des capacités d’investissement.

Dix ans plus tard, le nouveau souverain, Louis l’Enfant (900-911), confirme la donation du fiscus ou domaine de Theux, c’est-à-dire le domaine royal, ancien domaine public romain, source de revenus réservés au roi. Au cœur du fiscus, on trouve la villa, le palais et ses dépendances, la cour de justice, l’église.

« Enfin, le 25 août 915, Charles III le Simple (912-929) donne à l’église de Liège la forestis que Zwentibold s’était réservée. » La forestis désigne l’espace boisé, réservé au roi et soustrait à l’usage général, où il est interdit de défricher, chasser, pêcher. Les limites de ce territoire dépassent largement celles du domaine de Theux proprement dit.

Selon la donation de 915, la forestis recouvre « le futur Pays de Franchimont, des parties du Duché de Limbourg : Louveigné, Soumagne, Soiron, Rechain, Bilstain, Goé…, des terres stavelotaines : Blendef au moins, et les alleux de Verviers et d’Andrimont. Autrement dit, la plus grande partie de ce qui s’appellera le doyenné de Saint-Remacle. »

Une conséquence capitale est que la donation de la forestis à l’évêque va dégager la forêt de son statut spécial. « Les derniers freins mis à l’exploitation du sous-sol, des eaux, des « déserts » et de la forêt, jusqu’alors régis par un droit particulier, ont enfin disparu : une nouvelle ère d’expansion débute dans la région.« 


[1] Les citations de ce chapitre sont toutes extraites de : BERTHOLET-HOFFSUMMER, p. 81-82.

Carte : https://www.lhistoire.fr/carte/partage-de-lempire-carolingien