15. La fabrique des saints au temps des Mérovingiens (VIe-VIIIe s.)

Fabriquer un saint ou une sainte est un acte important pour la vie de l’Église et le salut des fidèles qui gagnent un intercesseur auprès de Dieu. Par elle ou lui, on peut espérer guérison, succès, protection. Ce sont des personnalités exceptionnelles, admirées et sollicitées pour toutes sortes de causes. Ils sont aussi des modèles qui indiquent la voie à suivre pour aller au ciel.

La fabrique des saints s’effectue, à l’époque mérovingienne, suivant une procédure et des critères variés. La procédure connut trois grandes étapes.

D’abord, ce fut la communauté qui proclama ses saints. Déjà, de leur vivant, ils étaient vénérés et reconnus pour leur puissance d’intercession et de miracle. Au moment de leur mort, les gens du lieu vont tout faire pour empêcher que leur corps ne leur échappe et soit emmené ailleurs avec ses vertus miraculeuses. Leur tombe devient rapidement lieu de pèlerinage et de miracles. Alors, on y bâtit une chapelle où on inhume leurs restes. Cet acte est une canonisation puisqu’un culte public se met en place. Cette procédure populaire sera interdite par un capitulaire en 805 et disparaitra progressivement au cours du IXe s.

C’est qu’une autre forme de reconnaissance de la sainteté, plus solennelle, coexiste dès la fin du VIe siècle : la canonisation épiscopale par laquelle les évêques confirment un culte existant ou proposent des nouveaux saints à la vénération des fidèles. « L’évêque des Ve-VIe siècles agissait comme l’« impresario » de nouvelles relations verticales plaçant, dans la tradition du patronat romain, les fidèles sous la protection d’un patron céleste. Toutes les cités adoptèrent un saint patron particulier. On ne sera pas étonné que dans ces conditions, les principaux évêques aient eu à cœur de mettre à l’honneur leur propre groupe social en déclarant saints certains de leurs prédécesseurs. »[1]

Voilà qui explique le grand nombre de saints évêques des VIe -VIIIe s. Ainsi, Hubert, évêque de Liège, fait transférer les reliques de son prédécesseur, Lambert, à Liège où une église est construite sur les lieux de son martyre pour abriter ses reliques.

« La canonisation consistait en effet dans l’élévation des reliques, c’est-à-dire, dans le transfert du corps du nouveau saint de sa sépulture primitive en un lieu plus digne, généralement une église, et le plus près possible de l’autel. On parlait aussi de translation. Ce jour devenait le jour de la fête du saint. »[2]

Transfert des reliques de saint Hubert à Andage en 825 Bibliotheek, Den Haag

À partir surtout du XIIIe s., on parle proprement de canonisation, c’est-à-dire de l’inscription de tel fidèle dans la liste officielle (canon) des saints auxquels il est permis de rendre un culte public. Le pape seul se reconnut alors ce droit. Mais c’est une autre histoire.

[1] Geneviève BÜHRER-THIERRY et Charles MÉRIAUX, 481 La France avant la France, Paris, 2010, p. 247-259.

[2] Francesco CHIOVARO, Les saints dans l’histoire du christianisme, in Histoire des saints, tome I, 1986, p.74-82.