10. Le premier édifice chrétien : une chapelle mérovingienne à Theux (VIIe s.)*

Lors des fouilles de l’église de Theux en 1977-1978, a été mis au jour, sous le chœur de l’église actuelle, un édifice qui paraît bien être une chapelle et date de la fin du VIIe s. au plus tard. Cette datation repose sur la découverte, sous son sol, d’objets mérovingiens datés du VIe-VIIe s. : anneau, boucle d’oreille, tesson décoré à la mollette, etc.

Cet édifice est l’agrandissement d’un petit bâtiment (3,6 m. sur 4,8) antérieur, orienté nord-sud. L’agrandissement s’est fait vers l’ouest, de façon à former un édifice dont le plan est tout à fait semblable à celui d’une chapelle chrétienne, avec un chœur plus étroit et une nef plus large (5 x 6 m. environ). Ainsi, le premier bâtiment, devenu après agrandissement la partie la plus étroite de l’ensemble, se trouve orienté vers l’est. Ce qui est caractéristique des églises chrétiennes dont le chœur se situe à l’est.

Deux autres arguments militent en faveur d’une destination chrétienne de ce bâtiment agrandi. Il est situé sous l’église actuelle conformément à la tradition de maintenir le lieu de culte toujours au même endroit, celui du premier oratoire ou chapelle, entouré traditionnellement du cimetière. On a de fait trouvé plusieurs tombes (au moins quatre) autour du bâtiment agrandi et contemporaines de celui-ci. Enfin, il semble que saint Pierre ait été le patron de cette chapelle, patronage caractéristique des premières églises. En résumé : le plan, l’agrandissement vers l’ouest pour que le chœur soit à l’est, la succession au même endroit des édifices du culte, la présence d’un cimetière et le patronage de saint Pierre, tous ces arguments convergent : nous avons affaire à une chapelle chrétienne.

Pourquoi une chapelle chrétienne à Theux ?

On sait qu’aux Ve-VIe s., un cimetière mérovingien existe ; des épées, des fers de lance et des poteries de cette époque ont été découverts dans un terrain situé entre Theux et Juslenville. Au VIIe s., à l’époque de la chapelle avec son cimetière environnant, on est assuré d’une certaine population et d’une continuité d’habitat sur le site de Theux. On est sous les Mérovingiens et on y trouve sans doute une villa (ci-contre, villa de Houffalize, reconstitution) c’est-à-dire, une grosse exploitation agricole, centre d’un domaine rural, à côté d’une forêt réservée aux chasses et pêches royales et que des forestiers surveillent. Ce domaine appartient au souverain qui, de temps à autre, vient y vivre avec sa suite. Les Mérovingiens n’avaient pas de capitale ; la cour venait épuiser les réserves engrangées dans une villa et chasser le gibier dans la forêt toute proche, puis elle partait vers un autre domaine qu’elle allait épuiser à son tour ; et ainsi de suite.

Le roi a sans doute créé lui-même cette chapelle, d’une part pour les personnes qui habitaient Theux en permanence pour exploiter le domaine, d’autre part pour lui et sa suite lorsqu’ils venaient à Theux.  Il est donc logique qu’autour de cette première église, un cimetière se soit développé. « L’association église-cimetière est l’une des pièces maîtresses de la topographie rurale et urbaine au Moyen Âge. »[1] Il en ainsi à Theux où cette association forme le noyau chrétien primitif à proximité duquel s’étendra le bourg.


*Nous reprenons pour tout ceci : Paul BERTHOLET, Évolution de la paroisse primitive de Theux, Conférence donnée à Becco, 30/09/2003

[1] Gilbert HOSSEY, Les rites mortuaires au Moyen Âge révélés par les fouilles d’église, in Les vivants et leurs morts, Musée de Piconrue, Bastogne, 1989, p. 67.