CLÉS POUR LIRE MARC : 42. QUI SUIS-JE ?

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 8, 27-35 du 24e dimanche du temps ordinaire.

Qui suis-je ?
 Il leur défendit vivement de parler de lui à personne (Mc 8,30)

Nous voilà au moment d’une première conclusion des disciples au sujet de l’identité de Jésus. Nous sommes presque exactement au centre du récit de Marc. En contraste avec les gens pour qui Jésus est à classer dans la catégorie des précurseurs du Messie : Jean-Baptiste, Élie, Pierre confesse : « Tu es le Christ » (8,29), c’est-à-dire le Messie attendu.

Mais confession ambiguë car Pierre ne peut supporter la perspective de la souffrance et de la mort qui attendent Jésus. Pour lui, c’est incompatible avec sa conception du Messie. « Passe derrière moi, Satan ! Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (8,33). On comprend alors que Jésus « leur défendit vivement de parler de lui à personne » (8,30). Les disciples, comme les lecteurs de l’évangile de Marc, ont atteint un premier sommet, il leur reste à franchir l’étape suivante et reconnaître que « le Fils de l’homme doit beaucoup souffrir » (8,31).

Élie
Premier prophète en Israël, vers 853 avant J.-C., Élie est surtout connu par les livres des Rois (1 R 17-19 ; 21 et 2 R 1-2,18). Selon Marc, les contemporains de Jésus voyaient en lui, Élie revenu sur terre (Mc 6,15 ; 8, 28). C’est que ce dernier avait aussi opéré des œuvres de puissance : sur sa parole, une veuve avait pu se nourrir durant tout l’hiver, elle et son fils, grâce à une seule poignée de farine et un peu d’huile. De plus, lorsque le fils de cette veuve était mort, Élie l’avait réanimé. Jésus ayant partagé les pains et réanimé la fille de Jaïre, pouvait faire penser à Élie. D’autant plus que celui-ci fut enlevé au ciel et que tous à cette époque attendaient son retour selon la prophétie de Malachie : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, avant que n’arrive le jour de Yahvé, grand et redoutable » (Ml 3,23) (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006, p.133). Ainsi, il était de coutume de mettre un couvert de plus sur la table du repas pascal pour Élie qui devait revenir la nuit de Pâque, précédant de peu le Messie.

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MARC : 41. EFFATA !

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 7, 31-37 du 23e dimanche du temps ordinaire.

Effata !
Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. (Mc 7,35)

Voilà une définition concrète de ce qu’est un disciple de Jésus : une oreille ouverte, à l’écoute et une langue déliée qui proclame la Bonne Nouvelle. Bref, un communiquant.
Les disciples ont besoin d’être guéris de ce double handicap, eux qui s’interrogent à propos de Jésus, ne comprennent pas ses actes et son enseignement. Il leur faut retrouver une oreille attentive à la parole du Christ et l’audace d’un parler franc et clair.
Et nous ? Les comprenons-nous mieux ? Agissons-nous en conséquence ? Nous avons, dans les temps qui sont les nôtres, à restaurer notre capacité d’écoute de la Parole de Dieu et à chercher des canaux nouveaux de communication, de transmission de l’Évangile.

Une citation composée
Les évangiles appuient leur interprétation de Jésus et de sa mission par des citations de l’Ancien Testament qui visent à manifester la continuité du projet de Dieu dont Jésus accomplit les promesses et donne les signes. « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. » (7,37) Cette parole prononcée par la foule païenne, témoin de la guérison du sourd-bègue, renvoie à deux passages de l’Ancien Testament combinés en une seule phrase.
– « Il a bien fait toutes choses » évoque un passage de la Genèse : « Dieu vit toutes les choses qu’il avait faites ; et voici, elles étaient très bonnes. » (Gn 1,31 selon la version grecque des LXX) Jésus restaure l’homme dans l’intégrité voulue par Dieu dès l’origine.
– « Voici votre Dieu… Il vient lui-même vous sauver. Alors les yeux des aveugles verront. Et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors le boiteux bondira comme un cerf. Et la bouche du muet criera de joie. » (Is 35,4-6) Jésus accomplit les promesses de délivrance de toutes les infirmités, signes donnés pour reconnaître le Messie à son action.

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MARC : 40. PUR-IMPUR

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 7, 1-23 du 22e dimanche du temps ordinaire.

Pur-impur
Rien de ce qui est extérieur à l’homme ne peut le rendre impur,
mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. (Mc 7,15)

Jésus distingue deux types de souillure. La souillure externe concerne par exemple la nourriture : des mains ou des plats non lavés rendent impurs les aliments, par simple contact. La souillure éthique est d’ordre intérieur, relative aux intentions et a son siège dans le cœur de la personne. « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. » (7,21-23) Jésus substitue ainsi à la conception rituelle de la pureté celle de la pureté morale, favorisant l’intériorisation de la religion.

« C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments » (7,19) Telle est la conclusion tirée de cette discussion. Marc clôt ainsi un débat interne à l’Église primitive portant sur l’obligation de suivre les prescriptions alimentaires juives. L’enjeu est la communauté de table entre chrétiens issus du judaïsme et ceux venant du monde païen. La sentence de Jésus est claire : aucune nourriture, qu’elle soit interdite, non casher ou contaminée, n’est susceptible de rendre l’homme impur. Ainsi s’efface une des frontières entre Juifs et païens.

L’ouverture missionnaire
Par la remise en question des interdits alimentaires prescrits par la loi juive, et « qui auraient limité la mission chrétienne vers les païens, Jésus ouvrait, selon Marc, une voie qui justifie la tradition missionnaire ultérieure. Jésus a d’ailleurs annoncé que « l’évangile doit être proclamé à toutes les nations » (13,10). C’est en fonction de cette intention missionnaire que le Jésus de Marc prône le dépassement des règles de pureté liées à une société particulière, voire particulariste, qu’elles devaient protéger.
Grâce aux principes posés : tous les aliments sont purs ; c’est du cœur que vient le mal, Marc brise les barrières du particularisme et ouvre fondamentalement la porte vers un élargissement de la mission en direction des païens. » (Camille FOCANT, L’évangile selon Marc, 2011, p.274-276)

Abbé Marcel Villers

CLÉS POUR LIRE MARC : 34. SANS BERGER

Clés pour lire l’évangile de Marc

Dans cette série hebdomadaire, nous voulons fournir des clés pour ouvrir et apprécier le texte de l’évangile de Marc. Cette semaine : Mc 6,30-34 du 16e dimanche du temps ordinaire.

Des brebis sans berger
Il fut saisi de compassion envers eux et se mit à les enseigner. (Mc 6,34)

L’enseignement de Jésus, sa parole est la manifestation de sa « compassion » envers la foule. Curieux remède à la quête de ces gens « sans berger » ! Sauf si on entend par « parole », l’évangile que nous lisons chaque dimanche, cette « bonne nouvelle » qui comble l’homme en quête de sens et de vie.
Comparée à des brebis sans berger, cette foule dispersée et disparate, Jésus la rassemble et la nourrit par la puissance de sa parole qui naît de sa « compassion ». On traduit ainsi un terme qui, en hébreu, désigne le sein maternel, l’utérus, siège de la tendresse d’une mère pour ses enfants. La compassion de Jésus est ainsi cette émotion qui monte des profondeurs physiologiques, il est remué aux entrailles devant la souffrance des hommes. C’est l’amour maternel de Dieu pour ses enfants.

Brebis, berger et pâturage
La première mission du berger est d’être un rassembleur. Lorsqu’au petit matin, le berger ouvre la porte de l’enclos où les brebis ont passé la nuit, il pousse son cri de ralliement. Aussitôt les brebis se pressent à la porte. Elles ont reconnu sa voix et se rassemblent autour de lui qui va les mener vers les eaux tranquilles et les verts pâturages. La symbolique biblique est claire : le berger est la figure du roi qui rassemble, dirige et conduit son peuple. Les prophètes ont annoncé un successeur du roi par excellence qu’était David et qui sera pasteur de son peuple à la manière de Dieu lui-même. Ce bon berger tant attendu est le Messie qui prendra soin de toutes ses brebis, particulièrement celles qui sont perdues ou malades. (Ez 34)
S’articulent, dans la figure du berger, celles du roi et du serviteur. Faire paître le troupeau à la manière de Dieu, c’est montrer une immense prévenance pour les brebis les plus faibles, se mettre à leur service, et ainsi être roi. Telle est bien la conception que se fait Jésus du Messie. (Philippe BACQ, Un goût d’Évangile, 2006)

Abbé Marcel Villers