Au IVe s., intervient, à l’échelle de l’Empire, un événement considérable pour l’avenir du christianisme : la reconnaissance par l’empereur Constantin de la religion chrétienne et de la liberté de culte (313). Désormais, le christianisme peut s’organiser en pleine lumière et l’Église se structurer.
Cette institutionnalisation passe par la désignation d’un évêque dans chaque cité et un quadrillage de l’espace en diocèses. Adoptant les divisions administratives de l’empire romain, les autorités ecclésiastiques font de Tongres le siège d’un évêque. Fondée par les Romains en 15 avant JC, c’est, une cité (civitas tungrorum), unité territoriale de base de l’Empire, c’est-à-dire une ville ou chef-lieu et le vaste territoire qui l’entoure (voir ci-dessous la carte) [1].

Le premier évêque, attesté historiquement, résidant dans ce qui est aujourd’hui la Belgique, est saint Servais [2], probablement originaire d’Arménie ou de Syrie. Évêque de Tongres (342/343-359), il participe aux conciles de Sofia (342/343), Cologne (346) et Rimini (359). Il est connu comme un défenseur de la Trinité face aux Ariens.
On pense qu’il aurait construit la première église de Tongres, et probablement de Belgique comme pourrait le laisser croire les restes d’un mur d’abside découvert sous l’église Notre-Dame actuelle. On sait que vers le milieu du IVe s., un évêque, Servatius, résidait à Tongres. On sait aussi qu’à un moment indéterminé, le siège de l’évêché a été déplacé vers Maastricht, sur la Meuse. Saint Servais meurt probablement en 384 et est enseveli à Maastricht, révélant ainsi la montée en importance de ce lieu de passage très fréquenté, grâce au pont fortifié sur la Meuse. Fin du IVe s., une petite chapelle commémorative est bâtie sur la tombe du saint [3].
La politique de saint Servais, et des évêques de Tongres-Maastricht successifs, a d’abord été de consolider le christianisme dans les cités bâties le long de la Meuse et où ils ont développé une résidence, une administration. La conversion des païens des campagnes, des forêts d’Ardenne, ne deviendra un objectif qu’au VIIe s. D’ailleurs, « aucun témoignage de mission en pays mosan n’existe avant saint Amand, en 625, et ce sont les grands propriétaires francs qui fondent les premières églises » [4].
[1] https://www.researchgate.net/figure/Location-of-Roman-small-towns-in-Civitas-Tungrorum-in-present-day-Belgium-with-pottery_fig1_337295440
[2] Photo d’un médaillon du plafond (1630) de l’église de Theux. Saint Servais est représenté avec les attributs de l’évêque : crosse, chape et mitre, ainsi que deux clés. Ces clés rappellent celles de saint Pierre qui, selon la tradition des Églises de Maastricht et de Liège, fit à Servais don, soit directement au cours d’une apparition, soit via le pape, d’une clé où l’on mettait un peu de limaille des chaînes de saint Pierre, et que les papes donnaient par dévotion aux pèlerins illustres qui venaient à Rome.
[3] Elle sera remplacée par une grande église en pierre construite par l’évêque Monulph vers 570. Cette église fera place à une plus grande église de pèlerinage à la fin du 7ème siècle. Celle-ci a ensuite été remplacée par la structure actuelle, terminée au XIIe s. Un coffre reliquaire doré (XIIe s.), contenant les reliques du saint, œuvre majeure de l’art mosane, est normalement conservé dans le Trésor de la Basilique de Saint-Servais.
[4] Paul BERTHOLET et Patrick HOFFSUMMER, L’église-halle des saints Hermès et Alexandre à Theux, Dison, 1986, p. 64. Désormais cité : BERTHOLET-HOFFSUMMER.