38. Jalhay : de la chapelle à la paroisse IXe-XVIe siècle

Aux origines du bourg

Jalhay semble avoir été habité dès l’époque romaine. Des pièces de monnaie romaine ont été trouvées, en 1861, dans les scories des restes d’exploitations métallurgiques. Selon la tradition locale, Jalhay devrait sa fondation « aux Seigneurs de Surister qui, à une époque éloignée, élevèrent sur ce point une maison de chasse ».

Jalhay se situe en tout cas sur le territoire du domaine de Theux et de sa grande forêt, réservée aux chasses royales jusqu’à sa donation au prince-évêque de Liège en 915. Celui-ci libère la forêt de certains interdits et autorise les essartages. À Jalhay, on se met à défricher et ensemencer, les terres cultivées devenant propriété des habitants. Les ressources de la région sont évidemment liées à la forêt et l’exploitation du bois, à celle des tourbières de la fagne voisine, à la chasse, etc.

La croissance et la richesse du village sont surtout dues à l’industrie du fer, déjà ancienne puisque, dès le Xe s., « les ouvriers des mines et des forges sont exemptés des corvées et du service militaire ». Au début du XVe s., un maître des forges, Jean Groulard, venu de France, s’installe à Surister, acquiert de nombreuses terres et développe l’industrie métallurgique locale.

À la même époque, Jalhay est doté d’une haute cour de justice, en tant que ban du Franchimont, à côté de Theux et de Sart. Les premiers échevins, issus du lieu, sont mentionnés en 1405.

Le perron, symbole des libertés liégeoises, est érigé, non à Jalhay, pourtant chef-lieu du ban, mais à Surister en 1465, d’après la tradition.

Le culte chrétien

Le domaine de Theux, dont Jalhay fait partie, devient paroisse à la fin du VIIIe s. Cette dernière est desservie par l’abbaye de Stavelot qui a obtenu, dès le IXe s., le droit de nommer le desservant et de percevoir les dîmes de l’église du domaine royal de Theux.

À Jalhay, l’existence d’un lieu de culte pourrait remonter entre 817 et 862. La christianisation de la région est en grande partie postérieure à la fondation de l’abbaye de Stavelot-Malmedy au VIIIe s. « Le XIIe s. marque pour l’abbaye une époque de restauration et les moines tentent de récupérer les biens qui leur avaient appartenu aux siècles précédents. En 1130, un recensement détaillé des redevances dues à l’abbaye mentionne deux paroisses, mais trois églises : Theux, Sart et Jalhay. »

Le patronage de la chapelle de Jalhay par saint Michel, archange, va dans le sens de l’ancienneté de ce lieu de culte car la dévotion à l’Archange, si elle se développe en Orient dès le IVe s., ne se répand qu’au VIe s. en Italie où plus de 800 églises lui seront consacrées. En France, le culte de l’Archange atteint son apogée au VIIe s. avec le Mont-Saint-Michel.

Jalhay est une des rares églises, en Belgique, consacrées à l’Archange. Le vocable de Saint-Michel est généralement destiné à des églises primitives édifiées sur une hauteur, comme à Gerpinnes, fin du VIIIe s., où il est cependant associé à sainte Rolande. Au IXe s., une chapelle dédiée à saint Michel existe à Bruxelles ; elle deviendra, au XIe s. la collégiale, puis cathédrale Saint-Michel-et-Gudule en 1962.

L’Archange est fêté le 29 septembre, date qui commémore la dédicace de la basilique de la Via Salaria à Rome au VIe s., destinée à honorer avec Michel tous les anges fidèles à Dieu. Il est le saint patron des rois et des princes, des militaires et des policiers et de bien des villes comme Bruxelles, de pays comme l’Allemagne. À partir des textes bibliques et de la tradition, Michel est considéré comme le chef de l’armée céleste, prince du ciel, vainqueur du dragon de l’Apocalypse (Ap 12) et donc des forces du mal. Il est aussi celui qui, à l’entrée du paradis, pèsera les âmes des morts lors du Jugement dernier (Dn 12,1), c’est pourquoi il est souvent représenté avec une balance. Michel est surtout présent dans la littérature apocalyptique (Dn 10,13 ; Ap 12, 7-10) pour qui chaque nation a un patron angélique qui veille sur elle.

Michel est le prince qui, à la tête de l’armée des anges, combat l’ennemi du peuple de Dieu. Il est aussi identifié à l’archange qui annoncera (1 Th 4,16-17) la fin des temps et le jugement dernier. Voilà qui explique les deux attributs (l’épée et la balance) de ses représentations : on sollicitait sa force pour vaincre l’ennemi et sa protection lors du jugement où il pèsera les âmes.

À Jalhay, Michel est représenté par « une statue en bois polychrome et doré des environs de 1700. Le saint y figure debout, le pied gauche sur la tête d’un monstre infernal dont le torse se prolonge en queue de dragon. Il est pourvu de larges ailes, son casque est empanaché et il tient dans la main droite des foudres ». Saint Michel protège, en effet, de la foudre comme des inondations. Vainqueur des puissances maléfiques, l’Archange reste lié aux phénomènes naturels, que ce soient les sommets solitaires souvent frappés par la foudre, les îlots rocheux battus par les flots, mais aussi les gouffres ou grottes comme les forêts sombres et mystérieuses. La situation géographique de Jalhay n’est pas pour rien dans ce patronage, à proximité des Fagnes et des dangers liés aux incendies, souvent dus à la foudre comme aux gens de guerre, ce dont Jalhay n’a pas été épargné au long des siècles.

La création de la paroisse

La chapelle de Jalhay dépendait de Theux et ne parait pas avoir été une église paroissiale ; en effet, toutes les dîmes de la région, y compris celles de Jalhay, appartiennent à un seul décimateur et celui-ci détient la collation des cures de Theux et de Sart, en tout cas au XIIe s.

À la fin du Xe ou au début du XIe s., eut lieu la création de la paroisse de Sart démembrée de celle de Theux (voir la carte) ; cette nouvelle paroisse est citée pour la première fois en 1130-1131.

Elle sera divisée en trois paroisses fin du XVIe s. : Sart, Spa et Jalhay.

En 1484, la chapelle de Jalhay est desservie à titre de recteur par le curé de Sart. Un chapelain y célébrait la messe les dimanches et fêtes.

Selon J. Renier, « en 1514, cette succursale fut érigée en paroissiale avec un desservant particulier, à condition que les droits de l’église mère fussent reconnus par un cens annuel de six florins d’or ». Les habitants obtiennent ainsi un vicaire résident mais ce n’est que le 29 décembre 1573 que Jalhay sera démembrée de Sart.

Le curé de Sart devient alors collateur avec celui de l’église de Sart.

En 1571, Messire Adrien de Remouchamps, vicaire à Sart depuis 1564, est le premier curé de Jalhay et le premier résident sur place. « Ayant soutenu et administré du temps de la peste, 1577 et 78 ; il rendit son esprit à Dieu le 23 mars 1579. »

La vie de la paroisse

Le curé est aidé par un vicaire ou marguiller nommé par les paroissiens puis, à partir de 1665, par l’administration communale. Il doit être prêtre, capable de confesser, faire le catéchisme, tenir l’école. Il est aussi chantre pour les divers offices, responsable de la sonnerie de la cloche de la communauté et veille à l’horloge comme à tenir les portes de l’église fermées.

« Il devra les dimanches et fêtes dire une messe basse, pour et à l’intention de la Communauté, et ce, à l’heure qui lui sera indiquée par le dit Magistrat. »

En 1508, on relève le nom de Messire Collard, desserviteur de Jalhay, dès avant l’érection de cette église en cure. En 1557, Maître Noël d’Honneux (probablement originaire d’Oneux) exerce la fonction ; il deviendra le deuxième curé en 1579.

L’école se tint longtemps dans l’église même, dans l’une des petites nefs, puis le curé chercha à loger le chapelain et l’école dans une maison de la localité.

À côté du culte, la paroisse est dotée d’un bureau de bienfaisance intitulé « Table et revenus des pauvres du ban » ; cette institution était dotée de biens fonciers qui généraient des revenus permettant de subvenir aux nécessités des pauvres de la paroisse. À Jalhay existait, comme à Cokaifagne, un hôpital au sens de maison d’accueil pour indigents, voyageurs et sans domicile fixe, gérée par la Table des pauvres.

Deux ermitages se situent sur le site du bourg, au sud, au lieu-dit Thier de Bolinpont, à droite dès l’entrée de la fagne ; l’occupant était dit « Ermite de Jalhay », et sa cellule solidement construite en pierres. Le second était à Mangombroux.

L’église primitive

La construction de l’église fut financée « par Jean Groulart III, seigneur de Surister, avant sa mort en 1556 ». Il bâtit à l’emplacement de l’ancienne chapelle Saint-Michel, une église paroissiale1 dont, à nos jours, subsiste encore la tour. « Le maître autel était dédié à Dieu et à St-Michel. Dans la nef de droite s’élevait l’autel de St-Hubert ; en celle de gauche celui des St-Gilles et Anne. »

Deux caractéristiques de cette église sont à remarquer : le chœur à l’est s’élevait en forme de tour carrée ; à l’opposé, « une autre tour carrée en moellons, à flèche élevée, où s’ouvrit plus tard l’entrée ».

L’église fut pillée en 1583, puis détruite en 1835 par un incendie qui ravagea le centre du bourg et détruisit, outre l’église, soixante-sept maisons, la maison de ville, l’école et le château.

L’église actuelle a conservé la tour du XVIe siècle, mais surmontée d’un clocher tors (voir photo ci-dessous) daté de 1840.

Deux caractéristiques de cette église sont à remarquer : le chœur à l’est s’élevait en forme de tour carrée ; à l’opposé, « une autre tour carrée en moellons, à flèche élevée, où s’ouvrit plus tard l’entrée ».

L’église fut pillée en 1583, puis détruite en 1835 par un incendie qui ravagea le centre du bourg et détruisit, outre l’église, soixante-sept maisons, la maison de ville, l’école et le château.

L’église actuelle a conservé la tour du XVIe siècle, mais surmontée d’un clocher tors (voir photo ci-dessous) daté de 1840.

Abbé Marcel Villers


Sur tout ceci, voir :

  • Jean-Simon RENIER, Histoire du Ban de Jalhay, Verviers, 1879, tome I ; 1905, tome II.
  • Paul BERTHOLET, Jalhay, in Trésors d’art religieux au marquisat de Franchimont, Theux, 1971.