Le mouvement monastique
Né en Égypte au IVe s., le monachisme fait école en Provence au début du Ve s. (Lérins en 405) d’où il va se répandre dans toute la Gaule et en Irlande. Les monastères constituent des centres rayonnant de vie religieuse mais aussi de culture et d’art. Au VIe s., les moines irlandais se font missionnaires et répandent leur règle austère sur le continent. L’évangélisation va être appuyée et même diligentée par les autorités franques, récemment converties. Au VIIe siècle, les rois mérovingiens vont favoriser une deuxième évangélisation de nos régions, particulièrement par la création de monastères dont la prière des moines leur assure protection et mérites auprès de Dieu, mais qui sont aussi des centres économiques au service d’une politique de mainmise et d’exploitation du territoire. « On connaît le rôle central qu’ont joué les Pippinides dans la création d’institutions religieuses dans l’espace mosan au VIIe s., avec l’appui du monachisme aquitain et irlandais. Cela servait les projets politiques de ce groupe aristocratique. »[1]
L’abbaye de Stavelot-Malmedy
En 648 au plus tard, Sigebert III (631-656), roi depuis 634, sous la tutelle de Grimoald, maire du palais, attribue à Remacle (600-669), moine venu d’Aquitaine avec quelques compagnons, le territoire autour de Stavelot et de Malmedy pour y fonder un double monastère. Ce lieu, mentionne l’acte de fondation, est situé « dans notre forêt appelée Ardenne, dans un lieu de vaste solitude, là où une foule de bêtes abonde ». On met ainsi en évidence le double rôle de la forêt : assurer des revenus aux moines tout en protégeant leur isolement, garant de leur vie contemplative. Car le roi compte sur eux « pour que, par leurs mérites, nous méritions d’obtenir une abondance de rémunération éternelle ».
Les moines s’installent sur deux sites : Malmedy situé sur le diocèse de Cologne, Stavelot sur celui de Tongres-Maestricht. Une route, construite par les Mérovingiens, la via Mansuerisca ou, pour partie, la Vêquée, traverse le territoire affecté à l’abbaye ; des landes, des terres cultivées, des habitations parsèment le domaine ainsi que trois villae royales et les seigneuries qui en dépendent. On n’est donc pas dans un désert, mais dans « une zone d’exploitation économique. Il semble que l’esprit entreprenant de Remacle ait rencontré le souci politique de promotion du territoire de Sigebert et de Grimoald. »[2]
Theux et Stavelot
La délimitation du territoire de l’abbaye entraîne un partage, sur son flanc ouest, entre la foresta du domaine royal de Theux (Astanetum silva ou Staneux), domaine déjà clairement individualisé, et sa partie de forêt concédée à Stavelot-Malmedy.[3]
Néanmoins certaines limites sont mal définies, ainsi « entre Theux et Stavelot, le secteur de Winamplanche, La Reid et Becco jusqu’à l’Amblève, ce qui explique qu’une bonne partie de ce territoire devint indivise. »[4] Cela est encore perceptible dans le toponyme « Fagne Saint-Remacle » aux alentours de Becco.
[1] Nicolas SCHROEDER, Les hommes et la terre de saint Remacle, Bruxelles, 2015, p. 20.
[2] Jean-Pierre DELVILLE, Le christianisme en Ardenne, hier et aujourd’hui, Francorchamps, 2015, p.15.
[3] Henri GRANDJEAN+, La terre de saint Remacle, Stavelot, 1980, p.52.
[4] BERTHOLET-HOFFSUMMER, p. 63.
Illustration : Extrait de Nicolas SCHROEDER, Les hommes et la terre de saint Remacle, 2015, p. 26.